Les causes des fistules à l’anus sont des
lésions de la membrane interne du rectum par des corps étrangers entraînés avec les matières fécales, l’infiammation et l’ulcération de celte membrane , des hémorrhoïdes passées à l’état de suppuration. Le plus souvent ses fistules se développent lentement : le malade éprouve pendant longtemps des démangeaisons à l’anus ; plus tard il se forme , non loin de cette organe , une petite tumeur qui se vide par une ouverture à peine perceptible ; dans d’autres cas la fistule a moins de tendance à s’ouvrir au dehors ; elle remonte le long du rectum pour s'ouvrir plus tard dans cet intestin par une seconde perforation (1) ; dans d’autres cas il se forme, à la marge de l’anus , par suite d’exercices violens à cheval , par suite d’amas purulens venus d’un lieu quelconque, des abcès qui perforent la paroi externe du rectum après avoir plus ou moins altéré le tissu cellulaire qui l’avoisine. Souvent ces abcès sont critiques, et le malade se trouve, dès leur apparition, soulagé d’une affection de poitrine , etc. ; dans d’autres cas ils sont le résullat de l’amas du sang dans les veines hémorrhoïdalcs , par suite d’une maladie du foie, etc. x
866. Le mode de formation , l’écoulement de matières slercorales ou simplement purulentes , le passage des gaz intestinaux, et surtout l’examen avec la sonde, peuvent nous éclairer sur le diagnostic.
867. D’après les observations de Sabatier, Larrey et Ribes, l’ouverture interne de la fistule à l’anus se forme le plus souvent à l’endroit où la membrane interne s’unit aux tégumens externes , jamais à plus de cinq ou six lignes de la marge de l’anus ; du moins c’est ce qui a eu lieu chez soixantequinze malades observés par Ribes.
( I ) Schreger , Annalen des cbiriirg. Clinicums aufr. der Universitaet zu Erlangen. erl. , 1817 , page 92.
FISTULES A L'ANUS
Larrey , Môm. de chirurgie militaire, vol. III, page 415.
R/Oes , Recherch. sur la fistule à l'anus , Revue médic., ïusl. et philos. , liv. I , page 174.
868. Ces obsérvations, avec lesquelles s’accordent parfaitement les miennes, peuvent beaucoup aider le praticien dans l’examen qu’il doit faire de ces fistules : pour cet examen on choisit une sonde un peu grosse ; on la conduit horizontalement, presqueparallèlementau périnée, surtout chez lafemme, parce que chez elle la marge de l’anus est moins enfoncée que chez l’homme; chez ce dernier la sondo doit être portée un peu plus en haut. La sonde , introduite dans l’ouverture, doit être enfoncée vers l’ouverture interne, en ayant soin de ne pas quitter le canal de la fistule ; on doit l’enfoncer jusqu’au moment où le doigt introduit dans Je rectum peut en sentir l’extrémité. Dans beaucoup de cas , surtout chez les individus dont le rectum est saillant, l’opérateur peut, en écartant les bords, apercevoir ^ l’ouverture interne de la fistule. — Sans ces précautions on perce aisément la paroi du rectum avec le bout de la sonde.
Lorsqu’il existe à l’extérieur plusieurs ouvertures fistuleuses, on doit les toutes sonder afin de savoir si elles se rendent toutes à la même fistule. Ces recherches doivent être faites souvent et dans des positions différentes , tantôt le malade étant couché sur le côté, tantôt étant couché sur le dos, ses cuisses fléchies sur l’abdomen , tantôt enfin dans la station. On peut encore obtenir, dans quelques cas, certaines données exactes avec des bougies en cordes de bocaux, ou à l’aide d’injections. Dans l’examen des fistules incomplètes internes on doit diriger la sonde vers l’endroit où le malade accuse une douleur permanente , vers le côté où le doigt et la soude reconnaissent un point induré ou un point ramolli. On ne doit jamais se servir uniquement de sondes courbes : il faut aussi avoir recours aux sondes droites, car il n’est pas rave que la "fistule se dirige directement en haut (§ 865). L’endroit où , dans le voisinage du rectum, le doigt rencontre de la dureté ou détermine de la douleur, indique le fond de ia fistule borgne externe. A ce niveau la peau est ordinairement altérée dans sa couleur; la pression qu’on y exerce fait refluer du pus dans le rectum ; quelquefois cependant ces derniers signes manquent , et le malade y éprouve de la douleur.
