MÉTHODES ET PROCÉDÉS D’AMPUTATION
Méthodes et procèdes d’amputation applicables à la chirurgie de guerre. A une epoque rapprochée de nous, on a beaucoup opposé les avantages et les inconvénients des désarticulations à ceux des amputations On s accorde aujourd’hui à reconnaître que ces deux méthode' trouvent chacune leur application. Cependant l'amputation dans la continuité reste la méthode générale, l’amputation dans la contiguïté est une méthode d un emploi plus exceptionnel, mais qui doit redevenir plus général quand on ampute pour des complications médullaires. La désarticulation à cause de 1 étendue des culs-de-sac synoviaux, de la plus grande facilité a\ec laquelle la synoviale s'enflamme ou tout au moins de la surveillance plus particulièrement attentive que réclame le pansement du moignon doit céder en compagne, le pas à la méthode de l’amputation qui plUs°sûrement et plus facilement amène la guérison de l’opéré.
Quant aux modes opératoires, on serait presque tenté de dire qu'il est indifférent d employer les uns ou les autres pourvu que l’os soit bien recouvert et que la cicatrice soit à l’abri des pressions de l’appareil de prothèse. Le mode circulaire est peut-être d’une exécution plus facile et plus rapide que la méthode à lambeaux, mais depuis qu’on recherche avec raison la réunion immédiate, la méthode à lambeaux a sur la première quelques avantages. Elle donne des surfaces cruentées similaires s’adaptant rmieux, elle ferme plus complètement le cul-de-sac au fond duquel l’os est ■placé, facilite davantage le drainage, permet une contention plus rigoureuse que celle qu on peut se permettre d’exercer sur une manchette plus mince et moins nourrie, ce qui n’est à dédaigner ni au point de vue de 1 arrêt de 1 hémorrhagie de petits vaisseaux ni au point de vue de la perîistance de la réunion pendant les transports. On lui a adressé le reproche d exposer a la section des vaisseaux sur plusieurs points de leur longueur, 3t même à leur section axile. Il est facile d’éviter cet inconvénient.
La méthode à un lambeau peut trouver son application dans certains :as où le traumatisme a surtout porté sur une partie de la circonférence du mnmbre. Elle permet de conserver à ce dernier une plus grande longueur. La méthode ovalaire ou en raquette a des indications particulières. Recouvrir convenablement l’os est la préoccupation la plus importante | ;pour le chirurgien. Pour obtenir ce résultat, il est nécessaire de donner ù a manchette ou aux lambeaux une longueur suffisante. Chez nos blessés Ion t les muscles sont volumineux et consistants, l’expérience a démontré jue la peau se rétracte peu après sa section et que la rétraction des muscles le s effectue pas non plus suivant l’étendue désirable, aussi est-il nécessaire ”, ez eux de disséquer le plus souvent une manchette et de toujours sectionner les muscles en deux temps. Encore sera-t-il souvent utile de dénuder os après la section musculaire.
La manchette et le cône musculaire doivent avoir une longueur égale u rayon du membro augmenté de quelques centimètres pour la rétracîon de la peau. Il est bon de prendre plus que moins d’élolfo. Deux lambeaux auront 1 étendue de la manchette; un lambeau, le double, soit une longueur égale au diamètre du membre, augmentée de quelques centimètres pour la rétraction et un peu plus de la demi-circonférence comme 1 ’ase. Quand la nécessité force i\ former deux lambeaux inégaux, on redonne 1 un ce qu on a retranché à l’autre. L’essentiel est que l’os soit recouvert
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par une quantité totale de tissus égale au diamètre du membre augmenté de quelques centimètres.
Dans les points où les muscles sont le plus longs et le plus libres d’insertions, leur plus grande rétraction impose de conserver aux lambeaux ou à la manchette une plus grande longueur.
