III. Déviation des pieds
1243. Lespicds peuvent être déviés dansdifférens sens : en dedans ( vari ) ou en dehors (valgi); la plante du pied et le talon peuvent cire portés enarrière , au point de se trouver sur le même plan que l’axe de la jambe. La première difformité a reçu le nom de pied bot; la seconde, do pied plat, et la troisième de pied équin.
A. Du pied bot.
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Bouvier , Dict. de méd. et de chirurg. pratiques, T. XII! , art. pied bol.
1244. Le pied bot consiste en une difformité dans laquelle le pied s’est renversé autour de son axe , de manière à ce que son bord interne est soulevé, son bord externe regarde le sol, sa face plantaire et sa face dorsale sont plus ou moinsperpendiculaires; les orteils sont fortement crochus ; le cou-de-pied est convexe, sa plante concave; le talon est attiré en haut et en dedans ; il lui est impossible d’atteindre le sol; tout le pied est dans une adduction forcée; sur sa face dorsale on remarque une forte saillie formée par la tête de l’astragale; le tendon d’Achille est fortement tendu ; la marche est plus ou moins pénible; les malades ne peuvent se supporter sur la plante du pied , mais seulement sur la partie moyenne de son bord externe , et, dans cet endroit, on trouve ordinairement un bourrelet fibrocclluleux assez saillant.
1245. Le pied bot présente plusieurs degrés : dans Je premier le pied renversé peut être reporté dans la direction normale , et alors la saillie que l’on remarquait sur sa face dorsale disparaît ; mais, dès qu’on l’abandonne à lui-même, le pied reprend sa forme vicieuse. Dans un degré plus avancé il est impossible aveç la main de faire reprendre , même momentanément, la direction naturelle.
1246. Celle déformation du pied est ordinairement congénitale, et résulte d’un arrêt dans le développement ou d’une action plu6 grande et permanente des muscles fléchisseurs du pied. Le pied bot peut aussi se déclarer après la naissance, lorsque, par exemple, le pied, par suite d’ulcères, est resté longtemps condamné à garder la même position, ce qui fait que l’équilibre entre les fléchisseurs et les extenseurs cesse. Dans cette affection l’altération des ligamens et des os n’est qu’un phénomène secondaire; mais la cause première doit être cherchée dans le défaut d’équilibration des muscles (ceux qui s’insèrent à la plante du pied et à son bord interne sont contractés ; ceux au contraire qui s’insèrent sur la face dorsale et à son bord externe sont affaiblis et relâchés). Les muscles qui sont contractés et raccourcis sont : les tibiaux antérieur et postérieur, les jumeaux, le solaire, le plantaire, le long fléchisseur des orteils, l’abducteur du pouce, le transversaire du pied , le petit fléchisseur du petit orteil, les fléchisseurs long et court du gros orteil. Les muscles relâchés etalongés sont : les trois péroniers, le petit extenseur et le grand extenseur des orteils et l’abducteur du petit orteil. Tous les ligamens qui se trouvent à la face plantaire et au bord interne du pied sont raccourcis, et ceux qui se trouvent à la face dorsale et au bord externe sont distendus. — Les os du tarse ont, suivant le degré de la déviation, quitté plus ou moins leurs rapports, sans cependant avoir complètement abandonné les cavités articulaires dans lesquelles ils étaient reçus. Le scaphoïde, le cuboïde, le calcanéum et l’astragale sont ceux qui changent le plus de position ; ils subissent un mouvement de rotation autour de leur petit axe. Lorsque le pied bot existe depuis longtemps, les os se fixent invariablement dansleur position anormale, et même subissent, dans leur forme, diverses modifications.
Dupuylren (1) a fixé l’attention sur l’atrophie selon la longueur du membre inférieur du côté du pied bot. Cette atrophie exerce son action la plus grave et la plus importante sur les os. Cette atrophie, qui est nulle au momentde la naissance, se prononce quelques années plus tard ; fi dix ans le raccourcissement est toujours notable, et toujours incurable.
( Note du traducteur .)
Crupeilhier , (2) croit que le pied bot est dû uniquement à une çauso mécanique, la position du fœtus dans l’utérus.
1247. Quant au pronostic de celte affection, il dépend uniquement de son degré et de ses compii-
(1 ) Leçons citées plus haut, page 171.
(2) Anatomie palbolng. rails , 1828— 1830. U" livraison.
PIED BOT
cations. Le traitement peut avoir quelque efficacité lorsqu’il existe seulement un défaut d’équilibre entre les muscles , et lorsque les os déviés n’ont pas changé de forme , et qu’il n’y a pas encore d’ankylose; on doit encore plus compter sur le succès lorsque le sujet est jeune, qu’il n’existe aucune affection générale , et que la nutrition du membre n’a pas encore beaucoup souffert. 11 est impossible de fixer l’époque au-delà de laquelle la guérison ne peut plus être espérée ; elle est absolument impossible chez l’adulte qui marche depuis longtemps sur son pied dévié, chez lequel il y a ankylosé, et dont les os ont subi de notables déformations.
1248. Les indications à remplir dans le pied bot sont de rétablir l’antagonisme naturel des muscles, et de rendre au pied, à l’aide de certains appareils, sa direction normale. On peut donc considérer dans le traitement une période de réduction, une période de contention, dans laquelle l’appareil reste appliqué, et une période de sustentation , dans laquelle le malade peut marcher.
