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DES COURBURES

1202. On désigne sous le nom de courbures (curvalurœ ) des altérations dans la direction naturelle de certaines parties du corps : elles sont le résultat de la flexion des os dans leur continuité, ou d’un changement survenu dans leur contiguité, dans leurs articulations.

1203. Les courbures peuvent avoir été déterminées par un vice de conformation première, et alors elles sont congénitales ; elles peuvent aussi se former plus tard , et , dans ces cas, elles se pîoduisent toujours lentement , et ordinairement sans douleur. Dans les courbures les os ne subissent aucune solution de continuité , comme dans les fractures , et leurs surfaces articulaires ne perdent pas entre elles tous leurs points de contact , comme dans les luxations; seulement, lorsque la courbure est portée à un très-haut point , et que les parties articulaires ont éprouvé une forte distorsion, les surfaces, articulaires des ossubissenlpeuàpeudiversesmodiûcations; et, si le mal persiste pendant longtemps, leurs formes s’altèrent notablement ; elles diminuent par l’absorption , ou finissent par former entre elles des adhérences osseuses.

1204. La rectitude du corps et de ses différentes parties dépend de l’action antagoniste et régulière des muscles, ainsi que de la solidité des os : aussi les causes des courbures reposent-elles dans l’altération, la suspension de l’équilibration des muscles, ou dans une modification de la structure des os , par laquelle ces derniers perdent une partie de la solidité qui leur est nécessaire.

1205. L’équilibration des muscles est détruite dès qu une partie d’entre eux reçoit une activité plus grande que l’autre partie, ou bien encore dès qu’une partie du système musculaire est tellement affaiblie quelle ne peut opposer aucune résistance à l’activité de l’autre partie qui est restée normale : c’est ce que nous voyons dans les paralysies partielles, les plaies, la faiblesse de certains muscles, une activité plus grande de certains organes, surtout dans certaines professions, lorsque celte activité est portée jusqu’à la fatigue. Cette cause agit plus puissamment encore chez les enfans qui sont dans leur période de développement : c’est aussi ce que nous voyons dans les maladies des muscles , leur rhumatisme , leur ulcération, leur ossification, etc. L’action des muscles fléchisseurs l’emporte déjà , dansl’état normal, et surtout chez le fœtus, sur celle des extenseurs : aussi le plus grand nombre des courbures congénitales ou acquises ont-elles lieu dans la direction des fléchisseurs.

1206. La solidité naturelle des os peut être affaiblie par le rachitisme, l’ostéomalaxie ,les scrofules, la syphilis, l’inflammation, la suppuration, etc. Les os, une fois ramollis, sont abandonnés à l’action musculaire, et peu à peu ils affectent la direction

que leur imprime la force qui agit sur eux; le poids seul du corps suffit, dans beaucoup de cas, pour déterminer leurs courbures : c’est ce que l’on voit souvent pour celles du tronc et des membres inférieurs. — Souvent ces deux ordres de causes existent simultanément; mais les courbures des os sont le plus souvent dues à une activité anormale d’une partie du système musculaire.

1207. Le pronostic des courbures dépend tout entier de leur degré, de leur ancienneté et des causes qui leur ont donné lieu. Plus le sujet est jeune , moins la courbure est prononcée, et plus le pronostic est favorable. Chez les sujets âgés et chez ceux qui ont des courbures anciennes, le traitement a toujours une action très-lente, et, dans beaucoup de cas , il ne peut rien contre le mal déjà fait ; il peut seulement en arrêter les progrès. Lorsque la courbure est due à une altération organique des parties osseuses d’une articulation, telles que la destruction, l’ankylose , etc., elle est incurable.

1208. Le traitement des courbures varie suivant leurs causes : il a pour but en général le rétablissement de la direction naturelle de la partie et le rétablissement de la résistance normale des os; lorsque la consistance des os est altérée, la seconde de ces indications doit toujours être remplie par l’emploi des remèdes que la thérapeutique recommande contre les maladies spécifiques qui attaquent la force de cohésion du système osseux.

1209. Nous ne pouvons obtenir le redressement des os que par l’emploi de machines et d’appareils particuliers qui agissent dans une direction inverse à celle que donnent à la partie l’action musculaire et le poids du corps. L’efficacité de ces moyens doit être secondée, ou même préparée , lorsque la cause du mal repose dans une action anormale des muscles, en irritant et fortifiant ceux qui sont affaiblis, ou en relâchant par des émolliens , etc., ceux dont les contractions sont trop énergiques. La première et la plus indispensable condition de tout appareil mécanique destiné à combattre celte affection est qu’il doit agir par son élasticité, et que son action soit lente et graduée. Une force trop grande ne sert à rien; elle ne peut être que nuisible : temps et patience sont deux choses essentielles que le chirurgien ne doit jamais oublier dans le traitement de ces maladies. — Du reste le traitement doit être subordonné à certaines circonstances que nous allons faire connaître en parlant des différentes courbures.

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