COMPLICATIONS DES PLAIES PÉNÉTRANTES DE POITRINE
Les complications des plaies pénétrantes de poitrine sont les unes immédiates, les autres consécutives. Parmi les premières il faut ranger : Y emphysème, le pneumothorax , X hémorrhagie et V hémothorax, la hernie du poumon et de X épiploon, les corps étrangers ; parmi les secondes, on décrit la pneumonie et la pleurésie traumatiques .
Emphysème. — Complication ordinaire des plaies par armes piquantes et tranchantes, l’emphysème se constate plus rarement à la suite des plaies par les projectiles. Si D. Larrey en avait exagéré la fréquence en disant que «la plupart des plaies de poitrine sont suivies d’un emphysème plus ou moins considérable » ; plus récemment, maints chirurgiens ont regardé cette complication comme trop exceptionnelle1. C’est ainsi que Neudôrfer nous dit que « l’expérience des guerres des vingt dernières années fixe sa proportion à 1 cas sur 200 plaies pénétrantes de poitrine ». La statistique d'Otis semble donner raison au chirurgien autrichien, car elle ne compte que 38 cas d’emphysème sur 8715 plaies pénétrantes. Mais Fraser le signale 7 fois sur 51 blessés, Mouat 7 fois sur 23. Nous croyons avec Otis que souvent peu étendu, et constituant plutôt un symptôme qu’une complication, l’emphysème ne fixe pas l’attention du chirurgien. Ce serait là la raison du petit nombre des cas publiés2.
Baudens et Stromeyer ont cherché à rendre compte de la rareté de l’emphysème à la suite des plaies par armes à feu en invoquant l’attrition du poumon et l’extravasation immédiate du sang dans le parenchyme pulmonaire.
Nous nous garderons bien de rappeler ses caractères, mais nous dirons que lorsqu’il est étendu il peut produire un gonflement considérable, d’une partie ou de la totalité du corps. Dans les cas d’emphysème généralisé, les blessés représentent des masses énormes, tendues, ballonnées, crépitantes, qu’on a comparées à des animaux de boucherie insufflés pour faciliter leur dépècement. Les cas d’emphysème généralisé cités par Littré et Larrey sont classiques.
Sur le blessé de Littré, le gonflement du tissu cellulaire de la région antérieure de la poitrine atteignait 30 centimètres. La poitrine se continuait avec le menton et un étroit sillon figurait seul le cou. La bouche, le nez, les yeux étaient obturés parle gonflement des parLies avoisinantes. L’épaisseur du tissu cellulaire du ventre mesurait 23 centimètres, celui du cou 10, et celui des autres parties du corps 11. Seuls, la plante des pieds, la paume des mains et le cuir chevelu ne présentaient aucun développement anormal.