INDICATIONS GÉNÉRALES
violacée livide, la diminution de sa sensibilité et de sa température, signes communs à la contusion et à la gangrène, peuvent laisser croire à tort à l’apparition probable de cette dernière, et en imposer sur la gravité des désordres profonds. Le fait suivant emprunté à Le Dran le démontre bien : un boulet en frappant la jambe d’un blessé avait fracturé le péroné et violemment contusionné le membre. Le gonflement était considérable et l’aspect des téguments tel qu’on pouvait croire que toutes les parties molles de la jambe avaient été broyées. On amputa par crainte de la gangrène et à l’autopsie de la jambe on fut surpris de constater que les muscles, les vaisseaux et les nerfs n’avaient pas été contus.
“2° Ablation complète d'un membre par un gros projectile ou un volumineux éclat. — Cette indication de l'amputation a été très discutée surtout à la fin du siècle dernier. Les uns ont considéré l’amputation immédiate comme indispensable en pareil cas, pendant que d’autres, Bilguer, Méiiée, Lombard, Léveillé, Sabatier, etc., la jugeaient inutile, voire même dangereuse.' Abandonner à la nature la cicatrisation de ces vastes plaies déchirées ou contuses c’est, disaient les premiers, exposer les blessés à tous les accidents d’une suppuration longue et débilitante, aux hémorrhagies consécutives, aux retards apportés à la cicatrisation par le détachement difficile des os dénudés ou contus pour n’aboutir finalement qu’à obtenir un moignon mal conformé, sujet à s’ulcérer et peu apte à recevoir un appareil de prothèse, tandis que l’amputation substitue à ces plaies irrégulières une surface cruenlée simple, qui marche rapidement vers la guérison. Les adversaires de l’amputation ont fait ressortir de leur côté qu’en pareil cas l’amputation primitive est dangereuse parce qu’elle ajoute un nouveau traumatisme grave au premier déjà si sérieux, qu’elle aggrave la commotion générale et la stupeur locale, qu’elle expose à porter le couteau dans des tissus dont la vitalité est compromise et qui sont de ce fait voués à la gangrène; enfin ils ont fait remarquer que ces blessures peuvent très bien guérir, aussi bien que les plaies d’amputation, sans que le résultat soit aussi défectueux qu’on l’a dit. Bilguer, Léveillé' et Lombard2 surtout, partisans déclarés de l’expectation, ont rapporté à l’appui de leur pratique de nombreux exemples bien remarquables de guérisons rapides observées chez des blessés qu’on n’avait pu amputerfaute de temps ou soit qu’ils n’aient pas voulu consentir à l’opération ou que le traumatisme ait intéressé les membres à leur racine. Des observations de Lombard la plus démonstrative était celle d’un artilleur qui avait eu les deux jambes emportées aux deux tiers supérieurs et qui avait vu le moignon de l’amputation faite par le projectile guérir plus vite que celui du membre amputé par le chirurgien.
Dans les ablations assez régulières nous considérerions l’amputation immédiate comme inutile. Dans les ablations irrégulières, si les téguments n’étaient pas détruits dans une étendue telle qu’on puisse conserver des doutes sur la régularité et la solidité de la cicatrice, nous nous contenterions de régulariser la plaie par l’ablation des chairs dilacérôes et de 1 os.
L Lkvbillé, Mémoire sur la nécessite de ne pas toujours amputer sur-le-champ < ans les cas oit. un membre est emporté pur le boulet , et sur le traitement le plus convenable dans eette circonstance, in Mémoires de la Société médicale d’émulation, t. \ , 180.1.