869. La guérison des fistules à l’anus, lorsqu’elles ont une ouverture interne, ne peut être obtenue que par la division du sphincter et de toute la partie qui les sépare du rectum. Dans les cas aussi où la fistule remonterait plus haut on peut espérer la guérison en divisant les parties comprises entre le rectum et l’ouverture interne ; un grand nombre d’observations viennent à l’appui de cette pratique, et cela prouve puissamment que le point capital de cette opération est la division du sphincter, division qui empêche les matières fécales de s’amasser dans le rectum , et permet aux parois de la fistule de sc rapprocher et de se réunir. — Les fistules incom-
plètes externes ne réclament pas toujours la division des parties interposées entre elles et le rectum , parce que, si on peut faire écouler facilement le pus, le décollement du rectum n’est pas assez considérable pour qu’on ne puisse espérer son recollement avec les parties voisines.
L’opération de la fistule à l’anus doit être regardée comme contre-indiquée lorsqu'elle remplace accidentellement la sécrétion d’un organe , lorsqu’une maladie est diminuée ou même détruite par le fait de son existence ; dans ces cas le malade est souvent soulagé par l’agrandissement de l’ouverture externe de la fistule et par des soins de propreté ; et alors on ne doit jamais tenter la guérison de la fistule avant d’y préparer le malade par un traitement conforme à son état général ; ces fistules doivent encore être respectées dans les maladies des os du bassin, de la vessie, de la prostate, du vagin , etc. , dans la phthisie , dans les affections incurables du foie, en un mot toutes les fois qu’il existe une maladie qui ne pourra pas être guérie en même temps que la fistule.
On doit regarder comme incurables les fistules à l’anus qui sont très-anciennes, ayant à l’extérieur une grande quantité de petites ouvertures, formant des espèces de ponts , et entourées d’épaisses callosités ; enfin celles qui nécessiteraient , pour leur guérison , l’ablation de parties trop étendues , ou dont l’ouverture interne est trop élevée pour être accessible aux inslrumens. — Si la fistule existe depuis longtemps , on ne doit procéder à l’opération qu’après avoir établi un exutoire. Si la fistule et les parties environnantes sont tuméfiées et enflammées, on doit différer l’opération jusqu’à ce que, par un traitement convenable, ces complications aient disparu.
870. Les abcès qui se forment dans le voisinage du rectum sontphlegmoneux, circonscrits, etaccompagnés de douleurs pulsalives, ou bien ils se développent lentement sous forme de petits ganglions peu douloureux : dans d’autres cas ils surviennent par suite d’une hernie d’une des parois du rectum due à un amas de matières fécales : ils ont alors une grande étendue ; la suppuration et la gangrène consument rapidement les forces du malade, surtout s’il est d’une mauvaise constitution.
Dans le premier mode de développement on applique des sangsues et des cataplasmes émolliens ; on ouvre l’abcès par une simple piqûre de lancette, et cela de bonne heure afin de prévenir la destruction du tissu cellulaire qui environne le rectum. Lorsque le foyer de l’abcès n’est pas en communication avec le viscère , on peut espérer que la guérison surviendra à l’aide d’un simple appareil , de cataplasmes émolliens ; et , si déjà , à la suite de ces abcès , il s’est depuis longtemps établi une fistule , on doit faire des injections stimulantes afin d’exciter un degré suffisant d’inflammation. — Lorsqu’il existe de petites tumeurs dures et peu douloureuses, on emploie également des cataplasmes émolliens et des emplâtres fondans ; on doit les ouvrir dès qu’elles sont ramollies. Le traitement ultérieur est le même
FISTULES A. L’ANUS
que dans le cas precedent. — Dans les fistules borgnes internes, mais seulement lorsque la paroi externe du rectum est décollée dans une grande étendue, on doit diviser la cloison qui sépare le trajet fistuleux de rectum.
Lorsque de grands abcès se sont formés dans le voisinage du rectum , et que l’on a pu s’assurer de la hernie d’une des parois du rectum , on doit faire une large ouverture, en ayant soin toutefois de ne pas léser la partie du rectum qui se trouve dans l'abcès ; on veille à ce que le pus ait un cours libre; on soutient, suivant les indications, les forces du malade ; plus tard , lorsque le foyer se sera rétréci, et qu’il se sera organisé en fistule , on divisera toutes les parties qui le séparent du rectum.
Voyez :
. Sabatier , Médecine opératoire, T. II , page 309.
