CHAPITRE XIII
BLESSURES DES REGIONS. MEMBRES SUPÉRIEURS
BLESSURES DE LA MAIN
Fréquence. — Les blessures de la main sont fréquemment observées à la guerre, qu’elles aient été infligées par l’ennemi, ou qu’elles soient le résultat de mutilations volontaires. Sur 17 000 blessés de l'armée d’Italie qui entrèrent dans les ambulances ou les hôpitaux, Chenu a compté 19,3 p. 100 de blessures de la main par balles, et 1,1 p. 100 de lésions de i la même région par les gros projectiles ou leurs éclats, soit 20,4 p. 100,
• chiffre considérable et presque plus élevé du double que celui qui, dans ■Lia même campagne, exprimait la proportion des blessures delà cuisse, L 12,2 p. 100, et plus élevée environ des deux tiers que celui des blessures de chacune des autres régions du membre supérieur. Les proportions données par d’autres auteurs sont moins élevées.
Demme, sur les blessés autrichiens réunis dans les hôpitaux d'Italie, ne compte que 2 p. 100 de blessures de la main. Otis, sur une série importante de 105 786 cas de blessures par coup de feu, relève 775 coups de feu du poignet, soit 0,7 p. 100; 5 708 coups de feu du métacarpe, 5,3 p. 100; 5 287 coups de feu des phalanges, 4,9 p. 100, ce qui fait une proportion de 10,2 p. 100, ou de 10,9 p. 100 suivant qu’on comprend ou qu’on exclut les blessures du poignet. Fischer, qui a réuni les chiffres de sept guerres, donne la proportion de 1,7 p. 100, mais Fischer ne compte guère que les plaies articulaires. On peut dire que les plaies de la main représentent environ 10 p. 100 des blessures du membre supérieur. Cette proportionne semblera pas élevée si l’on songe combien, dans 1 action du tir, les deux mains sont exposées. La main droite est plus souvent atteintequela gauche.
Dans certaines conditions de tir qui semblent devoir se retrouver souvent dans les guerres de l'avenir, les lésions de la main et des doigts pourront s'observer avec un degré de fréquence même supérieur à celui que nous indiquons, sur des tireurs cachés derrière des abris en terre a»ez élevés pour ne laisser à découvert que la tête et les mains. L extrême fréquence des blessures des mains constatées sur les blessés turcs, sous Plewna, 8 expliquait parce que ceux-ci tiraient derrière ces abris.
Contrairement à ce qu’on remarque pour les autres segments du mun
bre supérieur, les blessures de la main sont souvent isolées; quand elles» i sont compliquées d’autres traumatismes les lésions concomitantes inté- .1 ressent le plus fréquemment la face ou la poitrine.
Assez souvent constatées autrefois, les plaies des doigts et de la maint par armes blanches sont rares aujourd’hui *. Elles se rapprochent trop, part ; leurs caractères et leur traitement, de celles qu’on observe dans la pratique journalière pour nous arrêter ici. Les blessures des doigts et de la mainjl par projectiles présentent de nombreuses variétés qu’on peut ranger dan* t la catégorie des plaies des parties molles ou des lésions osseuses.
I. Plaies des parties molles. — La peau d’un doigt peut n’être que s contuse, éraflée par les balles. 11 n’est pas rare de constater la perforationjjfl transversale ou oblique de l’épais bourrelet cutanéo-adipeux qui recouvrent la face palmaire de la continuité des phalanges. Au niveau des interlignes}! phalangiens où la peau, à la face palmaire, adhère aux plans sous-su jacents par des tractus fibreux courts et résistants, on ne peut guère con-R stater que des sillons. A la face dorsale, bien que la peau semble appliquée*!* directement sur les phalanges, les simples sétons cutanés s’observent cepen-'a dant quelquefois. La laxité du tissu cellulaire de cette région rend compteîkj du soulèvement facile des téguments par une balle.
Nous avons plusieurs fois, en tirant sur des mains dont les doigts* | légèrement fléchis, étaient placés sur un même plan, comme ils le sontto d’ordinaire sur le vivant dans la position de repos, vu des plaies d'enfilade (éraflures ou sétons), des quatre derniers doigts ou des lésions plus complexes allant de la simple contusion à la fracture.
