DU LIEU DE L’AMPUTATION
qu’ils sont accumulés dans un milieu encombré et infect., mais pour éviter cette mesure dont l’application, même en temps de paix, rencontre déjà bien des difficultés, il est bien plus sage de prévenir l'infection par des pansements appropriés.
Traitement. — De toutes les causes qui actionnent les résultats des amputations, aucune n’a une influence égale à celle des pansements . La mortalité sans cesse décroissante des amputés dans les hôpitaux à mesure que la technique de ces pansements se perfectionnait et que les chirurgiens étaient de plus en plus convaincus de leur bienfaisante action, en est la preuve la plus évidente. Là où autrefois l’amputation d'un segment important des membres éveillait l’idée d'une mort presque certaine, la guérison est la règle et on a lieu de se montrer parfois mécontent de ne l’avoir pas obtenue par première intention. Quelque brillants que soient les succès que les pansements nous ménagent dans les grandes guerres de l’avenir, ils ne sauraient cependant faire oublier l’importance des autres conditions qui retentissent sur la guérison des blessures en général et des amputations en particulier. De plus, sans être pessimiste, mais en se rendant un compte exact de la pratique de la chirurgie de guerre, il est facile de prévoir maintes situations dans lesquelles l’application insuffisante ou défectueuse de ces pansements les empêchera de faire complètement sentir leur bienfaisante influence.
Des amputations multiples. — Jusqu’à quelle limite un blessé peut-il subir la mutilation grave de l’amputation? A la suite de toutes les guerres on a signalé des exemples relativement nombreux d’hommes qui ont subi deux grandes mutilations sans que la mortalité se soit montrée chez eux notablement supérieure à ce qu’elle était chez les opérés qui n’avaient subi qu’une amputation. C’est ainsi que la mortalité de 47 amputations doubles portant sur les deux extrémités supérieures a été, pendant la guerre d'Amérique, de 34 p. 100; celle de 82 amputations doubles portant sur les deux extrémités inférieures a été de 61 p. 100, celle de 43 amputations doubles, simultanées, d'une extrémité supérieure et inférieure, de 50 p. 100. Les amputations doubles ont été souvent pratiquées en Crimée pour des gangrènes par congélation.
John Ashurst rappelle plusieurs cas d’amputations triples dues à Stone, Leselenc, Ritter, etc. Chenu en avait déjà signalé un exemple1.
Quelques observations ont montré môme que des blessés qui avaient eu les quatre membres amputés avaient pu survivre. Le fait le plus remarquable est celui signalé par Morand et reproduit par Larrey2. C'est celui d’un blessé recueilli aux Invalides après la guerre de Hanovre; ses deux jambes avaient été coupées fort haut et les deux bras amputés si près de l’épaule qu’il ne pouvait rien tenir sous ses aisselles. Il jouissait d’ailleurs d une bonne santé. Le médecin inspecteur Champenois a pratiqué sur un blessé une quadruple amputation. Trois des membres furent coupés en un jour, le quatrième le lendemain3.
Du lieu de l’amputation. — On recommande généralement d am-
L Campagne d'Orient, o. e., p. 53.
-• D. Larrky, Cliniguc chirurgicale, o. c., p. 010.