ÉVACUATION PAR EAU
ILe transport par eau des malades et des blessés, dit le Règlement sur le \ervice de santé1, doit être préféré à tout autre mode, quoiqu’il soit plus ent et qu’il expose à de nombreux détours. Il permet d’évacuer les hommes es plus gravements atteints qui ne pourraient supporter le transport en chemin de fer, et qui constituent précisément le plus grand danger pour ,’armée d'opération et pour les militaires traités dans les hôpitaux de campagne.
On distingue les évacuations par mer et les évacuations par fleuves et canaux. Les premières sont souvent moins avantageuses que les secondes, sn raison de la difficulté de l’embarquement, de l’impossibilité d’aérer le iaux-pont, du mal de mer et des secousses que les gros temps font éprouver aux blessés.
Chaque navire aménagé à cet effet, ou chaque convoi de bateaux, peut ïtre considéré comme un hôpital de campagne, et reçoit un approvisionîement analogue à celui des trains sanitaires improvisés. Le personnel iechnique chargé de la conduite du convoi reçoit ses instructions du direc- .eur des étapes.
Le médecin qui commande l’évacuation n’a pas à intervenir dans le service technique : il assure l’aménagement du convoi, l’embarquement les malades, les soins médicaux pendant le transport.
Transport par mer. — Le transport par mer s’effectue dans des bâtinents de la marine, dans des bâtiments-hôpitaux spécialement affectes à :e service et dont la direction est confiée à nos collègues de la marine,
1. Le Règlement sur le service des étapes, publié postérieurement au règlement lu service de santé de 1884, dit qu’en principe les évacuations de malades et blessés i grande distance ont lieu exclusivement par chemin de fer. Le transport par eau, sur es canaux et rivières canalisées, ne sera employé que pour suppléer à l'insuffisance des uoyens de transport par les voies de terre entre les hôpitaux de campagne et les chenins de fer. Il considère ce mode de transport comme un moyen de fortune destiné i faire arriver les blessés soit à l’hôpital d’évacuation installé à la tète d’étapes de guerre ou à une gare «le voisinage où fonctionne une section de l’hôpital d’évacuation. ,a durée du trajet serait par conséquent très courte, et durerait quelques heures, un m deux jours au plus. ( Règlement du ‘20 novembre 1889 sur l’organisation et le fonctionnement du service des étapes aux armées. Instruction ministérielle du 15 octobre 1890 ur les transports maritimes.)
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SERVICE DE SANTÉ EN CAMPAGNE
ou sur des bateaux du commerce , non aménagés. Les blessés sont, dans ces derniers, placés dans les couchettes existant à bord (officiers, blessés graves) sur des paillasses disposées symétriquement dans l’entrepont, et, par nécessité, sur de la paille ou des hamacs.
I ransport sur les fleuves, rivières et. canaux. — Le transport des blessés sur les fleuves et canaux a été utilisé depuis bien longtemps. Bagieu, au siècle dernier, en vantait, par expérience, les avantages. On l’a employé sou\cnt pendant les guerres de la République et de l'Empire, en Egypte, en
Allemagne, etc. Pendant la guerre de Sécession, la guerre de Bosnie, au Tonkin, on eut largement recours aux évacuations sur les fleuves et les rivières, « ces routes qui marchent », comme disait Pascal. Aujourd’hui, en France, ces évacuations sur les fleuves et les canaux ont été expérimentées, réglementées après la publication du mémoire de MM. Du Cazal et Zuber, qui ont étudié nos voies navigables au point de vue de la facilité, de la durée, de la régularité du transport, ainsi que les moyens les plus simples et les plus pratiques de transformer en bateaux-ambulances les bateaux plats généralement employés dans le réseau nord-est. D’après nos collègues, un de ces bateaux peut transporter 40 brancards placés sur quatre files ; quatre bateaux fourniraient un convoi donnant place à un nombre de blessés égal à celui que contient un train sanitaire. Tout récemment, en particulier pendant les grandes manœuvres de l’Est, plusieurs essais satisfaisants ont été faits de ce mode de transport. On a employé des appareils Brechot- Ameline.
