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COURBURES r>E LA COLONNE VERTÉBRALE.
1219. La colonne vertébrale peut se courber sur tous les points; et. suivant la direction qu’affectent les courbures , on distingue la courbure latérale ( scoliosis ) , la courbure en arrière ( gibbus , cyphosis ) , et la courbure en avant ( lordosis ). La colonne vertébrale ne s’écarte jamais d’un seul côté de sa direction normale ; mais elle offre toujours deux courbures, seulement en sens opposé , sur le même plan ; ainsi , dès qu’il existe une courbure plus ou moins prononcée dans un sens , on en trouvera certainement une autre dans un sens inverse. 11 est clair que , dans ces différentes courbures , les organes contenus dans la poitrine et dans l’abdomen doivent subir différens changemens de position ; et , comme ces affections ne marchent que lentement, on conçoit aisément que les viscères peu vent prendre à la longue une position très-éloignée de celle qu’ils doivent occuper, sans cependant que leurs fonctions soient notablement modifiées. — Ces courbures n’exercent aucune influence sur la forme du bassin lorsqu’elles ne proviennent pas d’une maladie générale, et notamment du rachitisme ou de l’ostéomalaxie (1).
La nomenclature scientifique des difformités du rachis est encore peu précise; on a jusqu’ici indistinctement employé des mois souvent contradictoires pour exprimer la même chose , et souvent aussi les mêmes mots pour désigner des choses complètement différentes. Ainsi les termes courbure , déviation , torsion , incurval:on} gibbosité y inflexion , etc., ont été employés indistinctement pour désigner la plupart des difformités de la colonne vertébrale. J. Guérin a proposé une terminologie qui . à cause de sa simplicité , nous parait, devoir être adoptée. Ce praticien appelle déviation latérale de l'epme tout écartement de la colonne de son axe normal, âdroite ou à gauche; il réserve le mot de courbure aux différens arcs alternatifs que décrit l’épine dans toutes les déviations : de là les termes : première , deuxième , troisième courbure , etc. Il désigne sous les noms d 'excurvation ou déviation postérieure toute saillie de l’épine directement en arrière de l’axe normal , avec concavité en avant, l.'excurvation est régulière {arrondie) ou anguleuse suivant que la convexité est plus régulière ou plus anguleuse. L'excurvalion est dite sénile quand elle est le résultat de l àge. — Il appelle incurvation ou déviation antérieure la difformité opposée à l’excurvatîon ; il y a alors flexion du rachis avec concavité en arrière et convexité en avant. Celte terminologie a des applications spéciales que son auteur rera connaître prochainement. ( Note du traducteur.)
Cette opinion avancée par Mcckel , qu’il appuie d’un grand nombre de faits, et que je regarde comme étant vraie , a été combattue par Joerg ( p. 26 ) et Cbouland ( page 15 ) en ce qu’ils pensent que les courbures de ta colonne vertébrale exercent une certaine influence sur la forme du bassin alors même qu’il n’existe aucune maladie générale du sys ème osseux ; seulement ils ajoutent que cette influence est plus grande lorsqu’il y a une maladie générale, ou que la courbure se manifeste pendant l’enfance. D’après eux , puisque la colonne vertébrale a quatre courbures naturelles ( au cou , convexe en avant ; au. dos , convexe en arrière; aux lombes, convexe en avant ; au sacrum , convexe en arrière ), il faudrait que, dès qu’une courbure naturelle augmente par suiie d un état morbide , toutes les autres courbures augmentassent aussi; et, dès qu’une seule courbure normale prendrait
(1) Meckel , Manuel d'anatomie traduit par Jourdan 1825 , T ! , page 745.
une direction opposée à celle qui lui est propre , toutes les autres devraient en faire autant : c’est par suite de ces divers changemens de direction que la concavité du sacrum augmenterait ou diminuerait. Dans les courbures latérales de la colonne vertébrale le bassin serait rétréci , et prendrait une direction oblique par suite de l’obliquité latérale du sacrum.
1220. La déviation latérale de la colonne vertébrale détermine, dès sa formation , une différence dans la hauteur des épaules : l’une est plus élevée que l’autre ; le corps se penche du côté opposé à la courbure ; un côté du thorax est bombé , l’autre est concave ; de ce dernier côté on remarque , entre les dernières fausses côtes et la crête de l’os des îles , un pli formé par les tégumens ; ce pli augmente dans la même prôportion que la courbure. La déviation latérale augmentant, il survient une torsion des apophyses épineuses : le tronc entier se courbe peu à peu ; les côtes subissent aussi certaines altérations : celles qui sont du côté de la concavité se redressent , tandis que celles qui sont du côté de la convexité se courbent plus fortement à leur partie postérieure; quelquefois elies s’éloignent les unes des autres , deviennent plus larges : de là vient la saillie qu’elles forment en arrière. Le plus souvent le sternum est oblique, et attiré du côté de la concavité de la courbure. Si la courbure occupe la partie supérieure de la colonne vertébrale , la position des épaules est notablement changée. Les déviations qui affectent la partie inférieure causent une moins grande difformité que celles qui ont leur siège à la partie supérieure. Plus tard enfin il se forme des courbures en sens opposé à la première qui s’est développée. Lorsque l’affection est à son plus haut degré , la direction normale du bassin est changée; l’os des îles d’un côté s’élève plus que celui du côté opposé, et , sous l’influence des causes indiquées au § 1204 , l’angle sacro-vertébral affecte une direction vicieuse , et l’entrée du bassin est plus ou moins rétrécie.
1221. Lorsque la déviation latérale est portée très-loin, les viscères de la poitrine et de l’abdomen changent notablement de position : la poitrine se rétrécit ; la circulation du sang dans les poumons se fait plus lentement ; la respiration devient pénible ; les fonctions digestives s’altèrent , etc. Tous ces phénomènes expliquent assez l’état chétif du corps des individus affectés de gibbosité.