La seule particularité de toutes ces blessures simples qui mérite d’être* 1 rappelée |est relative à l’ouverture des gaines des fléchisseurs et à la blessure des tendons. On doit se souvenir que les plaies de la première phalange n’exposent guère à cette complication qui impose de traiter très antiseptiquement les plaies phalangiennes profondes.
Les auteurs ont signalé une variété assez curieuse de plaie des parties molles de la main. Dans ce cas, les projectiles ont creusé un séton dorsal\ sous-cutané assez étendu.
Les balles qui n’intéressent que les parties molles de la paume peuvent l’atteindre de la face dorsale à la face palmaire, ou inversement, ou b traverser d’un bord à l’autre, soit directement, soit obliquement. Ces distinctions, que les auteurs ont négligées, prêtent pourtant matière à des considérations pratiques assez intéressantes pour être retenues. La situation» des mains fixées à l’arme et présentant au tir de l’ennemi leur face dorsale, fait que le plus souvent les balles qui les atteignent les perforent d( la face dorsale à la face palmaire. Le premier espace intermétacarpien une assez grande étendue pour pouvoir être perforé par une balle, de st base à son sommet. Rappelons que quand le projectile pénètre près de b
1. « J’ai vu, disait Ravaton, o. p. 621, une infinité de coups de sabre qui coupaien les os et les tendons du dessus et du dessous de la main, des poignets coupés auxquels i n’aurait fallu qu’un coup de ciseau pour les séparer complètement, des doigts ou leurs tendons coupés en totalité ou en partie. » Le Rapport allemand de 1870-71 ne signale pari contre que dix-sept coups de sabre de la main et trente-cinq cas de plaies par armes piquantes.
BLESSURES DE LA MAIN
base de cet espace, s’il ne blesse ni gaine ni nerf important, il peut entamer un tronc artériel relativement volumineux tonné par l’anastomose directe des collatérales du pouce et de l’index et provoquer des hémorrhagies assez graves par leur persistance et leur abondance. Traverse-t-il le premier espace près de son sommet, il intéresse l’arcade palmaire profonde à son origine ou la radiale à sa terminaison. Son trajet se rapproche-t-il du premier ou du second métacarpien, il peut contondre ou ouvrir les gaines du fléchisseur du pouce ou de l’index.
Bien que les quatre derniers métacarpiens soient à tel point rapprochés qu’il semble a priori impossible qu’une balle traverse les espaces qu’ils délimitent sans contondre ou fracturer ces os, cette perforation simple des espaces intermétacarpiens peut cependant être observée. Gutiirie avait déjà parlé autrefois de cette variété de traumatisme et Guenu en avait cité des exemples. Pour notre part, nous l’avons plusieurs fois reproduite avec des balles de fusil Gras, et elle serait bien plus souvent constatée avec des balles de plus petit calibre. Nous avons remarqué que les balles qui perforaient la paume de la face dorsale à la face palmaire, produisaient souvent des orifices de sortie linéaires, ce qui tient aux adhérences intimes de la peau palmaire et de l’aponévrose.
Quand la balle traverse la paume transversalement, elle échancre, sillonne, perfore les parties molles de l’éminence thénar ou hypothénar. La situation du premier métacarpien qui dans certaines positions déborde le niveau de l’éminence hypothénar fait que les plaies produites par les petits projectiles qui pénètrent d’un des bords charnus de la main à l’autre sont souvent compliquées de fracture du premier métacarpien, à moins que la balle ne sorte par le premier espace. Des balles peuvent faire un séton dans la paume, au-dessus du plan des tendons fléchisseurs. Nous avons même vu plusieurs fois ces petits projectiles se creuser un séton au-dessous du plan de ces tendons sans briser les métacarpiens du milieu mais en fracturant un ou plusieurs métacarpiens extrêmes.
Les blessures des parties molles de la paume par les petits éclats de projectiles creux se rapprochent par leur direction des blessures produites par les balles.
