IL PERFORATIONS
Les perforations du corps des diaphyses ont toujours été considérées comme exceptionnelles; certains auteurs en mettent même en doute l’existence. Legouest s’est contenté de les signaler. Riciiter, dans son Traité didactique, ne rappelle qu’un cas de Fischer observé en 1870-71. Fisciieh ajoute à l’observation précédente un autre cas personnel qui ne nous a pas paru très démonstratif. Ce dernier auteur considère ces perforations « comme les blessures les plus rares qui puissent s’observer sur les diaphyses », c’est-à-dire sur le corps même des os, car dans la région diaphyso-épiphysaire il les regarde, d’accord avec la plupart des classiques, comme fréquentes. Cuauvel avance que les perforations des diaphyses lui paraissent très difficiles à admettre et que, jusqu’à nouvel ordre, il reste dans le doute sur la réalité de leur existence1. En fait, en se basant sur les rarissimes observations publiées, il était difficile de s’arrêter à toute autre opinion; mais, par contre, il eût été impossible de conserver le moindre doute sur la réalité et la fréquence de ces lésions après l’examen des pièces si nombreuses et si démonstratives de notre collection du Valde-Grâce.
Déjà dans notre mémoire sur les fractures des diaphyses2, paru en 1881, nous avions fait remarquer que les expériences cadavériques démontraient l’extrême fréquence de ces .perforations. Ce genre de fracture représente, disions-nous, la lésion osseuse la plus ordinaire si l’on tient compte, non seulement des cas de perforation les plus frappants, de ceux dans lesquels l’os présente une perforation nette sans solution de continuité de la diaphyse mais aussi des cas confondus à tort dans la dénomination vague et élastique de fracture comminutive et dans lesquels la juxtaposition de toutes les esquilles adhérentes et libres démontre de la façon la plus évidente qu’i s’agit bien encore d’une perforation quoique d’un type plus compliqué. Nous n’avons rien à retrancher d’une assertion basée sur les faits et, de plus, nous affirmons qu’avec les balles de 8 millimètres, comme avec les balles de Il millimètres, les perforations constituent le groupe le plus important de nos fractures diaphysaires3.
Se basant non sur les résultats de l’expérimentation, mais sur la théorie erronée en vertu de laquelle les traumatismes osseux comme ceux des parties molles sont d’autant plus limités que la force du projectile qui les a produits est plus grande, on a admis que les perforations sont déterminées par des balles animées d’une vitesse considérable. Nous avons constaté au contraire, dans nos expériences, qu’on les obtenait d’autant plus aisément et avec le plus de netteté quand ces projectiles n’étaient poussés qu’avec une faible vitesse. Pour perforer un corps diaphysaire,
1. J. Chauve!.. Art. Plaie du Dictionnaire encyclopédique, 1889.
2. Ed. Delorme, Des types de fractures des diaphyses, etc., o. c., p. 19.
3. Ce n’est pas seulement sur les os de l'homme que ces perforations s'observent avec ce degré de fréquence. Il résulte de l'examen des remarquables planches que B. Beck a jointes à son mémoire sur les effets des projectiles Laurenz, U ber die Wirkung moderner gevvenrprojectile... Leipzig, 1883, qu’on les constate usuellement sur les os des grands animaux qui ont la même structure que ceux de l’homme.
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il ne faut à une balle qu’une vitesse un peu supérieure à celle nécessaire pour produire une fracture par contact. Avec des vitesses moyennes ou fortes, on obtient encore des perforations si la balle traverse l’os près de son axe, mais alors le type de- la perforation est plus complet et la continuité de l’os est interrompue.
Nous avons remarqué que tous les corps diaphysaires pouvaient être perforés par les balles, aussi bien ceux des grands os comme le fémur, le tibia, l’humérus, que ceux des petits oscomme les métatarsiens, les métacarpiens et les phalanges; mais, et il est à peine besoin de le faire remarquer, sur les premiers et en particulier sur le tibia, le fémur et l’humérus, les perforations sont ordinaires, tandis que, sur les os à tissu diaphysaire très compact, comme le péroné, la clavicule, elles sont plus rares.
