Communication orale
BLESSURES DE LA TÊTE PAR ARMES DE GUERRE
Nous avons constaté avec noire collègue Ciiavasse que ces projectiles pro- ; duisaient sur cette table et le diploé, une abrasion à bords tranchants, à pic, si réguliers qu’ils semblent déterminés par un instrument coupant (fig. 18, p. "21-1). Cette abrasion est moins compliquée de fragmentations à distance du ; trajet; mais alors même que celui-ci paraît des plus simples et qu’il est ! limité î\ la table externe et au diploé, on Lrouve sur toute l’étendue du sillon, dont elles dépassent les limites, des esquilles libres, détachées de la ! table interne déprimées sur la dure-mère ou vers la cavité crânienne. On conçoit que l’ablation de ces esquilles nécessite une large incision des téguments et puisse exiger l’application de plusieurs couronnes de trépan.
Sur la pièce typique que représentent les tig. 221 et 222, nous voyons une canalisation en gouttière, à bords tranchants, du frontal. Le fond de cette gouttière, à bords nets, est occupé par un certain nombre de fragments osseux libres, provenant de la table externe, du diploé et de la table
Fig. 221. Fig. 222.
Fig. 221. Gouttière profonde du frontal droit. Dans le sillon, on aperçoit des fragments nombreux. I| — Fig. 222. Dépression considérable de la dure-mère sur le vertex. Une excision partielle de i cette membrane fait voir de nombreuses et volumineuses esquilles. (Expériences Delorme- i Chavasse.)
interne. L’autopsie a révélé des lésions profondes plus étendues que celles qu’on eût pu soupçonner. De nombreuses et grandes esquilles provenant de la table interne, en partie adhérentes, en partie libres, étaient logées dans une cavité cranio-dure-mérienne qui s’étendait sous la partie supérieure du frontal et des pariétaux, mesurait 7 centimètres de diamètre transversal et 2 centimètres et demi de profondeur.
Peu de temps après la blessure, une dépression osseuse en gouttière, sentie à travers le cuir chevelu, permettrait d'établir le diagnostic; mais bientôt la lésion sera masquée par un épanchement sanguin du cuir chevelu. Parfois la constatation de la gouttière par les plaies d’entrée et de sortie i renseignera le chirurgien; mais le plus souvent le diagnostic sera incertain, avant toute intervention directe. On ne pourra confondre la gouttière avec une fracture déprimée produite par une balle, laquelle ne s'accompagne pas d’une perte de substance de la table externe.
Des perforations. — Les perforations des deux tables de la paroi crânienne en un point ( perforation unique ) ou en deux points symétriques {perforation double ou de part en part), sont les plus communes des lésions crâniennes produites par les balles et par les éclats d’obus.
BLESSURES DU CRANE ET DU CERVEAU
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Perforation unique. — La perforation unique représente une perte h de substance nettement circulaire, quand le projectile a frappé normalement la surface du crâne, ovalaire, elliptique, j| quand elle a pénétré obliquement. L’orihj ûce de la première table a des dimen- U sions inférieures â celles de la balle.
Il Celle-ci, pour ne pas pénétrer le crâne b de part en part, doit être animée d’une I: assez faible vitesse, or l’on sait que les ■ orifices osseux produits par des balles à Il faible vitesse sont, d’une façon générale, u de diamètre inférieur â celui de la balle.
I< Cet orifice est net, régulier, taillé à l’em- I] porte-pièce. L’orifice de la deuxième table Il est au contraire agrandi, quoique con- H servant encore sa forme circulaire. Les l petites esquilles qui en dépendent resi tent au contact de la dure-mère ou sont r propulsées dans le cerveau. Quant au |i canal, il est conique à base répondant à . l’orifice interne. Dans les perforations I obliques, il n’est pas rare de constater à
l’extrémité inférieure de l’ellipse un fragment de la table externe déprimé
et à l’autre extrémité un fragment soulevé (fig. 223). Tous deux ont la forme d'un croissant.
Les petits éclats de projectiles creux déterminent des perforations à caractères semblables, quoique moins régulières.
