I. Échancrures, sillons
gouttières des bords et des crêtes des os longs. — Quand la crête du tibia, les bordsde l’extrémité inférieurede l’humérus, les bordsexterne du cubitus et in terne du radius, la ligne âpre du fémur, etc., sont éraflés par les balles, ils peuvent ne présenter que des échancrures nettes taillées en biseau \ei.s l’orifice de sortie (fig.31); plus souvent les lésions sont moins circonsciites. Le ces dernières nous avons d’abord à signaler les fractures tnmsro salis
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ou obliques. Nous figurons ici (fig. 35) un humérus dont le bord externe a été échancré par une balle de fusil Lebel vers son tiers inférieur. Lue iracture transversale très nette divise l’os au niveau de 1 échancrure, laquelle est taillée en biseau aux dépens des dernières portions d os traversées. Le fémur que représente la üg. 33 fournit un bel exemple de fracture oblique compliquant une gouttière de la ligne âpre vers le milieu de sa longueur. Des fractures transversales très nettes et obliques sont communémentobservées sur le radius et le cubitus, lorsque leurs bords son t éch ancrés. Notre collection du Val-de-Grâce en renferme plusieurs exemples.
Au lieu de se transmettre dans un sens perpendiculaire, le choc dupio-
Fig. 33. Remarquable exemple do fracture oblique du fémur à la suite d’une abrasion en gouttière I de la ligne âpre. (Pièce do notre collection du Val-de-Grâce.) — Fig. 34. Échancrure des plus 1 légères du bord interne de l’humérus produite par une balle du fusil Lebel. Fêlure insignifiante au I niveau de l’échancrure; longue fêlure opposée sur le bord externe. (Pièce de notre collection du | Musée du Val-de-Grâce.)
jectile qui échancré une crête ou un bord diapliysaire, se fait d’autres fois sentir dans le sens de l’axe de l’os. On constate surtout en pareil cas la fissure des contacts tanqentiels , c’est-à-dire une fissure longitudinale qui sillonne la face opposée au trajet de la gouttière ( fissure opposée ), parfois une fêlure longitudinale au point de contact et une opposée.
La fig. 34 représente cette variété de lésions.
Enfin on peut observer des types de fractures plus complexes ou plus
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comminutifsque nous allons étudier. La vitesse du projectile, la profondeur é laquelle il pénètre, le degré de résistance de l’os et sa constitution anatomique au niveau du point frappé, expliquent ces différences dans la gravité de la lésion.
II. Gouttières des corps diaphysaires. — Pour les gouttières des corps diaphysaires comme pour les perforations, il estnécessaire de se rappeler d'abord les effets des balles qui fracturent les os sans les entamer, car la fracture par gouttière n’est le plus souvent qu’une fracture par contact tangentiel avec une échancrure surajoutée. 11 est rare en effet, exceptionnel pourrions-nous dire, qu’une balle qui abrase une portion de la circonférence d’une diaphyse borne son action à produire celte abrasion. Dès qu’elle atteint l'os, elle détermine les lésions du contact tangentiel , lésions dont l’étendue est variable suivant que la vitesse du projectile est plus ou moins considérable et le point d’impact plus ou moins circonférentiel. Plus la vitesse de la balle est grande et plus le point d'impact empiète sur l’os, plus la fracture est compliquée, comminutive. Nous avons distingué plusieurs types de gouttières.
Types peu comminutifs. — 1er Type. — Si les balles de plomb mou qui atteignent les corps diaphysaires peuvent parfois, comme nous le disions dans notre Mémoire, ne produire qu’une échancrure, la chose est assez exceptionnelle pour qu’il soit inutile de considérer cette lésion comme notre première lésion typique. Dans les cas les plus simples, quoique encore rares, la balle a cheminé à travers une esquille superficielle plus ou moins subdivisée dont elle a broyé le milieu.
Par le fait de son contact avec l’os, avant qu’elle ne l’échancre, la balle a déterminé, sur la partie de l’os symétrique du point frappé, une fissure symétrique, laquelle est très rapprochée de la surface de l’os, puisque le point d’impact était également très périphérique (fig. 35). En outre elle a produit des fissures arquées principales partant de ce même point de contact, aboutissant à la fissure symétrique,et délimitant une esquille toute superficielle.
Continuant son trajet, elle a abrase , comme à l'emporte-pièce, toute la portion d’os opposée à la surface de sa pointe, s’est creusé dans l’esquille une échancrure régulière à l’entrée représentant le quart, le tiers, la moitié et jusqu’aux trois quarts de sa circonférence, et a entamé la partie moyenne de cette esquille jusqu’à la fissure symétrique.
