‹ Traité de chirurgie de guerreChapitre 196 sur 340 · IIenkks, Zeit. f. St. a. AV · texte numérisé non relu

IIenkks, Zeit. f. St. a. AV

BLESSURES DE LA POITRINE

On peut remarquer toutefois que, pris isolément, les signes que nous venons d’énumérer n’ont qu’une valeur très inégale. La syncope, qu’on s’attendrait à voir toujours signalée, manque souvent et peut être rattachée à des causes étrangères à la blessure du cœur. Elle n’est relevée par Fischer que 87 fois sur 452 observations. Elle est immédiate ou retardée. La douleur, l’angoisse précordiale qu’on considérait autrefois comme des signes d’une haute valeur, fait souvent défaut (Boyer, Fischer). Pour Fischer même les plaies du cœur ne sont que peu ou pas douloureuses et les souffrances accusées par un petit nombre de blessés au moment du traumatisme doivent être rattachées à la blessure concomitante du péricarde. La dyspnée peut être liée aussi bien à la blessure du poumon, à l’hémothorax, qu’au traumatisme du cœur et du péricarde. Par contre, l’hémorrhagie extérieure est un des symptômes les plus fréquents et des meilleurs. On l’a observée presque constamment à la suite des plaies par armes blanches et des plaies par armes h feu. Rarement l’hémorrhagie externe est assez abondante pour entraîner la mort rapide des blessés. S’échappant en masse ou en jet saccadé, rouge ou noir, le sang sort de la plaie pendant quelques instants ou quelques jours d’une façon continue ou intermittente. On a vu l’écoulement sanguin durer 17 jours. Les rapports des plaies avec les mammaires feront éviter de confondre une hémorrhagie provenant de la blessure du cœur avec une hémorrhagie liée à la lésion d’une de ces artères. La direction des plaies s’oppose parfois à la production d’une hémorrhagie externe et favorise la production d'un hémopéricarde.

Passant sur les signes fournis par les battements du cœur et sur ceux de l’hémopéricarde, qui sont les plus caractéristiques, nous signalerons certains phénomènes présentés par quelques blessés et qui n’ont reçu leur véritable signification que dans ces derniers temps : des hémiplégies, des engourdissements des membres, de l’œdème, des crampes, des gangrènes, etc. Un blessé de Duruytren eut une hémiplégie gauche le troisième jour; Legouest constata le même accident à la suite d’un coup de feu; Bggin, Sanson, ont parlé d’engourdissements des membres supérieurs et inférieurs; un blessé de Fischer, frappé d’un coup de feu au cœur, présentait de l’œdème des pieds et des jambes le lendemain de sa blessure; cet œdème persista quatorze jours. Sur celui de Hüdspeth qui vécut quarante-sept jours, on constatait cet œdème dès le soir de l’accident. D’autres fois, il est question de gangrènes limitées ou seulement de refroidissement des extrémités, de taches violettes sur les membres, de crampes, de douleurs le long des vaisseaux dont les battements sont affaiblis, enfin de suffocation. Ces accidents, dont quelques-uns seraient caractéristiques des blessures cardiaques, s’expliquent par l’oblitération des vaisseaux de l’encéphale ou des membres, par des caillots détachés de la plaie cardiaque.

S’il n’existe pas de signe pathognomonique des plaies du cœur, la réunion assez fréquente des symptômes que nous venons d’étudier servira le plus souvent au chirurgien pour assurer son diagnostic. Dans les cas douteux, il faudra se garder de recourir h une exploration directe, manœuvre dangereuse qu’on s’étonne de voir conseillée par Fischer. Le diagnostic différentiel des plaies non pénétrantes et pénétrantes est incertain, impossible, nous l’avons déjà dit.

Les plaies du cœur par les armes de guerre, entraînent presque tou-

BLESSURES DU CŒUR

fji

Jf!

jours la mort immédiate des blessés. À l’encontre de statistiques qui comprennent. plus de faits curieux do guérison que de morts, et qui réunissent surtout sous la dénomination de plaies par coup de feu, des plaies par balles de revolver, l’excessive rareté des survies qu’accusent les comptes rendus des guerres démontre bien l’effrayante létlialité de ces traumatismes. Nous ne pouvons donc accepter les chiffres de 26 p. 100 de morts immédiates et de 18 p. 100 de guérisons donnés par Fischer. Des blessés qui survivent aux premiers accidents, la plupart succombe dans la journée ou les jours suivants. Ceux qui, comme le malade d’HoLLY1,ne meurent que le cinquante-cinquième jour, après avoir eu le ventricule droit, le septum, l’aorte traversés par une balle, laquelle après avoir produit ces désordres tomba dans le ventricule gauche, sont de rarissimes exceptions2, au môme titre que les quelques blessés qui ont survécu à des lésions compliquées de la présence du projectile dans les parois du cœur.

On admet généralement que les plaies du ventricule gauche sont les plus graves, que celles des oreillettes dont la minceur rend difficile la production des plaies non pénétrantes sont aussi sérieuses, que les blessures par coup de feu du ventricule droit qui peuvent comprendre plus de trajets d’enfilade, sont d’un pronostic moins sévère, et que celui des lésions de péricarde l'est moins encore. Mais en quoi ces données, impossibles à établir sur le vivant, peuvent-elles guider le chirurgien dans ses appréciations sur la gravité de la blessure? On pourrait encore ajouter que les traumatismes produits par les armes blanches sont presque aussi sévères que ceux déterminés par les balles, mais que les blessures non pénétrantes sont plus susceptibles de guérison que les pénétrantes, enfin que, pour les coups de feu, le pronostic est en rapport avec le diamètre du projectile et la distance à laquelle il a été tiré. Rappelons que les balles actuelles, tirées à plusieurs centaines de mètres, déterminent des lésions incompatibles avec la vie quand le cœur a été pris en plein.

Les plaies du péricarde guérissent comme celles des séreuses, par cicatrisation de la plaie avec production de quelques adhérences à son pourtour; quand la plaie est infectée ou irritée, il peut se produire une péricardite exsudative. Les blessures du cœur, par armes blanches, peuvent se réunir rapidement par des cicatrices peu étendues, linéaires ou triangulaires. La cicatrisation des perforations par coup de feu se fait autour d’un caillot qui se résorbe et s’organise ou par l’enkystement dans la plaie du corps vulnérant qui a joué le rôle hémostatique du caillot. Mais cette guérison a rarement lieu sans laisser de troubles consécutifs, des symphyses cardiaques complètes ou incomplètes, des atrophies du cœur (Larrey) ou des dilatations, des hypertrophies, des lésions valvulaires. Smith et Brown ont, deux ans après la blessure d’une oreillette par une balle,

Page 1