Les lambeaux doivent être modérément charnus, formés exclusivement de peau à une certaine distance de leurs bords; ils doivent être taillés très franchement, pour que leur surface soit bien régulière. On les libère d’ordinaire de dehors en dedans. Quand le chirurgien est peu habitué à la pratique des amputations, il peut tailler ses lambeaux à la Ravaton, faire d’abord une section circulaire cutanée, puis musculaire, porter sur cette incision circulaire, à partir du point où l’os doit être sectionné, deux incisions latérales symétriques et axiles limitant deux lambeaux égaux et dégager les chairs au ras de l’os.
De ce que les pansements antiseptiques masquent parfois des fautes opératoires et permettent d’obtenir des succès après une ablation de membre faite avec si peu de soin et de méthode qu’elle mérite à peine le nom d’amputation, il faudrait se garder d’en inférer qu’il soit inutile de faire l’opération suivant des règles dont tous les vrais chirurgiens reconnaissent la valeur. Une amputation bien conduite, des chairs résolument et bien sectionnées, constitueront toujours une condition du succès.
Pratique de l’opération. — Nous n’avons pas l’intention de rappeler ici tous les détails opératoires qu’on trouve indiqués par les classiques et que nous devons supposer bien connus. Nous nous contenterons seulement d'insister sur quelques-uns dont on parle’peu ou qui présentent dans la pratique de la chirurgie de guerre des particularités dignes d’intérêt.
Les amputations doivent se faire dans un lieu bien éclairé, cela va de soi, quoiqu’on ne prenne pas toujours les précautions voulues pour qu'il en soit ainsi ; de plus, elles doivent être pratiquées, autant que possible, quoi qu’en ait dit Neudôrfer, en dehors des locaux occupés par les blessés non opérables ou à opérer. Les cris de l’opéré, les mouvements désordonnés qu’il exécute lorsqu’il est sous l’influence du chloroforme, le spectacle des instruments, du sang qui coule, delà mutilation subie, ne peuvent qu’exercer la plus fâcheuse influence sur le moral de ses camarades, sans compter que l’encombrement nuit à la liberté d’action des aides et du chirurgien.
De l’avis de tous les chirurgiens d’armée, quelle qu'ait été l’énergie des blessés pendant le combat, la pensée d’avoir à subir une mutilation grave et qui doit avoir parfois de si grandes conséquences pour l'avenir, a sur le moral de l’opéré une influence qui retentit sur la marche de sa plaie. Ces pénibles impressions sont encore aggravées par celles ressenties à j proximité du champ de bataille, par le découragement qui frappe les j ennemis blessés faits prisonniers et soignés par des chirurgiens étrangers, j Rares sont les hommes insouciants ou à trempe vigoureuse qui, comme i l’opéré auquel Pingaud pratiqua presque seul une désarticulation scapulo- : humérale sur le champ de bataille de Gravelotte, demandent à leur chi- ij rurgien de « leur laisser fumer une cigarette » pendant qu’on les ampute, Il ou qui, comme l’officier auquel D. Larrey .fit la même opération, 3 n’avait comme préoccupation fixe que d’écrire â l’Empereur pour lui
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demander de rester à la tête de son régiment. Aussi le chirurgien d’armée doit-il toujours, de quelques mots que son cœur et son tact lui dictent, relever le moral de son opéré et lui faire sentir la nécessité du sacrifice qui lui est imposé. Ce ne sera pas là sa tâche la moins élevée.
L’opération doit se pratiquer sur une table ad hoc , la table réglementaire. Il serait facile d’en construire extemporanément une non moins commode avec une porte, un brancard, des tréteaux ou des meubles.
