Dubreuil, Traité des anomalies artérielles
BLESSURES DE LA HANCHE
dérant les blessures de la hanche comme presque fatalement mortelles avaient négligé leur étude. De leur côté, les auteurs de la première moitié ' de ce siècle s'étaient contentés de relater quelques observations succinctes, enfin les comptes rendus des guerres no renfermaient que des relations de cas et des renseignements trop incomplets pour permettre d’établir les caractères et la marche de ces blessures. L’histoire clinique de ces traumatismes était donc à peine ébauchée quand Otis publia les Circulaires n° 7 et i n° 2 1867-1869). 336 observations recueillies pendant la guerre de Sécesl sion permirent à ce laborieux auteur de déterminer la valeur des divers i modes de traitement applicables ù ces blessures et de nous fixer sur les résultats de la résection et de la désarticulation coxo-fémorales. Le chapitre qu'il a consacré aux mômes lésions dans le Tome II! Chirurgical , chapitre dans lequel il a résumé 386 cas, a peu modifié les opinions qu’il avait émises dans les Circulaires. La symptomatologie et le diagnostic restaient j à faire. De Langenbeck combla cette lacune dans un remarquable Mémoire ; lu au deuxième Congrès des chirurgiens allemands1. Les éléments de ce mémoire lui avaient été fournis par l’expérience acquise en 1870 et par les i documents recueillis pendant les guerres allemandes. Le travail de Dei- \ SINGER bien que de moindre importance que celui de Langenbeck, mérite
1 cependant d'en être rapproché 2. Il serait impossible aujourd’hui de tracer l’histoire clinique de ces blessures sans puiser largement dans les écrits de ces auteurs. L’anatomie pathologique seule n’avait pas reçu de la part » de ces chirurgiens de suffisants éclaircissements. Nos recherches person- > nelles nous ont permis de combler cette lacune. Nous ferons ressortir les précieux enseignements qu’elle peut fournir pour juger de l'opportunité et de la valeur des divers modes de traitement de ces bles-
sures.
Nous allons examiner successivement les effets des balles : «, sur la capsule, h, sur les trochanters, c la tête fémorale, d le col et, e la portion du fémur sous-jacente à la ligne bi-trochantérienne.
a. Lésions capsulaires. — Des balles pénétrant la cuisse dans le sens antéro-postérieur bornent parfois leur action à entamer la capsule au niveau des surfaces supérieure et inférieure de la tête et du col. L'ouverture faite à la capsule est alors relativement étendue.
Après avoir perforé la cuisse de dehors en dedans, une balle peut abraser à une profondeur variable les faces antérieure et postérieure de la capsule articulaire. Dans les expériences que nous avons faites avec notre collègue, le professeur agrégé Chavasse, nous avons perforé toute la partie antérieure de la capsule dans le sens transversal avec une balle de 8 millimètres. La balle chemina vers le milieu de l’épaisseurdu ligament deBerlin, sans ouvrir en aucun point l’articulation; l’ouverture capsulaire était linéaire et étroite; le projectile s’était perdu dans le bassin.
En somme, la coque ligamenteuse de l’articulation coxo-fémoralc peut être traversée, abrasée, perforée sur un point de son étendue et l’articulation être pénétrée ou n’être môme pas ouverte. A un degré plus limité,
1. De Lanoenheck, Ueher die Schusswerletzungen des llüftgclenks in Arch. /tir Klin, chic. 1874, B. XVI.
2. Deinijjoer, heitrâge zu den Schusswunden des llüftgelenks in Deutsche mil. Arztl ' Zeitsch., 1874.
484 BLESSURES DES MEMBRES INFÉRIEURS
la lésion consiste dans une contusion simple. Des auteurs ont admis que cette contusion était parfois suivie de la mortification ultérieure de la capsule au point touché.
Les lésions de la capsule concomitantes des traumatismes de la tète et du col fémoral consistent dans des ouvertures le plus souvent linéaires, sans perte de substance. Ces ouvertures sont d’autant plus étroites que le diamètre du projectile est plus petit et sa vitesse moindre; elles sont habituellement très petites avec le projectile de 8 millimètres. La faible étendue et la forme de la lésion capsulaire constituent une condition très favorable pour la guérison de la lésion osseuse.
b. Lésions des trochanters . — Le bord saillant, anguleux, du grand trochanter qui, en arrière, dépasse de près de deux centimètres le niveau du col fémoral, peut être éraflé, échancré, abrasé, perforé par les balles, quelle que soit leur direction. Nous avons Lunellisé ce bord dans toute sa longueur d’avant en arrière avec des balles de 1 1 millimètres et de 8 millimètres (fi g. 186). Quand il est seul atteint, nous avons constaté que rarement des fissures se prolongent vers le col ou le reste du trochanter; la lésion est circonscrite à la portion osseuse touchée par le projectile.
Comme le bord supérieur, la crête saillante qui réunit en arrière les deux trochanters peut être éraflée, sillonnée, creusée en une profonde gouttière, sans irradiations fissuriques sur le col (fig. 187, 188).
Les balles qui frappent le grand trochanter, d’avant en arrière, ou réciproquement près de sa surface, l’éraflent, le sillonnent, le creusent en gouttière ; elles le perforent quand elles pénètrent plus profondément ! fig. 189).
La perforation est tantôt simple, tantôt elle se complique de fissures et en particulier d’une fissure oblique en bas et en dehors , suivant la direction des fibres de l’os à ce niveau. Cette dernière fissure ne se prolonge pas d’ordinaire audessous de la base de cette éminence (fig. 190). Les balles de 8 millimètres produisent plus souvent que les balles de 1 1 millimètres des perforations simples.
Les caractères de ces perforations sont ceux de toutes les perforations épiphysaires: l’orifice d’entrée est net, celui de sortie évasé, élargi aux dépens de la lamelle osseuse compacte, dont les fragments sont sédentaires ou transportés.
Comme nous l’avons fait remarquer dans notre Mémoire sur les types de fractures articulaires1, le développement du grand trochanter par un