1 222. Dans la déviation postérieure les apophyses épineuses forment une saillie en arrière , et les corps de vertèbres, une concavité qui regarde en avant ; ces corps de vertèbres s’affaissent , se rapprochent insensiblement les uns des autres. Au commencement de l’affection la tête des malades s’incline en avant ; on ne remarque encore en arrière aucune altération , si ce n'est à la suite de violens efforts. — Au second degré la courbure est permanente , et augmente de jour en jour ; la colonne se courbe à angle obtus , et plus tard à angle droit. Si cette déviation postérieure occupe la région cervicale , la respiration et la déglutition se font péniblement ; si l’affection porte sur les verte-
COURBURES DE LA COLONNE Vi-RTÉBRALE.
bres dorsales , les côtes s’alongent en avant , le sternum devient bombé, le diamètre transverse de la poitrine diminue , la respiration s’embarrasse. A mesure que la colonne dorsale s’affaisse , les viscères abdominaux sont refoulés dans le bassin , et les fonctions digestives sont plus ou moins troublées. Si la maladie est portée à un très-haut dégré , les corps de vertèbres s’effacent , et peuvent s’ankyloser dans cette fausse position. Dans la déviation postérieure il peut exister plusieurs courbures en sens divers.
Tl ne survient de paralysie dans cette affection que dans les cas où il y a carie des vertèbres ( § 222 ).
1223. La déviation en avant est la plus rare de toutes. Dans cette affection les corps de vertèbres forment un arc convexe en avant ; les apophyses épineuses sont renfermées dans une concavité qui regarde en arrière ; l’obstacle qu’opposent les apophyses épineuses empêche ce genre de courbures de devenir aussi prononcé que les autres. On ne rencontre cette affection que dans la région lombaire , et les symptômes qu elle détermine sont peu marquans.
1224. Ce que nous avons dit plus haut sur les causes des courbures en général s’applique aussi aux déviations delà colonne; elles sont dues aussi au défaut d’équilibration des muscles et à une diminution dans la solidité des os.
Les causes déterminantes des différentes courbures sont les suivantes :
1° Pour la déviation latérale : une attitude vicieuse du corps dans certaines professions ; la position constante d’un seul côté chez les personnes qui écrivent beaucoup; la position assise, surtout chez les jeunes femmes qui travaillent à l’aiguille;
1 action que l’on est forcé , dans certaines positions, de donner à un seul côté du corps; l'habitude de tout faire d’une seule main , de porter toujours un enfant sur le même bras ; et cette habitude , qui est nuisible pour la personne qui porte l’enfant , n’est pas moins nuisible pour l’enfant, car l’un de ses ischions est constamment plus comprimé et plus élevé que celui du côté opposé. Plus les sujets sont jeunes, et plus aussi les causes que nous venons d indiquer agissent avec énergie. Lorsque la déviation est due à l’action trop grande des muscles , d un côté on trouve, du côté concave de la courbure, qui, dans le plus grand nombre de cas, est du côté gauche . que les muscles sent durs et contractés; mais, si la déviation est due à une altération des os, la différence entre les muscles d’un côté et ceux de l’autre est beaucoup moins frappante.
2° Pour la déviation en arrière : la cause doit être cherchée dans 1 altération du système osseux, qui, dans ces cas de déviation , existe presque toujours ; le poids du corps seul suffit alors pour augmenter la courbure naturelle des vertèbres dorsales. Celle affection se rencontre le plus souvent dans la région dorsale. Souvent il existe une débilité de tous les
muscles qui ont pour action de maintenir le corps dans sa rectitude normale ; cette débilité se rencontre surtout chez les enfans et chez les vieillards.
3° Pour la déviation en avant : déjà , dans l’état normal, les muscles lombaires externes sont plus forts que les internes; et toutes les causes qui augmentant l’action des premiers augmentent la courbure naturelle que possède la colonne lombaire. Ces causes sont : la station longtemps prolongée, le corps étant fortement redressé; l’habitude de porterdes fardeaux très-lourds , etc. Ces causes rendent cette affection plus fréquente chez les hommes que chez les femmes.
1225. Examinons maintenant le diagnostio des courbures sous le rapport des causes qui les déterminent.
La débilité des muscles, suite de maladies antérieures , de troubles du côté des voies digestives, de troubles aussi dans le développement du corps, etc., qui peu à peu abandonne le maintien des articulations des vertèbres au seul effort des ligamens, est caractérisée parle relâchement des muscles, la douleur et la faiblesse que les malades ressentent dans la colonne vertébrale , la lassitude qu’ils éprouvent au moindre mouvement, l’affaissement de la colonne vertébrale, son inclinaison à droite, à gauche ou en avant; la mobilité de la colonne vertébrale est si grande que des courbures se dessinent de tel ou tel côté , suivant que le malade prend telle ou telle position ; dans le décubitus ces difformités disparaissent, pourvu qu’elles ne soient pas encore très-considérables. Chez les enfans qui sont très-gras, qui ont une tête très-volumineuse, et dont les muscles sont trop faibles par rapport à lapesanteurdu corps, et suri tout de la tête, ce courbures apparaissent à l’époque où ils commencent à marcher ; lorsqu’ils sont assis, leur tête est fortement inclinée en avant, et leur colonne vertébrale forme une courbe très-prononcée, à convexité postérieure , qui s’efface complètement lorsqu’ils sont couchés, mais quidevient permanente lorsqu’on la néglige.
1226. Delpech (1) regarde comme assez fréquente la courbure de la colonne vertébrale due à l’intumescence des fibro-carlilages intervertébraux, qui, partant d un seul de ces organes, s’étend bientôt à tous, mais les affecte à des degrés différons ; dans quelques cas aussi la maladie attaque d’emblée tous ces cartilages.
Les cas de la premières espèce présentent les phénomènes suivans : des douleurs fixes, tantôt vives, tantôt légères, sur un point quelconque de l’épine, qui par la suite devient difforme. Ces douleurs n’ont pas toujours un siège distinct et précis ; les malades en indiquent le lieu d’une manière vague; ils indiquent même quelquefois l’un ou l’autre flanc ou l’épigastre. Il survient alors une incurvation, qui d’abord est peu apparente, et forme un arc assez étendu. Le sens de l’incurvation est déterminé par
(1) Delpech , De l’Orthomorphie , T. H , page 80 , Paris,
COURBURES DE LA COLONNE VERTÉBRALE
le plus ou le moins d’épaisseur qu’un ou plusieurs cartilages onl acquis dans tel ou tel point de leur circonférence : ce qui peut donner et donne en effet pour résultat des inflexions en avant, en arrière, et surtout à droite ou à gauche. Il se trouve en même temps une complication , comme un membre inférieur trop court , une cicatrice difforme , un motif prolongé de douleurs, une attitude gênée et constante : ces circonstances peuvent déterminer le sens dans lequel se fera la déviation.