Il ne faudrait pas croire que les perforations du corps des diaphyses consistent dans un trou net de dimensions plus ou moins égales à celles de la balle et intéressant une seule ou les deux parois. On a parlé de perforations des diaphyses sans fêlures ni fissures; ceux qui ont avancé le fait, ou bien ont entendu parler des perforations du tissu spongieux épiphysaire, ou bien ont basé leur description sur l’étude de pièces recueillies et examinées longtemps après le traumatisme alors que les fêlures et les fissures étaient oblitérées par le travail de réparation. Il est impossible que des perforations du corps des diaphyses soient exemptes de fêlures et do fissures, car avant de traverser l’os, la balle, par le seul fait de son contact avec lui, a produit une fracture par contact, c’est-à-dire a délimité des esquilles. Gomme nous l’avons établi : la fracture par perforation n'est qu'une fracture par contact avec une perforation surajoutée .
Nous avons distingué deux espèces de perforations des corps diaphysaires : les, perforations incomplètes et les perforations complètes.
Perforations incomplètes. — Les perforations incomplètes, c’està-dire d'une seule paroi de la portion dure des diaphyses ne peuvent être produites, la chose est facile à comprendre, que par des balles animées d'une très faible vitesse. Or, comme l’état comminutif d’une fracture est en raison inverse de la quantité de mouvement dont la balle est animée, il en résulte que le type de ces fractures ne peut qu'être très simple. Les pièces sur lesquelles nous les avons produites présentaient le premier type des fractures par contact non comminutives, c’est-à-dire des fissures en X atteignant par leurs extrémités la fissure symétrique sans subdivision des esquilles, ou le premier type comminutif. Au point d’entre-croiscmcnt des fissures en X se t rouvait une ouverture régulièrement circulaire du diamètre de la balle ou d’un diamètre un peu inférieur.
La figure 25, page 38, en est un bel exemple1.
Dans certains cas très exceptionnels, ce n’est pas la balle qui a produit la perforation, mais un fragment du projectile. Par le fait do son contact avec l’os, la balle s’est subdivisée et tandis cpie sa portion principale s’est déviée, un fragment plus ou moins volumineux a pénétré la diaphyse.
I. Nous avons obtenu un beau spécimen de fracture par perforation incomplètodu fémur avec une balle de fusil Lcbel à la distance de 1 400 mètres. Le type de la fracture était celui fpie nous décrivons. La balle était engagée dans le canal médullaire. Elle avait subi une déformation de pointe consistant en un étalement. Une petite portion de 1 enveloppe détachée na pu être retrouvée malgré une exploration minutieuse. (E. Delorme et Ciiavas.sk.)
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Môme dans ce cas, la pénétration se complique toujours de traits fissuriques. Nous avons vu un fragment de balle encastré dans rime des parois d'un fémur. Dans les comptes rendus de la guerre d’Amérique, on voit représenté un humérus perforé par un fragment de balle. Possibles avec des balles de plomb mou, ces lésions ne pourraient plus s’observer avec des balles à enveloppe métallique.
Dans une variété ou, si l’on veut, dans un type intermédiaire entre la
perforation incomplète que nous venons de décrire et la perforation complète, la balle a entamé la deuxième paroi deladiâphysesans cependant quitter la cavité médullaire. Elle a soulevé quelques esquilles adhérentes qu’elle a eu la force de délimiter sans pouvoir en dépasser le niveau. Les deux fémurs, que nous avons déposés au musée du Val-de-Grâce et que nous représentons ici fig. 26), sont des exemples de cette variété de perforation incomplète.
Tandis que, dans le type ordinaire, on ne peut guère espérer voir la balle sortir spontanément de la cavité médullaire, dans cette variété, le détachement des esquilles pourra faciliter ou assurer son issue.
En somme, dans les perforations incomplètes ou d’une seule paroi, le type de fracture est simple, mais la lésion est compliquée de la présence de la halle dans la cavité médullaire et de fragments esquillcux provenant de la paroi traversée.
La balle qui a pénétré l'os, tantôt correspond à la perforation môme de la paroi : elle fait en dehors une saillie plus ou moins accusée, ou plutôt reste cachée dans la cavité médullaire dans laquelle on la trouve aplatie, déformée quand elle est faite de plomb mou; tantôt elle paraît avoir cheminé dans le canal médullaire et s’ôtre arrêtée à une certaine distance de la perforation.
Fig. 2o.
Fracture par perforation incomplète du tibia, b, balle logée dans le canal médullaire; e, e, grandes esquilles dont l’une est même incomplète; (I) /, s, fissure symétrique delà perforation. (Pièce de notre collection du Musée du Val-de-Grâce.)