871. Les méthodes applicables à l’opération de la fistule à l’anus sont l’ incision et la ligature , la cautérisation à l’aide du fer chaud ou des caustiques étant abandonnée de nos jours, et Yexcision du trajet fistuleux ne devant être pratiquée que dans les cas de dégénérescence squirrheuse ou carcinomateuse.
872. Pour l’opération de la fistule à l’anus par l’incision on a proposé un grand nombre d’instrumens, tels que le syringotome. Le bistouri caché, les couteaux de Pott, Savigxy, Remm, Dzondi, etc. Les inslrumens les plus simples et les plus sûrs sont : le bistouri droit ordinaire , une sonde cannelée , sans extrémité mousse, et un gorgeret de bois. Après que le malade a pris et rendu un lavement, et que les parties où siège la fistule ont été rasées, on le fait placer sur un lit ou sur un table , couché sur le côté de la fistule , la jambe de ce même côté étendue , et l’autre fléchie sur le bassin. Le gorgeret, frotté d’huile ou de cérat, est introduit dans le rectum jusqu’au-dessus de l’ouverture interne de la fistule lorsqu’il y a en une ; l’excavation du gorgeret est tournée du côté de la fistule. On introduit alors la sonde cannelée dans la fistule , et on fait arriver son extrémité jusque dans la concavité du gorgeret : on saisit alors le gorgeret d’une main, et, de l’autre, la sonde ; en les rapprochant l’un de l’autre il est facile de savoir s’ils sont en contact. Cela fait , l’opérateur donne la sonde à tenir à un aide , qui en outre est occupé à tendre la peau de la fesse ; il continue à tenir le gorgeret en le maintenant fixé contre le bout de la sonde ; il conduit alors le bistouri droit dans la cannelure de la sonde jusqu’à ce que sa pointe se trouve piquée dans le gorgeret ; en retirant le bistouri il coupe toutes les parties comprises entre la sonde et le gorgeret ; en retirant ensemble par la plaie ces deux inslrumens sans leur faire perdre les points de contact qu’ils ont entre eux, on s’assure que toutes les parties ont bien réellement été divisées.
Lorsque la fistule s’étend plus haut que son ouverture interne , quelques praticiens ont conseillé de porter sur le doigt , au fond de la plaie , des ciseaux a poinics mousses afin de diviser ce reste de
fistule. Mais cette précaution est inutile, ainsi que me l’ont appris plusieurs observations d’autrui et ma propre expérience.
Si l’ouverture interne de la fistule est très-élevée, on peut, par la fistule, introduire jusque dans le rectum une sonde cannelée , fine, flexible et en argent; puis, avec l’indicateur introduit dans le rectum, on force le bout de la sonde à sortir par l’ouverture naturelle. Un bistouri , conduit dans la cannelure de la sonde , divise toutes les parties qu’elle embrasse.
Des observations ultérieures sur le siège de l’ouverture interne de la fistule à l’anus devront démontrer si cette ouverture est toujours à l’endroit indiqué § 867 , et si la division de la fistule depuis son orifice externe jusqu’à son orifice interne suffit toujours pour amener la guérison , alors même que le canal de la fistule s’étend plus haut.
873. Dans les fistules borgnes internes on introduit , aussi profondément que possible, la sonde cannelée , dont on appuie la pointe dans la concavité du gorgeret; puis, avec un bistouri droit, on incise les parties comprises entre ces deux instrumens , comme dans le cas précédent.
874. L’opération achevée, et la plaie suffisamment nettoyée, l’indicateur delà main gauche est introduit dans le rectum jusqu’à la hauteur de l’extrémité supérieure de la plaie; puis, avec une sonde ou une pince à anneaux, on introduit, entre les lèvres de la division qu’on a faite, des mèches de charpie enduites de cérat ; on en introduit autant qu’il est nécessaire pour bien remplir la plaie. Enfin on en place une plus épaisse dans le rectum afin d’empêcher que les autres ne se déplacent. Cela fait, on recouvre le tout d’un plumasseau , que l’on assujettit avec une bandelette de diachylon ; par dessus on place une compresse, et enfin un bandage en T.
L’opéré est placé au lit , couché sur le côté ; on lui prescrit une potion opiacée , et on renouvelle l’appareil aussi souvent qu’il survient des selles , ce qu’on doit chercher à obtenir toutes les vingt-quatre heures. Avant de placer le nouvel appareil, on doit avoir soin de bien laverie rectum avec de l’eau tiède. Au second appareil les mèches ne doivent plus êtro enduites de cérat , et on doit en diminuer le nombre et l’épaisseur à mesure que la plaie se remplit de granulations ; la cicatrisation doit encore être favorisée par la cautérisation avec le nitrate d’argent.
