‹ Traité de chirurgie de guerreChapitre 255 sur 340 · Chenu, 1870, t. II, p · texte numérisé non relu

Chenu, 1870, t. II, p

Corps vertébraux. — Des balles pénètrent les disques intervertébraux, contusionnent les corps des vertèbres, les creusent en gouttière

(fig. 350), lésion très commune, les perforent d’avant en arrière (fig. 350), d’arrière en avant, transversalement, autrement dit, déterminent les variétés de traumatisme du tissu spongieux. La perforation est tantôt incomplète et compliquée par la présence du projectile (fig. 359;, tantôt complète ou de part en part. Le plus souvent simple, à canal prolongé ou non par quelques fissures sous-périostées, elle est parfois comminutive. L’orifice d’entrée d’une perforation simple est arrondi, en partie masqué parle surtout ligamenteux ou le périoste dont la perte de substance est plus étroite que celle de l’os sous-jacent (fig. 350 et 353 c). Les dimensions de cet orifice sont inférieures ou égales à celles de la balle, suivant la vitesse de cette dernière.

Perforation d’un corps vertébral. L’orifice d'entrée de la perforation est en partie obturé par le surtout ligamenteux antérieur et le périoste qui présente une ouverture plus étroite, quadrangulaire. (Balle de 8ram. Portée 800 mètres.) Echancrure profonde d’un corps vertébral, portée 1,000 mètres.

(Pièces expérimentales.)

Fig. 351 et 352.

a, b , deux perforations de corps de vertèbres lombaires produites par des balles de 8n,ni. à la portée de 500 mètres ; la section du corps des vertèbres montre bien la disposition régulièrement conique du trajet; c, d, échancrure et perforation de lames correspondantes au niveau des orifices de sortie, fissureverticales. Sur la figure 352, on constate une fracture irrégulièrement verticale de l’apophyse épineuse. Ua remarquera l’absence d’esquilles libres. (Pièce expérimentale.)

Le trajet légèrement conique a presque les dimensions de l’orifice d’entrée (fig. 351, a, b). De l’orifice de sortie, tantôt net, tantôt prolongé par quelque:fissures radiées ou circulaires, peu étendues, sont parfois séparées quelques esquilles lamellaires adhérentes, sédentaires ou projetées. Cet orifice a presque les dimensions de l’orifice d’entrée (fig. 351). Les perforations comminutives déjà rares avec les projectiles anciens très volumineux sont exceptionnelles avec les balles actuelles. Nous avons perforé des corps vertébraux par plusieurs balles, tirées avec des vitesses élevées, au même point, sans parvenir à produire la solution de continuité de la colonne vertébrale que représente la figure 354, et qui fut déterminée par une baie ancienne de gros calibre. Le premier trajet tracé, les autres balles, 1 aSral1 dissaient à peine. La perforation d’un corps vertébral ne doit donc p us

BLESSURES DU RACHIS

veiller l’idée d'un fracas, d’une fracture suivie d’un déplacement analogue celui auquel donnent lieu les fractures communes.

1* IG. JoJ •

rforation superficielle d'un corps de vertèbre cervicale par une balle de Perforation très comminu- » à la portée de 200 mètres. La continuité de la colonne vertébrale tive d’un corps vertébral

i! a l’était pas interrompue; — c, orifice d’entrée d’une perforation produite par par une balle ancienne,

me balle de 8mm, animée d'une plus faible vitesse (portée 500 mètres).

Pièce expérimentale.)

Le canal rachidien n’est guère ouvert dans les gouttières (fig. 354), il est en loin de l’être toujours dans les perforations incomplètes ou complètes, est donc à tort que Leyden avance que les fractures du rachis par coup : feu se compliquent toujours de l’ouverture du canal vertébral. Dans rtaines perforations incomplètes, d’avant en arrière, la balle et des quilles font saillie dans le canal rachidien. Inversement, on a trouvé de -s projectiles engagés par leur pointe dans la partie postérieure du corps -;s vertèbres après avoir traversé l’arc postérieur. D’autres, après avoir •rforé de part en part un corps vertébral et traversé le canal rachidien, sont arrêtés contre une lame vertébrale. Otis nous signale des exem- *es de toutes ces variétés de perforations compliquées.

