En. Df.lormk, Manuel du brancardier
BLESSURES
DES MEMBRES INFÉRIEURS
inamovibles de Raoult-Dgslongciiamps (fig\ 68, page 142). Les appareils de ! Scultet et les attelles plâtrées peuvent être insuffisants, les appareils plâtrés, complets, dangereux. Nous donnerions la préférence aux appareils de : zinc et nous ne saurions trop recommander la gouttière valves que nous employons communément. La figure 144 qui représente l’appareil appliqué nous dispense d’une description. Cette gouttière diffère de celle de Raoult par l’adjonction de deux valves jambières.
C'est encore elle que nous choisirions comme appareil définitif. Mieux que tous les autres, elle facilite les pansements en assurant une contention toujours exacte. Cependant, les gouttières plâtrées d’HERGOTT (fîg. 64, page lo9) ont gardé les préférences de la majorité des chirurgiens. Suivant la position des plaies, la gouttière plâtrée serait modelée sur la face postérieure, postéro-externe ou antéro-interne du membre. On pourra la renforcer, au besoin, avec des attelles de bois de placage, de zinc, etc. L’appareil de Scultet, qui a gardé encore des partisans, est un des
Fig. 144.
Gouttière valve de zinc (modèle de l’auteur) pour les blessés atteints de fractures des os de la jambe
et du pied par coup de feu.
plus mauvais appareils d’immobilisation définitive. Cuignet a fait remarquer, après la guerre de 1870-1871, que les fractures les moins régulièrement consolidées avaient été contenues dans des appareils à attelles. Tout en réclamant une plus grande surveillance que les autres, ils n'assurent, en effet, qu’une contention bien moins régulière, bien moins exacte que les autres appareils immobilisants. Pendant la guerre d’Amérique, on a employé les appareils de Hogden et de Smith. Ils ne sont pas utilisés en France 1 .
Les appareils précédents sont utilisables dans toutes les variétés de fractures, que celles-ci soient sans déplacement ou avec déplacement, qu’elles intéressent un seul os ou les deux os. Les fractures isolées du péroné pourraient, à la rigueur, être traitées sans appareil immobilisant, mais il est préférable d’en appliquer un. Quand la fracture est accompagnée d’un raccourcissement considérable, il est utile d’exercer des tractions continues sur le fragment inférieur, tout en contenant la fracture.
1. On trouvera dans les Traités de bandages et appareils, en particulier dans les Nouveaux Éléments de petite chirurgie de notre collègue Chavasse, les indications voulues sur l’application de ces divers appareils.
BLESSURES DE LA JAMBE
(luette extension est possible avec l’appareil de zinc; elle est impossible [ ivec l’appareil plâtré.
Une précaution qu’il n’est pas inutile de rappeler, c’est de maintenir j] de membre élevé et incliné à partir du pied vers la cuisse. Cette indill ;ation est remplie en plaçant des coussins un peu élevés sous la jambe |î irès du pied; elle l’est mieux encore par l’emploi du hamac de Scoutteten. Pronostic des fractures par coup de feu des os de la jambe traitées par la — Les fractures des os de la jambe traitées par la conser- ; vation comportaient autrefois un pronostic grave, surtout quand le tibia Il ou les deux os avaient été frappés.
L'ostéomyélite, les suppurations diffuses de la jambe étaient des complications fréquentes et, comme l’avait fait remarquer Gaujot, la guérison, dans les cas heureux, était plus tardive que celle des fractures de la cuisse. Cependant, le pronostic n’était pas également sérieux pour les fractures isolées des deux os et pour les fractures simultanées du tibia et du oéroné. Les fractures du péroné guérissaient très ordinairement et celles lu tibia étaient suivies de moins d’accidents que celles des deux os de la ambe.
D’après Otis, sur 8 988 fractures observées pendant la guerre d’Amé- •ique, les fractures du péroné seul avaient donné 7,8 p. 100 de morts, celles lu tibia 10,1 p. 100 de morts, et celles des deux os de la jambe 20,9 p. 100. D’autres statistiques accusaient les mêmes différences, tout en fournissant les chiffres plus élevés. L’antisepsie a tellement modifié les résultats obtenus par la conservation tant au point de vue de la mortalité qu’au point de vue le la rapidité de la guérison et de la valeur du résultat fonctionnel, qu’il l’y a lieu de tenir compte de ces statistiques anciennes que pour se con- -aincre encore davantage de la nécessité de suivre rigoureusement ses iratiques. L’antisepsie fera disparaître les différences qui, au point de vue de la léthalité, séparaient les fractures du tiers inférieur et du tiers upérieur des fractures du tiers moyen. Les premières étaient réputées es plus graves et celles du tiers moyen étaient considérées comme les ; noins sérieuses.
