‹ Traité de chirurgie de guerreChapitre 126 sur 340 · BLESSURES DU CRANE ET DE L’ ENCÉPHALE PAR ARMES BLANCHES · texte numérisé non relu

BLESSURES DU CRANE ET DE L’ ENCÉPHALE PAR ARMES BLANCHES

Armes piquantes. — Les armes piquantes, tantôt n’intéressent qu’une partie de l’épaisseur des os du crâne, tantôt les traversent complètement, en respectant ou en lésant l’encéphale. Ces variétés de blessures ne seront qu’exceptionnellement observées. En effet, dans les rares occasions où l’on a à se servir d’une arme blanche piquante, c’est plutôt vers la poitrine ou l’abdomen de l’adversaire, que l’on porte ses coups. Après les combats si nombreux et si meurtriers de la guerre de Sécession, nos collègues américains n’ont, d’après Otis, relevé que neuf cas de plaies du crâne par les armes piquantes. On n’en trouve que quelques exemples dans les anciens auteurs et dans les ouvrages plus récents ; aussi ne nous arrêterons-nous pas longuement à ces lésions, presque exclusivement observées dans la pratique commune.

Les piqûres du crâne par les armes de guerre consistent en une empreinte ou en une pénétration de la table externe. Elles sont alors sans gravité et ne réclament aucun traitement spécial. Il n’en est pas de môme des perforations. Simples du côté de la table externe et représentant la coupe de l’arme qui les a produites, elles sont au contraire irrégulières et plus considérables du côté de la table in terne qui éclate et fournit des esquilles dépriméesvers V intérieur du crâne. C’est qu’avant de traverser le crâne, l’arme a déterminé la formation d’un cône de dépression et la table interne plus distendue et moins élastique que l’externe a éclaté plus ou moins près de la

\. La forme érysipélateuse non suppurative s’observait surtout quand les éléments si étroitement unis du péricrâne, la peau, le tissu cellulo-graisseux sous-cutané, le muscle occipito-frontal et son aponévrose étaient intéressés; la forme suppurative quand la plaie avait dépassé l’aponévrose et intéressé le tissu lamelleux sous-jacent.

BLESSURES DU CRANE ET DE L’ENCEPHALE

base du cône. Les esquilles sont tantôt adhérentes par leur base, tantôt libres. Quelques-unes sont, parfois, poussées dans l’encéphale par le corps , vulnérant. Nous devons à Larrey un bel exemple de ces pénétrations du j crâne par arme piquante :

Un officier blessé d’un coup de lance au côté droit du frontal présenta, le | dixième jour, des spasmes accompagnés de perte de la vision de l’œil droit et de contracture des paupières du même côté. D. Larrey incisa la cicatrice. Les i symptômes ne s’amendèrent que pendant vingt-quatre heures. Le vingt-cinquième jour on nota des accidents de suppuration cérébrale et, deux jours plus tard, le blessé succomba. A l’autopsie, on trouva une portion de la table interne détachée ; et un abcès dans le lobe antérieur du cerveau.

Les spasmes convulsifs, indices d’une irritation de la dure-mère par des es- , quilles, forceraient aujourd’hui le chirurgien à pratiquer la trépanation (pie Larrey regretta de n’avoir pas faite dans ce cas.

Les armes piquantes peuvent atteindre le crâne et le cerveau, non plus par la voûte, mais par la base, en pénétrant par une des cavités naturelles, l’orbite, le nez ou la bouche.

Tel était le cas d’un soldat dont parle Ravatûn, qui reçut un coup d’épée dans la bouche et qui succomba trois heures après l’accident, après avoir perdu connaissance et présenté des mouvements convulsifs. A l’autopsie on constata que l'arme avait pénétré par le trou occipital.

Si les perforations d’une paroi sont déjà très rares, les perforations de part en part sont si exceptionnelles qu’on ne peut citer que le fait relaté } par Fardeau L

Son blessé avait été frappé par une baïonnette qui était entrée de haut en bas ; par la tempe d’un côté et était ressortie au-dessous de la pommette du côté opf posé. L’extraction de ce corps étranger exigea les plus violents efforts d’un homme robuste, et malgré l’extrême gravité de la lésion, le blessé guérit assez promptement.

Le diagnostic de la pénétration n’est pas ordinairement facile. Les commémoratifs ne peuvent être ici d’aucun secours; quant à l’étendue de la i plaie extérieure, à l’issue de matière cérébrale, de liquide céphalo-rachidien, ces signes fournissent rarement des données suffisantes. Dans cer- I taines régions, des troubles caractéristiques, primitifs, donneront parfois des notions précises sur la profondeur à laquelle l’arme a pénétré. C’est ainsi que dans une blessure du crâne correspondant à la partie postérieure • du lobe antérieur gauche du cerveau, D. Larrey constata de l’aphasie2.