Ces transports s’exécutent rarement dans des bateaux à vapeur ou des remorqueurs à touage; le plus souvent (sur les canaux et les rivières) ils s’effectuent dans des bateaux plats (flûte ou péniche), halés par des chevaux.
Les bateaux sont aménagés de façon à constituer de véritables hôpitaux flottants. Le service y est organisé comme dans un hôpital (de campagne, ou bien il fonctionne comme un train d’évacuation ordinaire et le ravitaillement y est assuré par des établissements semblables aux infirmeries de gare. Les blessés installés ne doivent pas subir de transbordement.
Dans la flûte , bateau non ponté, le fond du bateau n’est pas planchéié. Pour qu’elle puisse servir au transport, il est nécessaire de munir ce fond d’un plancher inaccessible aux eaux d’infiltration. Elle n’est point non plus couverte, aussi doit-on protéger les blessés par des bâches tendues sur une charpente légère improvisée au moyen de perches.
La péniche, bateau ponté mais plus lourd, est munie d’un plancher et d’un toit formé de panneaux juxtaposés. La dernière est plus confortable, la première a une marche plus rapide.
D’après les nouvelles expériences du service de santé, les blessés seraient placés dans ces bateaux sur les appareils Breciiot, Bry, Ameline décrits à propos des évacuations en chemin de fer. Chaque bateau peut alors transporter près de 100 blessés (30 à 33 appareils, fig. 387).
Le convoi, dirigé par un médecin, comporte encore, comme personnel : un pharmacien, un officier d’administration, deux infirmiers par bateau. Le convoi dispose d’un approvisionnement d’objets et de linge à pansement (une paire de cantines médicales), d’ustensiles de propreté et de distribution d’aliments.
répartition des blessés dirigés sur l’intérieur
Organisation du senicc. — Art. 1 15. — La répartition des malades et blessés est faite aux stations désignées à cet effet, à proximité de la base d’opération, d'après
SERVICE DE SANTÉ EN CAMPAGNE
un plan d’ensemble établi par le minisire, qui fait connaître au commissaire militaire de chacune de ces stations les territoires de corps d’armée sur lesquels devront être dirigés les trains d’évacuation de chaque armée.
Chaque jour, ce commissaire reçoit de chacun des directeurs du service de santé des régions territoriales assignées, l’avis télégraphique du nombre de places disponibles dans l’ensemble des établissements de la région. D’après ces indications et de concert avec le médecin-chef de l’hôpital-annexe (et, s'il y a lieu, avec un délégué de la Société française de secours aux blessés militaires), le commissaire fait régler par le service des chemins de fer (commission de gare, commission de ligne, commission supérieure, selon le cas), le mouvement et la composition des trains d’évacuation et il désigne la gare point de départ d’étapes sur laquelle chacun des trains sera dirigé.
Exécution du service. — Art. 116. — En règle générale, les trains d’évacuation subissent, à la station de répartition, un simple temps d’arrêt consacré à la révision minutieuse du train.
On évite aux malades et blessés tout transbordement qui ne serait pas indispensable. Ceux dont l’état se serait aggravé, les hommes atteints de maladies contagieuses, les éclopés, ou les malades et blessés qui auraient été dirigés par erreur sur les hôpitaux du territoire, sont débarqués et, suivant le cas, soignés à l’hôpital ou dirigés sur un dépôt de convalescents.
Les blessés arrivés antérieurement et devenus transportables sont placés dans le train. La feuille d’évacuation reçoit les modifications nécessaires, et le médecin du train est mis au courant des besoins des malades.
Exceptionnellement, à la suite des grandes batailles, les trains peuvent être réorganisés complètement à la station de répartition.
Destination assignée aux trains d'évacuation. — Art. 117. — Les trains sont dirigés sur la station point de départ d’étapes de la région de corps d’armée où les malades et blessés doivent être hospitalisés. Ils y sont reçus par le directeur du service de santé ou son délégué, qui fixe immédiatement la sous-répartition dans les divers hôpitaux, hospices ou établissements de l’assistance volontaire de la région, en évitant de changer la composition des wagons. La commission de gare assure ensuite le transport à la destination définitive par les premiers trains disponibles.
