‹ Traité de chirurgie de guerreChapitre 320 sur 340 · B. Beck. O. c. Arch. med. mil., 1887, Iratl. Demmler · texte numérisé non relu

B. Beck. O. c. Arch. med. mil., 1887, Iratl. Demmler

ADDENDAS.

Quant à la déformation et au morcellement de la balle, c'est là un fait surtout mécanique que réchauffement ne peut favoriser que dans une très faible mesure, puisque Melsens l’observait dans le tir dans des réservoirs contenant de l’eau à la température ordinaire.

2. Pression hydraulique. — Les expériences de Kocuer semblaient assez démonstratives pour n’avoir pas besoin d’être développées. Plusieurs auteurs cependant, Reger, Gori, etc., ont cru devoir mesurer au manomètre la pression que les balles peuvent développer dans les liquides aux différentes distances. Les expériences cadavériques ont montré qu’avec des balles actuelles (Delorme-Cuavasse, Chauvel-Nimier, Bruns, Habart), les effets explosifs, expression matérielle de la pression hydraulique poulies partisans de la doctrine de Kocker, sont plus rares et moins prononcés qu’avec les anciens projectiles, quoiqu’ils s’observent à une distance un peu plus longue. Nous venons d’en faire la constatation directe sur des blessés frappés, presque à bout portant, par la balle du fusil Lebel. C’est que si les balles actuelles ont une vitesse plus considérable que les anciennes, la diminution de leur calibre, leur déformation et leur fragmentation moins fréquentes atténuent considérablement l’influence de la vitesse accélérée aux courtes distances. Les recherches manométriques ont démontré en effet que la pression hydraulique est plus liée à la surface de section de la balle qu’à l’accélération de la vitesse. Gori accusait pour les projectiles de 11 millimètres une pression initiale de 10 atmosphères, et pour les balles Lorentz une pression de 3 atmosphères ; Bruns, à la portée du but en blanc, trouve une pression manométrique moitié moindre, pour la balle actuelle que pour la balle 1874-84. A 400 mètres, la pression développée parla balle de petit calibre est de 3.7 atmosphères; par le projectile de 11 millimètres, à manteau d’acier elle est de 3.3 atmosphères et pour celui en plomb mou de 11 millimètres, elle est de 3.5 atmosphères.

On en est revenu, même en Allemagne, de l’extension exagére'e donnée, il y a quelques années, à la théorie hydraulique. L’influence de cette pression hydrostatique se fait surtout sentir dans les réservoirs remplis de liquide (vessie, estomac, intestin, cœur); là, elle est indiscutable. Pour les organes parenchymateux gorgés de liquides (cerveau, rate, foie, reins) elle ne saurait être exclusivement invoquée, car, pour ces derniers, il faut tenir grand compte de l’action des molécules solides projetées. L’influence de la pression hydrostatique ne se montre guère sur la moelle des os puisque sur des diaphyses privées de moelle, on observe les mêmes lésions (Delorme, Bruns). Enfin elle est sans importance pour les autres tissus mous.

3. Projectile- air de Melsens. — Les recherches récentes du capitaine «Iournée, des docteurs Macu et Salcuer ont prouvé qu’il existe en avant et autour de la balle une sorte dégainé d’air comprimé, entraînée par le projectile et animée d’un mouvement vibratoire intense. Cette gaine ne se

torme qu autour des projectiles possédant des vitesses supérieures à celles du son (340 mètres).

MODES D’ACTION DES PROJECTILES

En regardant une balle, nous dit le commandant Journée, à l’aide d’une forte lunette placée dans le prolongement de la tangente à la trajectoire, on voit autour du projectile, lorsque la vitesse est notablement supérieure à 340 mètres, un cône d’air condensé, dont les bords sont relativement opaques. Le cône est d’autant plus aigu que la vitesse est plus grande. A l’intérieur de ce cône on distingue des nuages floconneux. Ces nuages sont assez persistants et assez intenses pour être vus à l’œil nu.

Ces apparences ont été fixées par MM. Mach et Salcuer.

En traversant un circuit électrique, le projectile détermine une étincelle qui l’éclaire. A ce moment précis son image est fixée par un appareil photographique. Ces images ont montré :

1° Qu’à la sortie de la bouche à feu ou de l’âme du fusil, le projectile est précédé par un champignon d’air et suivi d’un autre champignon formé par les gaz de la poudre. A quelques mètres, on ne trouve plus trace de ce dernier.

2° Dans la partie de son trajet dans laquelle il est animé d’une vitesse suffisante, le projectile est accompagné de plusieurs ondes condensées, prenant naissance à sa partie antérieure (f), sur les parois ( m ) et à sa partie postérieure (p).

L’onde antérieure ou de tête, la plus dense de toutes, apparaît dans les clichés comme une bande assez large, de forme hyperbolique, ayant son sommet devant la pointe et son axe suivant la trajectoire.

Les bailes de 2 à 3 calibres de longueur fournissent trois zones, l’une de tête, une autre répondant aux parois, la troisième au culot (fig. 396).

3° Dans le canal que la balle laisse derrière elle, on observe parfois sur l’image photographique de petits nuages, à peu près réguliers, symétriques et ressemblant à des perles enfilées sur un cordeau tendu le long de la trajectoire. Ces tourbillons sont constitués par l’air qui se précipite derrière le projectile.

Toutes choses égales d’ailleurs, plus la vitesse du projectile est grande, plus le sommet de l’onde de tête est proche de la pointe ; plus la pointe de la balle est aiguë, plus le sommet de l’onde en est proche.

On n’a pu encore déterminer définitivement la pression des couches d’air condensées et refoulées par le projectile.

Les expériences de Melsens ont donc reçu confirmation des recherches nouvelles. La balle est, dans son trajet aérien, précédée par une couche d’air condensé quand elle est animée d’une grande vitesse (soit à la (portée de 0 à 150 mètres pour les balles actuelles), mais il reste toujours à prouver d’une façon convaincante que cette couche d’air est capable d<* commencer l’action de la balle et d’augmenter les dégâts qu’elle peut | produire.

Neudôrfer évalue à 4,5 atmosphères la tension de cet air, mais cette évaluation est toute théorique et en la prenant pour exacte, elle serait L nsuffisante pour amener la dilacération de la peau. Avec les nouveaux i projectiles, môme à grande vitesse, maintes parties du trajet parcouru I lans les tissus mous d’un membre, présentent des dimensions égales ou ■oresque égales au projectile, ce qui s’accorde mal avec l’idée d’une aug- Imentation notable de volume de la balle par un manchon d'air condensé. 10e plus, dans les tirs d’expérience exécutés sur des membres découverts,

ii. — Gi

Fig. 396.

Ondes d’air propulsées par la balle dans son trajet aérien.

t, onde de tète ; mm, onde de la paroi ; pp, onde du culot; to , tourbillon en arrière du culot; v, projectile.

DELOHME.

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