Le danger de ces plaies réside surtout dans l'irritation des méninges par les esquilles provenant de la table interne. 11 est à peine besoin de faire remarquer qu’il est encore lié à l’importance physiologique de la 1 région cérébrale atteinte. Leur traitement consiste surtout dans l’application d’un pansement antiseptique, occlusif et compressif et l’ablation des fragments déprimés, quand ceux-ci déterminent des accidents.

L Soc. émul., t. VIII, p. 299.

2. Mcrn. de chir. mil ., t. IV, p. 210. Comme l'a fait justement remarquer Laugier, cette observation et diverses remarques do Larrey no semblent pas avoir attiré l’attention des auteurs qui ont parlé de l'aphasie. D'une façon plus générale, on pourrait avancer que les auteurs n’ont pas tiré parti de la mine riche do documents que les observations dos Comptes rendus des guerres fournissaient pour l’étude des localisations cérébrales.

il. — 34

DELORME

Armes tranchantes. — Les plaies des os du crâne par armes tranchantes sans être de beaucoup aussi rares que les plaies par armes piquantes, ne sont cependant pas aussi fréquentes dans les combats qu’on serait tenté de le penser. C’est ainsi que, pendant la guerre d’Italie, Ciiicnu n’en rapporte que quelques exemples et que, pour la guerre d’Amérique, Otis n’en signale que il cas. Nous sommes bien loin des 6 à 7 000 blessés de la bataille de Landrecies, presque tous atteints par l’arme blanche et surtout à la tête1.

Les blessures du crâne et de l’encéphale par les armes blanches sont tantôt isolées; très fréquemment elles sont accompagnées de plaies semblables de la main, de l’avant-bras, du bras droit. Parfois uniques, elles sont le plus souvent multiples. Il est bien rare, en effet, qu’un seul coup de sabre puisse mettre un homme hors de combat et l’agresseur continue à frapper son adversaire jusqu'à ce que la lutte lui soif devenue impossible. Thomson nous parle d'un blessé français de Waterloo qui n’avait pas reçu moins de (rente coups de sabre sur la tête et qui succomba à une arthrite suppurée du coude. On constata à l'autopsie treize coups portés sur le vertex, mais qui n’avaient intéressé que la table externe. 11 est habituel de constater quatre, cinq, dix, quinze, vingt plaies du même genre. Les nombreux blessés de la bataille de Landrecies que Paboisse vit à l’hôpital de Soissons, avaient reçu de douze à trente coups de sabre, en moyenne. On observe ces blessures sur le sommet de la tête ou sur les parties latérales, bien plus fréquemment que sur le front. Comme les armes piquantes, les armes tranchantes qui frappent le crâne peuvent n’agir que superficiellement ou pénétrer la cavité crânienne. Les lésions varient suivant la force et la direction suivie par l’arme :

Agit-elle perpendiculairement à la surface de l’os, elle ne laisse sur lui qu’une simple trace, ou fait une section plus ou moins profonde et droite. Ces sections n’intéressent que la table externe ou comprennent la table externe et le diploé ou les deux tables avec le cerveau.

Ravaton nous dit qu’un blessé reçut un coup de sabre qui coupa le coronal transversalement à sa partie supérieure et s’enfonça jusqu’au niveau des temporaux. Les deux lèvres de la plaie osseuse étaient écartées d’environ dix lignes. Les méninges et la substance du cerveau étaient déchirées et mâchées. Le sinus longitudinal et la méningée avaient été sectionnés. Une ecchymose fort étendue couvrait toute la face; les paupières étaient à tel point gorgées de sang que le blessé ne pouvait les mouvoir. Le troisième jour, la fièvre se déclara, mais elle ne fut pas vive; des porLions du cerveau se détachèrent et le blessé guérit après l’élimination de plusieurs esquilles.

Lamotte signale un fait semblable. Le blessé guérit en deux mois el demi.

Enfin, Legouest avu, pendant lacampagne d’Italie, sur un capitaine de chasseurs d’Afrique blessé par un uhlan autrichien, le crâne coupé par un coup de sabre porté directement en travers, sur le sommet de la tète. Les plaies osseuses s’étendaient jusqu’au niveau du bord supérieur du pavillon des deux oreilles. Ce blessé a dû succomber rapidement, car il ne figure pas dans le compte rendu de Chenu.

L’arme agit-elle obliquement, elle produit des sections qui détachent incomplètement ou complètement des lambeaux, des copeaux osseux comprenant soit la table externe seule, soit les deux tables, et qui ouvrent plus ou moins largement la cavité crânienne sans entamer ou en entail-

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