DE L’AMPUTATION DES MEMBRES POUR TRAUMATISMES PAR ARMES DE GUERRE
Nous avons longuement montré dans notre historique comment, à partir du xvie siècle, l’amputation s’était peu à peu substituée à la conservation dans les fractures des membres par coup de feu; nous avons dit l’abus qu’on en faisait aux xvi°, xvnc et xvme malgré les sages conseils de Belloste, de Dionis, de Lamotte, de Desport, de Bagieu, de Boucher, de Ravaton, et malgré le retentissant plaidoyer de Bilguer. Pendant les guerres de la Révolution et de l’Empire, beaucoup en étaient venus à la considérer comme un traitement plus humain que la conservation parce que le pansement des moignons était, disait-on, plus facile que celui des fractures, le temps nécessaire à la guérison des premiers plus court, les chances de succès plus grandes, le transport de l’opéré plus commode et le résultat : définitif plus satisfaisant. L’engouement pour l’opération radicale, simpli- : icatrice, était alors tel qu’on allait jusqu’à oublier son effroyable mortalité. Gaulthier de Claubry se laissait entraîner à’ soutenir qu’une amputation faite par un chirurgien habile n’était jamais mortelle, et Briot qu’une imputation double guérissait parfois plus vite qu’une amputation simple. Les succès obtenus par les chirurgiens de l’armée d’Afrique qui s’adressèrent à la conservation, les affirmations de Malgaigne, de Velpeau en 1818,
:> e remarquable mémoire de IIutin, l’impulsion que H. Larrey communiqua iux chirurgiens français de l’armée d’Italie, commencèrent à limiter l’emploi de l’amputation; mais, plus que ces mémoires et ces discussions académiques, les guérisons de plus en plus fréquentes et faciles obtenues par ■ a conservation et dues au perfectionnement des appareils contentifs, à la pratique de l’inamovibilité, à l’emploi de pansements qui préviennent ou tarissent la suppuration ; ces guérisons ont de plus en plus restreint les indications de l’amputation et les ont circonscrites aux cas dans lesquels >n a lieu de craindre la perte du membre par gangrène ou la mort du >lessé par des accidents suppuratifs graves. En tin de compte, on en est ’evenu aujourd’hui à la pratique des Bilguer, des Meiiée, desDui oiARi et les Bourienne, pour lesquels l’amputation dans les traumatismes pai coup le feu doit rester une opération exceptionnelle.
DE L’AMPUTATION DES MEMBRES
Indications générales des amputations. — Les indications de l’am- i
putation se présentent à un époque rapprochée ou éloignée du trauma- i tisme; elles sont réclamées dans le premier cas par la gravité de la lésiom >] ou des complications immédiates, dans le second par des complication» c consécutives. Ce sont généralement les traumatismes osseux qui les imposent.
A une époque rapprochée du traumatisme, les amputations peuvent être»tJj réclamées par :
1° Le broiement complet d’un membre par un gros projectile ou un > volumineux éclat;
2° L’ablation complète d’un membre emporté par un gros projectile ou » un volumineux éclat ;
3° L’ablation presque complète d’un membre par un éclat de gros pro i jectile;
4° Les fracas osseux considérables avec déchirure ou attrition étendues ci des parties molles ;
5° Les fractures comminutives avec lésions concomitantes de l’artèr» principale^ou des nerfs principaux du membre;
6° Les plaies pénétrantes articulaires avec fracture très comminutive, ri délabrements étendus de la capsule, des tendons périarticulaires, avec ou : sans lésions de l’artère principale ou des nerfs principaux du membre;
7° Les hémorrhagies primitives et les anévrysmes diffus contre lesquels. q la ligature est impuissante;
8° Les gangrènes résultant de la lésion des troncs artériels ou des troncsui artériels et veineux principaux avec ou sans fracture; la gangrène paiq congélation ;
9° La gangrène traumatique;
10° La pourriture d’hôpital sous la forme grave envahissante, avec des- -t truction très étendue des parties molles ;
1 1° Le tétanos ;
12° Les brûlures étendues au 5e et 6° degré.
A une époque plus ou moins éloignée de la blessure , l’amputation peut êtr< î réclamée par :
1° Des hémorrhagies consécutives incoercibles ;
2° Des suppurations graves diffuses, qu’elles proviennent des parties molles, des articulations ou des diaphyses enflammées;
3° L’ostéomyélite ;
4° L’impotence fonctionnelle d’un membre conservé ou réséqué.
I. Indications primitives. — Leurs indications ne semblant pas éga è lement pressantes doivent être discutées :
1° Dans le cas d & broiement complet d’un membre par un gros projectilOP: ou par un volumineux éclat, la nécessité de l’amputation ne paraîtpas doiu teuse, la gangrène étant inévitable , mais il est rare que le broiement queliq que étendu qu’il soit ait porté sur la totalité des tissus. Aussi, en pareil cas# c’est l’état du pouls dans les artères du segment inférieur qui indiquera a, chirurgien s’il y a nécessité d’amputer, car l’aspect que présente le membre peu après le traumatisme,, sa tuméfaction considérable, sa coloratioi