L’opinion de Pouteau et de plusieurs autres, qui regardent toute espèce de pansement après l’opération de la fistule à l’anus comme inutile ou nuisible , doit être complètement rejetée ; car l’expérience montre que , si on ne place aucun corps étranger entre les lèvres de la plaie , elles ne tardent pas à se rapprocher et à se réunir en laissant persister le trajet fistuleux. D’après A. Cooper (1), on doit introduire, immédiatement après l’opération , une mèche de charpie sèche au fond de la plaie ; le lendemain , faire une application émolliente. Au bout de deux ou trois jours la mèche tombe; mais alors il faut avoir soin de faire parcourir à une sonde tout le trajet de la plaie afin d’empêcher les adhérences de s’établir. On doit continuer l’emploi des cataplasmes; et ,
(1) Lectures on surgery, vol. il , page 333.
FISTULES A L’ANUS
lorsque les granulations se sont formées , on introduit de nouveau une mèche. Parce mode de pansement on éviterait beaucoup de douleurs , et on empêcherait l'inflammation et la suppuration d’être trop abondantes.
875. Les accidensqui peuvent survenir pendant ou après l’opération sont : une forte hémorrhagie , une inflammation trop grande ou trop faible , une suppuration trop abondante, des coliques, de la diarrhée, une rétention d’urine , de la constipation.
Lorsqu'il y a une forte hémorrhagie, qu’on ne peut trouver et lier le vaisseau divisé, qu’elle résiste aux styptiques, on doit tamponner. Pour cela on introduit dans le rectum , au-dessus du point qui fournit l’hémorrhagie , un fort tampon de charpie solidement attaché avec deux fils qu’on retientau dehors; entre ces fils on introduit autant de plumasseaux qu’on le peut , puis on les embrasse avec les fils que l’on noue : chez la femme on doit en outre tamponner le vagin.
Cne vive inflammation réclame, outre le relâchement et même la levée de l’appareil , des applications froides , des sangsues , des lavemens émoiliens , etc. Lorsqu’il survient une suppuration abondante, on doit la combattre par un traitement énergique, approprié au cas particulier auquel on a affaire. Les coliques spasmodiques seront aisément vaincues par des préparations huileuses et opiacées ; les rétentions d’urine , par le cathétérisme, des applications chaudes sur la région vésicale , et des lavemens ; ces derniers sont encore indiqués dans les cas de constipation.
876. La liyature de la fistule à l’anus consiste à comprendre dans une anse de fil toutes les parties qui séparent la fistule du rectum, et à les couper en serrant peu à peu ce fil. La partie ainsi étreinte et coupée guérit de haut en bas. Le procédé que l’on doit employer pour passer cette ligature varie suivant la position et la nature de la fistule. Les substances les plus convenables pour composer cette ligature sont des fils de lin ou de soie tordus ensemble, ou un simple cordonnet de soie : ces sortes de ligatures doivent être préférées au fil d’argent ou de plomb proposé par quelques praticiens.
877. Pour les fistules complètes dont l’ouverture supérieure n’est pas située trop haut on introduit dans leur trajet, et jusque dans le rectum, une sonde fine flexible en plomb, que l’on retire par l’orifice supérieur à l’aide du doigt introduit dans le rectum; la sonde , en sortant , entraîne avec elle la ligature passée dans une ouverture pratiquée à son extrémité postérieure. Cette ligature peutêtre passée, lorsque les fistules sont complètes , à l’aide d’une corde à boyaux.
878. Desault , Reisinger et Schreger ont proposé divers instrumens pour la ligature des fistules borgnes internes et pour celles qui, étant complètes, remontent très-haut. L’appareil de Reisinger, qui est préférable , se compose d’un tube d’argent , de deux sondes, dont l’une est mousse à son extrémité, et l’autre armée d’une pointe de trocart (leur épaisseur est en rapport avec la cavité du tube d’argent);
d’en ressort de montre muni d'un boulon à l’une de ses extrémités et d’une ouverture à l’extrémité opposée , enfin d’une pince et d’un gorgeret mobile.