11 semble qu’il en ait été ainsi chez le roi de Navarre, dont Paré nous a rapporté l’histoire reproduile par les classiques. La halle avait pénétré au niveau de l’épaule; à l'autopsie l’illustre chirurgien la trouva au beau milieu de la cavité de l’os du bras. Mais il est plus plausible d’admettre que le projectile pénétrant de haut en bas suivant l’axe de l’os s’était engagé directement dans la cavité médullaire assez loin de son orifice de pénétration qui répondait à la tête humérale, plutôt que de supposer qu’elle ait « coulé dans la cavité ».
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Sur un blessé de Broca dont Legouest a résumé l’observation, la balle a, dit-on, réellement subi un déplacement. Quoi qu’il en soit, celui-ci n’est jamais considérable.
Ricuter a avancé qu’il était nécessaire que les balles qui produisent des perforations incomplètes, non seulement soient animées d’une faible vitesse, mais encore qu’elles soient de petit calibre et qu’elles aient une dureté assez grande pour ne pas s’aplatir contre les os. Ces conditions, à part la
Fig. 26.
Fractures par perforations incomplètes du type intermédiaire entre les perforations incomplètes et les perforations complètes. On remarquera la simplicité du type de la fracture à grandes esquilles. — I, b , balle engagée dans le canal médullaire; f, s, fissure symétrique à travers laquelle on voit le jour. — II, face postérieure du même fémur dont la faco antérieure est représentée enl; b, balle soulevant trois esquilles qui sont adhérentes excepté au niveau du bord par lequel elles se correspondent. — III, deuxième fémur présentant la même lésion; o, e, orifice d’entrée de la balle b sur la face antérieure ; f , s, fissure symétrique divisant longitudinalement la face postérieure. Les deux grandes esquilles principales sont ici divisées par un trait transversal. La balle soulève en volet deux esquilles adhérentes ; on les a conservées dans la position qu'elles occupaient après le traumatisme. (Pièce de notre collection du Musée du Val-de-Grâoa.)
première, ne sont pas indispensables. Les balles employées pendant les guerres du premier Empire avaient 16 millimètres, or Percy et Hennen ont vu des perforations incomplètes produites par ces projectiles ; nous-même en avons produit avec des balles de fusil Gras de 11 millimètres et toutes ces balles étaient des balles de plomb mou.
Comme les perforations incomplètes des corps diaphysaires ne peuvent être produites que par des balles animées de faibles vitesses, il faut s’attendre à ne les observer qu’exceptionnellement en campagne, surtout avec
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les dispositifs actuels de combat. On les constate môme très rarement dans les tirs d’expérience. Percy disait n’en avoir obtenu que 8 sur plus de 2 000 coups de feu tirés à dessein sur des cadavres; nous n’en avons produit que 4 sur un nombre bien plus considérable de coups de feu. Le silence des auteurs semblerait faire croire qu’elles sont plus rares encore, car on ne
peut guère citer que les cas de Parc, de Bilguer, de IIennen, de Dupuytren, de Malgaigne, de Demme, de Broca, enfin quelques exemples reproduits par Otis dans les Circulaires èt les deux derniers tomes des comptes rendus de la guerre d’Amérique.
Perforations complètes. —
A l’encontre de ce qu’on constate dans les perforationsincomplètes, les fractures par perforation complète ou des deux parois symétriques du corps des diapbyses comportent des types simples et des types composés , des lésions qui ne s’accompagnent pas de solution de continuité de la diaphyse et des fractures des plus coinminutives.
Les dernières sont même de beaucoup plus fréquentes que les premières.
On peut retrouver dans les fractures par perforations complètes tous les types et toutes variétés de fractures par contact, mais on en constate surtout trois principaux peu comminutifs et deux comminutifs.
Types peu comminutifs. Ier Type.
— C’est celui de la fracture par contact à deux grandes esquilles non subdivisées avec une perforation de part en part surajoutée (fig. 27).
Au point d’entre-croisement des fissures en X, point qui correspond à l’endroit où le projec-
Fig. 27.
Fracture par perforation complète de l’humérus. On remarquera la régularité des doux esquilles latérales e, e, I, II. Les trois courtes esquilles é e'é, (U), détachées de l’orifice de sortie ont été remises en place. Sur cette pièce très intéressante à cause de cette anomalie, la fissure symétrique qui devait répondre au bord antérieur de l’humérus est remplacée par une double fissure située de chaque côté de ce bord. (Pièce de notre collection du Musée du Val-de- Grâce.)
tile a frappé l’os, la balle a abrasé à l’emporte-pièce une portion de la paroi généralement circulaire, du môme diamètre qu’elle ou d’un diamètre un peu inférieur (fig. 27).
