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Dictionnaire en 30 vol., article Tête, t. XXIX, p. o'J

S44 BLESSURES DE LA TÊTE PAR ARMES DE GUERRE, sionnés et ont été revus assez longtemps après l’accident. L’un d'eux vivait

Fig. 227. Fig. 228.

Fig. 227. Perforation double ou de part en part bi-pariétale du crâne par une balle de llmm ; e, orifice d’entrée net de la première paroi traversée; s (fig. 228), orifice de sortie biseauté et agrandi de cette première paroi; e' orifice d’entrée net de la deuxième paroi; s' (fig. 228), orifice de sortie biseauté, agrandi, de cette deuxième paroi. (Pièce de notre collection.)

encore neuf ans après le traumatisme. Quelque rares que soient ces faits de survie, leur intérêt rend légitime l’étude sommaire, négligée jusqu’ici,

que nous allons en faire.

Le crâne peut, dans tous les sens, être perforé de part en part par les balles. S’il est impossible de s'arrêter à tous les trajets suivis par ces projectiles, on peut, pour la commodité de l’étude, prendre pour types certains de ces trajets. La boîte crânienne est perforée dans son plus grand diamètre transversal , d’une bosse pariétale à l'autre , d'une tempe à celle du côté opposé , dans son plus grand diamètre antéro-postérieur, ou dans ses diamètres obliques fronto-lemporo-pariétaux ou occipi lo-temporo-pariéiaux ,

dans divers sens près de sa surface, enfin de la voûte à la base ou de la base à la voûte obliquement ou directement.

BLESSURES DU CRANE ET DU CERVEAU

Quelle que soit la direction du trajet parcouru par le projectile, les caractères des orifices crâniens sont presque toujours les mômes. Nous avons déjà parlé de l’aspect de la première perforation : orifice d’entrée net, régulier, circulaire ou ovalaire (fig. 227 <?, et fig. 229 e), taillé à l’emporte-pièce du côté de la table externe (fig. 227 et 229 e), de dimensions égales ou inférieures à celles de la balle; du côté de la table interne, orifice agrandi, taillé en biseau, avec esquilles propulsées contre les méninges ou dans le cerveau (fig. 228 .v) ; trajet conique. Du côté de la deuxième perforation on retrouve les mêmes dispositions mais en sens inverse : la

Fig. 230.

? Fig.' 230. Perforation double du crâne du pariétal gauche à l’occipital, produite par une balle de Hmm animée d’une assez grande vitesse, a, a, a, a, a, a, Fissures linéaires et radiées, se propageant plus ou moins directement de l’orifice d’entrée vers l’orifice de sortie. Fissures circulaires ou linéaires, 6, b, b, b, perpendiculaires aux précédentes et au trajet du projectile, a', a‘, a', fissure irrégulièrement circulaire de la base se portant do la sortie vers l’orifice d’entrée. (Pièco de notre collection.) — Fig. 231. Perforation du crâne, do l’extrémité postérieure de l’occipital gauche à la partie moyenne du frontal droit, produite par une balle de llm“. Longue fissure principale à bords soulevés s’étendant de l’orifice d’entrée à l’orifice de sortie. (Pièce de notre collection.)

I table interne présente un orifice habituellement moins net, moins régulier, | parfois très régulier, de dimensions diamétrales un peu supérieures à celles Je la balle (fig. 227 e'), la table externe, au contraire, un orifice élargi, □iseauté, esquilleux (fig. 228 s' et fig. 229 s). Assez souvent les perforations Je part en part du crâne et de l’encéphale présentent ces caractères de netteté que nous venons de décrire et ne sont pas compliquées de fissures. D’une façon générale, les fissures sont moins souvent observées et moins nombreuses avec les projectiles actuels qu’avec les anciens; mais ce n’est pi’aux grandes distances, c’est-à-dire dans des tirs avec des faibles vitesses, pi’on ne les constate pas. Aux distances moyennes de tir, elles sont

il. — 33

DEI.ORME

o4U BLESSURES DE LA TÊTE PAR ARMES DE GUERRE.

habituelles1, et, aux. distances rapprochées, nous les avons toujours constatées. Leur nombre, leur écartement sont d’ordinaire proportionnels à la vitesse du projectile qui a frappé le crâne. Jusqu’à 300 mètres, les effets

explosifs sont aussi prononcés

Fig. 232.