879. Dans les fistules à l’anus complètes on opère de la manière suivante d’après le procédé de Reisinger :
Le malade étant placé dans la position décrite § 872, on introduit dans la fistule, et jusque dans le rectum, le tube d’argent avec la sonde mousse qui est dans son intérieur. Le doigt introduit dans le rectum s’assure que la sonde fait saillie de trois lignes environ dans la cavité de ce viscère ; on introduit alors dans le rectum la pince sans gorgeret , puis on l’ouvre, et on le pousse plusavant afin de saisir entre ses branches le tube d argent , et de le tenir immobile. Un aide retire la sonde de dedans le tube , fait glisser à sa place le ressort de montre, qui entraîne la ligature , et le fait arriver jusque dans le rectum ; faisant alors glisser les branches de la pince sur le bout du tube , on saisit l’extrémité du ressort ; retirant la pince, on entraîne le ressort, et avec lui la ligature ; on retire alors le tube.
Dans les fistules recto-vaginales on introduit le tube dans le vagin , puis, par l’ouverture fistuleuse , dans le rectum ; le reste de l'opération est comme dans le cas précèdent.
880. Lorsque la fistule est borgne interne , on introduit le tube d’argent et la sonde à extrémité mousse comme dans le cas précédent; lorsque le bout de la sonde est arrivé au fond du trajet fistuleux , on relire du tube la sonde mousse, et on y introduit celle qui est armée d’une pointe de trocart; mais on a soin que cette pointe n’arrive pas jusqu'au bout du tube. On introduit alors la pince et le gorgeret dans le rectum jusqu’à un pouce environ au-dessus du niveau où se trouve l’extrémité du tube ; on ouvre la pince de manière à ce que le bout du tube corresponde à l’espace qui se trouve entre ses branches ; un aide enfonce la pointe du trocart, qui , passant entre les branches de la pince, vient heurter contre le gorgeret. La pince retenant alors le tube contre le gorgeret , l’aide retire le trocart ; avec l’indicateur de la main qui tient la pince l’opérateur retire le gorgeret ; la pince est fermée en tenant l’extrémité du tube. — On passe ensuite le ressort de montre , et on termine comme il est indiqué § 879.
881. Les deux bouts de la ligature sont introduits dans les deux ouvertures d’un petit cylindre en argent , puis réunis à l’aide d’un nœud simple et d'une rosette. Cette ligature doit être serrée de manière à ce que le malade ait le sentiment d’une légère pression , mais n’éprouve aucune douleur.
Pendant les premiers jours qui suivent l’opération le malade doit garder le repos: un peu plus tard il peut vaquer à ses affaires. Tous les trois ou quatre jours on serre un peu la ligature , et on doit veiller à ce que le malade ait des selles liquides. S’il survient de vives douleurs , la ligature doit être desserrée ; du reste on agit suivant les complications comme dans celles qui surviennent après l’in-
FISTULES URIMAIEES.
% cision (§ 875). On continue à agir de môme jusqu’à ■ ce que toutes les parties embrassées par la ligature soient divisées. Pour prévenir la destruction de la ligature il faut, vers latin de la troisième ou de la quatrième semaine, si le traitement dure plus longtemps, en attacher une nouvelle à l’ancienne , et la faire glisser dans la fistule comme on le ferait d’un séton. Ordinairement, lorsque les parties ont été complètement coupées par la'ligature, il reste une petite solution decontinuitéquisuppure encore quelque temps, mais qui guérit par des pansemens simples avec de la charpie sèche que l’on place sur la partie qui supi pure.
Ambroise Paré (1) recommande « de faire situer le malade à la renverse, en sorte qu’il tienne les jambes élevées en haut de façon qu’il aye les cuisses jointes vers son ventre;
I puis le chirurgien mettra le doigt dans le siège , point de quelque médicament onctueux, ayant rongé son ongle, puis, par l’orifice de l’ulcère, mettra une grosse aiguille de plomb enfilée partie de fil et de queue de cheval, laquelle aiguille estant rencontrée par le doigt à nud, qui est au fondement, sera courbée et ramenée dehors par le siège pour passer le dit i fil , lequel , étant passé , sera lié et serré à nœud coulant afin que de jour e n autre on le puisse serrer davantage ; et, auparavant de le resserrer , on le tirera vers soi comme si on Je voulait scier ; car, par ce moyen, ledit fil coupera la fistule.
» Orquelquefois telles fistules ne pénètrentjusqu’àla cavité i du boyeau, tellement que le doigt ne touche immédiatement la sonde à cause de quelque callosité qui sera interposée entrelasonde et le doigt. Et, pour la curation, faudra mettre une i sonde de Ter ou d’argent, la quelle sera creuse , et par de- I dans sa cavité on jettera une aiguille picquante et trenchante afin de rompre ladite callosité, ce que l’on ne pourrait faire par le bénéfice d’une sonde de plomb ou d’une autre qui ■fust ronde , sans une grande douleur. «
{Note clu traducteur.)