Cette déviation est d’abord non-seulement légère et circonscrite, mais même passagère ; elle disparaît du moins en partie lorsque le malade est couché, au saut du lit, et tant que les fonctions principales, surtout celles des organes digestifs , se font bien. Elle s’accroît dans les circonstances contraires : on la voit s’étendre, et gagner des vertèbres qui n’y participaient pas auparavant, au-dessus et au-dessous du foyer primitif. D’abordle décubitus, la suspension du corps parles bras ou par la tête, effacent ces additions nouvelles, tandis que l’incurvation primitive se conserve : ce qui peut servir jusque là à distinguer son foyer. Plus tard ces invasions successives se confirment , et ne s’effacent plus. Bientôt la première difformité a rompu l’équilibre du tronc : la station et la déambulation deviennent difficiles ; le malade a recours à quelque artifice, à des attitudes singulières , pour se soutenir , et dans peu de temps on s’aperçoit de nouvelles difformités en sens contraire , placées au-dessus ou au-dessous de la première , et rétablissant la répartition égale du poids du corps. Ces nouvelles inflexions sont longtemps passagères; elles se maintiennent enfin , et se confirment. Ces courbures forment toujours , du moins avant qu’elles ne soient fort invétérées , des arcs plus ou moins ouverts , mais réguliers et presque jamais angulaires.
Dans les cas où l’intumescence des fibro-carlilages inter-vertébraux les frappe tous d’emblée , ce que Delpech n'a observé que sur des sujets débiles et lymphatiques, les malades n’ont pas de contenance : ils cherchent de tous côtés des points d'appui, aiment le repos , sont apathiques et inquiets , fuient les exercices et les amusemens de leur âge ; la promenade la plus courte les fatigue ; ordinairement il y a des dérangemensfréquens des fonctions digestives, des palpitations de cœur , de l’oppression ; mais ces phénomènes ne sont que passagers. Les malades évitent de se courber dans quelque direction que ce soit. Dans la marche la plus simple et la plus courte il y a des cbutes fréquentes , accompagnées d’une douleur à lepine , douleur qui cesse aussi rapidement qu’elle s’est fait sentir, et dont le malade ne peut pas indiquer le siège avec précision.
Si l’on fait des pressions suffisantes sur l’apophyse épineuse de chaque vertèbre successivement , il en est plusieurs où on excite delà sorte une vive douleur , un saisissement comme épileptique , accompagné de bonds convulsifs des membres pectoraux et abdominaux ; si cet examen est fait sur le malade debout , il y a chute dans le moment même de la sensation que l’on produit par la pression. On peut
s’assurer qu’il y a mobilité plus ou moins prononcée dans presque toutes les vertèbres, mais surtout dans celles où la pression produit des phénomènes aussi remarquables. Jusque là il n’y a pas de difformités arrêtées ; mais la suspension du corps par la tête ou par les bras dissipe toutes les illusions d’incurvations, et démontre clairement qu’elles sont toutes possibles, mais qu’il n’en existe encore aucune de permanente. Plus tard, si rien n’est changé ou s’il survient quelque occasion nouvelle, il se forme enfin, des incurvations fixes, successives, alternatives, qui s’accroissent rapidement , mais qui conservent toujours le caractère fondamental; des arcs plus ou moins grands, ordinairement assez étendus, mais réguliers et n’offrant rien d’angulaire. — Les difformités qui reconnaissent cette origine sont celles qui se multiplient le plus facilement.
1227. Dans les déviations qui sont le résultat du ramollissement des os, la colonne vertébrale fait ordinairement saillie en arrière ; il existe un affaissement d’un ou plusieurs corps de vertèbres et un aplatissement vertical du corps d’une vertèbre ; souvent la déviation en arrière est accompagnée d’une légère courbure latérale ; à quelque distance de la courbure primitive il se forme de grandes courbures qui représentent des arcs de cercle presque réguliers.
Dans le rachitisme la déviation de la colonne est compliquée de tuméfaction des condyles des os longs , de courbures de ces os , de troubles des fonctions digestives , de tuméfaction de l’abdomen etc.
Dans l’ostéomalaxie la constitution de l’individu est toujours plus ou moins altérée avant que la déviation se déclare; il existe des douleurs vives, le plus souvent mobiles, qui se répandent sur la poitrine et l’abdomen; quelquefois elle se fixent sur la colonne vertébrale; elles augmentent à chaque mouvement , et même lorsque le malade se tourne dans son ht; elles précèdent la courbe, et persistent après qu’elle s’est établie ; souvent il survient un mouvement fébrile; la digestion et toutes les fonctions s’altèrent de jour en jour ; la faiblesse devient toujours plus considérable. Cette faiblesse et les douleurs , qui augmentent toutes les fois que le malade se remue, font qu’il prend dans son lit une position ou une attitude qui finit par déterminer le sens de la déviation vertébrale. — ■ Par suite de ces courbures les côtes et les os du bassin sont notablement altérés dans leur forme et dans leur direction.
L’anatomie pathologique des difformités de l’épine est encore peu avancée. La science attend la publication d’un grand ouvrage sur cette matière , préparé depuis longues années par J. Guérin. Nous connaissons déjà un grand nombre des résultats auxquels ce praticien est arrivé ; mais, l’auteur ne les ayant encore publiés nulle part, nous regrettons de ne pouvoir les mettre à profit dans ce travail. Ces recherches sont relatives aux mécanismes des difformités du rachis, aux caractères anatomiques qui les décèlent , aux cliangemens qu’elles impriment à la colonne , à leur influence sur les fonctions de la circulation et de la respiration, aux différentes causes qui les provoquent , à leurs lois de développe-
COURBURES DE LA COLONNE VERTÉBRALE
ment. Le mémoire intéressant que cet auteur vient de lire (1 ) à l’Académie dos sciences sur les caractères différentiels des difformités artificielles et des difformités pathologiques du rachis a prouvé qu’il avait approfondi les différcns points relatifs à la matière.
