‹ Traité de chirurgie dentaireChapitre 34 sur 60 · AFFECTIONS SECONDAIRES : — ÉPILEPSIE · texte numérisé non relu

AFFECTIONS SECONDAIRES : — ÉPILEPSIE

Porlal {op. cit.) mentionne un second cas, dans lequel les convulsions étaient générales; la maladie qui s’accompagnait d’une violente névralgie faciale fut complètement guérie par l’avulsion de la seconde molaire, la dent de*sagesse ayant paru impossible à extraire.

Le D*' West (op. cit.) rapporte un exemple de convulsions (compliquées de délire temporaire à la suile d’une attaque) qui se reproduisirent fréquemment et qui étaient le retentissement évident de la difticulté de l’éruption de dents permanentes; ici, la santé générale n’eût pas le moins du monde à souffrir; l’enfant était à même de reprendre son travail, dés que le mouvement spasmodique avait cessé.

Le !)'■ Ramskill {Med. Times and Gazette^ 1862) relate l’observalion suivante ;

« Un enfant, âgé de treize ans, a eu de fréquenles attaques d’épilepsie pendant les dix-huit mois derniers. Tout récemment la mère a remarqué que, certains jours, le malade se frotte la joue gauche et se plaint de névralgie faciale, après quoi l’attaque survient. L’examen de la bouche montre une molaire considérablement cariée; autour d’elle la gencive est tuméfiée, et ses végétations remplissent en partie la cavité ; la dent n’est pas très-sensible au toucher, et l’examen ne provoque pas d’odontalgie. En réponse à mes questions, l’enfant m’apprend que le symptôme avant-coureur de l’attaque est plutôt un malaise indéfini qu’une sensation douloureuse. Chaque fois qu’il l’éprouve, il est sûr d’avoir un accès dans la soirée. C’est toujours vers sept ou huit heures qu’arrive la crise il n’en a jamais eu pendant le jour. Je recommandai à la mère de faire extraire la dent, et l’opération eut lieu le lendemain. Il y a maintenant quatre mois ; depuis ce temps j’ai revu l’enfant tous les quinze jours; il n’a pas eu de nouvelle attaque.

« Dans ce cas, la gencive au voisinage de la dent a dû, à mon avis, être le point de départ d’une aura non perçue, jusqu’au moment où il se produisit un certain clegré d’inflammation ; alors une sensation plus ou moins incommode, s’associant avec l’aura,

> attira l’attention sur elle. »

L’auteur a lui-même rencontré deux cas, où l’épilepsie survint consécutivement à une maladie des dents, dont la lésion prédominante était une exostose de la racine.

Un jeune homme de Windsor, garçon de ferme, fut admis à

l’hôpital de Middlesex comme épilepfique. La médication ordinaire fut mise en œuvre pendant six semaines, sans résultat. La bouche fut alors examinée ; on trouva les molaires de la mâchoire inférieure profondément cariées; il y en avait quelques-unes dont il ne restait que les racines. Le malade ne souffrait ni des dents ni de la mâchoire. Néanmoins, les dents cariées furent enlevées; chacune avait ses racines bulbeuses et exostosées. Dix-huit mois après cette opération, le malade n’avait pas eu une seule attaque, bien que, pendant de nombreuses semaines auparavant, il en eût deux ou trois par jour. Voilà un cas singulièrement intéressant, en ce sens qu’il n’y avait aucune complication de maladies et que, par conséquent, la cause de l’épilepsie ne saurait être douteuse, puisqu’elle céda immédiatement après l’extraction des dents; ce cas ofl're encore cet autre avantage de montrer qu’il peut exister une source d’irritation locale capable d’amener un dérangement fonctionnel grave, sans que la partie où siège l’irritation soit douloureuse.

Un exemple analogue, mais moins frappant, s’offrit peu après dans la personne d’un policeman ; il avait des attaques d’épilepsie qui s’atténuèrent considérablement à la suite de l’extraction d’une dent de sagesse inférieure, cariée et atteinte d’exostose.

Lorsqu’on parcourt les observations de faits de ce genre, on remarque qu’il n’est pas souvent question de douleur locale, tandis que la présence de douleurs névralgiques est mentionnée trèsfréquemment et très-nettement.

Les affections réflexes du système nerveux peuvent se manifester autrement que par des attaques épileptiformes.

Ainsi, Remak (1) a vu un cas dans lequel l’altération d’une dent de sagesse donnait lieu à de violentes palpitations et cà une douleur poignante du côté du cœur; tandis que Lederer rapporte des cas de vomissement et de névralgie cardiaque, et le 1)’* Anstie, d’arrêt alarmant de l’action du cœur, à la suite de la pose d’une dent à pivot.