882.,Si nous comparons entre eux ces deux modes d’opération , nous verrons que la ligature détermine peu ou point de douleurs ; que la guérison se fait attendre, il est vrai, plus longtemps, mais le malade peut , pendant le cours du traitement, vaquer à ses affaires ; qu’elle n’expose nullement aux hémorrhagies , et enfin qu’on peut l’employer contre les fistules dont l’orifice supérieur est trèsélevé. La ligature a donc de grands avantages ; aussi doit-elle être particulièrement recommandée dans les cas où l’ouverture interne de la fistule est trèsélevée , dans les cas de dilatation des vaisseaux hémorrhoïdaux et chez les individus qui ont habituellement la diarrhée. Beaucoup de chirurgiens doutent de la nécessité du pansement après l’incision ; mais l’expérience apprend que le pansement est indispensable. Eux-mêmes en recommandent l’emploi dans les cas d’hémorrhagie.
D’un autre côté on devra préférer l’opération par incision lorsque l’ouverture interne est peu élevée , lorsqu’il existe plusieurs trajets fistuleux, lorsque la paroi du rectum est dénudée dans une longue étendue , enfin lorsque l’orifice externe est à une grande distance de la marge de l’anus.
(1) Treizième livre, des Fistules ; chap, XX11I.
Plusieurs chirurgiens ont proposé la compression pour le traitement des fistules à l’anus.
Bermont (1) emploie une double canule à chemise, qu'on introduit vide et fermée dans l’anus. Delà charpie, de l’étoupe, de l’éponge ou de vieux linge glissé entre le tube métallique et la chemise sert ensuite à distendre l’intestin au degré convenable, et des rubans fixent le tout à un bandage de corps. Pour que les malades puissent aller à la garde-robe il suffit de retirer la canule interne, qui se termine par un cul de sac en haut, et de la remettre après. La canule externe étant ouverte par les deux bouts permet de donner des lavemens si on les juge convenables. Comme c’est elie qui supporte le restede l’appareil, on peut la laisser en place jusqu’à ce que la fistule soit entièrement cicatrisée.
Colombe (3) prétend arriver aux mêmesrésultats en maintenant dans l’anus un cylindre creux en ebèue ou en gomme élastique retenu au dehors par des rubans.
Piedagnelse sert d’une chemise remplie de charpie comme pour suspendre une hémorrhagie. La compression peut être utile; mais l’expérience ne l’a point encore suffisamment sanctionnée. Il ne faut donc pas s’en promettre de trop grands avantages. L’appareil de Colombe peut être sujet à un accident que j’ai vu arriver une fois, et qui suffira. I à lui seul pour le faire rejeter s’il devait se reproduire souvent, comme je le crains : c’est le renversement de la tunique muqueuse du rectum dans le bout supérieur-dit cylindre; l’appareil de Bermont, n’ayant pas le même inconvénient, devrait en conséquence être préféré. {Opinion de Velpeau (3).
883. Quant aux fistules borgnes externes , dès qu’on a reconnu la position de leur fond par les signes donnés § 886, on les ouvre de dehors en dedans , et on les traite comme des fistules complètes.
E. Fistules urinaires.
884. Sous le nom de fistule urinaire on compred. dans le sens rigoureux du mot , des ulcères longs et étroits qui s’ouvrent en un point quelconque des voies urinaires. Cependant on doit comprendre sous cette même dénomination des trajets fistuleux qui s’établissent dans le voisinage des voies urinaires. — D’après cela nous diviserons ces (Mules en complètes et incomplètes , suivant qu'elles auront un orifice externe et un interne en communication avec l’appareil urinaire, ou qu’elles auront seulement un orifice externe. Les fistules incomplètes sont encore divisées en incomplètes internes et incomplètes externes.
885. L’orifice externe d’une fistule urinaire peut se rencontrer au périnée , au scrotum, à la verge , à la fesse, à la cuisse , aux lombes , à l’abdomen , dans le vagin ou dans le rectum. L’orifice interne peut communiquer avec les reins , les uretères , la vessie ou l’urètre. Le plus ordinairement les trajets de ces fistules sont sinueux ; souvent plusieurs trajets conduisent à une seule et même ouverture
(1) Thèse n” 44. Paris, 1827, page 33.
(2) Bibliothèque médic., 1828, T. II.
(3) Dict. de médecine, T. III, page 328.
{Note du traducteur )