Perforation fronto -pariétale par une balle de fusil Lebel. Des fissures radiées partent de l’orifice d’entrée pour se diriger vers l’orifice de sortie. De distance en distance, elles sont réunies par des fissures circulaires.

avec une balle qu’avec l’autre.

Jusqu’à cette distance, le crâne est fissuré en tous sens et la masse cérébrale le plus souvent dissociée et projetée au loin avec des fragments du crâne.

Les fissures qui compliquent les perforations sont circulaires , radiées ou linéaires; d’ordinaire on trouve ces variétés de fissures réunies sur le même crâne (fig. 230).

Très souvent il est impossible de rattacher leurs directions à des types principaux et elles sont loin de présenter les trajets plus ou moins fixes que les classiques ont assignés à celles qui compliquent

les fractures communes. Cependant quelques-unes présentent des directions assez remarquables.

Nous avons constaté dans nos premières expériences, et vérifié avec notre collègue Chavasse, que parfois une grande fissure à bords plus ou moins écartés réunit

V orifice d'entrée à l’orifice de sortie , suivant un plan vertical passant par le trajet parcouru par le projectile. Deux pièces de notre collection du Yal-de- Grâce représentent cette disposition. La balle, dans les deux cas, avait traversé le crâne dans son grand diamètre antéro-postérieur(fig.

231). Quand la perforation double se produit en deux points

Fig. 233.

Perforation double ou de part en part d'un pariétal par une balle de fusil Lebel. Fissures semi-circulaires limitant trois fragments en croissant s’étendant de l’orifice d’entrée à l’orifice do sortie.

opposés d’un arc de cercle plus restreint, on constate, dans des tirs avec la balle de 8 millimètres, une série d’esquilles de 3 à 4 centimètres de côté, de

1. Nous avons cependant constaté, sur un crâne traversé de part en part, à la limite antérieure de la région pariétale, à la distance de Ü00 mètres, une perforation nette sans tissure. (Delorme et Ciiavasse, o. c .) La figure 229 la représente.

forme trapézoïdale, rectangulaire ou en croissant (fig. 232 et 233) de chaque côté de la tissure principale.

Dans les perforations fronto-occipitales, fronto-temporales, pariétooccipitales, Ghavasse dans ses démonstrations, puis Nimier, ont remarqué une direction tissurique déjà relevée par Limons, mais considérée à tort par cet auteur comme exceptionnelle. Des orifices d’entrée et de sortie partent des fissures plus ou moins horizontales qui tendent à décalotter le crâne. Nos pièces déposées au Musée du Val-de-Gràce, celles que nous avons recueillies depuis, confirment cette donnée (Voy. fig. 234, 233).

Fig. 234. Fig. 235.

1 Fig. 234. Perforation de part en part du crâne de la partie supérieure droite do l’occipifal à l’orbite ganche, produite par une balle de llmm. Fissure circulaire très régulière qui décapite la calotte crânienne. Cette fissure passe par l'orifice de sortie et non par l’orifice d'entrée. (Pièce de notre collection.) — Fig. 235. Perforation double ou de part eu part du crâne par une balle do llmm, du pariétal droit à la moitié gauche de l’occiput. Fissure circulaire incomplète tendant à décalotter le crâne. Cette fissure passe par l'orifice d’entrée. Une fissure socondaire la fait communiquer avec l'orifice de sortie. (Pièce de notre collection.)

Enfin nous avons remarqué que les fissures qui partent de l’orifice de sortie ont souvent leur origine dans les angles saillants que présente cet orifice.