II. Lésions osseuses. — Les 2e et 3° phalanges, malgré leur exiguïté, n'en présentent pas moins un corps formé de tissu compact et des extrémités spongieuses, aussi peut-on observer sur leurs corps les variétés de lésions des os longs : des contusions, des fractures par contact, des. gouttières et des perforations et sur leurs extrémités épiphysaires, des sillons, des gouttières, des perforations. La dernière phalange constituée presque exclusivement par du tissu spongieux présente surtout ces dernières variétés de traumatismes osseux. Malgré sa brièveté elle peut être broyée ou perforée sans que l’article correspondant soit ouvert. Les traits hssuriques des fractures du corps des phalanges se prolongent rarement dans les interlignes articulaires lorsque la partie centrale a ôté atteinte. Quand la balle pénètre au niveau de l’interligne, on peut, outre le sillon, la gouttière ou la perforation, constater des séparations cunéenncs. A 1 obsi nu tion de démontrer si les perforations phalangiennes produites de a ac< dorsale à la face palmaire, lesquelles perforations s’accompagnent sou
BLESSURES DES MEMBRES SUPÉRIEURS
vent de la présence de poussière osseuse ou de petites esquilles dans la gaine des fléchisseurs, ne sont pas plus graves, comme il est permis de le supposer a priori, que celles produites de la face palmaire à la face dorsale.
Les métacarpiens présentent toutes les variétés de fractures des os longs. Nous avons vu qu’en raison de l’épaisseur de leur tissu compact et de la faible étendue de leur canal diaphysaire, ils offrent une remarquable tendance à se fracturer transversalement lorsque les balles viennent à les frôler. Nous avons quelques exemples de ces fractures des plus simples dans notre collection du Val-de-Grâce. Elles ont été produites par des balles qui ont traversé les espaces intermétacarpiens d’avant en arrière. Le trait de fracture, au lieu d’être transversal et denté, peut être oblique fîg. 80).
Les fractures par contact en X, les gouttières, les perforations ne présentent rien de particulier àsignaler.
Il peut paraître singulier , au premier abord, que des os qui, comme les métacarpiens, ont un diamètre transversal, aussi minime puissent être perforés par des balles. La chose était pourtant déjà hors de doute lorsque les projectiles utilisés étaient du calibre de 11 millimètres; avec les balles d’un calibre plus réduit, ces perforations sont plus fréquentes encore. Les esquilles délimitées par le projectile qui a produit des gouttières ou des perforations sont généralement courtes (fig. 81), les traits fissuriques n’ont de tendance à se propager dans les articulations supérieure et inférieure qu’autant que la balle a pénétré au niveau de la ligne épiphysaire.
Les fractures des métacarpiens qui, aulieu d’être produites par une balle pénétrant la paume de la face dorsale à la face palmaire ou inversement sont déterminées par des petits projectiles traversant la paume d’un bord à l’autre, ou en diagonala d’une face à l’autre, offrent généralement des esquilles plus nombreuses et plus subdivisées. Gela tient d’une part à ce que l’obstacle opposé par le gril métacarpien à la progression de la balle a été plus considérable, qu’il a amené une déformation plus grande du projectile (balles de plomb mou); mais d’autre part cela tient aussi et surtout à ce que les esquilles libres, détachées des premiers os touchés ont aggravé les dégâts dus au projectile même.
Il est important de déterminer si les balles qui ont fracturé les métacarpiens ont perforé la paume de la face palmaire vers la face dorsale , ou de
Fig. 80.
Fig. 81.
Fig. 80. Fractures transversale et oblique du 2e et du 3« métacarpiens produites par une balle de 11”"" qui, en perforant le 2e espace, a fait contact sur ces os. — Fig. 81. Fracture par perforation du 3e métacarpien. On remarquera sur la figure les deux esquilles latérales peu écartées et peu étendues. (Pièces de notre collection.)
BLESSURES DE LA MAIN
la face dorsale à la face ‘palmaire. Dans le premier cas, il ne peut rester i dans la paume que des fragments du projectile divisé, ce qui est rare vu j la faible résistance que les os du métacarpe opposent à ce dernier; au contraire quand la balle a traversé la paume de la face dorsale à la face j palmaire, des esquilles libres peuvent être projetées et séjourner dans la ! paume. Ces corps étrangers contribuent à augmenter les dégâts, irritent l consécutivement les gaines et les tissus mous, provoquent de dangereuses j. suppurations et, en raison de leur siège, de la profondeur à laquelle ils -sont situés, sont d’une extraction assez délicate.
