HERNIES DU CRANE
Corvinus, Diss. de heruiâ cerebri. Argent., 1749.
Siebold , Collect. observalionum, faso. I, art. I, de liernià cerebri. Würz., 1769.
Oehme , Diss. de raorbis recens natorum chirurgicis. Leips.,
Held, Diss. de lierniâ cerebri. Giess., 1777.
Sallneuve Diss. de bernià cerebri. Argent., 1781.
Thiemig , Uiss. de herniâ cerebri. Goett., 1792.
Jourdan, Dict. des sciences médicales, T. XII, art. Encéphalocêle,
1146. La hernie du cerveau ( encéplialocèle ) est une tumeur que forme la sortie du cerveau à travers une ouverture de la boite osseuse du crâne ; cette tumeur est recouverte par les tégumens. Elle peut être congénitale ou acquise. Dans le premier cas le cerveau sort par une ouverture qui correspond à une suture; dans le second, par une ouverture faite au crâne par perte de substance.
1147. La hernie du cerveau congénitale est due à un arrêt dans la formation des os du crâne : dans ce cas l’espace qui sépare les os est fermé par une membrane fibreuse , à travers laquelle le cerveau fait saillie lorsqu’il se trouve pris d’une expansion anormale, comme dans l’hydrocéphale. La hernie du cerveau congénitale se manifeste le plus souvent sur la ligne médiane de l’occipital , près du trou occipital , ou à travers la fontanelle postérieure; mais on la rencontre également dans tous les point du crâne où les os ne se sont pas encore rapprochés.
CHUTES ET RENVERSEMENS.
Cette hernie est caractérise'e par une tumeur de grosseur variable recouverte par les tégumens qui sont amincis au sommet de la tumeur, et dont les cheveux sont tombés. L’ouverture qui livre passage à la hernie est irrégulière ; la tumeur, ordinairement fluctuante, diminue peu par la pression, et reprend son volume primitif dès qu’on cesse cette dernière ; à sa base on sent le bord osseux de l’ouverture , et le plus souvent la hernie offre quelques pulsations. Les accidens qu’elle détermine varient suivant sa grosseur : si elle est peu volumineuse , ils sont presque nuis , pourvu qu’elle soit mise à l’abri des chocs ou pressions extérieurs ; mais , si elle est considérable, lepoidsde la tumeur peut amener la déchirure du cerveau , etc. ; elle détermine des douleurs que le malade exprime par des plaintes et de légers gémissemens ; on peut diminuer ces douleurs en soutenant convenablement la tumeur. Les enfans affectés de hernies du cerveau volumineuses meurent d’ordinaire peu de temps après leur naissance , et leur courte existence s’est écoulée au milieu de plaintes continuelles ; ils vomissent souvent ; la nutrition chez eux se fait mal, et ils sont souvent pris de convulsions. La tumeur peut s’enflammer , s’ouvrir, et hâter la mort de l’enfant. On a vu plusieurs hernies de ce genre sur le même individu.
A l’autopsie on trouve, au dessous du cuir chevelu, d’abord la calotte aponévroüque, puis la dure-mère : ces deux membranes sont assez intimement adhérentes ; dans le sac constitué par elles on trouve une portion plus ou moins considérable du cerveau recouverte de l’arachnoïde et de la pie-mèrej sa surface est humectée d’un liquide séreux, qui quelquefois est très-abondant. On n’a pas encore observé de cas dans lesquels la tumeur aurait contracté des adhérences. La partie du cerveau qui est déplacée a les mêmes propriétés physiques que celles contenues dans le crâne ; seulement sa base est marquée par un sillon plus ou matins tranché. 11 n’est pas rare de voir, dans la partie qui fait hernie , une portion du ventricule dilatée par du liquide , enfin on a vu la hernie du cerveau compliquée d’un spina bifida.
1148. Dans la hernie accidentelle ou acquise le cerveau , par suite de ses mouvemens d’expansion , fait peu à peu saillie à travers l’ouverture du crâne , occasionnée par une solution de continuité , et qui n'est fermée que par un tissu cellulo-flbreux. Comme la cicatrice qui recouvre cette ouverture n’a pas la même extensibilité que la peau qui recouvre la hernie chez l'enfant , il en résulte que la hernie acquise n’atteint jamais le volume de celle qui est congénitale. La tumeur offre toujours des pulsations , augmente un peu dans l’expiration , et s’affaisse légèrement pendant l'inspiration. Si on peut réduire la hernie , on sent manifestement le bord de l’ouverture qui lui livre passage.
1149. La hernie du cerveau accidentelle se distingue des tumeurs fongueuses de la dure-mère par son mode de développement , et en ce que ces dernières ne se rencontrent ordinairement que dans un âge avancé, et que leur saillie est précédée de douleur, de stupeur, etc. La hernie congénitale
diffère des tumeurs sanguines des enfans nouveaunés en ce que ces dernieres ont ordinairement leur siège sur les pariétaux , et qu’elles ne déterminent aucun trouble dans les fonctions cérébrales. La hernie du cerveau congénitale se rencontre toujours au niveau des sutures ; la partie herniée peut appartenir au cerveau ou au cervelet (1) ; la tumeur peut même contenir la majeure partie du cerveau (2 ). Trew (3) et Ledran (4) ont décrit sous le nom de hernies du cerveau des tumeurs qui occupaient le centre du pariétal droit ; mais l’autopsie ne fut pas faite , et il est permis de douter que ce fussent des hernies du cerveau.
1150. Le traitement des hernies du cerveau congénitales ou acquises consiste à faire rentrer la tumeur dans la cavité du crâne , et à l'y maintenir : dans ce but on se sert ou de bandes trempées dans un liquide astringent, ou de certains appareils en cuir ou en métal ; la compression doit être régulière , mais pas assez forte pour amener des accidens cérébraux. Les hernies congénitales du crâne, lorsqu’elles ne sont pas volumineuses , peuvent guérir radicalement ; mais on ne doit jamais espérer cette terminaison pour les hernies acquises. Lorsque la hernie du crâne est volumineuse , et que sa réduction est impossible , il faut soutenir la tumeur, et la protéger contre l'influence des corps extérieurs. Quelques praticiens (5) ont conseillé de faire, dans ces cas, la ponction de la tumeur pour évacuer le liquide qu’elle contient, et par là diminuer son volume. Cette méthode est toujours très-dangereuse ; cependant elle a réussi.
CHUTES ET RENVERSEMENS.
1151. On appelle chute d’un organe {prolapsus , procidentia) , sa sortie partielle ou complète hors de sa cavité , en sorte qu’il se trouve en contact immédiat avec l’air extérieur ; et c’est ce dernier point qui le distingue des hernies.
1152. La cause générale de la chute d’un organe c’est la déchirure ou l’extension anormale de ses attaches naturelles , le relâchement de ses ouvertures normales, enfin une altération organique de l’organe lui-même.
(1) Lallement et Bafos ; Boyer, Maladies chirurg., T. V, page 205,
Isenflamm , Archiv. générales de médecine, T. IV, page
Gazette médicale, 1834, page 687.
(2) S ans on , Médecine opératoire de Sabatier, 1832 , vol. lit , page 432.
(3) Comnuerc. lit. noric. 1738, page 412.
(4) Observ. de chirurgie. Paris, 1771, vol. I, obs. 1.
Voyez aussi Nacgele , .tournai compléta, dudict. des
sciences méd., T. Xtir, page 227.
(5) Gazette médicale, T. IV, page 299.