Paroisse, Opusc. dechir
BLESSURES DU CRANE ET DE L’ENCÉPHALE
lant la dure mère. Ces lambeaux osseux sont complètement détachés avec les parties molles correspondantes ou restent adhérents par quelques portions du péricrâne.
Quand l’arme porte obliquement, surtout sur les parties latérales qui présentent une assez longue étendue, elle peut tailler de larges lambeaux adhérents ou fracturés à leur base. Legouest en représente deux beaux spécimens figurés d’après des pièces déposées au musée du Val-de-Grâce.
Lombard, dans sa Clinique, en avait déjà rapporté un exemple intéressant : Un Autrichien reçut, au passage du Rhin, sur la partie latérale droite de la tôle, un coup de sabre qui lui euleva une partie du pariétal de plus de 4 pouces 10 centimètres environ). Le cerveau restait à découvert sans être offensé. Le lambeau cutané et osseux fut réappliqué et le blessé guérit, ne s’étant jamais plaint que de la petite quantité d’aliments qu’on lui distribuait.
Les plaies du crâne par armes tranchantes ne sont pas aussi nettes qu'on pourrait le penser, à l'inspection de ces blessures. L’action de ces armes qui, le plus souvent, sont à la fois coupantes et contondantes, et la fragilité des tables du crâne, surtout de l’interne, rendent bien compte de leur complexité. Les coupures perpendiculaires, totales, présentent fréquemment des fractures peu étendues de leurs bords, soit de la table externe, soit plutôt de la table interne ou des deux à la fois. Les fragments de la table interne sont généralement déprimés vers la cavité crânienne. Alors môme que les entailles n’intéressent que la table externe, elles peuvent s’accompagner d’une fracture étendue de la table interne dont les fragments sont plus ou moins défoncés vers l’intérieur du crâne. Il en est, parfois, de même dans les abrasions d’un lambeau de table externe .déterminées par un coup de sabre porté très obliquement. Ces lésions de I la lame vitrée étaient très bien connues des anciens, aussi les blessures s du crâne par coups de sabre comportaient-elles, pour eux, une indication du trépan. On s'explique bien la fréquence de ces fractures de la table interne quand on songe qu’avant d’entamer le crâne, l’arme tranchante a lidéterminé la formation d’un cône de dépression. Les fibres osseuses de la table interne, d’un rayon plus court que celles de l’externe, subissent alors, à un plus haut degré que ces dernières, l’influence dissociante du choc.
En raison de son action contondante, l’arme ne borne pas toujours son action à la portion crânienne touchée, et des fêlures, des fissures peuvent se prolonger plus ou moins loin de cette dernière.
Dans certaines coupures perpendiculaires ou obliques, alors que l’intervalle laissé libre entre les deux lèvres de la plaie osseuse n’est pas notable, le diagnostic de la pénétration n’est pas chose facile, mais cette ncertitude ne saurait être préjudiciable au blessé, car, qu’il y ait pénétration ou non, on devra se comporter comme si la plaie était pénétrante, bn pareil cas, nous ne saurions trop nous élever contre toute tentative l’exploration. Dans les abrasions un peu étendues comprenant les deux tables, le diagnostic est évident.
Quand il n’existe pas d’accidents cérébraux indiquant une irritation les méninges par des fragments acérés de la table interne, après avoir lébarrassé les lèvres de la plaie du sang, des cheveux, des petites esquilles 'm d’autres corps étrangers qu’elle peut receler, après avoir rasé le crâne
532 BLESSURES I)E LA TÊTE PAR ARMES DE GUERRE
au pourtour do la blessure, antiseptisô avec le plus grand soin celle dernière et les parties voisines, on recherchera la réunion de la solution de continuité par la suture. La cicatrisation par première intention sera obtenue dans la plupart des cas.
Quand les lambeaux osseux sont complètement séparés de la voûte, mais qu’ils restent encore adhérents aux lambeaux tégumentaires, faut-il, à l’exemple de Paré, de Rouhault, Belloste, Larrey, Hen.nen,Gutiirïe et d’autres, tenter la réunion de l’os et des parties molles qui y adhèrent? Le temps n’estpas loin de nous oiila plupart des chirurgiens réprouvait cette pratique. Certains avec Larrey et Gütiirie ne réappliquaient le lambeau que quand la pièce osseuse était très adhérente et, dans le cas contraire, ils l’enlevaient. Les succès nombreux qu’on obtient avec les greffes osseuses, autorisent à conserver le fragment osseux, quelque faibles que soient ses adhérences, à condition qu’il soit suffisamment antiseptisé.
Les coups de sabre portés sur la tête qui n’intéressent que les os, déterminent, au moment du choc, une commotion cérébrale plus ou moins grave, surtout quand ils ont été dirigés sur le vertex et portés perpendiculairement.
