LA TÊTE PAR ARMES DE
GUERRE
Contusions. — Déterminées d’ordinaire par les balles ou les éclats d'obus qui frappent le crâne tangentiellement, produites moins souvent par les mômes projectiles animés d’une faible vitesse et frappant directement le crâne, les contusions du crâne avec plaie constituent une lésion assez fréquente. On les reconnaît d’ordinaire à la dénudation de l’os qui en môme temps a subi un changement de coloration : de rosé qu’il était, il a pris une blancheur caractéristique. L’ostéite et la nécrose de la portion dénudée et contuse, souvent observées autrefois, deviendront très rares sous des pansements antiseptiques, mais elles sont encore possibles, et il ne faut pas oublier que si, dans la majorité des cas, elles restent superficielles, elles peuvent aussi être totales, donner lieu à des collections extradure-mériennes» à des abcès de cerveau. La mortalité de ces lésions, sous les pansements anciens, était de 17 p. 100 (Otis). Il serait inutile et impossible de la fixer aujourd’hui. La gravité de la contusion osseuse est liée surtout aux lésions concomitantes de l’encéphale et à la nature des soins apportés aux blessés. Son traitement se confond le plus souvent avec celui de la plaie. La trépanation hâtive est indiquée dans les cas où l’élévation de la température, les signes d’une irritation dure-mérienne [ou cérébrale ou d’une compression du cerveau révèlent l’existence d’abcès intra-craniens. Une ostéite persistante réclamerait l’évidement ou la trépanation.
Fêlures et fissures. — Au lieu de se borner à contondre le crâne, les projectiles après un contact tangentiel, à toute vitesse, ou direct, quand leur force vive est faible, fissurent les tables du crâne, soit l’externe, soit l’interne, ou ces deux tables simultanément. Les fêlures et les fissures isolées de la table externe sont si rares qu’on a pu les mettre en doute. Nous n’avons pu en produire dans nos expériences cadavériques. Les Comptes rendus américains renferment des observations dans lesquelles il est question de ces fissures, mais le diagnostic n’a jamais été vérifié par l’autopsie et Otis nous dit que les pièces du musée de Washington n’en fournissent aucun spécimen. Elles ne semblent possibles que dans la région frontale où les deux tables sont séparées l’une de l’autre.
Par contre, les fêlures et les fissures isolées de la table interne s’observent souvent, nous l’avons constaté dans nos expériences cadavériques. La table externe est contuse, et la table interne présente une fissure longitudinale, généralement de peu d’étendue, des fissures courbes, en étoile, ou limitant des portions d’os triangulaires, quadrangulaires, non déplacées ou déprimées vers l’intérieur du crâne.
Si l’on est en droit de soupçonner des fissures isolées de la table interne dans les contusions de la table externe, on manque le plus souvent de signes précis pour en affirmer l’existence. Ceux qui sont fournis par la percussion du foyer de la fracture, le bruit des frottements rythmiques de la duremère contre la saillie des esquilles, les indications fournies par la violence du choc (Sédillot) manquent de valeur. Le signe fourni par l'irritation des méninges (contractures des muscles de la face ou des membres du côté correspondant à la lésion) est plus important. Il est d’autant plus précieux qu’il renseigne à la fois le chirurgien sur la nature du traumatisme et sur l’opportunité d’une intervention. Mais quand il manque, faut-il trépaner le crâne, au point frappé, jusqu’au diploé, détacher la table externe d’un coup
BLESSURES DU CRANE ET DU CERVEAU
d’élévatoire ou do ciseaV gouger lo diploéet constater de visu l’état do la table interne, qu’on enlève si elle est fissurée, déprimée ou non déprimée? Cette opération, dont les chirurgiens du dernier siècle avaient déjà abusé, et que S én il lot avait reprise, n’était pas utilisée môme à l’époque où ces fractures étaient plus graves qu’aujourd’hui. On réserve actuellement la trépanation pour les cas dans lesquels on constate l’irritation des méninges et du cerveau. L’opération est alors curative, elle n’est plus exploratrice et préventive d’accidents dont la fréquence et la gravité avaient été exagérées par l’illustre chirurgien. 11 considérait, à tort, ces fractures comme presque constamment mortelles après une période plus ou moins longue de bénignité trompeuse. On ne voit pas en quoi une fissure sans dépression de fragments complique sensiblement le pronostic d’une contusion osseuse. Quant iux fractures avec dépression, elles sont .plus sérieuses, mais l’expérience a prouvé que les fractures des deux tables rivée dépression étaient loin d’être constamment mortelles, or il est imposable d'admettre que les fractures avec dépression de la table interne seule soient plus graves que les fractures totales. A l’époque où les plaies suppuraient presque fatalement, la séparation plus ou moins complète de
fragments de la lame vitrée était suivie assez souvent de la nécrose de ces fragments. Il est bien établi qu’il n’en serait plus ainsi, à l’heure actuelle.
Les fissures des deux tables avec ou sans dépression de l’interne sont plus fréquentes que les fissures isolées de cette dernière table. Les fissures de la table interne sont plus étendues et plus nombreuses que celles de l’externe. Cette dernière est sillonnée par une fissure longitudinale, oblique (fig. 215), en
Fio. 215.
Fêlures des deux tables du crâne, dans la région occipitale, produites par une balle de fusil Lebcl. Fêlures en Y et en croissant étendues. On retrouvait les mêmes fêlures sur la table interne.
issure
table
circulaire de la externe du crâne
produite par une balle de tusil Lebel. Du cercle fissurique part en haut et en bas une fissure longitudinale. Sur la table interne, on ne trouvait qu’une fissure longitudinale. (Expériences De- ; lormk-Ch.wasse.)
croissant ou ovalaire. Felizet a observé des fissures ovalaires de la labié externe, esquisses d’une perforation oblique. Nous avons déposé dans notre collection du Val-de-Gràce un spécimen de fissure en croissant de la table externe. La figure 216 représente un bel exemple de fissure circulaire par une balle de 8 millimètres.
Dans les expériences que nous avons faites avec notre collègue Chaasse, nous avons observé sur l’occipital un bel exemple de fracture à peine déprimée de la table externe coïncidant avec une fracture esquilleuse de interne, à la suite d’un coup de balle de 8 millimètres. Sur une longueur le 2 centimètres et une largeur de 7 millimètres, la table externe délimitée »ar un trait fissurique à peine sensible mais continu, a subi une dépression xtrêmement légère, régulièrement concave, plus sensible au doigt qu’à a vue. En regard, la lame vitrée est fracturée et ses esquilles sont déprimées en volet, sur une étendue de 2 centimètres. La pièce repré-
BLESSURES DE