Ters la sortie, l’échancrure, suivant la loi commune, est plus élargie, biseautée, irrégulière. Quant aux fragments pulvérisés par la balle, ils ont été
propulsés hors du membre ou vers l’orifice de sortie. Parfois ils sont restés en partie dans le trajet près de l’échancrure. Il est tout a lait rare qu elles tombent dans le canal médullaire. Les portions de 1 esquille principale qui
Gouttière de la face antérioure du tibia (1er type) produite par une balle do plomb mou (fusil Gras). La balle a creusé sou trajet dans une esquille superficielle subdivisée. 0, e, orifice d’entrée; f,s, fissure symétrique ; e , fl, e, a, e, a, esquilles adhérentes: celles
qui correspondaient à la porto
de substance étaient libres.
(Pièce de notre collection du Musée du Val-do-Gri\ce.)
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le projectile n’a point directement atteintes représentent deux fragments semi-lunaires ou triangulaires, l’un situé au-dessus, l’autre au-dessous du sillon tracé par le projectile. Ces fragments sont plus ou moins subdivisés et adhérents, suivant le degré de vitesse de la balle. En général, ils le sont assez pour qu’on doive les respecter.
A côté de ce type principal, on trouve quelques variétés. Dans l’une, entre autres, des fissures obliques supérieures et inférieures peu étendues partant du contact sillonnent l’os. C’est une ébauche à peine commencée du troisième type.
Cette description se rapportait fidèlement â ce qu’on constatait dans des tirs avec les balles de plomb mou. Avec les balles de plomb dur enveloppées qui se déforment moins que les premières et qui par le fait étendent moins les dégâts locaux, on observe plus souvent une échancrure nette de l’os sans formation d’une esquille superficielle.
2e Type. — Dans un second type qui est loin d’être rare, la balle a fait une échancrure non dans une esquille superficielle mais dans une grande
Fig. 36. FI0. 37.
Fig. 36 et 37. Gouttières du tibia du 2« type non comininutif. — Fig. 36. I, II, g, gouttière, o, o, fissures obliques, qui avec la fissure opposée f, o, f, o délimitent une longue esquille comprenant la moitié du corps de 1 os. Sur la figure I, on voit nettement .que cotte fissure opposée f,o,f,o répond à un plan perpendiculaire a celui suivi par le projectile. La balle a abrasé la portion d’os comprise entre l'échancrure et la fissure symétrique f, s, f, s. — Sur la figure 37 l’échancrure, très superficielle, est plus régulière mais atypique pour une balle de fusil Gras, o, o, fissures obliques délimitant avec la fissure opposée f , o,/, o, la grande esquille échancrée. ;Pièces de notre collection du Val-de-Gràce.)
esquille comprenant la moitié de l’épaisseur de l’os. Cette esquille est délimitée par deux fissures obliques qui, partant de l’orifice d’entrée du canal creusé par la balle, aboutissent à la fissure opposée (fig. 36, 37 et 39). Rappelons que la fissure opposée (fig. 38) répond à un plan perpendiculaire coupant le milieu du trajet osseux parcouru par le projectile.
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Avec les balles de fusil Gras qui s’étalaient le plus souvent après leur contact contre l’os on constatait d’ordinaire que la portion d’os comprise entre l’orifice d’entrée et la fissure symétrique (I fig. 36) était pulvérisée, abrasée en partie. Rarement cette balle se creusait une gouttière régulière comme dans la pièce représentée par la figure 37. 11 fallait alors que l’abrasion soit superficielle pour rester ainsi limitée. Aycc les balles actuelles de plomb dur, enveloppées, il est au contraire rare de ne pas observer une échancrure régulière (fig. 39).
3e Type. — Le troisième type des fractures par gouttières se rapproche du premier type des fractures par contact, c’est la fracture à grandes esquilles; mais ici la grande fissure à laquelle aboutissent les traits ûssuriqués en X ne saurait être ici symétrique, c’est la fissure opposée. (Yoy.
fig. -40, 41 et 42.)
Les fissures obl-iques qui délimitent les esquilles et sillonnent le corps de l’os pour atteindre la fissure opposée partent tantôt du milieu de la gouttière, d’autres fois, elles partent de l’orifice d’entrée.
Dans les tirs avec la balle de plomb mou le projectile le plus souvent portion d’os triangulaire comprise entre l’orifice d’entrée et la fissure symétrique (fig. 40, 41, 42). Avec les balles de plomb dur à enveloppe on constate d’ordinaire une échancrure régulière.
Variétés. — Ce type comporte des variétés résultant de ce que plusieurs fêlures ou fissures peuvent être incomplètes.
Les types peu comminutifs que nous venons de décrire ne sont pas les seuls. La fracture par gouttière n’étant qu’une fracture par contact tangentiel avec gouttière surajoutée , on peut, en fait, observer tous les types de ces fractures par contact et leurs variétés. Un de ceux qu’on constate le plus souvent est la fracture cunéenne -à une esquille (fig. 43).
La figure 44 représente une fracture très rare, oblique, produite par une balle de fusil Gras qui a creusé en goutlière une face du fémur en divisant une esquille étendue de l’orifice d’entrée ;i la fissure symétrique.