Tous les instruments et objets nécessaires pour la section des chairs (couteau, ciseaux, bistouri), la section de l’os (rugine, scie, davier, pince de Liston), les ligatures (pinces hémostatiques, catgut ou soie phéniquée), la réunion de la plaie (aiguilles, crins de Florence et de cheval), baignant dans des liquides antiseptiques, sont disposés à portée du chirurgien, lequel en a surveillé la préparation et qui, autant que possible, les prendra directement des vases qui les contiennent. Enfin les tampons ou éponges antiseptiques sont à proximité. Pour éviter de meurtrir les chairs pendant la section de l’os, on se sert communément d'une compresse fendue. Percy utilisait des rétracteurs métalliques, Valette en Crimée, des attelles échancrées. M. Gaujot a préconisé à nouveau les rétracteurs métalliques qui sont communément employés pendant les exercices opératoires du Val-de- Grâce. Il faut reconnaître que ces rétracteurs assurent aux chairs une protection plus sûre que celle des compresses quand le chirurgien est peu attentif, ou quand l’aide qui les fixe les assujettit mal, ce qui arrive souvent. Dans ce dernier cas l’opérateur est de plus exposé à couper l’os au-dessous des limites de la dénudation osseuse. L’inconvénient qu’on pourrait reprocher aux rétracteurs métalliques, c’est qu’à leur contact, les dents, la voie de la scie peuvent s'émousser. Mais c’est un mince inconvénient. Aussi sommes-nous partisan de l’emploi de ces rétracteurs.
Le rôle des aides doit être indiqué avec précision par le chirurgien. Ceux-ci, vigoureux et intelligents, doivent s’attacher à suivre ses manœuvres avec attention, à prévenir ses besoins, à rester constamment attentifs à remplir leur rôle et rien que leur rôle. S’ils savent de plus ne pas détourner l'attention de l’opérateur par leurs causeries, ils sont parfaits. A la rigueur trois aides peuvent suffire pour pratiquer une amputation, mais d’ordinaire il est bon d’en avoir quatre ou cinq à sa disposition.
Les aides les plus utiles sont ceux qui sont chargés de la chloroformisation, de la compression et de V ètanchement de la plaie.
Ceux qui doivent assurer la rétraction des chairs et la contention du membre peuvent être choisis parmi des aides moins sûrs et moins exercés.
L’aide chargé du chloroforme doit avoir quelque expérience de la pratique de l’anesthésie. Souvent, dans les ambulances, on en charge le pharmacien. Tout entier à sa tâche, il ne doit s’en laisser distraire par aucun des incidents de l’opération. Quand les chloroformisations sont répétées, il est utile que cet aide se fasse de temps en temps remplacer. Dos agents anesthésiques, le chloroforme est préféré aujourd'hui. 11 amène 1 anesthésie plus rapidement que l’éther, ce (pii est une considération de quelque importance dans la pratique des ambulances et des hôpitaux de campagne, et, quoi qu’on en ait dit, bien administré, il ne donne pas souvent lieu à des accidents graves. En Crimée, alors que les chirurgiens français n'étaient pas encore familiarisés avec l’emploi du chloroforme, ils
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n’eurent à déplorer aucune mort. Pendant la guerre de Sécession on a relevé 37 cas de mort imputables à l’agent anesthésique sur 6 784 chloroformisations. C'est plus que n’en accusait Fischer, qui disait que sur 140000 opérations pratiquées sous le chloroforme, depuis la guerre de Crimée jusqu’à la guerre russo-turque, on n’avait compté que 13 morts. Quoi qu’il en soit, le nombre des décès est très faible étant données les conditions d’administration si différentes des conditions ordinaires et l’épuisement de beaucoup d’opérés. On admet, communément que le chloroforme aggrave le choc opératoire et qu’il est dangereux de l’administrer pendant que le blessé est encore en état de stupeur.
L’anesthésie est d’ordinaire obtenue en dix minutes par le procédé des inhalations successives avec la compresse, moyen le plus commode, le plus simple et le plus propre de tous ceux qui ont été préconisés jusqu'ici. Le procédé de l’inhalation de doses massives est peut-être un peu moins sûr. Quand le chirurgien qui opère est habile et confiant dans la valeur de ses aides, il peut dans les moments de presse recourir à la chloroformisation d’attente , c’est-à-dire endormir un deuxième blessé peu d’instants avant la fin de la première opération. Ce blessé est porté sur la table, dès que la première opération est terminée.
