Suivaut la forme qu’affecte la teigne, on distingue
1° La teigne faveuse ( tinea favosa). Les petites pustules qui se forment donnent lieu à la sécrétion
(l) y. Wedekkind , Journal de II ufcland } 1823, août.
(-) Magas. de Ruslh vol. XIX, cab, I, page 55.
lliiUSE.
d’un liquide qui se dessèche à mesure qu'il s’écoule, et forme de petites croules jaunâtres, souvent isolées et arrondies. Souvent elles deviennent confluentes, et occupent une assez grande étendue. Leur sommet est déprimé, et leur circonférence saillante ; elles donnent lieu à une démangeaison douloureuse , et à la sécrétion d’un liquide dont l’odeur est analogue à celle de l'urine des chats. Lorsque celte affection est ancienne , toutes les surfaces ulcérées se recouvrent d’épaisses croûtes blanchâtres et fortement adhérentes ; dans leurs interstices la peau est recouverte de petites éca lies. Le liquide sécrété s’amasse entre les croûtes, et détruit la peau , quelquefois jusqu’aux os. 11 n’est pas rare de voir de semblables croûtes se développer à la face et dans d’autres parties du corps. Lorsqu’on les enlève, on trouve au-dessous la peau enflammée, et donnant lieu à la sécrétion d une matière visqueuse.
2° La teigne granulée (tinea granulata). Elle est caractérisée par des petites croûtes tuberculeuses , irrégulières, tantôt grises, tantôt grisâtres , sans dépression à leur sommet. Elles ont ordinairement leur siège sur les parties supérieure et postérieure de la tête ; elles sont entourées de petites écailles, et donnent lieu à la sécrétion d’un liquide d’une odeur dégoûtante qui a quelque analogie avec celle du beurre rance ou du lait gâté. Ces tubercules ne pénètrent pas profondément dans la peau, déterminent une démangeaison très-doureuse ; ils envahissent rarement la face , et jamais les autres parties du corps.
3° La teigne furfuraeëe ( tinea furfuracea). 11 se forme , sur le cuir chevelu , de petites écailles blanchâtres, plus ou moins épaisses, qui tantôt sont tout à fait sèches , tantôt humectées , par un liquide gluant et très-infect ; la démangeaison est insupportable. Elles s’étendent quelquefois au front et aux sourcils.
4° La teigne amiantacce ( tinea asbestina ). Ordinairement il se forme, à la partie antérieure et supérieure de la tête, de petites écailles micacées, luisantes , argentines , semblables à l’amiante ; elles collent les cheveux entre eux , et les recouvrent dans toute leur longueur. Elles ne déterminent aucune douleur, et ne donnent lieu à aucune sécrétion.
5° La teigne muqueuse ( tinea mucif.ua ). Il survicut des pustules ou de petits abcès qui donnent lieu à la sécrétion d’un liquide visqueux, jaunâtre, et qui se dessèche en croûtes d’un blanc jaunâtre. Il s’écoule une grande quantité d’un liquide muqueux analogue à du miel gâté, et qui colle les cheveux. Les ulcérations qui sont situées au-dessous de ces croûtes s’étendent peu à peu , et envahissent souvent toute la face.
736. Lorsque la teigne existe depuis longtemps , ou qu’elle a résisté aux remèdes dirigés contre elle, on voit souvent survenir une altération profonde du cuir chevelu , la perle des cheveux, une altération des fonctions digestives, un arrêt dans le développement du corps, une altération des ongles, etc. Dans la teigne muqueuse on rencontre souvent un
abattement général , dès que l’écoulement diminue; mais, aussitôt qu’il reparaît, le bien-être antérieur du malade reparaît aussi.
737. La teigne survient ordinairement chez les enfans qui n’ont pas encore atteint la dixièmo année. La teigne muqueuse se manifeste le plus souvent pendant l’allaitement. Néanmoins on rencontre la teigne à tout âge, surtout la faveuse ; mais l’amiantacée ne se rencontre que chez les adultes.
La cause prochaine de cette affection est une inflammation de la peau qui détermine une sécrétion anormale dont le produit , se desséchant , forme des croûtes. Lescausesprédisposantespeuvent être, chez l’enfant, une fluxion trop abondante du sang veis la tête, des alimens trop substantiels, le lait d’une nourrice malade, la malpropreté, un air humide et vicié , une irritation de la tête causée par une grande quantité de poux, une coiffure trop chaude, etc. Une diathèse scrofuleuse ou syphilitique peut encore la déterminer , ainsi que la contagion , qui n’agit pas toujours , mais qui a besoin d’être secondée par certaines circonstances.
738. La teigne peut , dans beaucoup de cas, être regardée comme un exutoire bienfaisant; et, dans ces cas, il y aurait du danger à la supprimer trop rapidement. Les difficultés que rencontre la guérison dépendent de la différence des causes. Lorsqu’il est facile de les éloigner, un traitement local simple doit suffire. Mais, lorsque la teigne est compliquée d’une affection scrofuleuse ou syphilitique , sa guérison est toujours difficile à obtenir ; souvent môme elle ne disparaît qu’à l’époque de la puberté.
739. Le traitement de la teigne varie suivant ses causes. Souvent il faut changer complètement l’alimentation du malade, veiller à ce qu’il vive dans un air pur , qu’il prenne beaucoup de mouvement, qu’il soit d’une grande propreté. Les bains, de légers purgatifs , peuvent être très-utiles. S’il existe une complication scrofuleuse ou syphilitique, il faut la combattre par des moyens appropriés.
740. Le traitement local doit avoir pour but de diminuer l’irritation, de détacher les croûtes, et de déterger l’ulcère. On atteint ce but par des lavages souvent répétés, faits avec des décoctions émollientes; par des frictions adoucissantes, du beurre frais, de l’axonge et du soufre ; par des cataplasmes de mauve et de ciguë. Ce traitement suffit ordinaheinent pour amener à guérison complète, pourvu toutefois qu’on ait soin de tenir la tête propre, de couper les cheveux collés en mèche, et détruire les poux. Si les ulcèressontanciens, on a recours aux pommades soufrées ou aux solutions de sublimé. Ce traitement local, auquel on joint un régime approprié à l’état général du malade , m’a toujours réussi.
Les autres remèdes qu’on a préconisés sont : une solution de sublimé et de vert de gris, une décoction de tabac, des préparations mercurielles, l’onguent égyptiac, la pommade cilrine, le sulfate de souda dissous dans l’eau de chaux, le savon uni à l’esprit de vin, etc. Dans des cas très-rebc-lîes Astiicc et plusieurs autres ont employé avec avantage un vésicatoire fait avec de la gomme ammoniaque et du
ULCIUtES SMI'ETIGINEÜX.
a inaigre. — L’arrachement des cheveux avec une pince ou avec des bandelettes de diachylon ne peut être employé que dans des cas très-rares , et seulement dans ceux où leur présence entretient l’ulcère par l'irritation qu’ils déterminent. L’arrachement brusque d’un emplâtre de poix dont on a recouvert toute la tète, et à l’aide duquel on arrache simulanéinent tous les cheveux , doit être complètement abandonné. Lorsque la teigne dure depuis longtemps , on doit établir un cautère avant de solliciter sa guérison.