Si, pendant qu’elle a traversé la première paroi, la balle n’a pas subi de déviation notable, elle trouve sur la deuxième paroi la fissure symétrique.
LÉSIONS DES DIAPI1YSES PAR LES PROJECTILES
Or, suivant la quantité de mouvement qui lui reste, ou suivant que la délimitation des deux esquilles est plus ou moins complète, elle peut : 1° écarter les deux grandes esquilles sans les entamer, la chose est tout exceptionnelle , si tant est qu'elle soit possible; 2° enlever à l’une de ces esquilles ou à chacune d'elles une surface semi-lunaire juste suffisante pour compléter avec l’écartement des esquilles l’orifice de sortie, ou bien 3° délimiter d’un côté de la fissure symétrique 2 ou 3 esquilles plus ou moins régulièrement triangulaires qu’elle soulève ou libère. Dans ce cas, comme dans le deuxième, on trouve de petits fragments esquilleux dans le canal de sortie. Ainsi très rarement l'orifice de sortie est régulier et sans esquilles; même dans ce type de tous le plus simple on en trouve un certain nombre dans le canal de sortie.
Elles répondent d’ordinaire à l’orifice de sortie osseux même, parfois au trajet parcouru dans les parties molles.
Nous venons de dire que l'orifice d’entrée était d’ordinaire circulaire et approximativement du diamètre de la balle. Il peut être ovalaire et très étroit : c’est que les deux esquilles latérales délimitées par de profondes lissures avant que le projectile ait perforé la première paroi de l’os, se sont écartées assez pour permettre à la balle de pénétrer cette première paroi en n’échancrant qu’une petite surface semi-lunaire de chaque esquille '.
Comme les fractures par contact dont elles dérivent, les perforations du premier type peuvent présenter bien des variétés ;
les traits fissuriques tantôt sont inégalement délimités, incomplets, peu profonds; ils commencent parfois non au niveau de la perforation, mais à peu de distance de celle-ci. Le type n’en reste pas moins le même, il s’agit toujours d une perforation complète, compliquée de fêlures présentant la direction do
•Fig. 28.
Fractures par perforation complète du tibia et du radius (2° type). Elles présentent deux esquilles très régulières subdivisées par un trait transversal. (Pièces dessinées d'après nature.)
L Certaines fractures par gouttières présentent cette ouverture ovalaire étroite coïncitlant avec deux grandes esquilles, aussi pourrait-on les confondre avec ces perforations. La confusion a été faite par Bornhaüpt entre autres. Pour l’éviter, il faut bien établir les rapports du trajet musculo-cutané et du trajet osseux. Il est tangentiel à l os dans le premier cas, axile dans le second. Il est d’ailleurs tout à fait exceptionnel qu’une balle écarte es deux esquilles principales sans les entamer et quand on constate ce genre do fracture, On doit plutôt supposer une gouttière ou une fracture par contact avec dépression de l os a" niveau du contact.
LÉSIONS DES OS PAR LES ARMES DE GUERRE
celles des fractures par contact en X. Cliniquement ces fractures offrent également entre elles des différences importantes. Quand les fissures sont peu profondes et les adhérences périostiques solides, la continuité de l’os peut ne pas être interrompue. Quand elle est interrompue, suivant que les deux traits supérieurs ou inférieurs de l’X ou un trait diagonal sont plus accusés, on peut croire h une fracture en V ou à une fracture oblique longitudinale. Nous reviendrons sur ce point à propos du diagnostic.
Fig. 29.
Fracture par perforation complète du tibia atypique (variété du 2e type). Le trait transversal subdivise seulement l’une des esquilles principales. (Pièce de notre collection du Val-dc-Grâce.)
Ce type de perforation est produit par un projectile animé d’une faible vitesse. Avec la balle de revolver il est habituel. Nous l’avons obtenu aussi bien, dans les conditions de vitesse indiquées, avec les balles à enveloppes métalliques qu’avec les balles de fusil Gras.