Heyfelder conseille de faire prendre aux blessés exsangues un verre de vin ou d’eau-de-vie avant la chloroformisation. Cette pratique n’est pas suivie en France. Par contre, dans les opérations longues, on seconde souvent l’action du chloroforme par une injection de morphine.
Nous n’avons pas à insister ici sur les accidents auxquels peuvent donner lieu les inhalations chloroformiques, accidents qui tiennent parfois à l’impureté de l’agent anesthésique par des produits chlorés.
Le second aide indispensable suspend le cours du sang par la compression digitale, ou surveille les compresseurs métalliques qui la remplacent. Cet aide doit être absolument sur et de plus vigoureux. Quelque fatigante que soit la compression digitale, elle est avec raison préférée à la compression exercée avec le garrot, le tourniquet de J.-L. Petit, ou la bande d’Esmarch, qui ne doivent être employés que lorsque le chirurgien ne dispose que d’un personnel restreint ou peu exercé. Pendant les guerres de la République et de l’Empire, alors que les indications de l’amputation se présentaient si fréquentes que les chirurgiens pouvaient à peine suffire à leur Lâche, la compression digitale était déjà à peu près exclusivement employée1. Le garrot est en effet un moyen brutal; le tourniquet de J.-L. Petit peut se déplacer pendant les mouvements imprimés au membre blessé, et il impose toujours la présence d’un aide exercé prêt à suppléer à son insuffisance ou à comprimer à nouveau l’artère quand on pratique les ligatures. La bande de Sylvestri qu’a reprise Esmarch, après avoir été très utilisée pour les amputations, l’est de moins en moins, surtout parce que son ablation est suivie d’une hémorrhagie en nappe plus ou moins abondante, difficile et surtout longue à arrêter. L’électrisation et l’élévation du membre sont, la première presque inutilisable dans les ambulances, et la
1. Il est bien rare, dit Percy, dans ses Réponses , etc., p. 2i, que nous nous servions du tourniquet et à plus forte raison du garrot pour nous rendre maître du sang dans les grandes opérations. La main d’un aide seule ou aidée d’une pelote, d une bande roulée, suffit.
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seconde n’évite pas la perte d’un temps précieux. En somme, la compression digitale reste le procédé d’hémostase préventif le plus pratique, bien qu'il soit pénible. Mais si, d’une part, l’opérateur ne dépasse pas le temps habituellement réclamé pour l’ablation du membre, si, d’un autre côté, l’aide a soin de n’exercer sur le vaisseau que le degré de compression nécessaire pour affaisser la paroi vasculaire, celui-ci pourra exercer la compression plusieurs fois sans trop de fatigue. L’aide qui maintient la compression se fatigue d’ordinaire après dix minutes ; c’est autant qu’il en faut pour terminer la plupart des amputations. Lisfranc a fait remarquer qu’on exerce d’ordinaire une pression vingt fois trop forte sur le vaisseau et qu’une pression très légère suffit le plus souvent. Pour porter sur l’humérale une compression durable et non fatigante, il est bon, suivant le conseil de Farabeuf, d’embrasser le bras avec les deux mains qui se renforcent mutuellement, au lieu de se contenter de comprimer l’artère avec les quatre derniers doigts de la main, le pouce placé en dehors, ce qu’on fait d’habitude. Le même chirurgien donne à l’aide le bon conseil de reposer ses mains et son bras sur un de ses genoux fléchi et suffisamment élevé. Pour la compression de la fémorale, il faut agir sur l’artère plutôt de bas en haut et d’avant en arrière que perpendiculairement (Lisfranc). L’aide la continue plus longtemps quand, au lieu de l’effectuer avec le bras tendu horizontalement, il presse sur le vaisseau avec le bras tendu presque verticalement sur le pli de l’aine et supportant en partie le poids du corps. Il montera au besoin sur une chaise pour être plus à son aise (Farabeuf).