1228. Le pronostic des déviations de la colonne vertébrale dépend en général de l’âge de l’individu, de leur durée , de leurs causes , de leurs degrés et de leurs complications. — Certaines courbures, qui ne sont pas encore devenues permanentes, et qui tiennent à une affection générale ou à la débilité du système musculaire, peuvent bien, dans quelques cas très-rares, disparaître par l’effet d’une modification favorable survenant dans la période de développement, ou par une amélioration subite de l’état général du malade ; mais il est toujours dangereux de compter sur les forces médicatrices de la nature; car l’expérience démontre que, dans la majeure partie des cas , cet espoir est trompeur. Plus le sujet est jeune, moins la courbure est prononcée, et plus le traitement offre de chances de succès. Chez les personnes âgées, et même chez lesadultes, un traitement Lien dirigé et poursuivi avec persévérance peut bien arrêter les progrès du mal , mais il ne saurait amener une guérison complète. Si l’atlection reconnaît pour cause une altération des vertèbres , le pronostic est toujours plus fâcheux que si l’affection était due à la débilité musculaire.
S’il existe plusieurs courbures en sens divers , le traitement offre moins de succès que lorsqu’il en existe une seule; et, si elles sont anciennes, comme l'altération des vertèbres augmente de jour en jour, la déviation est incurable. La remarque que, depuis deux ou trois ans , il n'y a plus d’accroissement dans la difformité ; celle, plus importante encore , de la cessation progressive et complète, depuis une époque également ancienne, de tous les symptômes indéfinis de lésions inexplicables des fonctions que l’accomplissement des difformités entraînait, sont pour nous de fortes présomptions que le temps des améliorations est passé (Delpech, pag. 112). Dans ces cas en effet la déviation est souvent compliquée de l’ankylose des vertèbres, et la guérison est impossible. Pour reconnaître cet état , le malade étant déshabillé , on le fait coucher sur le dos , et , après avoir frictionné les muscles relâchés avec des liqueurs spiritueuses , et les muscles rétractés avec des aslringens , on cherche , pas des tractions convenables , à rendre à la colonne vertébrale sa direction naturelle. Si, dans ces tentatives, le malade éprouve de la tension et de la pesanteur à l’endroit où se trouve la courbure, et non aux points d’insertion des muscles contractés , on peut conclure qu’il existe de l’ankylose. On s’assure plus certainement encore de cet état de la courbure lorsque l'extension temporaire ou l’extension permanente n’apporte aucun changement dans la colonne vertébrale ; si au contraire on remarque quelque changement en
(t) Séance Uu tor juin 1836.
( Note du traducteur. )
suspendant le corps par la tête de manière à ce que le malade i erde pied, ou bien en faisant l’extension, le malade étant couché horizontalement, ou peut encore concevoir quelque espérance. L’ankylose n’est pas très-fréquente ; on ne la rencontre ordinairement que dans les courbures anciennes très-prononcées et dans celles dont sont affectées les personnes avancées en âge. — La déviation latérale qui se déclare chez l’adulte reste ordinairement au prem er degré. La déviation en avant est celle qu’on guérit le plus facilement, et celle en arrière, le plus difficilement.
1229. Le traitement des courbures de la colonne vertébrale doit être dirigé suivant la cause et la nature de la difformité , c’est-à-dire que l’on doit combattre les causes par des remèdes appropriés et chercher à redresser la colonne à l’aide de mécaniques ou de tout autre moyen , que l’on doit employer soit pendant que l’on combat les causes , soit après. Autrefois la première de ces causes était presque entièrement négligée , et le traitement était presque purement mécanique , et encore l’insuffisance des moyens le rendait toujours incomplet et même nuisible dans beaucoup de cas. Dans ces derniers temps le traitement de ces affections a été l’objet d’études approfondies, et maintenant il repose sur des bases plus justes , c’est-à-dire sur la différence des causes. Il suffit, pour en trouver la preuve, de jeter un coup d’œil sur les différentes machines, sur les différens appareils qui ont été proposés contre les déviations de l’épine.
1230. Les machines qui ont été inventées pour le traitement des déviations de la colonne vertébrale agissent par pression, par extension , ou réunissent ces deux modes d’action.
1231. Parmi les machines qui agissent par pression nous remarquons :
1° La croix de fer de Heister(I) : elle consiste en deux tiges de fer plates, et réunies l’une à l’autre en forme de T. A chaque extrémité de la tige transversale se trouve fixée une courroie destinée à porter les épaules en arrière. A l’extrémité de la tige verticale se trouve une sangle qui sert à fixer la croix au corps. A celte machine B. Bell (2) aajouté un collier matelassé supporté par une tige en fer qui est adaptée à la croix, et que l’on peut a volonté élever ou abaisser ; à l’aide de ce collier on peut donner à la tête tel degré d’élévation que l’on désire ;
2° La machine de Yan Gesscher : elle consiste en une espèce d’étrier fixé au bassin ; à cette courroie sont attachées deux tiges réunies entre elles par des vis. Ces deux tiges montent chacune du côté des apophyses épineuses , et s’unissent en haut à une partie scapulaire qui sert de point d’appui à des courroies destinées à porter les épaules en arrière.
1232. Parmi les machines qui agissent par extension celles qui occupent le premier rang sont les
(1) Institut, chirurg., planch. VHI , fig. 13
(2) Chirurg. , part. V, plauch. IV, ffg. 5, 6; 7.
COURBURES DE LA COLONNE VERTÉBRALE
; lits à extension el les appareils à extension de Yenel s | «1 Scrbêger (1), Lafond (2), SenAW (3), SÎazsonable (4), Bloemer (3), Langenbecü (G), Dëlpeciï j (7), etc., dans lesquels le malade est fixé, par ses :■ parties inférieures et ses parties supérieures, sur i: un lit ou sur un fauteuil, à l’aide de courroies matelassées qui embrassent les pieds et la tète ; un fort ressort exerce , sur toute la longueur du corps,
> une extension permanente. Dans quelques-uns de 1 Ces appareils on cherche aussi à agir par pression à i l’aide de coussins très-durs que l’on place sous le I dos, ou , comme dans les appareils à extension de Delpech et de LangeNbeck, à l’aide de frondes ! élastiques, qui, embrassant le corps, vont se fixer à telle ou telle partie du lit en exerçant des tractions dans le sens youlu ; c’est cette même action que l’on a cherché à obtenir à l’aide de l 'escarpolette de Clisson ; mais, par cette méthode , on ne peut agir i que momentanément; au-dessous du menton du malade on passe un drap que l’on fixe par deux liens qui passent au-dessous des oreilles ; au moyen de ce drap, qui est en communication avec une poulie fixée au plafond de la chambre, le malade est soulevé par la tête , et maintenu dans cette position aussi long-temps qu’il peut la supporter.
