I. Luxation do la mâchoire inférieure
Binken , Diss. de maxillæ inferioris luxaiione. Goett.,
Zerlamino Ueber den Mechanîsmus der Luxât, der Uuter- I kinnlade Siebold’s Chiron, vol. II, page 349.
Boyer } Maladies chirurg., T. III.
915. I.a mâchoire inférieure s'unit aux temporaux par | deux articulations. Pour chacune d’elles existent deux surfaces articulaires, qui occupent, l’une, tes deux tiers antérieurs de la cavité glénoïde du temporal et la face inférieure de la racine transverse de l’apophyse zygomatique ; l’autre, le condyle de la mâchoire inférieure. Elles sont maintenues en rapport par un seul ligament (le ligament latéral externe des auteurs); un cartilage inter-articulaire les sépare.
La disposition de la cavité glénoïde est telle que le condyle ne peut se luxer en dedans, à cause île l’épine du sphénoïde qui s’y oppose; ni en dehors, parce qu’il faudrait que la branche opposée se portât en dedans ou fût fracturée; ni en haut, à cause de la racine horizontale du temporal ; ni en arrière, à cause de la paroi antérieure du conduit auditif et de la crête vaginale du temporal. Pour passer au-dessous de I ces dernières parties il faudrait que le menton jouit d’un mouj vement d’élévation que ne lui permet pas la rencontre des arcades dentaires. Le condyle ne peut donc se porter qu’en avant en passer au-dessous de la racine transverse.
Pour que ce mouvement s’opère il faut que le condyle forme, avec la surface articulaire du temporal, un angle saillant en avant; d’où il suit que l’enfant chez qui la branche de la mâchoire est presque en ligne droite avec son corps ne peutêtreaffecté de cette luxation; mais chez l’adulte, par suite du développement des dents, la branche de la mâchoire est presque perpendiculaire à son corps : premier fait qui rend plus facile la production de cet angle saillant en avant. De plus, quand la mâchoire s’abaisse, le Centre des mouvemens ne se passe plus , comme chez l’enfant, dans l’articulation ; il a lieu un peu au-dessous du col du condyle; en sorte que, au moment où le menton décrit un arc de cercle en arrière, le condyle en décrit un autre, plus petit il est vrai, en avant; second fait qui ajoute encore aux prédispositions qu’ont les adultes de contracter cette affection. — Par suite de la chute des dents et de l’affaissement des alvéoles la mâchoire du vieillard revient presque aux mêmes conditions que celle de l’enfant.
Le ligament latéral externe s’étend depuis le tubercule qui signale la jonction des deux racines de l’apophyse zygomatique jusqu’au côté externe du col du condyle ; il se dirige donc de haut en bas et d'avant en arrière, ce qui permet au j condyle de se porter en avant de la racine transverse sans que ce ligament soit rompu; il est, pour ainsi dire, le rayon de l’arc de cercle que décrit le condyle.
Enfin une disposition qui mérite toute notre attention est celle des muscles qui agissent sur la mâchoire. Je ne parlerai pas des abaisseurs , dont l'effet est bien évident, rarmi les élévateurs le temporal ne peut que rapprocher les alvéoles inférieurs des supérieurs. Quant au masséter et au ptérygoïdien interne , ils sont dirigés en bas et un peu obliquement
en arrière ; ils feront donc exécuter à la mâchoire un mouvement composé en haut et en avant, et ce mouvement en avant sera d’autant plus prononcé que l’extrémité maxillaire de ces muscles sera plus postérieure, c’est-à-dire que le menton sera plus abaissé. Mais c’est surtout le ptérygoïdien externe qui jouera un rôle puissant dans la luxation dont il s’agit : dirigé presque directement en arrière pour s’insérer à la face antérieure du condyle , son action constante sera de le porter en avant; entraînant avec lui le cartilage articulaire auquel il s'insère dès qu’un abaissement trop grand du menton aura amené ce condyle sous la racine transverse.
{Note du traducteur.')
Les têtes articulaires de la mâchoire inférieure ne peuvent subir qu’une seule luxation, c’est celle en avant. Le plus souvent elle a lieu des deux côtés ; quelquefois cependant on ne la rencontre que d’un seul. Au moment même où la luxation se produit, la distance qui sépare les deux mâchoires est trèsconsidérable ; elle diminue peu à peu , et reste à un pouce , un pouce et demi. Les dents incisives de la mâchoire inférieure avancent beaucoup plus que celles de la mâchoire supérieure ; les lèvres ne peuvent plus être mises en contact ; la salive s’écoule en très-grande quantité au dehors ; la prononciation, et surtout celle des lettres labiales, est Irès-bornce. On remarque un enfoncement en avant du méat auditif externe ; une saillie formée par l'apophyse coronoïde au côté externe de la joue ; l'absence do la saillie que forme , dans l’état ordinaire , le muscle masséter. Si la luxation n’a lieu que d’un côté , le menton est porté du côte opposé : la saillie formée par l’apophyse coronoïde et l’enfoncement situé en avant du méat auditif n’existent que d’un côté ; les lèvres peuvent être un peu plus rapprochées; cependant la prononciation est toujours altérée. Si une semblable luxation n’est pas réduite , les mâchoires restent souvent dans l’éloignement que nous avons indiqué plus haut ; néanmoins le malade acquiert peu à peu la faculté de parler plus distinctement , de retenir sa salive , d’avaler plus facilement ; mais la mastication reste impossible ; le malade ne peut prendre que des alimens liquides; d’après Boyer il pourrait, dans quelques cas très-rares , recouvrer la faculté de mâcher des alimens solides.
916. Chez quelques sujets cette luxaïion se produit avec la dernière facilité ; chez les enfans on ne la rencontre jamais. Les causes qui la déterminent sont ou l’action d’une puissance extérieure qui pousse le menton en bas et en arrière, tandis que les muscles qui le relèvent sont en contraction , ou bien un effort immodéré dans le vomissement ou le bâillement, mouvemens dans lesquels le menton est fortement porté en bas , tandis que les condyles sont portés en avant par les muscles ptérygoïdiens externes.
917. Il est facile d’obtenir la réduction lorsqu’on latente de bonne heure. Pour l’opérer on fait asseoir le malade sur une chaise ; on fait fixer sa tête par un aide placé derrière lui ; le chirurgien introduit dans la bouche, entre les mâchoires, et aussi avant que possible , les deux pouces , qu’il a