Une dernière précaution : un aide peu expérimenté ne manque pas de redoubler d’efforts lorsque, dès les premiers coups de couteau, il voit le sang veineux couler en abondance. Cet écoulement est inévitable. Qu’il n’y ait pas de jet artériel, c’est tout ce qu’il faut. Pour se renseigner à cè sujet, il est bon que cet aide ait vue sur la plaie, sans quoi, n’étant pas sûr de ce qu’il fait, il exagère ses efforts et se fatigue plus vite. Quand il sera fatigué, il sera remplacé par celui qui est chargé du chloroforme ou par un autre.
Tous les auteurs qui ont décrit la technique des opérations, ont bien défini le rôle de l’assistant chargé de soutenir le membre, de celui qui doit relever les chairs sans les comprimer. Le rôle de celui qui aide le chirurgien lorsqu’il pratique la ligature des vaisseaux est très restreint aujourd’hui ; il se contente de soulever les pinces pendant qu’on engage les fils de catgut sous l’artère.
Les aides étant bien avertis de leur rôle, les instruments étant è portée et bien antiseptisés, le chirurgien avant de pratiquer son opération a encore quelques précautions à prendre, dont ne parlent pas les auteurs. Dans les amputations réclamées parles traumatismes de guerre, les os sont fracturés et certains muscles ont perdu en partie leurs insertions. Dans les ablations ils peuvent même avoir totalement disparu. La perte des insertions de certains muscles rend plus difficile la section régulière dos chairs, aussi est-il bon pour leur permettre de mieux résister l’instrument d appliquer ,ln den circulaire, une grosse ficelle par exemple, un peu au-dessous du point où vont être commencésla manchette ou les lambeaux. La solution de continuité de l’os rend impossibles ou dangereux les mouvements de rotation qui dans les exercices cadavériques facilitent, tant la dissection de la manchette et la taille des lambeaux. Pour assurer ces mouvements, on
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cherchera le plus possible à immobiliser sommairement les deux fragments osseux par des attelles. Quand on ne pourra obtenir leur contention on sera réduit, pour pratiquer les dissections, à varier ses positions et à en prendre parfois de fatigantes.
Nous nous garderons de décrire ici les actes opératoires qui doivent être bien connus du chirurgien. Nous avons rappelé les dimensions des manchettes, des lambeaux, conseillé la section des chairs en trois temps quand on utilise le procédé circulaire... Nous n’insisterons pas davantage; le reste est affaire d’expérience pratique acquise à l’amphithéâtre ou sera indiqué à propos de chaque amputation en particulier. Une remarque seulement au sujet de la manière dont doit être conduite, h notre sens, l’opération. Préoccupés de mettre rapidement un terme aux douleurs éprouvées par les opérés, les anciens chirurgiens privés de l’anesthésie menaient très rapidement leur opération, s’adressant à des procédés expéditifs, à des modes circulaires sans manchette, taillant les lambeaux par transfixion, etc. Les chirurgiens de l’Empire, « ces abatteurs de membres», comme on les appelait, terminaientleurs grandes amputations en quelques instants, en deux ou trois minutes au dire de Percy. L’emploi des anesthésiques a rendu inutile cette extrême célérité, mais, tombant dans un excès contraire, les chirurgiens de nos jours, à la remorque de Marcellin Duval, se gardent à tel point du cito qu’ils le remplacent le plus souvent par le lente , sans davantage sauvegarder le tulo. Us ont répudié les anciens procédés auxquels ils ont substitué des modes de dissection, et, pour que l’assimilation soit complète, certains se servent du bistouri au lieu du couteau. Qu’un chirurgien pratiquant une désarticulation d’une exécution délicate, une tibio-tarsienne, une sous-astragalienne, procède avec une sage lenteur, rien n’est plus compréhensible ; mais quand il taille en pleins tissus mous, que son instrument n’a à éviter aucun obstacle, on ne voit pas ce qu’il a à gagner à arrêter de parti pris la marche décidée de son couteau, à compter les muscles, à taillader les chairs, comme nous l’avons vu tant de fois faire à l’amphithéâtre et dans les services oùl’on a adopté lesprocédés nouveaux. La coaptation exacte et la cicatrisation rapide des lambeaux est facilitée par la section nette, bien franche des muscles et cette pratique s’accorde d’autre part avec les exigences des services sanitaires surchargés des premières ïignes où le temps est précieux, et le souci qu’on doit avoir des fatigues des aides. Pour nous, la chirurgie des premiers échelons doit rester sagement , sûrement expéditive, mais expéditive , et les efforts des chirurgiens doivent tendre à développer leur habileté opératoire en vue de réaliser celte condition que les circonstances leur imposent. Partant de cette idée, nous voudrions voir, ce qui est loin de se faire dans la pratique, les chirurgiens opérateurs les plus habiles porter surtout, dans les journées difficiles, le poids des interventions radicales au lieu d’opérateurs d’un mérite très inégal. En chirurgie comme en tout art, la division du travail a presque toujours l’avantage d’en assurer une marche plus régulière, plus rapide et plus proche de la perfection. L’opération, cela va de soi, doit être conduite suivant les règles de la méthode antiseptique : instruments, éponges, mains du chirurgien des aides doivent être et rester antiseptiques pendant toute la durée de l'intervention.