C’est encore dans cette catégorie que doit être placée la machine de LeYacher, qui consiste en un corset lacé par devant, et à la partie postérieure duquel se trouve fixée une planche ; une rainure pratiquée dans cette planche reçoit une tige en fer qui est droite jusqu’au niveau de la moitié du cou , où elle décrit une courbe pour gagner la partie supérieure de la tête , et se terminer au niveau du front. Par les entailles qui se trouvent à l’extrémité supérieure de cette tige est supporté un appareil qui, d’une part, entoure la tête , et , de l’autre, embrasse t le menton. — Pflug (8) a modifié cette machine en ce qu’il a remplacé sa partie céphalique ou portion courbe par un bandage cervical , qui peut soulever le menton et l’occiput. — Scheldrake a encore fait subir une autre modification à la machine de Le Vacher ; il a retranché le corset , et a fixé la tige de fer à une planche qui part de la moitié de la colonne dorsale , et descend vers le sacrum , qu’elle embrasse exactement. — Delacroix (9) a fait en sorte que cette machine prit son point d’appui sur le bassin.
(1) Versuch eines Streckapparates , etc. Erlang. , 1810.
(2) London med. and physical Journal , décembre 182G , Il page 497.
(3) Loco citato.
(4) Journal clinique des difformités , décembre 1823 , n° 2.
(5) Journal de Graefe et IVallher , vol. IX, cah. IV.
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(7) Orthomorphie , planch. LXX, LXxII.
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(9) Gerdy, Traité des bandages.
Chirurg. Kuptertafeln , planch. CLXIX,
c’est ici que nous devons mentionner le conseil que donne Darwin (1) de laisser longtemps couchés les malades dans les premiers temps de leur courbure ; et , si ce moyen ne sulTisait pas, de les faire asseoir dans un fauteuil particulier qui a pour but de soulever les épaules et de soutenir la tète.
J. Guérin (2) , directeur de l’institut orthopédique de La Muette , a proposé une nouvelle méthode dite à extension sigmoïde; elle consiste à fléchir la colonne en sens inverse des courbures pathologiques qu'elle présente, afin d’arriver û un redressement complet , et d’éviter aux articulations de l’épine les tractions inutiles , et quelquefois dangereuses , de l’extension parallèle ou longitudinale. Les appareils que /. Guérin a présentés â l’Académie de médecine nous paraissent remplir parfaitement le but qu’il s’est proposé :
Cet appareil consiste en un châssis principal en fer, long de 6 pieds , large de 18 pouces, supporté par quatre montans en bois ; sur ce châssis fixe sont placés deux autres châssis mobiles de hauteur différente, et recouverts par trois coussins, dont le moyen, fixe, s’appuie sur deux barres parallèles dans l’étendue de 5 pouces , et empiète d’autant sur les extrémités correspondantes des châssis supérieur et inférieur. Ceux-ci , horizontalement mobiles en sens inverse , ont leur centre de mouvement sur une même ligne transversale : le premier, au sommet de son angle inférieur gauche; le second, au sommet de son angle supérieur droit Ils décrivent des arcs de cercle : le supérieur , de gauche à droite, et l’inférieur, de droite à gauche , en laissant chacun, entre le coussin moyen et leur bord correspondant , un angle dont le sommet est à droite pour le coussin supérieur, et à gauche pour le coussin inférieur. Au niveau â peu près du sommet de ces deux angles sont deux points d’appui sous forme de plaques rembourrées, lesquelles, mobiles de haut en bas et sur leur axe de support, présentent du côté de l’appareil une double courbure à concaviiê dans le sens vertical, et a convexité dans le sens horizontal; elles peuvent être avancées vers le milieu de l’appareil , rapprochées de ses bords, et relevées d’arrière en avant. Les châssis supérieur et inférieur sont mis en mouvement au moyen de deux crémaillères horizontales placées à leur extrémité libre, et formant des arcs apparieuant aux cercles décrits par les châssis eux-mêmes. — On couche le sujet sur l’appareil de manière à loger la moitié de la tête dans le casque qui termine le châssis supérieur ; on fait correspondre le côté convexe des deux courbures aux deux plaques d’appui; on fixe le sujet par la tête au moyen d’un collier à lanières reçue dans des boucles placées au pourtour de la demi-circonférence antérieure du casque; une ceinture rembourrée, embrassant les nmehes, donne naissance, de chaque côté , à deux courroies qui viennent se fixer à un ressort transversal placé au bas du châssis inférieur, et font la contre-extension. Le sujet étant ainsi maintenu, on tourne la manivelle correspondante à la crémaillère inférieure; le châssis inférieur de l'appareil décrit un arc de cercle de droite â gauche, entraînant avec lui les membres inférieurs, le bassin et la portion lombaire de l’épine. Le flanc gauche étant appliqué contre la plaque d’appui inférieure, la colonne vertébrale se courbe dans le sens de cette plaque et en s’appuyant sur elle, c’est-â-dire dans le sens opposé â la courbure qu'elfe présentait.
On produit un résultat analogue, mais en sens inverse, en tournant la manivelle correspondante à la crémaillère supérieure. La tète et la partie supérieure du thorax deviennent obliques de gauche à droite; les côtes arrêtées par la plaque d'appui supérieure sont refoulées de droite à gauche, et for-
(1) Zoonomie ; or , The laws of organic. Life. London, 1801 , T. H.
(2) Gazette médicale, T. Ili, nov. 1835. page 732.
COURBURES DE LA COLONNE VERTÉBRALE
cent l'épine à se courber de gauche à droite. Pour que ce résultat s’opère complètement il est nécessaire qu’une courroie rembourrée, partant du sommet du coussin supérieur et de sa partie moyenne, passe derrière l’épaule gauche du sujet, et vienne, en se réfléchissant obliquement sur le côté du lliorax , se fixer à une tige qui descend au niveau de la base du sternum. Cette courroie a pour but de maintenir le thorax dans des rapports invariables avec le coussin supérieur , et de le forcer ainsi à suivre son mouvement de déviation latéral. Sans cet auxiliaire la traction se porterait principalement sur la tète, et l’épine ne se courberait qu'au niveau de la région cervicale.