La lésion concomitante du cerveau est si fréquente dans les plaies du crâne par armes blanches, qu’à l’encontre de beaucoup d’auteurs, nous n’avons pas cru devoir étudier à part les plaies par armes tranchantes du crâne seul, et celles du crâne et du cerveau. Tantôt la lésion de l'encéphale consiste en de simples entailles, dans les plaies perpendiculaires, tantôt, comme dans les plaies horizontales ou obliques, en de véritables pertes de substance. Les exemples d’abrasions cités par Paroisse sont restés classiques :
A la bataille de Landrecies, 22 blessés avaient eu le vertex emporté par des coups de sabre portés horizontalement; sur le nombre, il y en avait 12 dont la plaie avait la largeur de la main et offrait une perte de substance de la dure-mère et du cerveau. Chez les 10 autres, la plaie du crâne et du cerveau était moins étendue. Tous ces malheureux firent plus de soixante lieues à pied en six jours, préférant, malgré la gravité de leurs blessures, faire leurs étapes à pied plutôt que de s’exposer au tourment affreux qu’occasionnaient les secousses des charrettes. Pendant leur voyage, ils furent à peine pansés, mais ils conservèrent toute leur force et tout leur appétit. Le troisième jour, ils éprouvèrent une fièvre légère avec des douleurs locales peu vives, mais ces symptômes s’amendèrent. A la fin de la seconde semaine, les 12 premiers présentèrent les symptômes de la méningoencépbalite ; ils commencèrent à devenir tristes, mais sans éprouver de fièvre. Au bout de deux ou trois jours, la tristesse augmenta, le malaise survint, les plaies se montrèrent sèches, le cerveau plus mou et plus affaissé, l’appétit diminua et ces hommes, d’abord privés de l’odorat, perdirent, le lendemain, la vue et le goût, le surlendemain, l’usage de tous les sens; une somnolence profonde se montra, sans agitation ni convulsions, mais le cerveau parut de plus en plus affaissé, la duremère ridée et comme desséchée. La prostration des forces persista et la mort arriva pour ces 12 blessés du vingt au vingt-deuxième jour.
Les autres survécurent sans avoir présenté aucun accident qui pût faire soup çonner la lésion du cerveau et de ses membranes b
1. Paroissk. Opuscules de chirurgie, p. 41. Peut-être y aurait-il lieu de faire des reserves sur la terminaison trop heureuse d’un si grand nombre de ces blessures. Si Paroisse avait pu suivre ses blessés, il est probable qu’il eût constaté des accidents consecutifs-
BLESSURES DU CRANE ET DU CERVEAU. 533
Dans les entailles, la plaie est d’ordinaire assez large pour rendre facile ; ie diagnostic de pénétration ; dans les abrasions, celui-ci est évident.
Malgré les remarquables exemples do guérison de plaies étendues du { cerveau par les armes tranchantes qu’ont recueillis les auteurs, en par ti- | culier Larrey1, ces blessures étaient, il y a peu de temps encore, regardées bl comme des plus graves. Trop souvent, après une période de calme signalée : . seulement par l’écoulement incessant de liquide céphalo-rachidien, la subil stance cérébrale s’eullammait, faisait hernie et le blessé succombait rapi- 1 \ dement. Rares étaient les cas dans lesquels la surface de la plaie se recou- 1 vrait de bourgeons charnus qui fournissaient les éléments d’une cicatrice | fibreuse. Grâce aux méthodes actuelles de pansement le pronostic est moins sombre, tout en étant cependant encore sévère, il est évidemment moins sérieux quand le crâne seul a été intéressé que quand le cerveau a U été simultanément atteint.
Après avoir rasé, nettoyé les environs de la plaie et antiseptisé cette ; dernière, on s’assure, si l’écartement des lèvres de la lésion osseuse ou l'étendue de la perte de substance crânienne rend cette exploration directe : facile, que des fragments osseux n’ont pas été déprimés ou propulsés vers - les méninges et le cerveau. Cette constatation faite, on enlève les fragments
I libres, en s'aidant au besoin du trépan. Dans des conditions opposées, on attend, pour intervenir, l’apparition d’accidents. Dans les plaies avec perte de substance du crâne et du cerveau, certains se contentent de l’application de topiques antiseptiques. A notre sens, on peut et on doit faire . j plus : recouvrir la perte de substance avec des lambeaux autoplastiques '.-empruntés aux parties molles voisines. C’est le moyen d’éviter une cicatrice étendue, très rétractile, capable de déterminer des accidents cé- > rébraux à une époque ultérieure.
ILes entailles laissées au crâne par les coups de sabre finissent par se combler, mais ce résultat n’est obtenu qu’au bout d’un temps assez long {(Lombard). Parfois la cicatrisation osseuse ne s’effectue pas, ainsi qu'en témoigne l’observation de l’officier d’artillerie dont parle Larrey. Ce blessé I pt avait été profondément frappé au niveau de la région pariétale droite par 1 un coup de sabre. Dix ans plus tard il se suicida en faisant pénétrer une {i lame de couteau par la plaie osseuse non oblitérée.
INous parlerons plus loin des troubles consécutifs auxquels ces blessures peuvent donner lieu.
LÉSIONS DU CRANE PAR LES PROJECTILES
Suivant leur incidence, leur vitesse et leur étendue, les projectilcs-produisent des contusions du crâne, des fêlures et des fissures , des fractures dé- ■ primées , circonscrites à une table ou étendues aux deux lubies, des enfoncements considérables, des ablations, des écornures, des sillons, des gouttières, des perforations d'une paroi, ou des perforations de part en part. Toutes ces lésions peuvent s’observer sur la voûte ou sur la base.