II. DE LA BRULURE
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87. Les brûlures ( combustiones ) sont déterminées par le contact du feu ou de substances brûlantes sur une partie organisée. L’action de certaines substances et surtout des acides minéraux concentrés rentre dans la même catégorie que celle du feu. — D’après le degré de chaleur, la durée du contact et la délicatesse des organes , le degré de la brûlure peut varier.
88. Dans le premier degré, il se manifeste une rougeur vive analogue à celle de l’érysipèle , sans gonflement, sans fièvre, et accompagnée seulementd’un peude douleur. Dans le seconddegrê, la rougeur et le gonflement sont considérables ; la douleur est vive, il existe de la fièvre. Dans le troisième degré, l’épiderme se soulève, forme des phlyctènes remplies d’une sérosité transparente et citrine. Dans le quatrième degré , la brûlure peut être superficielle, envahir des parties plus profondes , ou même la totalité du membre, et le frapper de gangrène chaude.
La classification des brûlures par Dupuytren est si généralement adoptée en France, et en même temps d'une si grande utilité pratique, que je regarde comme un devoir de
DE L’INFLAMMATION
l’exposer Ici en peu de mots d’après les belles leçons qu’il lit pendant longtemps à l'Ilùlel-Dieu sur ce sujet :
Il distingue dans les brûlures six degrés, qui sont : 1° érythème; 2“ vésication , 3° destruction du corps muqueux et de la surface papillaire du derme; 4° destruction du derme; 6° destruction des muscles jusqu’à une distance plus ou moins grande de l’os ; 6J carbonisation de toute l’épaisseur du membre.
Le 1er degré, produit par rayonnement, vapeurs brûlantes, application passagère ou prolongée d’un corps plus ou moins chaud, s’annonce par une rougeur peu vive, érysipélateuse , non circonscrite , et disparaissant par la pression. La peau est légèrement gonflée , et une douleur cuisante fait que le malade désire le froid — Ce degré peut durer de quelques heures à plusieurs jours, et, dans ce dernier cas, l’épiderme éprouve une desquamation. Lorsque la brûlure est large , il peut survenir de la lièvre, des signes d'irritation du côté des voies digestives ou de l’encéphale : c’est même celte dernière complication qui fait tout le danger des insolations prolongées sur la tête. Quand le calorique agit modérément et pendant longtemps sur la peau, celle-ci se couvre de marbrures, de vergetures brunâtres, et l’épiderme s’épaissit.
Le 2e degré résulte le plus souvent de l’impression de liquides très-chauds, et se manifeste par des phlyctènes plus ou moins volumineuses et multipliées , remplies d'une sérosité citrine La plupart sont instantanées ; mais d autres surviennent autour des premières à mesure que l’irritation attire les fluides. La rougeur, le gonflement, la chaleur et ia douleur sont plus prononcés que dans le degré précédent. Ouvre-t-on les phlyctènes, l’épiderme s’affaisse, se dessèche, et tombe au bout de quelques jours, laissant voir au-dessous un nouvel épiderme ou une surface suppurante. Quand l’agent de la brûlure a détaché l’épiderme , les douleurs sont très vives, et la suppuration inévitable. La guérison s’opère sans cicatrice apparente.
Le 3e degré est caractérisé par des lâches grises , jaunes ou brunes, minces, souples, insensibles à un toucher doux , douloureuses sous une pression plus forte. A la surface se développent ordinairement des phlyctènes contenant une sérosité brunâtre, lactescente ou sanguinolente; à l'entour les tissus sont rouges , enflammés. Au bout d'une semaine , et souvent plus tard, une inflammation éliminatoire se déveveloppe, et détermine la chute des tissus modifiés, bans les cas ordinaires, la cicatrisation ne laisse pas de brides, mais reste toujours apparente â cause de la teinte blanche et luisante de la cicatrice , teinte résultant de la destruction du corps muqueux siège du pigmentum. C’est chez les nègres que la différence entre ce nouveau tissu et les tissus voisins est à son maximum. — Les brûlures faites par la poudre à canon appartiennent ordinairement à ce degré; mais elle ont cela de particulier que presque toujours des grains de poudre non enflammés se sont enfoncés dans le derme , et y forment çà et là des taches noires, qui ne disparaîtront jamais si on ne les enlève.
