PAR LE MERCURE
que possible , garder le repos ; l'air qui l’environne être à une tempéralure toujours égale, toujours la même; il doit vivre d'une manière très-régulière, se priver des alimens et des boissons acides ou échauffans ; on doit enfin exciter la transpiration cutanée à l’aide des boissons sudorifiques.
774. Lorsque l’ulcère est rebelle , ou que les occupations du malade ne peuvent lui permettre d’observer ce traitement, on prescrit le sublimé à la dose d'un huitième de grain par jour, que l’on augmente graduellement. Dans les chancres qui envahissent rapidement les parties environnantes , même pendant l’emploi interne et externe du sublimé, dans les ulcères qui ont un aspect carcinomateux , le précipité rouge à l’intérieur et la pierre infernale à l'extérieur suffisent souvent pour enrayer leur marche et pour les déterger. Ce traitement local est cependant nuisible lorsqu’il existe une irritation générale.
On doit rejeter le conseil, donné par quelques praticiens , de ne faire contre l'ulcère aucun traitement local afin de pouvoir suivre les effets du traitement interne par les progrès de la cicatrisation. Ce traitement local a l’avantage de ramener promptement l’ulcère à l’état d'une solution de continuité ordinaire; et , plus tôt l’ulcère est guéri, moins on a à craindre une infection générale , qui est toujours favorisée par la résorption du pus.
Delpech croit que , pour prévenir l’infection générale , il est plus avantageux de faire, dans le voisinage d’une partie récemment affectée, des frictions avec du mercure que des frictions sur l’ulcère même avec l’onguent gris.
775. Lorsque, sous l’influence de ce traitement Interne et externe , l’ulcère est guéri , on doit se garder de cesser aussitôt le traitement interne ; il faut au contraire avoir grand soin de continuer encore l’emploi du mercure à une certaine dose.
776. Le traitement des bubons doit varier suivant le degré de leur inflammation. — S’ils sont très-douloureux, le malade doit garder le repos , faire des applications froides , employer des sangsues , même des saignées si le sujet est vigoureux , et s’il existe un état inflammatoire général. Lorsqu’il y a peu d’inflammation , on fait des frictions d'onguent gris sur la tumeur , et on y applique un emplâtre de ciguë avec addition d’une préparation mercurielle ; si la tumeur est dure , on joint à cette application des cataplasmes émolliens.
Les bubons idiopathiques ont la plus grande tendance à la suppuration ; aussi , lorsque la résolution d’un bubon ne se fait pas promptement et d’une manière facile, il ne faut pas chercher à l’obtenir par des remèdes énergiques : on doit au contraire favoriser la suppuration à l’aide de cataplasmes émolliens, de ciguë, etc., dont on continue l’application jusqu’à l’ouverture spontanée du bubon. Ces mêmes applications sont également suffisantes, après l’ouverture de l’abcès, pour faire fondre les engorgemens qui le circonscrivent. L’ulcère qui succède à cet abcès doit être traité comme les ulcères vénériens. Pour prévenir les collections purulentes il convient quelquefois d’agrandir l’ouver-
ture. La résolution forcée d’un bubon idiopathique peut, dans quelques cas , accélérer la manifestation de la syphilis constitutionnelle. — Lorsque l’engorgement des ganglions détermine leur induration , il faut, outre le traitement mercuriel interne, faire des frictions d’onguent gris avec addition de camphre , ou des frictions iodurées , et appliquer un emplâtre de viye cum mercurio.
Je crois , d’après les résultats que j’ai souvent observés , devoir rejeter l’ouverture d’un bubon à l’aide d’une incision, d’un séton ou d’un caustique , que plusieurs praticiens ont recommandée comme pour un abcès simple.
777. Le traitement dé la syphilis devenue constitutionnelle réclame le mercure administré d’une manière plus vigoureuse que dans l’affection primitive. Ce médicament peut être employé soit à l’intérieur, soit à l’extérieur.