1233. Les machines dans lesquelles on a combiné la pression et l’extension sont :
1° La machine de Schiuidt (1) : elle consiste en deux demi-cercles qui reposent sur les hanches ; de ces demi-cercles s’élèvent deux iourreaux destinés à recevoir deux tiges, qui offrent , à leur partie supérieure, une échancrure semi-lunaire ; ces tiges, qui peuvent être élevées ou abaissées, doivent servir de points d’appui aux épaules. À la partie supérieure des fourreaux se trouve un demi-cerle auquel sont adaptées deux tiges dont la partie supérieure embrasse le demi-cercle comme le ferait un crochet, et dont l’extrémité inférieure descend contourner le demi-cercle , qui est lixé au bassin , et se réfléchit en dedans et en haut. Ces deux appendices, recouverts de cuir, servent à former des pelottes oblongues, qui, au moyen devis, peuvent être rapprochées ou éloignées des tiges. La partie antérieure du thorax est contenue exactement dans un corset. Les machines de Langenbeck (2) et de -Graefe (3) sont construites d’après les mêmes principes. ■ *
2° La machine de Joerg (4) : elle est formée de deux moitiés, dont l’une inflexible, et l’autre élastique. La première est faite de bois de tilleul , et recouverte de cuir assez tendre ; la seconde est faite avec des ressorts recouverts de peau , et placés les uns près des autres ; cette partie de l’appareil est, par l’une de ces extrémités, fixée à la moitié en bois, et par l’autre elle est assujettie au moyen de boucles. Dans la déviation latérale la moitié solide est placée sur la partie concave du tronc; en bas elle s’appuie sur le bassin , et en haut elle s'arc-boute contre l’épaule ; la moitié élastique s’applique sur la partie convexe du tronc. Lorsque cette espèce de courbure est au premier degré, Joerg recommande une bretelle élastique , qui s’attache à des pantalons ordinaires en avant et en arrière, sur la ligne médiane , et qui passe au-dessus de l’épaule du côté de la convexité ; un coussin doit en outre être placé entre celle épaule et la bretelle.— Dans la déviation en arrière la même machine peut être employée ;
(1) Bescbrcibun eincr neue Biaschine, etc. I.eips., 1 796.
(S) Biblioleckfiii- die chirurgie, vol. III, cah. II,p!anch. H
fis- 3.
(3) Mats eh, Dissert, de novâ machiné GraefiauJ, etc. Berlin, 1818.
(4; imco cilato, plsnch. V, fig. 1.
seulement sa moitié inflexible doit être placée du côté de la concavité , et sa moitié élastique , du côté de la convexlié.
Portât (l) avait déjà proposé une machine analogue à celleci : elle consiste en une espèce de fourche à deux becs, qui, de chaque côté, est fixée à un corset : cette fourche prenait point d’appui en haut au-dessous du bras, et en bas au-dessus des hanches.
1° La machine de Graefe, formée 1° d’une sangle lombaire, qui, à l’aide de deux plaques semi-lunaires , est fixée à la crête de l’os des îles. Les extrémités postérieures de cette sangle peuvent chevaucher furie sur l’autre , et être réunies par une vis, et les antérieures , à l’aide de boucles. De chaque côté des plaques semi-lunaires se trouvent des boutons pour fixer une courroie destinée à soutenir l’abdomen. Toutes ces parties de l’appareil sont garnies de crins, et recouvertes d’une peau douce ; — 3° d’une sangle thoracique : elle est, comme la précédente, formée de deux demi-cercles unis entre eux en arrière ainsi que les préoédens ; en avant iis sont réunis, chez l’homme, par une courroie et une boucle, et, chez la femme, ils offrent un segment pour recevoir les mamelles ; — 3° de chaque côté des sangles lombaire et thoracique se trouvent deux tiges unies à la première de ces sangles d’une manière permanente, et à la seconde par une plaque de fer. Ces tiges forment, à leur partie inférieure, des gaînes quadrangulaires terminées par une capsule de même forme , au côté externe de laquelle se trouve une saillie quadrangulaire aussi. Dans l’intérieur de ces gaines on trouve, à leur partie inférieure, une vis sans fin, qui, à l’aide d’un cylindre, peut être élevée ou abaissée par une clé placée â la saillie quadrangulaire. Par l’ouverture de l’espace cylindrique des gaînes passent deux liges qui supportent des soutiens pour les épaules; ces soutiens, qui sont bien ouatés, sont unis aux tiges de manière à ce qu’ils puissent toujours s’accommoder aux différentes difformités des épaules. — Pour unir la pression à l’extension on assujettit avec des vis à la sangle lombaire ou à la sangle thoracique , suivant l’indication , des pelotes convenables.
Dans le but de rendre celte machine plus simple et moins coûteuse je lui ai fait subir les modifications suivantes : autour du bassin et de la partie supérieure de l’os des îles on passe un étui de fer blanc, bien matelassé, et qui s’attache en avant à l’aide d’une large courroie et d’une boucle. De chaque côté de cet étui pelvien se trouvent deux agraires, auxquelles viennent s’attacher deux tiges unies entre elles et fixées par des vis. A leur partie supérieure ces deux tiges sont réunies par une plaque de fer, du centre de laquelle part une vis dont l’extrémité inférieure est quadrangulaire, et qui, par son extrémité supérieure, supporte les soutiens pour l’épaule, une clé qui s’adapte exactement à l’extrémité quadrangulaire de la vis peut aisément élever ou abaisser les soutiens, cette machine a la même action que celle de Graefe.
Maintenant pour exercer sur la colonne vertébrale une pression convenable, au lieu d’employer une pelote , je me sers d’un appareil élastique (comme celui de Joerg), qui, dans la déviation en arrière , est appliqué sur le dos, et fixé aux tiges latérales par des boutons métalliques. Dans la déviation latérale il est fixé à une seule tige par des boutons, contourne la gibbosité en passant entre elle et la tige latérale , fait le tour du corps pour se fixer aux mêmes boutons. SI la déviation existe simultanément des deux côtés , on peut aussi donner à cet appareil une double direction. Si l’épaule est surtout très-saillante, je fais aussi passer au-dessus d’elle un bandage élastique, qui est attaché, en avant et en arrière , au bandage qui contourne le tronc.
