VI. — DES THÉORIES DES MODES D’ACTION DES PROJECTILES
Nous avons à ajouter quelques données nouvelles au chapitre consacré a cette question dans notre tome I (p. 4i2 et suiv.).
1 . Théorie de réchauffement du projectile et de la brûlure des tissus. — Des expériences de Reger, de Beck et de Bruns n’ont fait que confirmer la \alcui de l opinion de Melsens à laquelle nous nous étions rallié dans notre premier volume (p.448), a savoir : qu’il est impossible qu’une balle animée d une grande vitesse, c est-à-dire présentant les conditions requises pour la constatation évidente du fait, puisse, en rencontrant des os dans son trajet, transformer en chaleur une quantité suffisante de sa force vive pour brûler
MODES D’ACTION DES PROJECTILES
les tissus. Cela ne veut pas dire qu’au contact d’un corps résistant qu’il brise ou traverse, le projectile ou ses fragments ne puissent présenter une élévation de température qui contribue à « favoriser dans une mesure variable et toujours faible sa déformation et son morcellement, s’il est composé de plomb mou 1 ».
Reger2 tire, à courte distance, des balles contre des tôles de fer et reçoit les fragments dans une couverture de laine. Il constate par la couleur produite sur la laine, le degré d’échautïement qu’il évalue à 220, 230 centigrades. L’échauffement du projectile d'acier, d’après le même auteur, atteint 230, 240 centigrades.
Beck3 place dans un bain de mercure, une balle qui a percé du bois et des tôles de fer. et tient compte du temps écoulé pendant l’opération. L’échauffement du projectile calculé par l’augmentation de température du mercure est, en moyenne, de 69 degrés pour le projectile de plomb, de 78 pour celui à chemise soudée, de 1 JO degrés pour la balle à chemise de cuivre.
I Renouvelant, en la modifiant, une expérience de Melsens, Bruns tire une balle titre une tôle très résistante formant but et encadrée dans une boîte métallique Darois moins épaisses, surtout au niveau de la paroi d’entrée. La caisse est posée r un cadre en bois dans lequel on a placé un tiroir. La balle après avoir percé plaque de tôle mince et celle servant de but, tombe, avec tous ses fragments, ns le tiroir qui contient des substances fondant à des degrés divers : parafine, ufre, etc. Les fragments des projectiles ordinaires et à chemise produisent, .ns la parafme un bord bien visible, indiquant sa fusion. Recherchant quel est degré d’échauffement nécessaire pour produire cet effet, cet auteur trouve : 130 à 0 degrés centigrades pour les gros morceaux de plomb, 150, 180, 200 degrés ntigrades pour les petits. Tombant dans du soufre en poudre, les petits fragents de plomb produisent sa fusion et il arrive très souvent que des fragments ■ chemise d'acier ou de nickel, ainsi que des parties de tôle, sont entourés d’une uche de soufre fondu. Ils ne produisent jamais l’inflammation du soufre. Ces périences ont été contrôlées en échauffant les fragments. Bruns a 'constaté, mr les petits fragments de plomb, que leur température atteignait 210 degrés ntigrades; pour ceux de la chemise, 200 à 230 centigrades.
Toutes ces expériences que nous avons tenu à citer pour être complet, iais qui n’ont pas fait faire un pas h la question depuis le travail de Melrns montrent, comme celles du professeur de Bruxelles, que, même en cas arrêt subit de la balle contre un corps moins ébranlable et bien autrelent résistant que les os humains, le projectile ou ses fragments ne pré- *ntent pas une température suffisante pour amener l’action des tissus; ue l’augmentation de cohésion du plomb par l’adjonction d’une chemise 'acier, condition qui, avec le degré de résistance du but favorise la transjrmation de la force vive en chaleur, modifie à peine les conditions de l’exérience. Or (il n’est pas inutile de le rappeler), à supposer que l'échauffeîeut de la balle contre un corps inorganique ait été suffisant pour fondre la aile el vérifier les conceptions de la théorie, il eût toujours été nécessaire, ans nos traumatismes, de tenir compte des conditions qui s’opposent à la ’ansforination du travail mécanique en chaleur. Nous nous sommes assez xpliqué sur ce poinl pour n’avoir pas à y revenir.