778. L’emploi externe du mercure ne doit être recommandé que dans les cas où le malade ne peut en supporter l’administration interne , alors même qu’on a joint à ce médicament l’opium , les mucilagineux, etc., ainsi que dans quelques cas particuliers de douleurs ostéocopes. Ce mode de traitement détermine souvent la salivation. On emploie ordinairement l’onguent gris en frictions, sur une ou plusieurs parties du corps, à la dose d’un demigros ou même d’un gros par jour. On a également préconisé les bains de sublimé, et des frictions d'un demi-gros de sublimé et d’ammoniaque faites tous les soirs à la plante des pieds, dont la peau avait été préalablement ramollie par des bains chauds; concurremment à ces frictions on prescrit des bains tièdes dans une décoction de salsepareille fl), ainsi que des frictions faites avec du précipité rouge sec, ou mouillé avec de la salive. On a encore proposé, pour l’administration du mercure, plusieurs modes (2) qu’il est inutile d’indiquer. Les deux derniers que nous venons de donner agissent avec beaucoup moins d’énergie que les frictions d’onguent gris.
779. Dans les cas ordinaires de syphilis constitutionnelle , lorsqu’elle n’est pas très-ancienne , l’emploi interne du mercure doit être préféré à son emploi externe. On prescrit le mercure soluble de Haiinemann , le calomel ; ou, comme ces préparations déterminent trop facilement la salivation , le sublimé doit leur être préféré. Le malade doit, pendant qu’il est soumis à ce traitement, observer les règles hygiéniques prescrites plus haut ; dans quelques cas il convient, à cause de la disposition des organes digestifs, de changer de préparations mercurielles dans le cours d’un même traitement.
780. Outre ce traitement général, certains caractères de la syphilis devenue générale méritent de fixer l’attention.
Dans les ulcérations de la gorge et du palais la
(1) Cirillo , Osservazioni pratiche intornoalla inc veuerea. Venise, 1786.
Hufelandj Jeurnal der pratischen ileilkundc , mars 1819.
(2) Ansianx , Clinique chirurgicale.
TRAITEMENT
préparation de Rust (1) agit avec beaucoup d’efficacité : on en porte une ou deux fois par jour sur la surface ulcérée à l’aide d’un plumasseau de charpie.
Dans les éruptions cutanées les lavages faits avec une solution de sublimé , avec de l’eau phagédénique , les bains de sublimé, diverses préparations mercurielles et des boissons agissant directement sur la peau peuvent être employés avec un égal succès.
Quant aux excroissances , lorsqu’elles n’ont pas cédé au traitement général par le mercure , il convient de les laver avec une solution concentrée de sublimé , de les couvrir avec de la poudre de sabino, de les toucher avec quelque caustique, et surtout avec le nitrate acide liquide de mercure; ou bien encore on les enlève avec le bistouri, et on cautérise la place sur laquelle elles étaient implantées. — Dans quelques cas elles sont extrêmement rebelles, alors même que l’affection générale est depuis longtemps complètement guérie.
Les affections des os dues à la syphilis exigent un traitement mercuriel très-énergique ; quelques-uns emploient le nitrate acide de mercure uni aux sudorifiques. Dans la tuméfaction des articulations et dans les tumeurs ( gummata ) il convient de faire des applications de ciguë et des frictions mercurielles opiacées. Dans la majeure partie des cas les tumeurs dues à une exsudation au-dessous du périoste se ramollissent par ce traitement ; elles deviennent moins douloureuses, disparaissent complètement , mais peu à peu , et laissent à leur place une légère dépression, de légères inégalités. Dans les dépositions tophace'es les irritans tels que la ciguë unie au mercure, à l’ammoniaque, ondes vésicatoires doivent être employés. Les exostoses réclament le même traitement. Dans les cas seulement où l’inflammation s’est emparée de ces fumeurs on a recours aux sangsues et aux frictions d’onguent gris. Lorsqu’il existe des douleurs ostéocopcs, le mercure uni à l’opium , et administré à l’intérieur et à l’extérieur, procure d’heureux résultats.