(1) Trécis de chirurgie pratiq. Taris, 1767, vol. 1.
COUUErKES DE LA COLOÎijSE YEKTL’BllALE.
j Cet appareil , qui est appliqu? par-dessus la chemise, doit Il être porté jour et nuit, c’est par son emploi permanent que I j’ai obtenu les plus heureux résultats.
Voyez :
Gruber , Diss. de novà machinà cheliuslauâ , etc. Heldelb ,
1234. Nous croyons inutile d’entrer dans un exaj nten critique de ces différentes machines. Nous | dirons seulement, d’une manière générale, que
celles dans lesquelles la pression et l’extension se trouvent combinées sont les seules qui puissent I agir d’une manière convenable , et que , parmi les machines portatives de cette espèce, celles qui pren- ! nent leur point d’appui sur le bassin , et qui no compriment pas trop fortement le thorax , sont les ! seules qui puissent atteindre le but qu’on se propose.
Si on a égard aux causes , par rapport au traitement j spécial , on peut guérir complètement les courbures de la colonne vertébrale qui commencent , et qui ne sont pas encore très-développées, surtout celles I qui sont latérales, et qui sont dues à un défaut ! d’équilibre des muscles, ainsi que j’ai pu m’en convaincre un assez grand nombre de fois en employant la machine que je propose , qui diffère essentiellement de celles dont la pression s’exerce à l’aide de pelotes. — Mais on ne peut obtenir d’heureux résultats que par des soins tout particuliers , et en pouvant régler convenablement toutes les actions du malade. Si ces conditions ne peuvent être remplies, le mal s’aggrave ordinairement ou du moins on perd le temps qui eût été le plus favorable au redressement. Mais ce traitement ne saurait être suffisant dans tous les cas de déviation ; on a quelquefois besoin d’avoir recours aux appareils à extension permanente , dont l’action n’est pas toujours aussi sûre que celle des machines portatives. Les machines à extension permanente qui sont les plus convenables sont celles qui, pendant que l’extension se fait, exercent des tractions latérales dans le sens opposé à la courbure ; c’est d’après ces principes que sont construits les appareils de DELrEcn, Langexbecic , etc.
1235. Le traitement de ces affections ne peut être bien dirigé que dans des établissemens spécialement consacrés à ce genre de maladies: c’est ce qui fait que, dans ces derniers temps, les instituts orthopédiques se sont si multipliés. On se plaint généralement, et avec beaucoup de raison, que, dans beaucoup d’entre eux, le traitement est trop mécanique , et que le repos auquel on assujettit les malades à l’aide des appareils à extension permanente exerce la plus fâcheuse influence sur l’état général du malade : c’est ainsi que , et nous avons malheureusement eu occasion de l’observer plusieurs fois, c’est ainsi que , pour n’obtenir qu’une amélioration faible et passagère , des malades acquièrent , dans ces instituts , le germe de maladies incurables ; et en outre que de cas d’affections de la colonne vertébrale , qui ne sauraient en aucune manière être du ressort de l’orthopédie, n’en ont pas moins été soumis à ce genre de traitement !
Il existe aujourd’hui, en France, un établissement qui a réa' lise toutes les vues de notre auteur : c’est l’institut de Z a Muette. Dans ce vasteetbel etablissement se trouvent réunis tous les moyens mécaniques , gymmastiques et hygiéniques propres à combattre toutes les difformités du système osseux. Chaque jour le directeur de l’instilut , J. Guérin , ajoute de nouvelles ressources à celles que la science possède déjà.
( Noie du traducteur.)
1236. Delpech a rendu un grand service en associant une gymnastique régulière à l’emploi des appareils à extension permanente : par ce moyen les funestes effets de ces appareils sont en partie détruits , et un champ vaste et fertile en heureux résultats se trouve ouvert à la thérapeutique de ces difformités.
1237. Cette gymnastique a pour but principal de délivrer la colonne vertébrale du poids du corps pendant plusieurs heures par jour, sans pour cela que ce dernier soit abandonné au repos et à ses funestes conséquences ; — d’augmenter par l’exercice l’activité musculaire, et de faire servir celte activité à la fortification des muscles et à l’amélioration de toute l’économie ; — de soumettre tous les muscles , sans exception , a un exercice constamment progressif, et d’agir, sur tous les points affectés de la colonne vertébrale, par le mouvement, l’extension et la pression exercée dans tous les sens. Ces exercices doivent être faits durant deux ou trois heures par jour, et on doit leur faire succéder une extension convenable soit dans des lits à cet effet, soit dans des appareils particuliers, suivant la nature de la difformité. Delpech regarde la natation comme devant être très-utile : cependant il ne prescrit l’usage des bains que dans les cas où il existe des indications particulières ; il prescrit, également d’une manière générale , les frictions , etc., parce que l’exercice agit d’une manière bien plus énergique et bieu plus efficace que tous ces moyens.
Les différons exercices gymnastiques de forces progressives, et qui nécessitent le jeu de tous les muscles, se font à l’aide de la balançoire, de l’escalier spiral, de cordes verticales libres, avec ou sans nœuds, de cordes à pilons, de mâts de cocagne, de cordes obliques, de cordes horizontales, de perches couchées, etc. Tous ces exercices sont parfaitement figurés dans l’Atlas de Delpech (planches I.V — I.XVI11).
Dans les localités où il n’existc pas d’instituts orthopédiques il est facile de monter certaines pièces de gymnastique dans un jardin, dans une cour ou dans une chambre. Depuis plusieurs années j’obtiens, dans ma pratiqne privée, de bons résultats enjoignant de celte manière les exercices gymnastiques aux autres moyens thérapeutiques.