La ligature des vaisseaux divisés paf l’instrument tranchant est considérée
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aujourd’hui comme une condition indispensable pour le succès de la réunion qu’on recherche. L’emploi des pinces hémostatiques l’a singulièrement simplifiée et les lîls de catgut l'ont rendue plus sûre. Nous nous contenterons de rappeler que cesligatures doivent toujours être immédiates , c’est-à-dire qu’elles ne doivent comprendre que le vaisseau même, qu’elles doivent être bien serrées pour résistera la pression sanguine pendant les transports. Pris au dépourvu de matériel antiseptique approprié, le chirurgien remplacera la ligature par la torsion. Celle des petites artères lui per- | mettra de ménager ce matériel, ce qui n’est pas à dédaigner, ün n’oubliera pas que la stupeur locale peut arrêter temporairement l’écoulement du sang dans certaines artères. Après avoir assuré l’hémostase avec des fils coupésauras du nœud, nettoyé ou étanché la plaie avec des éponges ou des tampons très antiseptiques, on pratique l’affrontement des surfaces, la réunion de la plaie et le drainage du moignon.
En dépit d’assertions contraires, une suture exacte, multipliée, superficielle et profonde est, aussi bien dans la pratique de la chirurgie de guerre que dans la pratique journalière, le meilleur moyen d’assurer la contention des lèvres de la plaie et d’en obtenir l’adhésion. Nous doutons que, convenablement appliquées, les sutures profondes puissent exposer à la mortification des tissus comme on l’a dit. Les fils métalliques, le crin de Florence, assujettis au besoin par des lames de plomb, de petits morceaux de bois ou de sonde antiseptisés comme eux, servent aux sutures profondes ; les mêmes fils ou des crins de cheval bien décapés et rendus antiseptiques par un séjour de vingt-quatre ou de quarante-huit heures dans une solution phéniquée, sont utilisés pour les sutures superficielles. On favorise la contention des surfaces cruentées déjà assurée par les sutures en exerçant sur les lambeaux ou la manchette une compression légère et régulière avec des compresses faites de doubles de gaze antiseptique, des rouleaux de ouate ou d’étoupe, ou encore par des éponges trempées dans la solution phéniquée forte et exprimées. A la rigueur, cette compression bien faite pourrait remplacer les sutures profondes.
Pour des plaies étendues d’amputation et sur des blessés dont la surveillance n’est pas toujours facile, le drainage est nécessaire. Il prévient la tension qui pourrait résulter de l’accumulation des liquides sécrétés pendant les premiers jours, lesquels pourraient irriter la plaie et provoquer de la suppuration. Ces drains, d'un certain volume, assez résistants pour ne pas s’aplatir, sont placés debout à la base des lambeaux ou de la' manchette. Ils ne doivent ni arriver au contact de l’os ni faire une saillie notable au dehors. Pour éviter qu’ils se perdent dans les profondeurs de la plaie, •1 est prudent d’en traverser l’extrémité libre avec des épingles ou un fil. On peut remplacer, en cas de nécessité, les drains par des faisceaux de crin de cheval.