Quand les balles sont animées d’une grande vitesse et qu’elles traver- Lsent la paume delà face palmaire à la face dorsale, les téguments dilacérés i par les esquilles projetées peuvent être décollés et détruits dans une éten-
I due si considérable qu’on pourrait croire à une lésion produite par un j éclat d’obus ou une balle explosible. Les tendons épais et nombreux mais : mobiles de la face dorsale qui d’abord s’opposent dans une faible mesure à
II la progression de ces esquilles puis sont propulsés avec elles, contribuent ; à provoquer ces décollements étendus. Dans un trajet inverse la résisi tance, la grande épaisseur et la fixité des tendons de la paume, les adhérences très solides de la peau à l’aponévrose et aux plans sous-jacents contribuent au contraire à atténuer les dégâts. Même dans les tirs avec des
. balles animées de moindres vitesses, on constate des décollements plus ou ■ moins étendus des parties molles de la face dorsale. Il peut sembler sin- .gulierque toutes ces particularités aient été passées sous silence par les auteurs.
Les articulations métacarpo-phalangiennes et carpo-métacarpiennes sont i écornées, perforées ou détruites par les balles. Les dégâts sont le plus 5 souvent limités aux points touchés par les projectiles et constituent, par le fait, des lésions très bornées. Pour les articulations métacarpo-phalan- . giennes, il y a peut-être lieu de distinguer les écornures et perforations transversales qui n’intéressent que l’article sans ouvrir les gaines des tendons fléchisseurs grâce à la protection du ligament glénoïdien, des écornures et des perforations faites de la face dorsale à la face palmaire ou inversement, lesquelles ouvrent les gaines tendineuses.
Les lésions du carpe par balles consistent, lorsque ces projectiles en longent les faces ou les bords, en des éraflures, en des sillons plus ou moins profonds, en des perforationscomplètes ou incomplètes. La disposition curviligne de l’interligne qui sépare les os des deux rangées et l’exiguïté de ces derniers fait que le plus souvent ils sont intéressés en plus ou moins grand nombre dans les coups de feu transversaux et obliques.
Dans les trajets directs antéro-postérieurs ou postéro-antérieurs, au contraire, les lésions sont le plus souvent très limitées. 11 n est pas rare en effet de ne voir qu’un seul os, le grand os, le trapèze, l’os crochu, perforés ou éclatés isolément par la balle. Dans les coups de feu transversaux, les dégâts bien qu’étendus à un plus grand nombre d’os, comme nous venons de le dire, ne sont pas plus graves sur chacun d’eux que s’ils avaient été atteints isolément. La résistance, l’étendue des insertions et la brièveté des ligaments carpo-carpiens et carpo-métacarpiens font (pie les pièces osseuses séparées par des traits fissuriques restent habituellement en 1 place.
252 BLESSURES DES MEMBRES SUPÉRIEURS
Les lésions des phalanges, des métacarpiens et du carpe par les éclats d’obus ressemblent parfois à celles produites par les balles; d’autres fois elles échappent à toute description. Il n’est pas rare de voir des éclats d’obus abraser un doigt, enlever une ou plusieurs de ses phalanges. Cette mutilation n’est produite que très exceptionnellement par les balles.
Luxations. — On trouve dans les comptes rendus des guerres quelques exemples de luxations des doigts ou des métacarpiens compliquant des fractures, luxations que le gonflement primitif avait sans doute fait méconnaître ou qui n’avaient pu être réduites.
Chenu cite le cas d’un blessé qui présentait une luxation du deuxième métacarpien. La balle qui l’avait produite avait pénétré à travers l’éminence thénar. Un autre frappé par un éclat d’obus qui avait fracturé les quatrième et cinquième métacarpiens, présentait une luxation irréductible des quatre derniers os du métacarpe. Un troisième blessé frappé par un éclat de pierre détaché par un obus, présentait une lésion analogue. Enfin, sur un quatrième, on constatait une luxation de l’auriculaire1. Nous croyons inutile de multiplier davantage ces exemples.