781. J’ai cherché à déterminer autant qu’il était possible quelle peut être l’action des diverses préparations mercurielles dans les différentes formes delà syphilis; mais il existe certaines particularités qu’il est impossible d’expliquer , et qui ont trait à la différence des constitutions. Ainsi, dans quelques cas , une préparation dans les premiers temps de son emploi peut procurer quelque amélioration, et plus tard cesser d’avoir aucune espèce d’action , alors même qu’on en augmente la dose ; dans ces cas la préparation qu’on avait d’abord choisie n’est plus appropriée à la constitution de l’individu : aussi faut-il en choisir une autre.— Dans les ulcères
( l ) Préparation de Rusl :
Mercur. sublimât, corrosiv. vj — xij gran.
Exlract. ciculæ Ext. fior. chamomill.
rinct. anodyn, simpl. j dracSi.
Bell, rosar. j une.
syphilitiques , lorsqu’il existe une violente inflammation, l’emploi du mercure dès le principe est ordinairement nuisible : il faut dans ces cas, se borner aux bains et aux résolutifs , et aux émissions sanguines si le sujet est vigoureux.
782. La salivation n’est point nécessaire pour le traitement de la syphilis , et on doit d’autant plus l’éviter qu’elle rend impossible l’administration ultérieure du mercure , et qu’elle cause des désordres très-graves aux gencives et dans la cavité buccale. Aussi , dès que les prodromes de la salivation , tels que tuméfaction des gencives , goût métallique , odeur infecte de la bouche , etc. , se manifestent , il faut immédiatement diminuer la dose du mercure , choisir une autre préparation , ou même abandonner complètement ce médicament. Le malade doit se tenir chaudement , et , lorsque ces symptômes se sont dissipés, avoir de nouveau recours au mercure. Si déjà la salivation s’est déclarée,, on a proposé de prescrire des purgatifs , du soufre, du camphre , de l’opium , un vésicatoire , etc. , mais nous devons dire que l’expérience n’a pas justifié l’efficacité de ces remèdes. Ï1 est beaucoup plus convenable de faire tenir le malade très-chaudement , de prescrire des bains chauds , de veiller à ce que le canal intestinal soit toujours libre, de prescrire des gargarismes astringens , d’ordonner à l’intérieur du quinquina, des acides, et mieux encore des phosphates. — Néanmoins il ne faut pas oublier que, dans quelques cas de syphilis trèsancienne , il est nécessaire, pour obtenir une cure radicale , de pousser l’emploi du mercure jusqu’à la salivation, et de la favoriser pendant plusieurs semaines , car quelquefois c’est le seul moyen d’avoir la certitude que le mercure a agi sur toute l’économie.
783. Dans les cas très-anciens de syphilis qui a résisté aux remèdes indiqués plus haut on a proposé divers modes de traitemens, parmi lesquels on distingue : 1° le traitement par frictions ; 2° le traitement mercuriel de Weinuold , et 3° la décoction de ZlTTMANN.
784. Le traitement par les frictions et la faim ( grand remède ) jouissait autrefois d’une grande réputation ( 1 ) ; dans ces derniers temps Loevkier (2) et Rusx (3) ont cherché à le remettre en honneur. Rust en a même étendu l’application à toutes les affections qui reconnaissent pour cause une altération des forces reproductrices. — Dans ce traitement le mercure n’agit point comme spécifique contre les affections scrofuleuses , arthritiques , syphilitiques , etc. , mais comme relevant l’activité du système lymphatique , qui doit ramener à l’état normal les parties dégénérées , éloigner les parties devenues inutiles , et rétablir l’harmonie entïe toutes les portions de l’organisme.
(1) Fabre , Traité des maladies vénériennes. Paris , 1773-
(2) liarslellung sypbiliiiseher KranUhoitsformen. Veinne,
(3) l’ebcr die Heilkrafl der QtiecUsilbereinrcebungcn, etc, Mag. de Rust , vol. i , page 354.
j aria, ij drach.
l'An LE KEliCURE.