Suivant l’incidence de la balle, un ou plusieurs corps vertébraux sont téressés. Sur un blessé américain, une balle, dans un trajet oblique de bas i haut, traversa le corps des troisième, quatrième, i iquième dorsales ; une autre qui pénétra la sixième >rsale ne s’arrêta qu’au niveau de la quatrième.

Quelle que soit la partie des vertèbres qui ait été uchée par une balle, les insertions musculaires, les gaments épais, les adhérences périostiques, la résis- • uce des surtouts ligamenteux, ligaments, périoste, rtouts qui ne sont pas d’ordinaire abrasés, mais ulernent ouverts linéairement, maintiennent en ipport les fragments vertébraux.

Signalons, à titre de curiosité, une fracture de

pophyse odontoïde a sa base par une balle. Nous avons dessiné la pièce i la représente au Congrès de Londres de 1881 (fig. 355).

Toutes les variétés de lésions que nous venons de décrire ne se cons-

Fracture de l'apophyse odontoïde par une balle. (Musée de Netlcv.)

tâtent pas avec la même fréquence sur les blessés qu’on observe dans les ambulances ou les hôpitaux de campagne. Ce sont les traumatismes de l’arc postérieur qui sont les plus habituels, et, parmi eux, ceux des apophyses épineuses.

Dans la région cervicale, les traumatismes vertébraux qu’on constate surtout, presque toujours pourrions-nous dire, s’observent sur l’arc postérieur, cependant sur quelques blessés on peut noter des lésions des corps vertébraux. La balle qui atteint les corps cervicaux a rarement traversé le cou de plein fouet, elle a perforé plutôt la face obliquement de haut en bas, épuisé en partie son action sur les maxillaires et atteint la colonne vertébrale obliquement de haut en bas.

La blessure consiste dans une contusion, une perforation incomplète ; par conséquent la lésion est simple. L’observation d’un traumatisme plus grave du corps des vertèbres est cependant possible. Les exemples suivants, qui viennent à l’appui de notre dire, sont trop intéressants pour ne pas trouver place ici :

Le soldat Cléland fut blessé à Gettysburg le 2 juillet 1863 par une balle conique qui pénétra la lèvre supérieure au niveau de la deuxième incisive droite, détruisit toutes les dents de la mâchoire supérieure de ce côté jusqu’à la dernière molaire, passa au-dessous du palais membraneux et pénétra la partie postérieure du pharynx et le corps de la troisième vertèbre cervicale. Trente-cinq jours après, on découvrit la balle au moyen de la sonde de Nélaton et l’on en fit l’extraction. Le blessé était alors paralysé des quaire membres, mais cette paralysie cessa rapidement. Pendant un certain temps même, il put remplir les fonctions d’infirmier à l’hôpital. Revu une année après l’accident (mars 1864), on constata que le corps de la troisième cervicale , en presque totalité , avait disparu avec la moitié antérieure de l'apophyse transverse et la portion circulaire de la vertèbre qui forme le trou vertébral. On s’étonnait à bon droit qu’avec une semblable perte de substance, le blessé pût encore tenir sa tête. L’artère vertébrale ne semblait pas avoir été intéressée. Cet homme ne présentait alors qu’une anesthésie de la partie postérieure du cou limitée à une étendue de 3 à 4 pouces... Des portions d’os s’éliminaient encore de temps en temps.

Revu en 1871, le côté droit de sa langue était alors dévié, sa parole était devenue, de ce fait, difficile; le côté droit de la gorge était rétréci; l’épaule et le

peut cheminer du côté des apophyses transverses, qu’elle contusionne ou L Otis, o. c., p. 430 et 431.

bras droit partiellement paralysés. On lui accorda les trois quarts de la pension accordée aux blessés absolument impotents b

•Contusion d’un corps vertébral, cervical; nécrose consécutive (Otis).

Fig. 356.

