ULCÉRATIONS DE LA LANGUE
doutes; il ne faudrait pas oublier cependant qu’une source locale d’irritation peut déterminer et détermine souvent le siège de maladies telles que l’épitliélioma ou l’ulcération syphilitique.
Un malade atteint d’une variété bénigne d’ulcéralion syphilitique peut s’adresser au dentiste pour se faire limer des rugosités sur une ou plusieurs de ses dénis, croyant que c’est là l’origine de la gêne qu’il éprouve. L’examen de la langue souvent ne révélera pas grand’ chose; il faut redoubler d’attention, alors on verra sur l’organe de légères fissures, à surface rouge ; d’autres fois ce seront de légères excoriations, sensibles au toucher, mais ne saignant pas facilement; ou bien des plaques muqueuses plates, opalines; enfin il y aura peut-être des ulcérations superficielles, à contours bien définis. Le trait caractéristique de ces légères ulcérations superficielles d’origine syphilitique, c’est l’absence autour d’elles d’une zone inflammatoire et la présence d’une sensibilité beaucoup plus grande que leur aspect ne pourrait le faire supposer.
Des ulcères syphilitiques profonds affectent spécialement le dos de la langue dans une région reculée; ils sont précédés d’une masse indurée, dont l’ulcération s’empare dans le cours de trois semaines ou un mois.
Dans le travail ulcératif, des portions de l’induration paraissent s’escarrifier de telle sorle que les bords, plus ou moins indurés eux-mêmes, surplombent la cavité; la forme de Lulcère est irrégulière, et les bords sont lisses. 11 sécrèle un produit rare, auquel il est difficile de donner le nom de pus et qui a un aspect gangréneux.
L’iodure de potassium administré librement guérira rapidement les ulcérations syphilitiques, sauf les cas où le malade serait trèscachectique; la salsepareille à hautes doses a souvent l’action la plus avantageuse dans les cas de ce genre.
I.es gommes et les ulcères syphilitiques de la langue cèdent si volontiers à l’influence de l’iodure de potassium que, dans les cas douteux, l’effet du médicament peut inspirer beaucoup de confiance comme signe diagnostique.
L<*épitliélioma de la langue est loin d’être rare ; comme l’ulcère syphilitique, il débute par une induration; l’ulcération ne représente qu’une période secondaire; mais, tandis que dans la forme syphilitique elle aboutit à la destruction de la masse indurée, dans le cancroïde elle se caractérise par l’extension progressive de l’induration au delà de la périphérie.
La base de l’ulcère est grisâtre, quelquefois rouge ; elle sécrète un produit très-rare; à mesure qu’elle se développe, la production s’accompagne de douleurs considérables.
Les bords sont durs, généralement renversés en dehors et lobulés; souvent ils présentent une coloration rouge particulière, un aspect lisse et quelquefois des fissures et des nodosités. Après une durée plus ou moins longue, apparaît l’engorgement des ganglions sous-maxillaires ; jusque-là, le diagnostic exact de la maladie avait une importance vitale ; à l’époque où nous sommes arrivés, il est trop tard, l’économie est infectée.
C’est avec l’ulcération syphilitique que l’épithélioma pourrait le plus facilement se confondre ; nous avons déjà signalé plusieurs des caractères qui distinguent les deux affections, mais il y a encore un petit nombre de points qui peuvent aider au diagnostic, opération qui est loin d’ètre toujours facile.
L’épithélioma siège plus souvent sur le dos de la langue que sur les bords; il est souvent remarquablement plat et régulier de forme, il est rare dans le jeune âge ; c’est le contraire pour l’ulcère syphilitique.
Celui-ci peut avoir une étendue et une profondeur considérables, tout en étant d’une indolence extraordinaire; point de nodosités sur ces bords, et développement rapide; en outre on trouvera souvent des renseignements précieux dans l’essai d’un traitement spécifique, en effet l’iodure de potassium détermine une amélioration assez prompte pour confirmer un diagnostic douteux.
Sir James Paget (1) décrit une forme d’ulcération très-étendue et consécutive au ramollissement de dépôt tuberculeux; elle est fort rare et, pour ma part, je ne l’ai jamais rencontrée. Ces ulcères scrofuleux ne diffèrent guère, dans leur marche et dans leur caractère, de ceux qui se développent dans les autres régions du corps, comme conséquence de la suppuration et de l’ulcération de dépôts strumeux.
(I) « Medical Times and Gazette, » 1858.