785. Ce traitement serait indiqué dans les cas où l’usage interne du mercure détermine des accidens du côté des voies digestives ; dans les cas où le mercure détermine une réaction du côté de l’abdomen ou sur toute l’économie ; où la syphilis est devenue constitutionnelle , et où elle se porte sur les os et les tendons ; où il survient de la carie , de la tuméfaction aux articulations , des indurations , des désorganisations de différens organes , enfin dans les cas où la syphilis est rebelle à l’emploi interne du mercure. On préconise encore ce traitement dans les affections non syphilitiques , lorsqu’il existe une cause franchement arthritique , scrofuleuse ou rachitique ; qu’il survient des tumeurs à la peau, aux glandes, aux os; que l’on voit apparaître des excroissances ou toute autre affecti n , comme suites d’une autre maladie , et qui n’ont pu guérir par aucun autre traitement , tels que tumeurs des articulations , hydarthroses , spina ventosa, tumeurs Irès-développées, etc. On l’a encore appliqué aux affections herpétiques, aux dégénérescences du testicule, des mamelles , etc., même pour combattre des affections tout à fait locales , telles que indurations du tissu cellulaire , caries , fistules , etc. , qui , depuis plusieurs années , résistent à tous les remèdes , reparaissent après leur ablation par l’instrument tranchant , ou qui ne peuvent, à cause de leur position , permettre l’emploi de ce moyen extrême.
786. Le traitement par les frictions est toujours un remède très-violent et très-pénible pour le malade ; aussi ne doit-on jamais l’employer chez les individus faibles, très-irritables, hystériques, hypocondriaques , affectés de maladies de poitrine , de toux, de fièvre ataxique , d’hydropisie , de scorbut, etc.; cependant, si ces différentes affections étaient dues à la syphilis , ce traitement serait encore indiqué. La peau de certains individus a une trop grande réceptivité pour le mercure , celle de quelques autres malades en a trop peu ; mais on ne saurait le reconnaître de prime abord. Dans le premier cas le traitement ne peut être fait en entier ; dans le second il ne saurait amener la guérison.
787. Avant de commencer le traitement il faut y préparer le malade par des bains , des purgatifs , une diète sévère : par là on augmente la force d’absorption, et on prépare l’action du mercure au point qu’une très-petite quantité de ce médicament se fait sentir sur toute l’économie. Ainsi donc le malade prendra d’abord un purgatif, le second jour un bain à 29 degrés Réacmuk. On lui fait toujours prendre successivement douze bains , à moins qu’on n’ait à craindre la destruction d’organes importans par suite des progrès rapides de la maladie. Chez les individus vigoureux et pléthoriques on prépare une énergie plus grande au traitement par une ou deux saignées. — Les sujets phîegmatiques ne peuvent souvent supporter les bains que très-difficilement ; aussi ne doit-on leur en prescrire qu’un tous les trois jours. Pendant le temps des bains , et même pendant tout celui des frictions , le malade ne prendra par jour que trois soupes , faites avec
un peu de gruau d’orge ou de riz , ou bien , en place de soupes , une tasse de café ; dans les premiers jours on peut encore lui permettre des fruits cuits ou quelques légumes doux; pour boisson on lui prescrira une décoction de racine de bardane , de liquiritia et de guimauve , mais il ne doit pas en prendre plus de trois livres en vingt-quatre heures. Dans quelques cas assez rares , et seulement chez des vieillards ou des personnes très-affaiblies , il sera nécessaire d’avoir recours à un régime fortifiant, au vin , à la viande , aux œufs , etc. — Chez les femmes il faut suspendre le traitement préparatoire à l’approche des règles, et commencer les frictions dès qu’elles ont fini de couler. Si les menstrues reparaissent tous les quinze jours, on s’arrange pour le traitement de manière à ce que les règles soient passées avant les jours critiques, et qu elles ne puissent pas avoir lieu pendant ces jourslà , non plus que pendant l’époque où l’on fera les frictions le soir. Si , eontre toute attente , les règles apparaissaient pendant le cours du traitement , il faudrait immédiatement suspendre les frictions. — Lorsque les douze bains ont été pris, on prescrit un second purgatif, et on procède aux frictions.