Complications des blessures de la main et des doigts par les projectiles. — Les principales complications des blessures de la main et des doigts par les projectiles sont les hémorrhagies, les corps étrangers , les compile a. tions suppura t iv es .
Hémorrhagies. — L’extrême vascularité de la main, les larges et si nombreuses anastomoses des artères de la paume expliquent la fréquence et la gravité des hémorrhagies liées à leurs blessures. Le sang peut provenir de l’arcade palmaire superficielle, branche de terminaison de la cubitale ou des trois rameaux terminaux de la radiale, de l’arcade palmaire profonde, du tronc collatéral du pouce, du tronc collatéral de l’index. Nous n’avons pas à insister ici sur les caractères que présentent les lésions de ces vaisseaux blessés par les armes tranchantes ou les projectiles, ce serait nous exposer à des redites. Par contre, le diagnostic de ces hémorrhagies mérite de nous arrêter quelques instants.
Dans un Mémoire sur les ligatures des artères de la paume de la main1, nous avons fait remarquer que la compression isolée de la radiale et de la cubitale ne pouvait fournir aucune donnée certaine qui permît de conclure à la blessure de l’arcade superficielle et de l'arcade profonde et que les données relatives au siège, à la direction, à la profondeur des plaies et à la persistance de l’hémorrhagie après la ligature de l’une de ces arcades, en cas de blessures doubles, constituaient au contraire des signes diagnostics de plus de valeur. Or, ce diagnostic peu important aux yeux des chirurgiens partisans des modes d’intervention indirects est au contraire essentiel pour les partisans des modes d’intervention directs.
L’arcade palmaire superficielle suit, dans sa partie oblique a, s, o (ûg. 82) qui continue le trajet de la cubitale, la direction d’une ligne partant de 8 à 10 millimètres en dehors du tubercule du pisiforme p, pour aboutir à l’espace interdigital qui sépare le médius de l’annulaire (fig. 82, pi). Ordinairement à 5 millimètres au-dessus de la ligne de Bœckel ou ligne
1. Guerre de Crimée, p. 340, 348. — Guerre d'Italie , p (>■> 2 .
2. En. Delorme, De. la ligature des artères de la paume de fa main, et en particulier des artères profondes in Mémoires de l' Académie de médecine, 1882.
BLESSURES DE LA MAIN
d’abduction du pouce, à cette portion verticale fait suite la partie horizontale a, s, t qui, jusqu’au niveau du premier espace inter-métacarpien, se trouve toujours à la môme distance de la ligne de Bœckel. Toute plaie parallèle ou perpendiculaire à ces lignes et compliquée d’une hémorrhagie abondante intéresse l’arcade palmaire superficielle, à moins d’anomalies.
Or, ces anomalies sont plus rares qu’on ne l’avait avancé autrefois. La plaie siège- 1- elle audessous de la ligne de Bœckel, l’hémorrhagie ne peut être fournie que par des collatérales , siège-t-elle beaucoup au-dessus, à plus d’un centimètre, c'est l'arcade profonde ou l’arcade superficielle anormalement située qui fournit l’écoulement sanguin. Le diagnostic de l’artère lésée ne peut alors se faire que pendant l’intervention.
Quand le radio-palmaire r,p, prend la constitution de l’arcade palmaire superficielle une part anormale (ce dont on est averti par la constatation de ses pulsations en dehors du tubercule scaphoïdien), elle a appro-
ximativement la direction d’une ligne qui, de ce tubercule, va aboutir à l’espace interdigital qui sépare l’index du médius.
