LUXATIONS DE LA COLONNE VERTÉBRALE
pesant sur la nuque ; une culbute sur la tête , ainsi que la font les enfans , une suspension par i la tête, etc. Lorsque l'apophyse odontoïde, en- :| trant dans le canal vertébral , comprime et déchire la moelle cervicale , tout secours est inutile. Cependant quelques faits rapportés par Delpech (1) sembleraient établir que la déchirure des ligamens latéraux de cette apophyse peut s’opérer sans que pour cela la mort survienne. Le malade, d’a- | près ces faits , pourrait guérir quoique cette apophyse ne soit plus retenue que par le ligament i transverse.
922. L’espèce de réunion des cinq dernières vertèbres cervicales permet l’inclinaison de la tête en
i avant et sur les côtés, ainsi que sa rotation. Lors- | que ces mouvemens sont portés trop loin , les faces articulaires des cinq apophyses obliques perdent leurs points de contact, s’engagent les unes derrière les autres , et ne peuvent plus reprendre leur place accoutumée. Jusqu’à présent on n’a remarqué cette luxation que d'un seul côté; elle était le résultat d’une violence extérieure, ou d’une contraction musculaire extrêmement forte. Une vive douleur se I fait sentir à la hauteur de la luxation ; la tête est portée dans le sens opposé à celte dernière, et y reste fixée ; depuis l’endroit de la luxation jusqu’à la tête les apophyses épineuses sont déviées de leur direction primitive. Walther (2) a observé un cas ! où la luxation de l’appophyse oblique d’une des vertèbres cervicales avait lieu des deux côtés en même temps. C’est sur ce fait qu’il a donné les caractères 6uivans de celte luxation. La tète est déviée en arrière ; le cou est courbé de manière à ce que son axe naturel forme une courbe dont la concavité regarde en arrière, et la convexité en avant; les parties antérieures du corps des vertèbres sont un peu séparées , mais ne font aucune saillie. Cette luxation peut avoir lieu sans exercer sur la moelle épinière | aucune action fâcheuse : c’est ce que prouve l’observation de Walther; mais on doit admettre aussi qu’elle peut occasionner, ainsi que toutes les lésions de la colonne vertébrale, la compression , la déchirure, l'inflammation, et alors la mort peut être subite , ou en être une suite inévitable.
Dupuytren (3) a fait remarquer qu’on a pris quelquefois pour une luxation une affection rhumatismale (tu cou , qui,
| à la suite d’un mouvement violent de la tète, se manifeste subitement par une douleur vive, l’impossibilité des mouvemens, la position vicieuse et gênée de la tête. Celte affection I peut égalenaea*. frapper une partie que conque de la colonne vertébrale.
923. Quand la luxation d’une apophyse oblique Ij est abandonnée à elle-même , les douleurs disparaissent peu à peu, et bientôt il De reste plus au malade
(1) Précis élémentaire, etc., vol. lll, page 47.
(2) Journal fur Chirurgie , etc., vol. III., cah. II, page
/F. Lawrence , Médico-chirurgical Transactions, vol. XIII , | page 387.
(3) Leçons orales, T. 1, page 397.
pour toute incommodité que la direction vicieuse de son cou , et une altération dans les mouvemens de la tête. C’est pourquoi Desault, Boyer, Dupüytren et Richerand ont conseillé d’abandonner ceüeluxation à elle-même , parce que , par suite des tentatives do réduction , la moelle vertébrale peut être lésée, et la mort être instantanée. Cependant celte opinion ne repose que sur un fait mal décrit, tandis qu’il en est une foule d’autresdans lesquels cette réductiona été tentée avec le plus heureux succès.
Seifert (1) a réfuté les raisons qui ont élé données contro la réduction de ces luxations; lui même l’a opérée plusieurs fois.
Le malade étant assis sur une chaise, et scs épaules étant fixées , on saisit sa tète des deux mains ; on fait sur elle l’extension en la portant peu à peu dans sa direction naturelle. La nécessité d’une semblable tentative est encore plus indiquée lorsque la luxation a lieu des deux côtés; et l'observation do Walther prouve qu’elle peut réussir comme lorsque la luxation n’a lieu que d’un côté. Pour la réduction faite par Walther le malade fut couché sur un lit, et fixé dans cette position par trois aides; an aide tenait les épaules immobiles; un autre aide saisit la tète, fit l’extension , d’abord dans la direction de la luxation, ensuite dans la direction naturelle du cou, c'est-à-dire qu’il porta, sans abandonner l’extension, la tète et le cou plus en arrière qu’ils ne l'étaient par le fait de la luxation ; puis, lorsque l’extension fut arrivée à un certain degré, la tête fut portée dans sa direction naturelle , mais toujours en augmentant l’extension au lieu de la diminuer.
924. La luxation des apophyses obliques des vertèbres dorsales et des corps de ces vertèbres ne peut avoir lieu à cause de la largeur de leur surface articulaire, de la quantité et de l’épaisseur des ligamens, de la force des muscles environnans , et du peu de mobilité que ces vertèbrespossèdent par ellesmêmes. Le seul cas où leur luxation peut exister c'est celui où il y a fracture de leur corps , ce qui ne peulavoirlieu sans une force très-puissante;elalorsse manifestent inévitablement lessymtômes de !a commotion , de la compression ou de la déchirure du cordon rachidien. Tous les cas de luxation des vertèbres dorsales et lombaires qui ont été rapportés jusqu’à ce jour ne sont autre chose que des fractures de ces os , ou simplement une lésion quelconque de la moelle épinière; la structure de ces vertèbres et la nature de leurs ligamens ne peuvent permettre une luxation sans entraîner la mort.
Dupuytren a rapporté plusieurs observations de fracture de la co onne vertébrale unies â une luxation : dans un ca3 il y avait déviation des corps de vertèbres , et seulement déchirure du cartilage intervertébral, sans aucune fracture. Hans tous ces cas la mort fut la suite de la lésion de la moelle épinière. U’après cela il est facile de voir ce qu’on doit croire des cas où une saillie s’était développée en quelque endroit de la colonne vertébrale , â la suite d’un coup très-violent
(1) Rust’i Magaztn, vol. XXXIV, page 410.