PLAIES DU CŒUR
Avant de parler des plaies du cœur, il nous paraît utile de rappeler son étendue, ses rapports avec la paroi et avec les organes voisins. La face antérieure du cœur est limitée :
1° Par une première ligne, supérieure, étendue du bord inférieur du second cartilage droit au bord correspondant du second cartilage gauche;
2° Par une seconde ligne, courbe, partant de l’articulation sternale du
deuxième cartilage droit à l’articulation sterno-costale du cinquième cartilage du môme côté ;
3° Par une troisième ligne partant de ce point et se prolongeant à gauche en coupant le sternum jusqu’à un travers de doigt en dedans et au-dessous du mamelon ;
4° Par une quatrième ligne réunissant l’extrémité sternale du deuxième espace intercostal gauche au point mamelonnaire 2.
La ligne gauche, s’écarte, d’après Sappey, de 8 centimètres au niveau des troisième et quatrième espaces ; de 8 à 10 centimètres vers la pointe du cœur, tandis que la ligne droite s’écarte au plus de 4 centimètres au niveau du quatrième espace intercostal.
La portion qui est située à droite de la ligne médiane comprend :
L’oreillette droite, moins l’extrémité de l’auricule; la partie droite de l’oreille gauche; la partie la plus convexe du ventricule droit.
Oreillette et ventricule droits se présentent directement en avant.
La portion qui est à gauche comprend le reste du cœur.
h' orifice aortique répond à la troisième articulation chondro sternale, Y orifice pulmonaire à 8 ou 10 millimètres du bord gauche du sternum vers le milieu du 2e espace intercostal.
Le poumon droit s’avance derrière le sternum, et recouvre l’oreillette
1. Bœgkhold, Des blessures du canal thoracique. Arch. f. klin. cliir., XXIX, 3, p. 4*3, et Revue des sciences médicales, 1883, t. XXII, p. 675.
2. - Ces rapports ont été étudiés par le procédé des fiches par divers auteurs. Ils sont un peu différents dans la figure ci-jointo empruntée à l’anatomie topographique de Tillaux.
Fig. 313.
cœur avec la paroi thoracique (d’après g, cœur gauche; c, d, cœur droit; o, d, oreilletto droite ; a, p, artère pulmonaire ; v, c, s, veine cave supérieure; c, a, crosse de l’aorte; d. diaphragme.
Rapports du Tillaux); c
BLESSURES P Ê N É T R A N T E S
& droite et la base du ventricule correspondant; le poumon gauche, les | >ros vaisseaux, la base ainsi que le côté gauche du cœur, à l’exception de | }a pointe. Les culs-de-sac pleuraux recouvrent presque complètement le | :œur.
11 résulte des dispositions anatomiques qui précèdent que le cœur droit [ui forme la majeure partie do la surface antérieure du cœur, et qui se trouve ainsi le plus exposé, est aussi le plus souvent blessé.
Jamain, sur 81 cas de blessures du cœur avec indication des parties atteintes, compte :
Blessures du ventricule droit 43
— de l’oreillette droite 8
— du ventricule gauche 28
— de l’oreillette gauche 2
Flscuer trouve les mômes proportions sur 90 cas de plaies du cœur avec mention du siège de la blessure :
Plaies du ventricule droit 43
— du ventricule gauche : 28
— occupant les deux ventricules 9
— — l’oreillette droite 8
— — l’oreillette gauche 2
Sur 72 cas de plaies par coup de feu : 22 blessures intéressaient le venricule droit, et 16 seulement le ventricule gauche.
Par ordre de fréquence, c’est donc la lésion isolée du ventricule droit il jui vient en première ligne, ensuite celle du ventricule gauche, après, ;elle de l’oreillette droite, enfin celle de l’oreillette gauche.
Les plaies du cœur ont été signalées par les plus anciens auteurs qui es considéraient comme immédiatement et rapidement mortelles, lorsu'elles intéressaient ses cavités; mais cette opinion ne semblait pas eposer sur des observations précises. Il faut arriver jusqu’à A. Paré pour oir signaler le premier exemple de survie à la suite d’une plaie du cœur ar arme piquante et tranchante, et jusqu’à Henri ab Heers (1646) pour rouver la première observation de plaie du cœur par armes à feu : deux .ailes avaient déchiré le cœur à la base et à la pointe. La mort n’était surenue qu’au septième jour. Bartholin, en 1654, rapporte quelques nouveaux lits. Puis les exemples se multiplient, on cite des cas de balles trouvées ans le cœur d’animaux blessés longtemps auparavant; la possibilité de la uérison des blessures du cœur par armes blanches et par projectiles ■énètre dans l’esprit des chirurgiens, et l'intérêt de leur étude augmente leurs yeux; on en modifie le pronostic, on en étudie dès lors les sympjmes; mais il faut attendre le dernier siècle pour trouver, dans le traité e Sénac1, une description un peu dogmatique de ces blessures. Sénac attriuait la mort rapide des blessés atteints de plaies du cœur au trouble des onctions de l’organe, ou à l’hémorrhagie extérieure. Morgagni (1762), après ji, mit en lumière la véritable cause de la mort dans la grande majorité es cas; il établit que la compression du cœur par le sang épanché dans le éricarde, en arrête rapidement les mouvements. Cuastanet 2 , dans
1. Sénac, De la structure du cœur, de son action et de ses maladies. Paris, 1749.
2. Chastankt, Observations et réflexions sur les blessures du cœur. Journal de méd. i il. de Dehorne, 1783, t. II.
DELORME