La situation de l’arcade profonde n’est pas moins facile à déterminer. Elle est indiquée par deux lignes : la première, oblique m,p , qui part du tubercule du premier métacarpien ton du niveau de l’angle supérieur du premier espace intermétacarpien, et qui aboutit sur le bord cubital de la main au pli de flexion des derniers doigts m, p; la seconde k, k, qui coupe horizontalement la paume à 3 centimètres et demi au-dessous de la partie la plus saillante du pisiforme p. Toute plaie suffisamment profonde qui clans la paume coupa ces deux lignes et qui est compliquée d’une hémorrhagie abondante intéresse sûrement l’arcade palmaire profonde. Or, dans la pratique de la chirurgie d’armée, on se méprend dilflcilementsurla profondeur de ces plaies que servirait au besoin à préciser la fracture de la partie supérieure du corps des trois métacarpiens du milieu. La perte du mouvement d’adduction du pouce, due î\ la section de la bran-
Direction des palmaires superficielle et profonde. a,s,o, portion oblique de l’arcade palmaire superficielle ; a , s, t, portion transversale de la même arcade, p, i,p, i , ligne partant du pisiforme p pour aboutir à l’espace interdigital médio-annulaire : l, b, ligne de Bœckel; r, p, radio-palmaire reportée un peu trop en dehors dans la figure; s, tubercule du scaphoïde; .a, o, portion oblique de l’arcade palmaire profonde; a, t, portion transversale de la même arcade; s, i, ligne partant du tubercule du scaphoïde pour aboutir à la partie externe de l’articulation métacarpophalangienne de l’index. Sur cette ligne se trouve le point d'origine de l’arcade profonde et des collatérales du pouce et de l’index; m, p, m,p, ligne partant du tubercule du ler métacarpien et aboutissant au pli de flexion des trois derniers doigts. Elle est suivie jusqu’à la ligne a, m, qui prolongo l’axe du médius par la portion obliquo de l’arcade profondo; k, k, ligne transversale que suit la portion transversale de l'arcade; c, i , collatérale de 1 index ; c, p , collatérale du pouco.
BLESSURES DES MEMBRES SUPÉRIEURS
elle profonde du nerf cubital satellite de l’artère, le gonflement rapide et douloureux de la main par le sang épanché dans le tissu cellulaire profond, sont encore des signes qui, à défaut de fracture, pourraient renseigner sur la profondeur de la plaie. D’ailleurs, dans les cas douteux, dans {i ceux où la plaie correspond aux points où les deux arcades sont superposées, l’embarras du chirurgien ne saurait être de longue durée et le diagnostic des vaisseaux lésés se ferait pendant l’opération et par exclusion. ;i Si, après la ligature des vaisseaux superficiels, le sang continuait à couler, j on serait averti que l’arcade profonde est simultanément atteinte.
Ceux qui ont présentes à l’esprit les dispositions anatomiques des I artères de la paume savent que l’arcade profonde n’est pas la seule branche Jt terminale de la radiale et qu’au moment où cette dernière donne naissance i à l’arcade profonde, elle fournit aussi le tronc collatéral du pouce qui longe t le premier métacarpien, puis le tronc collatéral de l'index qui suit l’axe u du deuxième et que ces vaisseaux n’ont pas un calibre moindre que celui j de l’arcade.
Nous parlerons tout à l’heure des modes de traitement de ces hémor- i rhagies.
Corps étrangers. — Découverte comme la face, la main partage avec ; elle le privilège de ne renfermer aucun corps étranger vestimentaire, les > plus dangereux de tous. On n’y peut rencontrer que des fragments de pro- i jectiles, des projectiles entiers ou d’autres corps étrangers chassés par les ■ balles, entre autres des fragments de bois provenant de l’arme. Certains i des projectiles qui séjournent dans la paume ont été déformés parle con- p tact qu’ils ont subi contre les pièces métalliques du fusil. Rappelons enfin que c’est surtout dans les coups de feu dorso-palmaires avec fracture de la barrière osseuse métacarpienne qu’on trouve des esquilles dans la paume.
Bien qu’on cite des exemples de longue tolérance des corps étrangers métalliques logés dans la paume, on doit admettre en règle générale que la présence des gaines tendineuses et des nombreux filets nerveux qu’on y rencontre, que d’autre part la mobilité de la main et des doigts, qu’enfin les pressions incessantes que celle-ci subit de la part des corps extérieurs constituent des conditions très défavorables pour un séjour prolongé et inoffensif. Le plus souvent ces corps étrangers sont mal tolérés.