Dans quelques cas, comme on peut le constater sur plusieurs belles pièces que nous avons déposées au musée du Val-de- Grâce, la balle, après avoir perforé une paroi du crâne, traverse la totalité du cerveau, et n’ayant pas assez de force pour percer la deuxième paroi en un point symétrique, s’arrête contre cette dernière, contusionne sa table interne et fissure l’externe, fissure les deux tables (fig. 22-i), fissure l’interne et fracture l’externe dont les fragments limités par des fissures rayonnantes et circulaires sont plus ou moins soulevés (fig. 223). Parfois on observe sur la deuxième paroi un cône de soulèvement d’esquilles (fig. 226). Le projectile eût. possédé encore quelque force vive, il eût traversé celte deuxième paroi.
< C’est là une variété de traumatisme intermédiaire entre la perforation
Fig. 224.
Perforation oblique du frontal. La balle s’est arrêtée contre la partie inférieure d'un pariétal, l’a divisé, ainsi quo l’occiput, par une longue et profonde fissure, et a abandonné dans la fissure (au travers de laquelle elle cherchait à s'insinuer) uu petit fragment de plomb contourné. (Pièce de notre collection.)
Fig. 223.
Perforation du frontal par une balle de 1 lram. Ouverture elliptique; fragment en croissant à l’extrémité inférieure de l’ellipse. Sur l’extrémité supérieure se trouvait un fragment similaire que nous avons enlevé pour montrer un fragment de balle arrêté contre le bord tranchant de la perforation. Fissure inférieure, habituelle dans ces perforations du frontal. (Pièce de notre collection.)
BLESSURES DE LA TÊTE
PAR ARMES DE GUERRE
unique et la perforation de part en part. Un épanchement sanguin cir- !■ conscrit soulevant le péricrâne, une douleur locale au niveau de la paroi fissurée ou soulevée, permettront parfois au chirurgien de reconnaître la seconde fracture, comme l’observation suivante le prouve :
Une balle, après avoir perforé le pariétal gauche, vint s’arrêter contre la paroi interne du crâne, à un centimètre de la suture occipitale. Les indices fournis par une exploration directe, ceux indiqués par le blessé (douleurs) et une légère ecchymose cutanée répondant au point oh la balle s’était fixée, engagèrent Larrey1 à mettre l’os à découvert à ce niveau. Il fit, à cet endroit, une incision cruciale et constata une petite fissure. Celle-ci l’engagea à appliquer une couronne de trépan. Sous la pièce osseuse détachée parla couronne, il trouva une moitié de la balle aplatie.
Si ces signes peuvent servir de guides sûrs quand la lésion crânienne est
Fig. 225. Perforation du crâne. La balle, après avoir pénétré le pariétal gauche, s’est arrêtée à la face interne du pariétal droit Fissures rayonnées, en étoile, étendues. Une fissure à direction circulaire délimite complètement une esquille. (Pièce de notre collection.) — Fig. 226. Perforation du crâne au niveau du frontal gauche. La balle s’est arrêtée contre la face interne du frontal droit, et a délimité trois esquilles rectangulaires qu’elle soulevait en volet.
limitée, ils sont incertains dans le cas contraire. Sur la pièce de la figure 224, un fragment de la balle après avoir traversé le frontal s’est arrêtée entre les bords d’une longue fissure sillonnant l’occiput et un pariétal. Qu'un blessé ait présenté cette lésion, l’épanchement et la douleur très étendus n’eussent pu renseigner le chirurgien sur le siège du projectile.
La caractéristique des perforations simples, c’est la présence du projectile logé dans le cerveau à une profondeur variable, parfois très loin de l’orifice d’entrée.
Sur un blessé de Crimée, un petit fragment d’obus s’arrêta dans le corps strié. Sur un soldat également observé en Crimée, une balle se fixa près d’un des ventricules latéraux. A l’autopsie faite un mois après le traumatisme, on la trouvaao milieu d’une poche purulente communiquant avec ce ventricule2.
Un soldatdont parle Baud&ns (Clin., p. 39), chez lequel la balle, après avoir perforé le frontal, s’était arrêtée dans la substance du cervelet, fut tourmenté dès le début de l’accident par des érections presque continuelles. 11 vécut neuf jours.