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CHAPITRE XXII

BLESSURES DU GENOU

Les blessures périarticulaires et articulaires du genou s’observent très fréquemment. Elles représentent un tiers environ dans le chiffre total des blessures des articulations. Bien que les parties molles qui recouvrent la partie postérieure de l’article soient assez épaisses et étendues, les plaies périarticulaires se rencontrent beaucoup moins souvent que les plaies articulaires. Otis ne relève que 351 cas des premières à côté de 3 355 des secondes; encore, parmi ces 351 cas figuraient beaucoup de plaies capsulaires.

Blessures périarticulaires. — La plupart des plaies périarticulaires intéressent la région postérieure du genou, le creux poplité. L’articulation est si superficielle en avant qu’une balle ne peut s’y creuser qu’exceptionnellement un trajet sous-cutané même de peu d’étendue.

Les plaies de contour dont Mac Cormac dit avoir vu de nombreux exemples en 1 $70-71, et qu’HoFFMANN a admises si facilement: plaies superficielles dont le trajet embrasserait la demi-circonférence interne, externe ou antérieure de l’article, ne sont que des plaies pénétrantes dont la guérison a été aussi rapide, aussi exempte d’accidents que celle des plaies souscutanées. Nous n’avons jamais pu produire de ces plaies de contour du genou dans nos expériences, et Otis n’a pu en citer d’exemple dans les Comptes rendus de la guerre d’Amérique.

Les plaies de la région poplitée ne sont guère intéressantes que par les lésions vasculaires et nerveuses dont elles se compliquent. Naguère elles étaient souvent suivies de complications suppuratives graves, de phlegmons diffus des régions postérieures delà jambe et de la cuisse. Après cessation des accidents aigus, la guérison était lente à obtenir. On attribuait la lenteur et les difficultés de la cicatrisation à la résistance que les parois musculaires et osseuses opposaient à l’oblitération du foyer. Pansées anliseptiquement, ces blessures ne donneront lieu à ces complications suppuratives qu'autant qu’elles recèleront des corps étrangers septiques (fragments de vêtement, etc.). L’expérience journalière a démontré que sous dos pansements antiseptiques ces suppurations se tarissent rapidement.

422 BLESSURES DES MEMBRES INFÉRIEURS

Indépendamment des accidents aigus auxquels la blessure des sciatiques poplités peut donner lieu, celle-ci entraîne des paralysies persistantes des muscles du pied et de la jambe, des déviations du pied en flexion, en extension, en valgus, en varus, etc. Après la section du sciatique poplité interne, les muscles les plus importants de la jambe conservant leur contractilité, le pied peut encore accomplir la plupart de ses mouvements et ne subit pas de déviation latérale. Il est dans les conditions voulues pour que la marche soit possible et régulière. Après la section du sciatique poplité externe, malgré le trouble fonctionnel considérable qu’on observe, le blessé peut encore marcher, mais il faut qu’il utilise une chaussure orthopédique bien faite (Letiévant).

Les balles qui frappent l’artère, la veine poplitées, isolément ou simultanément, contusionnent ces vaisseaux ou les traversent, en produisant des perforations latérales ou centrales. Parfois lésés par des projectiles qui n’ont produit que des plaies périarticulaires, ces vaisseaux sont le plus souvent blessés en même temps que l’article, surtout par les balles qui pénètrent ce dernier d’avant en arrière. S’il est presque impossible qu’une balle glisse entre la face postérieure des condyles fémoraux et les vaisseaux poplités, sans entamer les premiers et perforer les seconds, nous avons constaté qu’elle peut, dans un trajet transversal, s’insinuer entre la face postérieure du tibia et les vaisseaux, sans contondre ces derniers, ou en ne les contusionnant que légèrement, sans les perforer. Nous avons déposé au musée du Val-de-Grâce une pièce démonstrative sur laquelle les vaisseaux poplités n’avaient été que légèrement contus par une balle de 11 millimètres, qui avait passé entre eux et la face postérieure du tibia.

Les blessures de l’artère poplitée ne sont pas seulement graves du fait des hémorrhagies considérables auxquelles elles donnent lieu et qui, dans la majorité des cas, entraînent la mort immédiate ou rapide des blessés, elles exposent encore à la gangrène du membre, dans les cas heureux où l’hémorrhagie primitive a pu être arrêtée. En effet, quand le tronc de la poplitée est intéressé, la circulation est d’ordinaire interrompue dans les articulaires supérieures ou dans les inférieures, c’est-à-dire dans les collatérales principales qui rétablissent la circulation dans le segment inférieur du membre. Et quand, du fait de la blessure, la circulation n’est pas compromise dans ces troncs, elle l’est par la compression qu’exerce sur eux le sang épanché dans le creux poplité, ou parla compression directe à laquelle le chirurgien a recours. De toutes les blessures des artères, c’est celle de la poplitée qui expose le plus à la gangrène. La gangrène est habituelle mais non fatale, quand l’artère et la veine ont été simultanément atteintes.

Lidell1 propose, dans les blessures de la poplitée, d’arrêter d’abord l’hémorrhagie par la compression digitale ou là ligature élastique, et de pratiquer la désarticulation du genou avant l’épuisement du blessé et l’apparition de la gangrène. La conduite du chirurgien variera suivant que l’artère sera blessée isolément ou avec les nerfs principaux et l’articulation. Nous pensons qu’il est plus sage d’amputer la cuisse quand les nerfs sont intéressés et les os de l’article comminutivement fracturés. Mais quand l’artère est atteinte isolément ou concurremment avec l’article sans que celui-ci

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