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LÉSIONS DES OS PAR LES ARMES DE GUERRE
Bonnes ses Béarnais blessés à la bataille de Pavie et ces eaux, nous dit-on, produisirent de si bons effets qu’on leur donna le nom d’eau d’arquebusade qu’elles ont porté longtemps1. Depuis lors, jusqu’à une époque assèz rapprochée de nous, les eaux thermales jouirent d’une vogue méritée mais à laquelle les défectuosités de l’installation etrextrêmedilficultédes transports imposaient d’assez étroites limites. La création de l’hôpital militaire deBarèges en 1675, et celui de Bourbonne en 1732, prouvent l’extension qu’avait déjà prise, à ces époques reculées, l’usage des eaux vulnéraires et le degré de confiance qu’on attachait à leurs effets. Après les guerres de la première République et de l’Empire, de nombreux blessés affluèrent de toutes parts vers ces hôpitaux thermaux. Ils venaient, entre deux campagnes, y soigner leurs glorieuses blessures, comme le dit si bien J. Rochard. Enfin, à la suite de toutes nos guerres du siècle, les eaux thermales ont constitué un des agents thérapeutiques complémentaires presque obligés de la cure des blessures par armes à feu.
Après Bordeu (1769), les médecins militaires Armieux2, Bidot8, Ciiampouillon4, Cabasse5, Lemarchand0 et d’autres encore ont consigné soit dans les Mémoires de médecine et de pharmacie militaires, soit dans leurs Rapports adressés à l’Académie de médecine et au Conseil de santé, des documents qui ont servi à la fois à nous fixer sur la valeur des eaux thermales employées comme traitement des blessures de guerre et à préciser les règles de leur emploi. E. Rochard, tout récemment, a eu la patience d’étudier de près, d’analyser et de soumettre à une judicieuse critique les données fournies par ces Rapports nombreux et volumineux et dans un Traité qui nous servira souvent de guide, il a vulgarisé les connaissances que nous possédions sur ce sujet.
Bien que les eaux thermales soient utilisées pour le traitement des blessés atteints de lésions des parties molles, ce sont surtout ceux qui sont . I atteints de fracture qui en réclament le plus souvent l’emploi. Ce sont eux aussi qui, dit-on, en bénéficient le plus.
L’action des eaux thermales est à la fois liée à leur minéralisation, à leur thermalité et à leur mode d'emploi. On les utilise seules ou combinées à d’autres moyens adjuvants, le massage, l’électricité, une gymnastique raisonnée et appropriée aux genres de lésions observés. Celles auxquelles on a recours le plus souvent dans le traitement consécutif des plaies par armes à feu appartiennent à deux grands groupes, aux eaux sulfureuses ou aux eaux chlorurées sodiques. Nous allons voir qu’il n’est point indifférent,
L E. Rochard, Les Eaux minérales dans les affections chirurgicales avec une Préface de J. Rochard. Paris, Masson, 1884.
2. Armieux, Barèges et les blessui'es de guerre. Toulouse, 1874. Extrait des Mémoires de l’ Académie des sciences et belles-lettres de Toulouse , p. 48.
3. Bidot, Mémoire sur les eaux de Barcges in Recueil de mémoires de médecine et de pharmacie militaires, 1821, t. X, p. 249.
4. Ciiampouillon, De la statistique officielle relative aux propriétés thérapeutiques des eaux minérales de Barèges, d'Amélie, de Vichy et de Bourbonne, in Recueil de mémoires de médecine et de pharmacie militaires, 1870, p. 285.
5. Cabasse, De l’emploi de la médication thermale et des eaux de Bourbonne en particulier in Recueil de mémoires de médecine, de chirurgie et de pharmacie militaires, 1871-
6. Lemarchand, Rapport sur le service de santé pendant l'année thermale , 1872-73 a Amélie-les-Bains. Même i*ecueil, 1874, p. 361 et suivantes. Études médicales sur Barcges . Rozier, 1871.
LÉSIONS DES DIÀPHYSES PAR LES PROJECTILES. ici
i contrairement à l’opinion de beaucoup de chirurgiens, d’imposer à tous j les blessés atteints de fractures une station thermale de l’un ou l’autre de , ces groupes. Les établissements militaires de Barèges et d’Amélie appar- : tiennent au premier groupe; Bourbonne au deuxième.
1° Eaux sulfureuses de Baver/ es; action , modes et indications de l'emploi de ces eaux. — Les eaux de Barèges sont fortement excitantes, elles provoquent j dès les premiers bains une réaction générale plus ou moins vive, parfois i une véritable fièvre thermale et une réaction locale non moins énergique, qui cesse au bout d’un temps assez court et se traduit surtout par des conj gestions locales actives de la région blessée, par l’apparition d’une suppui ration abondante mais louable, le développement de bourgeons charnus j vermeils etl’excitation du travail d’ostéite contenu dans de bonnes limites. Mais leur heureuse influence dans nombre de cas ne doit pas faire oublier leurs dangers, et c’est avec raison qu’on s’accorde à en proscrire l’emploi aux pléthoriques, aux blessés atteints d’affections des organes thoraciques ou abdominaux, à ceux dont la constitution est très affaiblie, et d’une façon plus générale à tous les blessés chez lesquels tout phénomène inflammatoire aigu na pas disparu depuis un certain temps.
Le traitement aux eaux de Barèges consiste dans leur administration sous forme de bains prolongés et de douches.
Ceux qui ont étudié l’action de ces eaux se louent beaucoup de leur emploi dans le traitement consécutif des fractures. Pour Armieux qui, de 1871 à 1873, suivit à Barèges plusieurs centaines de blessés de la guerre de 1870, les succès les plus grands et les plus nombreux obtenus ont porté sur les affections osseuses graves, compliquées, ayant résisté à tous les moyens de traitement et qui se sont transformées rapidement sous l’action de ces eaux bienfaisantes. C’est là leur véritable triomphe, leur spécialisation bien accusée1.
Leurs effets doivent être étudiés : 1° sur les fractures primitivement simples ou primitivement compliquées mais dont les plaies sont cicatrisées depuis un certain temps; 2° sur les fractures plus ou moins anciennes mais encore ouvertes.
1° Chez les blessés de la première catégorie, les eaux ont pour effet de régulariser la circulation du membre, de faire disparaître l’œdème, l’état violacé observé si souvent à la suite des mouvements et de la marche, do donner aux muscles atrophiés du segment lésé et des segments voisins leur énergie, de relâcher les adhérences qui unissent ces muscles aux tissus environnants, de permettre aux articulations enraidies de reprendre l’étendue et la liberté de leurs mouvements, de libérer les tendons plus ou moins adhérents à leurs gaines, d’assouplir les cicatrices et de faire cesser les douleurs, en un mot de modifier puissamment l’état et le fonctionnement des parties molles du membre. Or comme, dans la majorité de ces cas, les accidents consécutifs observés sont liés à des troubles dans les fonctions des parties molles, il en résulte que ces eaux donnent ici des résultats très favorables. Si les accidents consécutifs sont liés au contraire à une consolidation vicieuse, à la difformité ou au volume du cal, voire même à un raccourcissement plus ou moins considérable, il est tout entendu que les