Il pourrait sembler singulier que des parties de dimensions aussi exiguës qu’un doigt puissent con tenir un corps étranger un peu volumineux, une balle presque intacte par exemple, mais si l’on songe que les doigts enflammés peuvent prendre un développement très anormal, augmenter d’un tiers ou de moitié, on comprendra que dans ces conditions ils aient pu celer un corps étranger un peu volumineux. Ce qui semble plus extraordinaire, c’est que ce corps étranger puisse rester en grande partie caché alors que cette inflammation n’a pas encore eu le temps de se développer. Le fait cependant ne saurait être mis en doute si l’on en juge par l’observation suivante de Cuvellier :
M. Doulcet de Pontécoulant, capitaine aux tirailleurs algériens, eut à Solférino la première phalange du pouce droit fracturée par un coup de feu. L’os était comme broyé. Il n’y avait qu’une seule ouverture cutanée au dos du doigt sous forme de boutonnière. En écartant les lèvres de la plaie, on aperçut une surface
BLESSURES DE LA MAIN
métallique qui paraissait appartenir à la convexité d’un fragment de plomb. Le médecin-major Leroy se mit en devoir, d’après notre avis, de pratiquer l’extraction de la phalange brisée, en conservant la phalangette intacte ainsi que les tendons tléchisseurs du doigt. A notre grande surprise, les fragments étant désarticulés, il retira du fond de la plaie une balle conique de gros calibre, tout entière et à peine j déformée
Il sera plus loin question des complications inflammatoires.
Mutilations volontaires ou accidentelles. — Mutilations volontaires. — Les blessures volontaires de la main et des doigts soulèvent une question importante de médecine légale militaire dont la solution, le plus t souvent très délicate, engage au plus haut degré la responsabilité des chirurgiens experts. Depuis les campagnes du commencement du siècle jusqu’aux guerres les plus récentes, jusqu’à la guerre de 1870-71 2, la guerre russo-serbo-turque et la guerre serbo-bulgare, elle a préoccupé les chirurgiens militaires et avec les troupes nombreuses, jeunes, peu aguerries qui de nos jours constituent les armées, il est à craindre que dans les luttes de l’avenir elle ne soit soumise à nouveau à leur examen.
D. Larrey, dans ses Mémoires, nous a rappelé dans quelle circonstance mémorable il fut chargé de l’éclaircir, et ses procédés d’investigation, les considérants de son Rapport qui font autant honneur à sa sagacité qu’à son caractère, méritent d’être rappelés3.
Pour diminuer aux yeux de Napoléon le nombre considérable des blessés qu’avaient données les batailles de Lutzen, de Bautzen et Wurchen, quelques personnes accoutumées à masquer les vérités lui firent entendre que beaucoup de ces blessés s’étaient mutilés volontairement pour se soustraire au service et l’on rangeait dans cette classe tous ceux qui avaient les doigts tronqués ou les mains traversées par des balles. Sur ces assertions, on donna l’ordre de les réunir tous et de les enfermer jusqu’à ce qu’on eût statué sur leur sort. D. Larrey fut désigné pour présider le jury médical composé du chirurgien principal Eve, des chirurgiensmajors Charmes, Thébaot, Bécœur, et chargé de désigner les hommes reconnus coupables de mutilations volontaires, lesquels devaient être mis immédiatement à la disposition du général grand prévôt de l’armée. L’examen dut porter sur 2632 blessés et fut continué sans interruption pendant trois jours. Il eut pour témoins un officier supérieur de l’état-major et un officier de gendarmerie envoyés par le grand prévôt de l’armée. Le jury conclut à la fausseté de l’inculpation, et l’ordre de décimer ces blessés fut retiré.
L’examen du jury chirurgical porta en général :
1° Sur les caractères des blessures et des infirmités qui en résultèrent;
2° Sur les causes qui avaient produit ces blessures;
3° Sur les circonstances qui avaient accompagné ou précédé ces solutions de continuité.
L’examen de chaque homme fut l’objet d’un état circonstancié qui fournit les éléments d’un Rapport dont les conclusions furent les suivantes :
1° Presque toutes les plaies ont été faites par des corps contondants poussés pai les armes à feu et un petit nombre par armes blanches;
2° La majeure partie des blessés a présenté en même temps d’autres blessures en divers points de la surface du corps ou des déchirures plus ou moins multipliées des vêtements, faites par le passage des balles;
L Chf.nu, Guerre d'Italie, t. II, p. 209.