Bintôt in Chenu, Italie, t. II, p
BLESSURES DE LA MOELLE
Après la guerre d’Italie, Chenu n’a pu trouver que 5 à G blessés pensionnés oour des lésions de la colonne vertébrale avec traumatisme plus ou moins indi- •ect de la moelle.
Sur 91 cas de blessures de la portion cervicale du rachis, Otis ne signale que inq cas île guérison et, dans aucun de ces cas, la moelle n’avait été directement utéressée. 11 s’agissait de fractures d’apophyses. Sur 4 37 cas de lésions rachitieunes dorsales, cet auteur ne compte qu’une fracture compliquée de blessure ie la moelle, terminée par guérison. Enfin, sur 149 blessures de la colonne lomi 'aire, il ne put relever que quelques cas de guérison après lésions directes de la noelle. Les proportions de 70 p. 100, de 63,5 p. 100, de 45,5 p. 100 données par >tis ne représentent donc pas la lélhalilé des traumatismes médullaires, mais elle des lésions du rachis, et nous ajouterons, celle des lésions circonférentielles, pophysaires, faisant abstraction des cas dans lesquels les dégâts sont des plus raves et entraînent la mort des blessés sur le champ de bataille ou à proximité.
Le Rapport allemand de 1870 accuse : pour les blessures de la région cervicale u rachis une léthalité de 61,3 p. 100, de 70,9 p. 100 pour celles de la région dorale et de 71 p. 100 pour celles de la région lombaire, mais’les remarques que ous venons de faire à propos de la statistique américaine s’appliquent à la slaistique allemande et cette mortalité déjà élevée augmenterait considérablement i on ne tenait compte que des fractures compliquées de lésions médullaires irectes.
Chenu, dans son rapport de 1870, ne relève que 18 pensionnés pour blessures u rachis. Dans 13 cas il y avait lésion plus ou moins indirecte de la moelle. Trois )is la blessure répondait à la région cervicale, sept fois à la région dorsale, huit )is à la région lombaire. Presque toujours la lésion osseuse portait sur la moitié ostérieure du rachis, surtout sur les apophyses épineuses.
En somme, les cas de guérison de blessures directes de la moelle par i rojectiles se comptent, tant est sévère leur pronostic. Quand les compilations abdominales et thoraciques ne contribuent pas à assombrir un traulatisme déjà si grave par lui-même, les lésions médullaires lombaires et orsales sont un peu moins dangereuses que celles de la région cervicale ai sont presque fatalement mortelles. C’est à peine si dans la science on impte cinq à six cas de guérison de ces traumatismes cervicaux et les aérisons ne semblent guère possibles qu’autant que la lésion médullaire t superficielle. Nous devons à Olivier un des plus remarquables exemples ; ces guérisons inespérées :
Dans l’un des combats meurtriers qui ensanglantèrent Paris en avril 1834, un judant sous-officier de la garde nationale eut le cou traversé par une balle et mba à l’instant même. La balle avait pénétré presque horizontalement d’avant arrière et de gauche à droite la partie latérale gauche du cou, au-dessous de pophyse mastoïde et au niveau de l'angle de la mâchoire inférieure et était rtie en arrière, au delà de la saillie des apophyses épineuses des troisième-et atrième cervicales, dans l’intervalle des deux trapèzes. Le trajet de la plaie et symptômes accusés par le blessé démontraient que la balle avait brisé et foncé les lames d’une ou de plusieurs vertèbres cervicales, probablement celles la troisième ou de la quatrième.
En effet, le blessé était complètement paralysé du mouvement des quatre unbres et du tronc avec insensibilité complète des membres inférieurs, tandis il accusait en même temps des douleurs excessivement aiguës dans les membres jérieurs, le cou et la tète ; les moindres mouvements imprimés à ces parties -gmentaient ses douleurs et causaient une sorte de spasme tétanique. La respiiori était excessivement difficile, très pénible, la voix éteinte, la parole lente, déglutition très gênée. Il n’y avait eu ni érection, ni éjaculation.
Pendant les six premiers jours, il fallut sonder journellement le blessé; la
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paralysie de la vessie cessa vers cette époque, en même temps que la difficulté de la déglutition et de la respiration. La constipation persista jusqu’au quinzième jour; les douleurs furent aussi aigsuë, avec exacerbations chaque nuit, et jusqu’au 20 juillet, c’est-à-dire plus de deux mois après le traumatisme, la paralysie resta toujours au même degré.
A Bourbonne où le blessé fut envoyé, il s’aperçut, après quelques bains, d’une diminution dans la paralysie sensitivo-motrice ; peu à peu ses jambes purent le soutenir et il commença à faire quelques pas. Insensiblement, sa situation s’améliora, et finalement, la paralysie du mouvement des membres inférieurs disparut ; il ne lui resta qu’un peu de raideur dans la marche, quelques inquiétudes à gauche. Le membre supérieur gauche, par contre, resta presque complètement paralysé. 11 y ressentait des douieurs très aiguës qui s’étendaient de la tête et du cou jusqu’à l'extrémité des doigts. Du côté droit le membre supérieur recouvra ses fonctions; l’excrétion de l’urine se fit à volonté, mais l'intestin resta partiellement paralysé L
Sur un blessé de Desruelles, une balle s’était encastrée dans la portion cervicale du canal vertébral. Paralysie des quatre membres. Au bout de six mois, les mouvements des extrémités inférieures revinrent; au bout de neuf ans, les mouvements des membres supérieurs et inférieurs avaient presque totalement reparu. Plus tard, on fit l’autopsie du blessé et on se rendit compte du trajet suivi parle projectile.
La survie de la majorité des blessés qui présentent des blessures de la moelle dans la région cervicale ne dépasse guère quelques jours quand la lésion porte au-dessous de la troisième cervicale; lorsqu’elle siège au-dessus •de cette vertèbre, la mort est immédiate. Un soldat américain ayant été, pendant son sommeil, frappé par une balle à ce niveau, succomba sans faire le moindre mouvement. La survie est plus longue dans les traumatismes médullaires de la région dorsale. D’après les auteurs, elle pourrait durer deux à trois semaines. Rarement elle dépasse un mois. Dans les blessures de la région lombaire, la mort survient au bout de quatre à six semaines.
Non seulement, pour le pronostic, il y a lieu de tenir compte du siège de la blessure, mais encore de faire la part de la nature du traumatisme et, dans les blessures par projectiles, de la vitesse de ces derniers. C’est ainsi que les blessures sans ouverture de la moelle du canal rachidien sont moins graves que les plaies ouvertes, les plaies par armes piquantes moins sévères que les plaies par projectiles; enfin, les dégâts produits sur la moelle par un projectile animé d’une grande vitesse sont presque audessus des ressources de l’art, tandis que ceux que déterminent des balles propulsées avec moins de force sont plus susceptibles d’une cicatrisation
sont passibles d’accidents moins graves.
La mort reconnaît des causes multiples, variables avec la région médullaire atteinte et le moment où elle survient. Dans les blessures des régions cervicale et dorsale, la mort rapide est le plus souvent due aux troubles respiratoires, à l’asphyxie. A la méningite ou à la myélite spinale succombent rapidement, ou après un temps assez court, un grand nombre d’autres blessés. La pyélo-néphrite, les escarres de décubitus aigu, la pneumonie, ■sont souvent invoquées comme causes de mort, à une époque assez rapprochée du traumatisme. Enfin l’hecticité a été parfois signalée.