Le même recueil résume l’observation d’un soldat chez lequel une balle, après avoir pénétré la mâchoire inférieure, frappa les sixième et septième cervicales. Cet homme, qui mourut douze jours après l’accident, avait rendu sa balle par la bouche. Il ne présenta ni paralysie, ni aucun autre trouble médullaire. Il succomba à une inflammation putride rétro-pharyngée et. à son autopsie, on constata une gouttière des sixième et septième cervicales et une ostéite éliminatrice des portions osseuses, contuses, voisines de la gouttière (fig. 356). , ]

La balle, au lieu de se diriger vers le corps des vertèbres cervicales,

BLESSURES DU RACHIS

[I fracture sans que la vertébrale soit toujours assez sérieusement atteinte oour donner lieu à une hémorrhagie primitivement mortelle.

Les balles qui pénètrent le cou, directement d’avant en arrière, auj dessous du maxillaire inférieur, blessent le plus souvent les organes | importants du cou et le traumatisme du tube laryngo-trachéal ou des il /aisseaux ajoute sa gravité à celle de la le'sion rachido-médullaire. Il n’est pas impossible, cependant, que le projectile arrive jusqu’à la colonne vertébrale sans intéresser sérieusement ces organes dont la mobilité ou l’élas- : licite facilite le déplacement lorsque la balle n’est animée que d’une ! faible vitesse.

Nous n’avons rien à dire de spécial à propos des coups de feu postérieurs ou latéraux.

Dans la région dorsale, les coups de feu des corps des vertèbres se conir îi cliquent toujours de l’ouverture du thorax, le plus souvent de celle des gros rvaisseaux qui recouvrent directement leur face antérieure ou du cœur qui affecte avec eux des rapports médiats, aussi, sur les blessés qui survivent, la J ésion consiste-t-elle en une contusion, une gouttière latérales, une perforation complète ou incomplète transversale. La saillie du corps de ces vertèbres est telle que la perforation transversale n’ouvre pas toujours le :anal médullaire. La survie paraît impossible quand le projectile qui a ; itteint le rachis a suivi un trajet antéro-postérieur direct. Cependant, à 'encontre de toute prévision, ici comme dans bien des régions, on trouve les exceptions à une donnée qui ne semblait pas devoir en comporter.

Nous citons plus loin l’observation d’un blessé dont la survie fut possible i malgré une lésion des vertèbres dorsales et une échancrure profonde de la pointe . u cœur; nous trouvons dans les comptes rendus américains le cas d’un soldat il Daniel Rich), chez lequel la balle put impunément traverser le sternum près de articulation sterno-claviculaire droite. La sensibilité qu’on réveillait, au toucher, la partie inférieure des vertèbres cervicales et des vertèbres dorsales, le sang ; ue le blessé rendit par la bouche, une perforation du sternum dans laquelle on introduisit le doigt, ne laissaient pas de doute sur le trajet direct suivi parle rojectile L

Le cas du blessé américain Lowe n’était pas moins remarquable. Il reçut pî 7 avril 1862 une balle qui pénétra près de la clavicule, à gauche du sternum t se logea près de l’épine du même côté. Hémoptysie pendant les quatre prei îiers jours. Troubles respiratoires. Les 2 et 16 mai, hémorrhagie par les gros aisseaux de la partie supérieure de la poitrine. Il résista cependant à ces graves H émorrhagies et ne succomba que le 14 août, c’est-à-dire près de quatre mois ‘ près le traumatisme, à une paralysie liée à une nécrose de la colonne vertéi raie.

Les considérations précédentes s’appliquent aux lésions des corps ver- •braux de la région lombaire. L’ouverture concomitante de l’abdomen, ouverture des gros vaisseaux qui recouvrent la face antérieure de ces ver- •bres, la blessure plus fréquente de la moelle, rend assez rare l’observation es blessés frappés par un coup de feu antéro-postérieur. Exceptionnelleîent, quelques-uns peuvent survivre à une échancrure latérale. Par contre, •s coups de feu latéraux obliques d’arrière en avant ou transversaux ne sont

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