Après avoir drainé et suturé la plaie, il faut se garder d’injecter dans sa cavité des solutions antiseptiques. On doit suivre la même conduite dans les pansements ultérieurs, à moins d’indications particulières fournies par la suppuration.
Le pansement variera suivant les ressources du chirurgien. L essentiel, c est qu’il soit antiseptique. Le lister pur est peu utilisable en campagne Peur les plaies d’amputation. On le remplacera avec avantage par des
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compresses de gaze phéniqnée ou iodoformée qu’on recouvrira de tourbe, d’étoupe, de ouate antiseptiques.il faut avoir soin d’étendre ce pansement à une assez grande distance de la plaie, de le rendre assez épais et de bien assurer sa contention par des bandes régulièrement appliquées. Il doit être à la fois antiseptique, occlusif, légèrement compressif et bien immobilisant. En recouvrant des pièces de matériel antiseptique d’une couche suffisante de ouate on réalise ces conditions.
Si le blessé n’éprouve ni douleurs ni fièvre, on lève le pansement au bout de quelques jours, on enlève le drain et on relâche ou on enlève les sutures profondes. Le second pansement peut rester en place jusqu’à guérison complète surtout si les sutures superficielles ont été faites avec le crin de cheval si bien toléré. Nous indiquerons plus loin la conduite que le chirurgien aura à tenir en cas de complications.
Pour éviter que le moignon ne ressente douloureusement les heurts inséparables des transports, pour prévenir les effets des contractions musculaires qui nuisent à la cicatrisation et exposent à la conicité, il est bon d’assurer l’immobilisation de ce moignon. Après l’amputation de l’avantbras et du bras on fixe le membre contre la poitrine ; pour les membres inférieurs, Champenois, en Crimée, s’est servi de gouttières métalliques, Pirogoff d’appareils plâtrés. Il suffit de bien assujettir le moignon contre le membre sain lorsque celui-là est entouré d’un appareil matelassé d’une couche de ouate peu épaisse. Cette fixation est même inutile quand la couche de ouate est suffisamment épaisse. Pour éviter queles bandes ne se dérangent pendant les transports, on les recouvrira d’une pièce de linge.
On a conseillé, dans ces derniers temps, de reprendre le pansement ouvert pour le traitement à l’air libre des plaies d’amputations. Cette pratique est loin d’offrir pour nos blessés la sécurité des pansements antiseptiques appliqués sur les plaies fermées.
Bien que la doctrine de Broussais n’ait plus guère laissé aujourd'hui que le souvenir d’une meurtrière aberration, cependant ceux qui ne se consacrent pas exclusivement au service de la chirurgie ont conservé encore une certaine tendance à nourrir peu abondamment les blessés en général et les opérés en particulier. Nous sommes redevables à Malgaigne d’avoir montré combien la privation d’une alimentation substantielle est préjudiciable aux opérés. Pendant qu’en 1814 les Français soumis à un régime diététique sévère fournissaient une proportion de morts de un sur sept , les Russes qui mangeaient abondamment ne comptaient qu’wn mort sur vingt-sept. Dès le deuxième jour, le régime des opérés peut être celui d’hommes valides. Le premier jour, en raison de la fréquence des vomissements provoqués par le chloroforme, il est bon de ne leur donner que du bouillon ou du lait. L’apparition d'accidents suppuratifs ne doit faire diminuer la quantité de nourriture qu’autant que le blessé le désire. En campagne plus que partout ailleurs, il convient d’alimenter et de soumettre à un régime généreux les blessés et les opérés que les privations etles fatigues de la guerre ont affaiblis et placés dans les conditions les plus fâcheuses '■ Un régime substantiel est un des plus sûrs moyens de prévenir ou de conjurer les effets de l’absorption des produits septiques.