Résultats définitifs fournis par la conservation. — Les résultats défii litifs que fournit la conservation des fractures de la jambe méritent d’être itudiés de près. Nous parlerons d’abord de ceux qui sont communs à .eûtes les variétés de fracture, puis nous passerons en revue ceux qu’on 'onstate à la suite des fractures de chaque os. Nous utiliserons souvent ici les données précieuses fournies par Cuignet dans son important mémoire ■>ur les effets consécutifs des blessures par armes de guerre1.
1° L 'engorgement du membre , Y œdème consécutif aux fractures, ne s accuse nulle part davantage et ne s’observe aussi souvent qu’à la jambe'. La réquence des lésions des réseaux veineux qui sont en rapport presque lirect avec les os, leur oblitération par des caillots passifs ou inflammaoires, rendent compte de la persistance et de la fréquence de cette complication consécutive. Aux moindres tentatives de marche, le pied augmente de volume, devient bleuâtre, cyanosé; on croirait parfois à une apoplexie imminente. Cet état disparaît par le repos pour reparaître
L Ccionet, o. c. liée. mém. méd. mil. 1872.
BLESSURES DES MEMBRES INFÉRIEURS
dès que le blessé marche à nouveau. Il finit par disparaître complètement au bout d’un temps plus ou moins long; d’autres fois, il persiste indéli- j niment. Parfois à l’engorgement font suite des varices plus ou moins développées.
2° L 'atrophie est habituelle à la suite des fractures de jambe compliquées. On pourrait dire qu’on la constate toujours au bout d’un certain i temps; souvent elle est portée au plus haut degré. Le membre représente B alors un long cylindre irrégulier, presque dépourvu de masses musculaires, i Ce résultat s’observe surtout dans les cas où la guérison a été lente, les suppurations diffuses et les nerfs intéressés. Poncet attribue cette atrophie à f la compression des nerfs qui affectent des rapports si directs avec lesl os ; ceux-ci seraient englobés dans la masse du cal. Cette opinion nous h semble trop exclusive, car l’influence des lésions musculaires, de leur inflammation suppurative, ne saurait être oubliée ou méconnue.
3° Si la consolidation des fractures des deux os est lente à obtenir etréclame souvent, d’après Guignet, de quatre à six mois2, les pseudarthroses\ • sont rares. Dans les rapports de Chenu sur la guerre de Crimée, on n’en trouve II qu 'un exemple, et Bérenger-Feraud, qui a fait des recherches à ce sujet, n’en a trouvé que 17 cas. Par contre, les fractures d’un seul os y prédisposent davantage. L’ablation des esquilles adhérentes, les résections primitives en favorisent l’apparition. On peut être obligé, pour prévenir ou combattre cette pseudarthrose, de recourir à la résection de l’os intact. Moty, suivant l’exemple des chirurgiens lyonnais, a récemment transplanté un fragment d’os de mouton dans le foyer d’une fracture du tibia terminée par une pseudarthrose et en a obtenu la consolidation.
4° La raideur articulaire du genou et celle du cou-de-pied, dans l’extension, est accusée par les statistiques dans une proportion de 12. à 20 p. 100. Cette terminaison est, comme la pseudarthrose, le plus souvent im-jf putable au chirurgien.
5° Nous n’avons qu’à signaler les raccourcissements variables d'étendue, les cals parfois volumineux et difformes , les incurvations et les déviations du membre en dehors ou en dedans. Les troubles trophiques, les fistules persistantes, enfin l’apparition ultérieure et fréquente de varices (Larrey,. Hennen, Chenu) sont encore des phénomènes consécutifs qu’on observe d’une i façon générale, et à des degrés d’intensité variable, dans les fractures des os de la jambe. Il nous reste à parler de ceux qu’on observe plus particulièrement dans les fractures simultanées des deux os, ou dans les fractures y isolées du tibia et du péroné.
Dans les fractures des deux os de la jambe très comminutives avec solution de continuité du membre, le raccourcissement mesure d’ordinaire de | un à quatre centimètres, plus rarement de quatre à huit centimètres; exceptionnellement il est plus considérable. L’atrophie est en général marquée. Cependant, malgré l’atrophie et le raccourcissement, la marche est : souvent facile si, pendant le traitement, le chirurgien a eu soin de maintenir le pied dans une bonne position et d’assurer sa mobilité. Quand, au contraire, le pied est ankylosé, quand il est enraidi, surtout en extension, * position qu’il tend de lui-memc à conserver; quand il a subi des déviations j