788. Douze frictions sont presque toujours suffisantes pour le traitement complet d’une syphilis invétérée ; quelquefois cinq ou six suffisent , mais ordinairement il en faut neuf. Pour les affections non syphilitiques il faut quelquefois en faire un plus grand nombre ; du reste on ne peut , à ce sujet, rien fixer de positif; car ce nombre dépend de beaucoup de circonstances. Pour ces frictions il faut avoir de l’onguent gris bien préparé , en employer d’abord un gros par friction, plus tard un gros et demi , et monter ensuite jusqu’à deux gros. La main qui fait les frictions doit être préalablement échauffée par la chaleur d’un réchaud ; chaque friction doit durer cinq minutes.
D’après Wcdemeyer (1), dans les cas d’affection ancienne et rebelle , on doit faire dix-huit ou vingt frictions , et employer chaque fois un gros 1/2 d’onguent gris, et même de vingt-quatre à trente frictions dans les cas de syphilis très-ancienne et très-tenace, surtout dans les cas où il survient de la salivation ; rarement il en emploie un plus grand nombre. — D’un autre côté Rust ( 2) assure que jamais il n’a vu de cas où il soit nécessaire de faire autant de frictions ; mais il porte volontiers à 2 gros , 2 gros 1/2- et même 3 gros la quantité d’onguent gris qu’il emploie par friction ; j’ai plusieurs fois vu réussir ce mode de traitement , adopté par Rust.
789. On doit faire les frictions dans l’ordre suivant : le premier jour on fait , le matin , une friction sur les deux jambes avec la quantité d’onguent indiquée plus haut ; le troisième jour on fait les frictions sur les cuisses; le sixième jour, sur les bras, depuis le carpe jusqu’à l’aisselle ; au huitième ou neuvième jour , au dos , depuis le bassin jusqu’à la région cervicale. Du septième au quinzième jour
(1) Magas. de Rust , vol. IX , cah. 11 , page 297.
(2) même numéro de ce journal.
traitement
on peut, suivant les cas, faire deux , trois et quatre frictions à la même place. Entre le quatorzième et le seizième jour il se fait ordinairement une modification notable dans l’état du malade; il devient agité , inquiet ; sa respiration lourde , son pouls plein , sa langue chargée , son ventre tuméfié ; en même temps il survient des coliques , des palpitations , un sommeil agité, des rêves pénibles, etc. Le malade est bientôt délivré de tous ces accidens par une sueur très-abondante , qui dure vingt-quatre ou quarante-huit heures , et par une sécrétion de l’appareil urinaire. Au seizième jour on fait une nouvelle friction ; mais on la fait le soir ; le lendemain matin on donne un purgatif, et on continue ainsi jusqu’au vingt-cinquième jour , un purgatif un jour le matin , et le lendemain une friction le soir , à moins cependant que quelque accident ne force à suspendre plus tôt. Pendant tout le cours du traitement le malade doit rester dans une chambre constamment au même degré de chaleur , et dont l’air ne soit jamais renouvelé ; le même linge doit toujours lui servir, et les parties frictionnées ne doivent pas être lavées. — Le vingt-sixième jour le malade est placé dans un bain chaud ; une demi-heure après , on le lave , des pieds jusqu’à la tête , avec une éponge et de l’essence de savon ; on lui donne du linge propre , et on le transporte dans une autre chambre.
790. Pendant ce traitement plusieurs accidens peuvent survenir : la salivation apparaît ordinairement entre la quatrième et la cinquième friction, et on ne doit chercher à la faire cesser que dans les cas où elle est trop abondante. On en diminue les inconvéniensà l’aide de gargarismes doux ou légèrement astringens. Lorsque la langue se tuméfie au point d’être refoulée entre les dents , on introduit un morceau de liège entre les molaires ; mais, s'il y a danger de suffocation , on suspend le traitement , et on fait des scarifications sur la langue. On touche les ulcères qui peuvent survenir à la langue ou aux gencives avec un gros de camphre dissous dans une once d’huile d’amande. Le malade doit remuer souvent la langue pour empêcher qu’il ne se forme des adhérences.