1249. La première indication est remplie par l’emploi de bains chauds, dans lesquels on laisse les pieds et les jambes pendant une demi-heure environ chaque jour, et dans lesquels on cherche à ramener le pied dans sa position normale; pour cela, d'une main, on saisit le pied de manière à ce que le pouce soit sur la face dorsale; l’indicateur, sur le côté interne , et les autres doigts, sous la plante du pied ; de l’autre main on embrasse le talon ; tandis que d’une part on porte le pied et surtout le talon en dehors, de l’autre on élève la pointe du pied, et on déprime sa face dorsale. Ces manipulations doivent être faites lentement , et avoir une certaine durée. Lorsque lajambe est retirée du bain cl qu’elle est essuyée, on frictionne les parties postérieure et interne de la jambe , ainsi que la plante du pied et son bord interne, avec de la graisse de porc ou d’oie, et les côtés externes de la jambe et du pied avec des substances toniques. Afin d’attirer le pied d’une manière permanente vers sa direction naturelle, on se sert d’un morceau de toile triangulaire long de trois quarts d’aune environ , et ployé de manière à ce qu'il n’ait que deux travers de doigt de largeur; une des exlrémilésde celte espèce de bande est appliquée, au-dessous du mollet, autour des deux malléoles; on conduit l’autre extrémité sur le dos du pied , sur le milieu du bord interne, sous la plante du pied, de là au bord externe; ce dernier tour est fait encore une fois en entier, en avant soin que la bande soit toujoursbien tendue, afin que, à l'aide decesdcux tours, le pied soit fortement retourné et tiré de dedans en dehors ; reportant alors cette extrémité de la bande vers celle qui est fixée à la jambe , on forme , avec elle, sur le dos du pied , un nœud d’emballeur ; on leur fait à toutes deux contourner les malléoles, et on les fixe par un nœud. C’est là le bandage de lîitücKNEit. Cet appareil doit être renouvelé une ou deux fois par jour, parce qu’il se dérange toujours avec la plus grande facilité : aussi est-il préférable de remplacer la bande dont nous venons de parler
par une bande de diachylun, à laquelle on fait suivra le même trajet (1).
Chez les enfans qui naissent avec des pieds bots on doit, â cause de la délicatesse de la peau, se borner, pendant les deux ou trois premiers mois, à des manipulations qui ont pour but de reporter les pieds dans leur direction normale. Plus tard on pourra avoir recours aux appareils qui seront indiqués. Souvent ces manipulations réussissent à guérir complètement, parce qu'alors le mal est peu avancé , et que les parties sont très flexibles. I.es enfans affectés de pieds bots qui marchent déjà doivent cesser de le faire dès que le traitement est commencé.— Scarpa, a recommandé, pour porter lentement le pied en dehors, un ressort particulier qui est appliqué le long du côté externe de la jambe, et que l’on flxe à l’aide de deux courroies, lie nombreuses expériences m’ont fait préférer la bande de diachylon à cet appareil.
1250. Lorsque le pied peut-être ramené dans sa direction normale par la main seule , l’appareil le plus convenable pour l’y maintenir est celui connu sous le nom de deuxième machine deScAUPA (2), que l’on applique par-dessus un bas, et que l’on l’ait porter jour et nuit. On peut alors permettre au malade de se tenir sur ses jambes, et de marcher lentement et sur un sol uni; au bout de quelque temps le pied se maintient de lui-même dans sa rectitude normale ; mais, malgré cela, la machine doit être toujours appliquée la nuit, bien qu’on puisse s’en dispenser pendant le jour. 11 convient aussi de faire porter au malade des brodequins lacés jusqu’aux orteils, et munis à leur partie postérieure de légers feuillets d’acier.
1251. Pour rendre plus promptement au pied sa direction normale on a proposé de couper le tendon d’Achille, et quelquefois aussi celui du tibial antérieur, et de placer ensuite le pied dans la pantoufle de Petit renversée. Dans le pied bot très-avancé et chez les adultes la section du tendon d’Achille est souvent le seul moyen de remédier à la difformité. Cette section doit être faite de manière à ce que la peau qui le recouvre soit ouverte seulement de chaque côté pour laisser passer le bistouri qui doit couper le tendon au-dessous de la peau, mais en la respectant.
(1) Gi.ese , Saizb. med.-chirurg. Zeitung., 1814, vol. IV, page 75.
(2) Cette machine de Scarpa est composée d’un soulier dont la portion antérieure consiste en une semelle, munie à sa partie postérieure d’une plaque d'acier mince (ressort parabolique), qui embrasse le talon. Ce soulier convenablement rembourré est fixé sur le coude-de-pied au moyen d’une courroie cousue sur le bord supérieur de l'extrémité interne, et que l’on reporte en avant et en dehors pour l’arrêter au moyen de boutons attachés au côté externe. A la plaque parabolique se trouve une seconde plaque qui se prolonge horizontalement vers la pointe du pied : elle est attachée sur la face dorsale à l’aide d’une courroie matelassée ; à la partie postérieure de cette seconde plaque est une courroie qui vient s’attacher au côté interne de la plaque parabolique. Une autre bande élastique s'attache en dehors de la parabole , s’élève perpendiculairement sur le côté externe de lajambe jusqu'au-dessous du genou ; deux vis la fixent en bas à la parabole, et en haut à un segment d’acier garni de lisières desliné à lui former un