2e Type. — Il dérive du second type des fractures par contact. Un trait transversal subdivise les esquilles primitives (fig. 28). Quant aux orifices d’entrée et de sortie, ils présentent les caractères déjà décrits. Cliniquement, cette fracture ressemble plutôt à une fracture transversale qu’à une fracture à grandes esquilles perforées.
On rencontre assez souvent une variété établissant une sorte de lien entre ce second type et le premier, dans lequel une seule esquille est subdivisée (fig. 29). Enfin, certaines fissures peuvent être peu profondes ou imparfaitement délimitées.
3e Type. — Ce type est constitué par la fracture par contact en Y à une grande esquille avec une perforation surajoutée et des esquilles courtes plus ou moins nombreuses au niveau du canal de sortie. Nous l’avons observé communément dans des tirs avec les balles de 8 millimètres à enveloppe métallique.
Types comminutifs. — 11 nous reste à parler des types comminutifs. Au point de vue de la disposition des fissures, de l’étendue, de la forme des esquilles, de leur subdivision, ce sont les types composés des fractures par contact. Ils sont déterminés par des balles animées de vitesses moyennes ou élevées. La balle du fusil Lebcl les produit comme les produisait la balle du fusil Gras et comme les produiraient les balles similaires des armées
LÉSIONS DES DIAPHYSES PAR LES PROJECTILES. 43
étrangères. On les obtenait déjà avec les projectiles cylindro-coniques anciens et les balles sphériques.
Dans notre Mémoire nous en avons reconnu deux types. Dans le premier, le plus ordinaire, chacune des grandes esquilles est divisée suivant sa longueur par un trait semi-lunaire, rarement vertical, qui comme les traits principaux ne s’arrête qu’à la fissure symétrique. Il en résulte la formation de quatre esquilles principales, deux sur chaque paroi. Celles qui sont le plus rapprochées de la perforation ont la forme semi-lunaire, les autres, qui répondent à la fissure symétrique, sont triangulaires1. Quelques traits secondaires transversaux ou obliques peuvent encore subdiviser ces esquilles principales. Les décollements périostiques sont plus considérables ici le long des fissures que dans les types non comminutifs. Dans le second, plus compliqué encore mais plus rare, deux traits semi-lunaires subdivisent chaque esquille principale, ce qui entraîne la formation de trois grandes esquilles sur chaque paroi au lieu de deux. Chacune de ces grandes esquilles est elle-même subdivisée par des traits secondaires transversaux ou obliques.
Si au point de vue de l’anatomie pathologique ces deux types sont très distincts, cliniquement il semble qu’ils offrent de telles analogies qu'on ne peut que les confondre, car si le dernier est plus comminutif que l’autre, tous deux appartiennent à la catégorie des fractures qui donnent la crépitation du sac de noix. Pratiquement on peut cependant les reconnaître quelquefois par ce signe : dans le premier les esquilles bien que très subdivisées restent encore en place; dans le second elles sont en partie chassées dans l’épaisseur des tissus du membre.
On rencontre beaucoup de fractures par perforations dans lesquelles une seule esquille présente cet état comminutif très accusé, l’autre restant intacte, non subdivisée. Elles constituent des variétés intermédiaires entre les types peu comminutifs et les types très comminutifs. Au point de vue anatomo-pathologique et clinique, il est bon de les distinguer car ils offrent des conditions plus satisfaisantes pour la réparation que les types plus comminutifs. Enfin nous rappellerons ici que la caractéristique de l’état comminutif est la subdivision des esquilles principales et non la constitution d’un type particulier. Si on observe plus souvent cet état comminutif dans les perforations à deux grandes esquilles, on peut le constater encore et souvent même dans les fractures cunéennes, dans les fractures à trait transversal subdivisant chaque esquille principale, etc.
I. Bokniiaupt a avancé (0. c.) que, clans les fractures par perforation comminulives, les fissures produites à l'orifice cl’entrée ont leur convexité dirigée vers l’orifice d entrée, celles qui répondent â la paroi postérieure ont leur convexité dirigée vers ce dernier, que la direction curviligne des fissures latérales est d’autant plus prononcée que celles-ci se rapprochent plus des points frappés par la balle; que les fissures qui partent des deux points île contact opposés s’entre-croiscnt sur les deux faces de l’os. D après la figure de son mémoire, ces faces seraient celles qui sont situées dans un plan perpendiculaire au trajet. Cette conception n'est point exacte généralement. Les fissures ont leur lomtxitc. tournée vers l’orifice d'entrée, leur concavité vers la sortie; les fissures latérales sont ' au tant plus courbes qu’elles s’éloignent davantage de l’orifice d’entrée, enfin les liss.ii 1 * s qui partent de l’entrée ne vont pas rejoindre des fissures latérales longitudinales < t b u> ' U ' ne répond pas à ces fissures. Les traits latéraux sont d'ordinaire obliques, <tu\i ignés, comme les traits principaux et se dirigent vers la fissure symétrique. Quand pai exi 1 P 101' on constate des fissures curvilignes à convexité tournée vers l’orifice de sortie, c est qu< ci onlice répond à un bord épais (ligne âpre).