Celte dernière opération a même été suivie d’un tétanos mortel, en voici un exemple (2) :

« X...., âgé de 25 ans, grand et fluet, mais de très-bonne

(1) Sydenham Soc'ety’s Year-book, 1868, p. 120.

(2; Lectures on Dental Surqery and physioloyy, by J. Tomes, 1848, p. 321.

AFFECTIONS SECONDAIRES : — TÉTANOS, ETC. 53i

santé apparente. A l’occasion de son mariage, il fit un voyage d’agrément et visita Paris où il eut le malheur de se briser une dent de devant. Désirant cacher l’accident à sa femme, il s’adressa immédiatement à un dentiste. Celui-ci lui posa une dent à pivot (l’opération fut bien faite, je n’en doute pas, car le praticien avait une réputation considérable et méritée) j le secret voulu semblait donc assuré. Cependant, à partir de l’opération, la racine devint fort douloureuse; la sou fl'rance s’accrut pendant quatre ou cinq jours, puis le malade quitta Paris pour Rouen. Arrivé dans cette dernière ville, la douleur prit une acuité extraordinaire ; il alla consulter un médecin, mais il était trop tard ; vingt-quatre heures après, il fut atteint de trismus, puis bientôt de tétanos, et mourut. »

Dôbbelin (I) a également rapporté un cas de tétanos, qui survint immédiatement après l’extraction d’une dent.

Des attaques hystériques, le délire et môme une aliénation men- ’tale passagère (Esquirol) ont été attribués à l’irritation provoquée par l’éruption des dents de sagesse; sans doute, les cas de ce genre sont extrêmement rares, mais l’autorité des observateurs à qui l’on en doit la relation est assez grande pour écarter la probabilité d’une erreur de leur part.

Le D*" Tyler Smith pense que certains cas de douleur sympathique de l’utérus et môme d’avortement réel, ont été produits par l’irritation' dentaire ; pour nous, il y a là rien de bien plus extraordinaire que la strangurie signalée chez des enfants à l’époque delà première dentition.

M. Sercombe (British Journal of Dental Science, vol. III, p. 221) a rapporté une observation fort intéressante de leucorrhée rebelle et de douleur utérine, guéries par l’extraction d’une dent ; l’attouchement de la dent avec un stylet provoquait les paroxysmes les plus aigus de névralgie utérine; un accès analogue se reproduisit au moment de l’extraction .

La surdité, compliquant des attaques de névralgie, a été notée ailleurs ; l’espace limité dont nous disposons s’oppose seul à ce que nous donnions des observations plus nombreuses de désordres fonctionnels réflexes; en effet, les annales de la science sont pleines d’exemples encore plus intéressants.

(1) Pathologie der Zahne, by professeur Wcld, 1870, p. 353.

Affections ilu système musculaire. — De temps en temps, on rencontre désaffections réflexes variées du système musculaire ainsi, au chapitre consacré à la névralgie, nous avons signalé l’association fréquente de cette dernière avec un sentiment de lassitude, et même avec la paralysie du bras du côté affecté.

Dans une' observation de M. Salter (op. cit.)^ le malade était dans l’impuissance absolue d’élever le bras, de saisir les objets avec la main; il ne pouvait tenir sa fourchette, ni s’habiller; le membre était le siège d’une douleur continue. L’extraction d’une dent de sagesse cariée et serrée dans la mâchoire procura un soulagement immédiat. Dans un second cas, accompagné d’une douleur constante du bras, aussi bien que du côté de la face, le symptôme disparut peu d’heures après l’avulsion de la troisième molaire.

Le resserrement spasmodique des mâchoires résultant de l’éruption des dents de sagesse, dans une mâchoire déjà encombrée, est, à un degré modéré, un phénomène très-fréquent ; et les cas, où la fixation des maxillaires est presque complète, ne sont pas fort rares ; ainsi M. Hancock relate un exemple d’otalgie intense et de trismus guéris par l’extraction de la première molaire inférieure.

Dans rime des observations de M. Salter, le trismus, datant de quatre mois, se dissipa vingt-quatre heures après l’avulsion de la deuxième molaire, à laquelle on s’adressa dans l’impossibilité d’atteindre la dent de sagesse. La racine postérieure de la dent extraite était fortement érodée par suite delà pression de la troisième molaire.

L’application continue d’une force ferme et assurée fera généralement céder les muscles au moins dans une mesure suffisante pour permettre l’examen de la bouche ; dans les cas même où l’on a affaire à une inflammation considérable et à T'ulcération des gencives, la difficulté d’écarter les mâchoires tient habituellement au spasme musculaire, or, cette contracture cédera à des tractions prolongées faites sous l’influence du chloioforme.

Parmi les exemples les plus intéressants de troubles de l’action musculaire est une observation relatée par M. Hancock dans la Lancette (f) ; la malade, jeune femme, avait souffert pendant

(1) Lancet^ janv. 22, 1859.

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