Dans les perforations bitemporales, bipariétales, bi-occipitales> on observe parfois des irradiations fissuriques vers la base, mais elles sont rela- ; tivement rares. Les fissures ont plus de tendance à conserver la forme circulaire (fig. 236) que la verticale. Les sutures ne s’opposent pas à la propagation des fissures. Lorsqu’elles se trouvent sur la ligne du choc et que celui-ci est violent, elles sont disjointes. Sur l’un de nos crânes perforé d’avant en arrière dans la direction de la suture sagittale, celle-ci présente une disjonction très nette avec un écartement très prononcé. Sur cette

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pièce la disjonction constitue la lésion principale (Delorme et Chavasse)’1.

Nous avons dit à quels signes on reconnaît les perforations et les lissures dont elles sont compliquées. Nous n’ajouterons qu’une remarque : c’est qu’avec les balles actuelles il ne faut songer ni aux plaies de contour

externes ni aux déviations internes du projectile. Celui-ci parcourt toujours un trajet direct entre les deux ouvertures.

Ce que nos expériences cadavériques nous ont appris sur l’étendue des désordres de la masse cérébrale dans les perforations osseuses accompagnées de fissures multiples tendrait à nous faire admettre, jusqu’à plus ample informé, qu’on ne peut guère observer que des perforations simples, sur les blessés qui survivent à ce traumatisme.

Il serait difficile, en se basant sur les observations si incomplètes de perforations totales du crâne que nous avons compulsées, d’établir exactement la symptomatologie de chacun des groupes que nous allons étudier, et force est d’y suppléer, jusqu’à nouvel ordre, par les notions physiologiques.

Nous ferons remarquer qu’il serait regrettable qu’à l’avenir, les chirurgiens militaires laissent la science perdre les notions si précieuses que les véritables vivisections humaines qu’ils observent, fournissent sur les fonctions des différentes parties de l’encéphale.

Perforations transversales. — Dans les perforations temporales, d’outre en outre, dont nous avons trouvé plusieurs exemples, indépendamment de troubles primitifs ou consécutifs qui ne présentaient rien de spécial et qu’on observe à la suite de toutes les blessures de la tête, nous avons trouvé signalé

Fig. 236.

Perforation de part en part, bitemporale. Large fissure demi-circulaire réunissant l’orifice d'entrée à l'orifice de sortie et décalottant la moitié antérieure du crâne. (Pièce de notre collection.)

1. L 'écartement, la disjonction des sutures a été décrite séparément par quelques auteurs, entre autres par D. Larrey, qui en a cité de remarquables exemples. Elle ne constitue pas une lésion isolée. Elle coexiste parfois avec une fracture par enfoncement et témoigne d’une violence extrême du choc. Dans les perforations produites par les balles animées de grandes vitesses, la disjonction des sutures n’est pas rare. Ce n’est que dans le cas que nous venons de signaler qu’elle constitue une lésion relativement limitée. C’est dans ces conditions que Larrey l’observa. La balle avait pénétré au niveau de la suture coronale d’avant en arrière et l’avait écartée d’un doigt [in Mémoires, t. III, p. 320). Matthew (o. c., p. 290) a signalé un cas bien curieux d’écartement de la suture sagittale consécutive à une contusion du tiers postéro-supérieur de chaque pariétal par large éclat d’obus. A l’arrivée, en Angleterre, du blessé qui avait été frappé en Crimée, on constata que les pariétaux étaient séparés l’un de l'autre par un intervalle de plus d’un pouce. Cet homme qui, dans la suite, perdit o pouces et demi des pariétaux nécrosés, guérit sans présenter de troubles moteurs. La mémoire était seulement imparfaite.

BLESSURES DU CRANE ET DU CERVEAU

chez tous les blessés observés avec soin, un symptôme bien remarquable : une cécité complète et immédiate.

Valériola, cité par Quesnay, rapporte l’observation d’un soldat dont la tête fut traversée d’une tempe à l'autre, par une balle; le blessé demeura aveugle et un peu sourd.