Si la salivation survient avant la troisième friction, on doit diminuer la quantité d’onguent que l’on emploie chaque fois, et faire ces frictions à des intervalles plus éloignés. Souvent la salivation cesse en continuant les frictions : c’est ce qui arrive presque toujours lorsqu’on est à l’époque où l’on doit faire les frictions le soir. Quelquefois la salivation continue après même que le traitement est terminé; mais. peu à peu elle diminue et disparaît spontanément. Si, pendant que dure le traitement, le mercure n’exerce aucune action sur les glandes salivaires, on ne doit rien faire pour solliciter la salivation ; mais il est rare alors que le traitement réussisse. Souvent, dans ces cas, les émissions d’urine et de matières fécales deviennent très-abondantes; les sueurs sont augmentées, et les phénomènes critiques surviennent aussi; des crampes, des syncopes, la fièvre hectique, etc., se manifes-
tent. Lorsque ces accidens apparaissent avant la troisième friction , et qu’il est impossible de les faire disparaître par des infusions de camomille ou1 de menthe , par de vieux vin, du café, de la liqueur de Hoffmann , etc. , on doit suspendre le traitement.
Je ne saurais recommander , à cause du peu de re’sultat que j’en ai observé , le traitement connu sous le nom de traitement de Montpellier : ce n’est qu’une modification du précédent; il consiste à faire observer une diète moins sévère ; tes frictions ne se font ni dans le même ordre ni en si grand nombre que dans le traitement de Rust et de Louvrier ; ou alterne les frictions avec les purgatifs , etc. , afin de prévenir la salivation ; pendant le traitement , et quelque temps après, on prescrit des sudorifiques.
791. Lorsque la salivation ou la sueur critique est brusquement supprimée par un refroidissement ou toute autre cause, des crampes très-violentes, et même une mort prompte, peuvent en être le résultat, aussi doit-on placer immédiatement le malade dans un bain chaud, puis dans un lit propre et bien chaud ; on frotte tout son corps avec des linges chauds , on a recours ensuite aux applications sinapisées, aux diaphoniques et même aux vomitifs.
792. Dans la période des frictions du soir il survient souvent des accidens spasmodiques, des étourdissemens , des syncopes . des soubresauts ; le pouls devient petit et retiré ; tous les prodromes d’une seconde crise apparaissent , surtout lorsque la crise qui est survenue vers le quinzième jour du traitement n’a pas été complète; d’autres fois cette seconde crise est déterminée par l’action des purgatifs. Dans le premier cas il faut prescrire des stimulans, et, dans le second cas, on surveille l’action des purgatifs, et on en donne de plus doux ; enfin , si ces accidens continuent , il faut suspendre le traitement.
793. Lorsque le traitement est terminé , le malade est mis bientôt à une nourriture fortifiante ; mais il faut bien veiller à ce que l’estomac n’en soit pas surchargé. Le malade ne tarde pas à recouvrer un air sain et bien portant. Lorsque cela n’a pas lieu , on peut avec raison présumer que la guérison n’est pas complète. S’il est nécessaire de faire recommencer le traitement, il ne faut le faire que lorsque le malade est bien remis de celui qu’il a déjà fait.
794. Weinhold (1) propose aussi un grand remède par le calomel analogue au traitement par les frictions ; il l’emploie avec avantage non-seulement dans les cas de syphilis ancienne, mais encore dans les affections rhumatismales, scrofuleuses et goutteuses , ainsi que dans les cas où l’on ne sait quelle est l’affection générale qui entretient une maladie locale. Ce traitement a pour base une certaine quantité de calomel , que l’on emploie à de longs intervalles afin de ne pas déterminer de salivation ,
(1) Von den KranUlieiten dcr Gesichtsknochen, etc. Halte, 18J8. page 30.