Types comminutifs. — Ils sont caractérisés par la subdivision de l’une ou des deux grandes esquilles par un ou deux traits semi-lunaires ou verticaux. Ces esquilles de second ordre sont elles-mêmes subdivisées ou non par des traits transversaux ou obliques. Ce sont les types comminutifs des fractures par contac. (f,g- L3, 46, 47).
Fio. 39.
Gouttière du corps du fémur du 2* type non cornminutif. La balle de 8""" a échancré la grande esquille comprenant la moitié de l’épaisseur de l’os. Nous avons figuré cette esquille libre et juxtaposée.
(Pièce do notre collection.)
Schéma représentantles rapports de la fissure opposée/1, o qui répond au plan parcouru par le projectile et de la fissure symétrique située dans le plan suivi par le projectile.
abrasait une
dblormk.
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Ils s’observent clans les cas où l’os a été frappé par une balle animée d’une vitesse moyenne ou considérable. En général on les constate bien moins souvent que les types similaires des perforations, la balle qui échancre
Fig. 40.
Fig. 42.
Fig. 40. Fracture de l’humérus par gouttière du 3e type produite par une balle de plomb mou. e, e' , les deux grandes esquilles latérales; /, o, f, o, II, Assure opposée à laquelle aboutissent les traits obliques qui les délimitent; f , s, Assure symétrique. La portion d’os comprise entre la gouttière et la Assure symétrique a été abrasée. (Pièce de notre collection du Musée du Val-de-Gràce.) — Fig. 41 et 42. Fractures par gouttières types de l’humérus et du fémur produites par des balles de fusil Gras. — Fig. 41. I, II. f, o, f,o, Assure opposée k laquelle répond la baso des grandes esquilles; /■, s, fissure symétrique, Abrasion de l’os entre l’oriâce d’entrée et la Assure symétrique. — Fig. 42. Môme aspect, f, s, Assure symétriquo; /, o, Assure opposée vue à travers l’échancrure. (Pièces de notre collection du Musée du Val-de-Grâce.)
une diaphyse lui abandonnanl moins de force vive que quand elle la perfore plus ou moins prés de son centre.
En résumé, les gouttières des corps diaphysaires sont rarement des lésions simples. Elles sont le plus souvent compliquées de la production de fissures, assez fréquemment elles sont comminutives tout en l’étant
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moins, en général, que les perforations. Leurs types se rapprochent de ceux des fractures par contact, mais la fissure opposée joue chez elles le rôle que la fissure symétrique joue dans ces dernières.
Fractures produites par les gros projectiles et leurs éclats. — Nous avons déjà parlé des fractures simples nos ouvertes produites par les gros éclats des projectiles creux. Les fractures ouvertes, si nous en jugeons par les pièces que nous avons vues, présentent des types semblables à ceux que produisent les petits projectiles. Dans les abrasions des membres, l’os peut être irrégulièrement fracturé ou coupé net quand l’éclat qui a produit le traumatisme osseux était animé d’une grande vitesse.
Des effets comparés des balles de I I millimètres ( plomb mou ) et des balles de 8 millimètres à enveloppe métallique, surtout au point de vue des types de fracture. — Il ressort de notre description des types de fracture qu’on peut observer, en campagne, des lésions osseuses d'aspect bien différent : tantôt des fractures simples qui seraient absolument les analogues de celles qu'on a à traiter dans la pratique journalière si le corps vulnérant ne s’était creusé un trajet jusqu’à l’os, tantôt des fractures moyennement comminutives et très comminutives d’aspects bien particuliers.
Fia. 43.
Fig.
Fig. 43. Fracture par gouttièro cunéenne ou en V , à une esquille produite par une balle do fusil Lebel. f, o, fissure opposée vue à travers une gouttière et à laquelle aboutissent les traits fissuriquos obliques. (Pièce de notre collection.) — Fig. 44. Fracture oblique du corps du fémur produite par une balle qui a abrasé une esquille. (Pièce de notre collection.)
L’emploi des balles de petit calibre à enveloppe métallique, d’après quelques auteurs peu au courant, des effets que produisaient les anciens projectiles cylindro-coniqnes de plomb mou, auraient sensiblement modifié les caractères de ces fractures. Il ressort au contraire de nos expériences personnelles et d’expériences faites en commun avec M. le professeur agrégé Guavassb, habitué comme nous depuis plusieurs années à étudier les effets de la balle do 1 1 millimètres, qu’on retrouve dans les tirs avec les balles nouvelles les lésions typiques que fournissaient les balles du fusil Gras et les projectiles analogues. Ce sont, exceptionnellement les mêmes fractures simples par contact, les mêmes types très communs de perforations et de gouttières1. La
sur les effets du fusil Lebel). Communication à 1 Académie do nai 1888, et Archives de médecine militaire, 1888. — Ed. Dklormk ir les effets comparés de la balle de 8 millim. et de 11 mdlim.