1238. Lorsque la courbure est due à une contraction inégale des muscles (dans ces cas ordinairement le côté gauche est abaissé , l’épaule droite soulevée, et l’omoplate du même côté saillante), ou cherche , par des frictions émolientes, à relâcher les muscles contractés du côté abaissé, et, par des frictions toniques, à exciter les contractions des muscles étendus du côté de la convexité. C’est dans ce même but que l’on recommande l’emploi de l’électricité , dc-s vésicatoires volans et des douches
COURBURES DE LA COLONNE VERTÉBRALE
sur les muscles du côté de la convexité. Pendant les frictions que l’on doit faire soir et matin le malade doit être couché sur le ventre ; elles doivent durer une demi-heure ou une heure , et à chacune d’elles on doit comprimer la colonne vertébrale dans le sens de sa direction naturelle. Par ces moyens on peut obtenir la guérison radicale de la déviation latérale commençante , pourvu que le malade se garde de prendre de fausses positions, qu’il partage également entre les deux moitiés du corps tous les efforts qu’il fait , qu’il se pende souvent par les mains , et qu’il se couche toujours sur le dos , dans un lit fait avec un matelas très-dur. Dans ces cas on peut se servir avec avantage d’un corset garni de baleines ou de branches élastiques: ils ont alors pour but de soutenir convenablement le corps dans la station (1). Lorsque la courbure est très-avancée, les exercices gymnastiques combinés avec l’usage d’une machine portative, ou mieux encore d’un appareil à extension permanente, peuvent avoir les plus heureux résultats. Dans ces cas de déviation latérale l’état général du malade n’est pas altéré, et les appareils mécaniques peuvent facilement être supportés. Mais, si la constitution avait souffert, il faudrait avoir recours aux moyens thérapeutiques indiqués , et mettre le malade à un régime convenable.
1239. Les courbures qui sont le résultat d’une très-grande débilité musculaire réclament à l’intérieur l’emploi des fortifians, tels.^e quinquina, écorce de chêne, etc., d’une nourriture succulente, des eaux minérales ferrugineuses, des frictions toniques, aromatiques, alcooliques, et de bains de même nature. C’est dans ces cas surtout que les bons effets de la gymnastique se font sentir; c’est là surtout qu’ils mettent à f abri dos aceidens fâcheux que ne manquerait pas de déterminer le repos et l’inaction des muscles, nécessairement liés à l’emploi des appareils à extension permanente. Chez les cnfans qui commencent à marcher il suffit ordinairement de frictionner avec des toniques leur dos et leurs membres inférieurs, d’éviter qu’ils se tiennent assis, et de les faire coucher sur un matelas trèsdur.
1240. Si la déviation de la colonne vertébrale est due au ramolissement et à l’épaississement des fibro-cartilages inter-vertébraux, il faut tenir le plus grand compte de la facilité avec laquelle on peut, par l’extension, changer la direction de la colonne. Lorsque la pression rend manifeste la mobilité de quelques vertèbres , il faut se garder do faire la moindre tentative d’extension, et éviter avec le plus grand soin toute espèce de traitement qui puisse agir avec force sur celte partie du squelette. 11 faut avant tout donner plus de fermeté aux moyens articulaires. S’il existe en même temps des douleurs , alors même qu’il n’y aurait aucun symp-, tome inuammatoire , il laut , pour peu qu’il existe
(1) Les inconvéniens attachés, à juste titre, aux corsets ( Soemmerriag , iiber die Schaedlichkeit der Schürbiiiste. Berliiq 1793,) ne sauraient exister pour ce cas particulier.
une congestion passible qui, étant négligée, peut donner lieu à de l’inflammation et à de la suppuration , il faut, disons-nous, employer des sangsues et des ventouses scarifiées ; mais on doit se garder d’abuser de ces moyens : il faut ensuite employer des linimens camphrés aromatiques, des vésicatoires volans , des exutoires permanens , des douches froides , chaudes, d’eau salée, hydro-sulfurée , de vapeurs diverses, le moxa lui-même, surles principaux loyers des difformités. Pendant le cours de ce traitement le malade doit rester couché sur le dos , et, plus tard seulement, il devra se livrer aux exercices gymnastiques les plus doux, tels que ceux du char roulant sur une seule corde. Les forces du malade doivent être soutenues et augmentées par une alimentation fortifiante et des remèdes appropriés.
Lorsqu’on ne peut s’assurer de l’existence de cette affection que par la position horizontale ou par de légères tentatives d’extension ; lorsqu’il n’existe d’autre douleur que celle qu’on détermine par l’extension ; lorsque cette douleur n’augmente pas par la pression , et qu’elle disparaît par la supination, il faut immédiatement commencer le traitement par des exercices gymnastiques, puis avoir recours à l’extension, et, vers la fin seulement , employer les tirages latéraux.
Voyez.
Delpech , Orthomorphie, T. Il, page 358.
1241. Dans les courbures dues au rachitisme ce traitement doit, avant tout, avoir pour but d’améliorer les fonctions digestives à l’aide de toniques et d’une nourriture succulente ; on doit en outre avoir recours aux frictions aromatiques, aux bains toniques ; le malade doit vivre dans un air pur et chaud , se coucher sur des matelas durs ; plus tard il devra se livrer aux exercices gymnastiques, et se mettre dans un appareil à extension. Le même traitement doit être mis en usage dans l’ostéomalaxie ; le quinquina uni aux phosphates agit puissamment dans ces cas, ainsi que j’ai eu plus d’une fois occasion de le voir. Les douleurs , qui quelquefois sont très-vives , ne doivent autoriser l’emploi des sangsues ou d’émissions sanguines quelconques. En général il n’y a, contre cette affection , rien à faire si ce n’est de maintenir le corps dans une position convenable.
1242. Si la courbure dépend d’une affection rhumatismale, il faut s’attacher à combattre celte dernière ; cl ce n’est qu’après l’avoir fait disparaître qu’on doit s’occuper de la déviation. Souvent le rhumatisme détermine la paralysie d’un ou de plusieurs muscles, et, dans ces cas, les moxas, les douches, les dérivatifs, etc., peuvent avoir d’heureux résultats.
Les déviations qui sont dues à une altération du thorax par suite d’un empyême guéri sont incurables, et toutes les tentatives que I on pourrait faire seraientinfructiieuscset même dangereuses — les courbures dues au raccourcissement de l’une
PIED BOT
drs extrémités Inférieures peuvent, dans quelques oas, être modifiées par l’usage d’un soulier élevé qui rendrait a l'extrémité sa longueur normale.