Quand il y a possibilité et utilité, les directeurs régionaux du service de santé font connaître, au commissaire militaire delà station de répartition, le détail des places disponibles dans les divers hôpitaux, afin que les trains d’évacuation puissent recevoir une destination directe, ou que les wagons reçoivent des chargements correspondants.
SERVICE DE SANTÉ DU TERRITOIRE
Après le départ des corps d’armée mobilisés, le service de santé dans chaque région de corps d’armée continue à fonctionner conformément aux prescriptions du règlement sur le service de santé à l’intérieur, et, en outre, d’après les dispositions ci-après :
Le directeur du service de santé de la région exerce, d’une façon générale, les attributions déterminées par le règlement sur le service de santé à l'intérieur; il lait connaître chaque jour au commissaire de gare de la station de répartition (art. 115) 1 ensemble des places disponibles dans les établissements hospitaliers de a région ; il reçoit, dans les conditions déterminées par l’article 117, à la station point de départ d’étapes, les malades èt blessés provenant de l’armée et en organise la sous-répartition.
Il surveille l’exécution du service dans les hôpitaux placés sous scs ordres ou sa surveillance ; il assiste, dans ses conseils, les médecins chargés de ces différents services. Il peut, avec l’autorisation du général commandant la région, déléguer
une partie de ses pouvoirs à des médecins ayant servi dans l’armée active, et qui sont placés sous ses ordres.
Le traitement des hommes est assuré dans les établissements suivants :
1° Les hôpitaux militaires, et leurs annexes, les hospices civils ;
2° Les hôpitaux cl'eaux minérales, transformés à cet effet en hôpitaux militaires ordinaires ;
3° Les hôpitaux temporaires (art. 127 du Règlement sur le service de santé à l’intérieur) qui peuvent être gérés soit directement, soit comme annexes d’un autre hôpital temporaire ;
4° Les hôpitaux auxiliaires ;
5° Les établissements locaux prévus sous le nom d 'ambulanees locales , par le décret du 3 juillet 1884, sur le fonctionnement de la Société de secours aux blessés, qui reçoivent des ordres directs des généraux commandant le territoire.
On n’opère ge'néralement en pays de montagne qu’avec des forces limitées ; on emploie d’habitude des troupes d’infanterie, d’artillerie et des chasseurs à pied.
Chaque colonne est accompagnée des médecins de troupe et d’une ambulance (n° 3) et comme les lignes de retraite sont toujours gardées, celte ambulance peut évacuer ses blessés à l’aide des convois de ravitaillement qui vont des colonnes vers les magasins de première ligne établis à une journée de marche et de ce point vers la deuxième ligne de magasins établie à trois ou quatre journées de marche de la précédente. Dans ces points de ravitaillement seront probablement établis les hôpitaux de campagne qui recevront les blessés et les dirigeront ensuite sur l’hôpital d’évai cuation *.
Le rôle des médecins de bataillon et d’ambulance n’offre rien de particulier à noter; le seul point du service de secours qui nécessite une étude spéciale, c’est le mode de transport des blessés dans la montagne.
Les sentiers étroits et escarpés ne permettent pas toujours l’emploi des cacolets et des litières, pas plus que celui des brancards ; le transport à bras d’homme est fatigant et exige de nombreux relais, aussi a-t-on proposé de recourir, au moins pour le transport jusqu’aux sentiers praticables, à des appareils pour le transport à dos d'homme. De ces appareils, les plus avantageux sont ceux de Fischer, de Muhlvenzh, de Port, la chaise à bretelle des chevaliers de Malte, enfin les systèmes employés pour le transport des touristes dans les montagnes de la Suisse et du Tyrol. Us reprét sentent en général un fauteuil étroit porté comme une hotte par le brancardier.
La sellette typique de Fischer, se compose d’une plate-forme suspendue à la ï hauteur des lombes du brancardier par une double bretelle qui passe sur les 0 épaules et s’entre-croise sur la poitrine. Le blessé, assis à califourchon sur ce siège