llans le 4 * degré , les eschares sont plus solides, plus épaisses, plus denses, tout-à-fait insensibles. Celles produites par des liquides sont molles, grises ou jaunâtres , tandis que eelles produites par des solides incandescens sont sèches, sonores , cassantes , brunes ou noires. Autour les tégumens sont comme attirés, et forment des plis rayonné- ; les parties voisines sont rouges , souvent couvertes de phlyctènes et douloureuses. Enfin, la suppuration survient autour de l’eschare , l’entrainc , et l'on a une plaie souvent beaucoup plus étendue que la partie brûlée . ce qui tient â ce que le travail éliminatoire , ayant acquis trop de violence, a déterminé la gangrène des tissus. Toutefois les bords de cette plaie se rapprocheront avec une rapidité dout aucun genre de plaie avec perte de substance n’offre l’image, et de là résulteront souvent ces cicatrices vicieuses et difformes qu'un
traitement bien dirigé pourra prévenir, quoique avec peine dans certains cas.
Au 5e degré , les eschares sont plus solides et plus profondes encore, bu reste elles présentent les différences signalées plus haut, suivant qu’elles sont produites par des liquides bouillans ou des solides incandescens. Ces brûlures sont ordinairement suivies de cicatrices informes, adhérentes, et de pertes de mouvement irrémédiables.
Le 6e degré est caractérisé par la carbonisation du membre , ce que l’on reconnaît â sa légèreté , son racornissement, sa sonorité , et la facilité avec laquelle il se rompt. La chute de l’eschare laisse un moignon plus ou moins irrégulier, suivantque la brûlure a envahi les elémensdu membre à des hauteurs plus ou moins inégales.
( Note du traducteur.)
89, D’après les différons degrés etletendue de la brûlure, d’après l’importance de la partie affectée et la constitution du sujet, il peut se manifester des symptômes plus ou moins alarmans. Dans les deux premiers degrés, l’inflammation se résout facilement; dansle troisième, il y a presque toujours suppuration. Souvent elle est très-considérable ; l’inflammation s’étend au loin, et peut amener la gangrène. Ordidinairement la cicatrisation est excessivement lente; les cicatrices sontinformes; quelquefois il se fait des adhérences qui peuvent altérer ou même rendre impossibles les fonctions de l’organe. — Dans les degrés plus avancés la fièvre est toujours rès-vive, la muqueuse intestinale est notablement affectée. — Souvent il se manifeste, surtout chez les personnes sensibles, des crampes et des convulsions. Quelquefois des brûlure très-larges causent une mort instantanée. D’après cela , les dangers attachés à une brûlure dépendent non-seulement de son degré , mais encore, et surtout, de son étendue.
Dupuj tren distingue, clans la marche des brûlures, trois périodes, auxquelles correspondent des dangers différons :
1° La douleur immédiate peut être assez vive pour produire la mort instantanément. Le malade meurt par trop grande perte de sang dans les hémorrhagies, bans ces cas, il semble que le sang ait voulu s'échapper par toutes les surfaces internes; le cerveau en est gorgé, les muqueuses sont enflammées, et contiennent un liquide plus ou moins sanguinolent dans leur cavité.
2“ C’est à la phlogose éliminatoire que d’autres malades succcombent. Vers le cinquième ou sixième jour la douleur, d’abord éteinte , se réveille ; il survient de la fièvre, de l'agitation, de l’insomnie, de la rougeur et de la sécheresse de la langue, des nausées, des vomissemens, en un mot tous les signes d’une gastro-entérite aiguë , accompagnés d'une excitation nerveuse assez intense. C’est surtout dans les brûlures du 3e degré que ces accidens se manifestent à cause de la sensibilité du derme. A la mort, on trouve des traces de gastro-entérite , et moins souvent de congestions encéphalique et pulmonaire.
3"fl’aulresfois, enfin, l’étendue de la brûlure entraîne une suppuration longue et abondante , qui, après avoir jeté le malade dans le plus profond amaigrissement , le fait périr avec tous les symptômes qui accompagnent la fin des maladies chroniques. (Note du traducteur.)
90. Dans les premiers degrés de la brûlure, il suffit d’appliquer des compresses trempées dans de l’eau froide, ou de plonger la partie affectée dans le même