LÉSIONS DES OS PAR LES ARMES DE GUERRE
Il nous reste à préciser la disposition des orifices d’entrée et de sortie de ces fractures par perforation comminutives. Sur la fracture reconstituée, l’orifice d’entrée présente encore sa régularité : il est arrondi ou légèrement ovalaire, du diamètre delà balle. Quant à l’orifice de sortie, il est large, béant. (Yoy. fig. 30.) C’est qu’en arrivant sur face osseuse aux dépens de laquelle cet orifice est constitué, le projectile a trouvé devant lui non plus la paroi rigide des deux grandes esquilles comme dans les types peu comminutifs mais une paroi déjà très comminutivement fragmentée1 dont les esquilles courtes et peu adhérentes ne pouvaient qu’achever de se séparer sous l'influence de l’impulsion communiquée par une balle animée d’une grande ou d’une très grande vitesse. Si le projectile joue le principal rôle dans la projection de ces esquilles, il n’est pas le seul à la produire. Les fragments détachés de l’orifice d’entrée auxquels il a communiqué une grande force vive, les esquilles mômes de ladeuxième paroi traversée qui se trouvaient sur son passage et qu’il a projetées latéralement ont contribué encore à agrandir celte ouverture.
Ces nombreuses esquilles détachées avec violence de l’orifice de sortie osseux, ne correspondent plus à cet orifice comme cela se constate dans les types peu comminutifs. Elles sont chassées vers l’orifice de sortie des parties molles. Certaines le traversent en augmentant ses dimensions, d’autres pénètrent avec force dans les tissus mous, les déchirent et s’y enfoncent à une profondeur d’autant plus considérable que la quantité de mouvement qui leur a été communiquée est plus grande.
Avec la balle du fusil Gras, on obtenait le premier type comminutif dans des tirs à distances moyennes, le second à celles de 300 à ISO mètres. À une portée inférieure à 180 mètres, portée à laquelle on observait les effets explosifs, les esquilles latérales subdivisées obéissant pour la plupart à l’action du projectile, s’échappaient par l’orifice de sortie qui prenait des dimensions considérables, et le foyer de la fracture était presque totalement débarrassé d'esquilles. Mais le biseau des fragments supérieur et inférieur faisait déjà reconnaître qu’on avait (anatomiquement parlant) affaire à une perforation très comminutive, et la juxtaposition des esquilles que nous avions soin de recueillir sur le cadavre nous permettait de l’affirmer. Avec les balles de 8 millimètres à enveloppe métallique on constate également les plus graves des perforations jusqu’à une distance de 200 à 250 mètres, les perforations très comminutives jusqu’à 400
Fig. 30.
Perforations complètes du fémur. Aspect et dimensions comparatives de l'orifice de sortie d’une perforation d’un type comminutif et d’un type non comminutif.
(Pièces de notre collection).
1. Rappelons que la fragmentation était déjà produite par le seul contact du projectile avant la perforation.
LÉSIONS DES DIAPHYSES PAR LES PROJECTILES
mètres et les types comminutifs de 400 mètres jusqu’à 1 000 mètres.
Nous n’avons eu eu vue jusqu’ici dans la description des types comminutifs des fractures par perforation que ceux dans lesquels les deux esquilles principales, d’égale longueur, ont été produites par des balles qui ont atteint le corps de la diaphyse près de son centre. Ce sont les fractures qu’on rencontre le plus souvent. Quand la balle s’est au contraire rapprochée de la circonférence de l'os, elle détermine deux grandes esquilles d’inégale longueur et inégalement subdivisées. Celle formée aux dépens des parties les plus périphériques de l’os, est moins longue, plus comminutivement fragmentée, l’autre plus résistante n’est point subdivisée au môme degré, ou ne présente que quelques traits fissuriques.