Dupont, dans sa Relation chirurgicale du siège de Mayence, parle d’un premier blessé « qui avait reçu un coup de feu à la tempe droite à un bon travers de doigt de distance de l’extrémité du sourcil. La balle ressortit par la tempe gauche un peu plus près du sourcil. Cet homme fut aveugle immédiatement après l’accident. 11 arriva, dit-il, à l’hôpital plein de connaissance et a parfaitement guéri1. »

S. Jones nous a cité l’observation d’un blessé chez lequel une balle avait traversé le crâne de part en part par les tempes. Il guérit, mais il avait perdu la vision de l'œil droit. Bloxom signale une observation analogue2.

Le lieutenant Coward fut frappé, le 1er septembre 1804, par une balle qui pénétra à 2 centimètres et demi au-dessus d’une apophyse mastoïde et ressortit du côté opposé au même niveau. L’issue de matière cérébrale ne permettait pas de mettre en doute la pénétration de la cavité crânienne. Pendant deux jours on constata des symptômes de commotion cérébrale grave qui cessèrent le troisième. C’est alors que cet officier se plaignit de cécité et d’i m possibilité de relever la tête. A partir de ce moment, il traversa une période d’irritation vive, aigue, durant laquelle il était agité et poussait des cris incessants, particulièrement pendant la nuit; puis au bout de trois semaines le calme revint avec la lucidité d’esprit. On nota alors une hémiplégie gauche, de la difficulté de la déglutition, enfin un priapisme presque constant avec émission de semence. Ces symptômes fâcheux finirent par s’amender, mais dès qu’il lui fut possible de se mouvoir, on remarqua qu’il était incapable de guider ses mouvements. Le pouvoir de la volonté sur la marche semblait perdu. Les plaies marchèrent rapidement vers la guérison, et le 1er octobre, c’est-à-dire deux mois après le traumatisme, il put être transporté. Le 8 décembre, ce blessé (dont l’his-

Itoire si intéressante mais malheureusement incomplète nous a été rapportée par le chirurgien américain Batlwell), fut échangé et perdu de vue.

On trouve dans la science quelques exemples de perforations bilatérales du crâne à la partie antérieure, dans la région frontale, d’un angle externe de l'œil à l’autre, de la suture coionale d’un côté à l’autre. Dans la première variété de traumatisme, en dehors de la cécité, de l’anosmie, du strabisme, on n’a signalé aucun symptôme primitif important ; dans la deuxième, outre les troubles primitifs et consécutifs liés à toute lésion cérébrale, on a constaté parfois des troubles de la parole et de la motilité ; dans les perforations bipariétales , des troubles de la motilité des membres inférieurs, des membres supérieurs, de la face, quand la blessure répond à la ligne rolandique et aux circonvolutions frontale et pariétale ascen-

1. Archives de médecine militaire, 1889, p. 507. Le même auteur cite un second exemple, mais il se contente de dire que le blessé guérit parfaitement.

2. The Lancet, 2 mars 1888; ibid., 87. Il suffit de jeter un coup d’œil sur un cràue dont on a enlevé la calotte pour bien se rendre compte de la pathogénie de ce signe dont on n'a pas fait ressortir la valeur : une balle qui traverse la partie antéro-supérieure des temporaux, bien horizontalement, doit léser les deux nerfs optiques ou leur chiasma; mais que celle-ci, au lieu de parcourir un trajet bien horizontal, suive dans la cavité 01x1111011110 Un trajet un peu oblique de bas en haut ou de haut en bas, un seul des nerfs sera intéressé et la cécité ne sera accusée que d’un côté. La carotide primitive située sur un plan un peu inférieur aux nerfs optiques peut échapper au traumatisme dans les coups de feu bien horizontaux. Ces artères sont très exposées dans les traumatismes du chiasma. Elles ne le sont plus dans les coups de feu qui intéressent les bandelettes optiques; par contre, les communicantes sont menacées. Quand la balle atteint les bandelettes, elle peut entamer la partie antérieure dos pédoncules et donner lieu à une paralysie motrice totale ou partielle.

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