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DILATATION ANORMALE DU SYSTÈME CA- PILLAIRE

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1354. Par suite d’une dilatation du système capillaire il se développe une tumeur molle, élastique , formée uniquement par des vaisseaux sanguins , entrelacés les uns dans les autres , et unis entre eux par du tissu cellulaire très-lâche. Quant à sa structure, on ne saurait mieux la comparer qu’au placenta. On la désigne tour à tour sous les noms suivans : fungus hœmatodes , tumor fungosus sanguineus , aneurysma per anastomosin , aneurysma spongiosum , tumeur érectile, tumeur splèno'ide, tumeur variqueuse , têlêangielilasie.

De toutes ces dénominations celle qui me parait la plus juste est téléangiektasie. Le nom de fungus hœmatodes nie parait encore admissible, quoique Hey et quelques autres désignent sous ce nom une autre altération que j’appellerai fongus médullaire. De nombreuses recherches m’empêchent d’admettre, comme le voudrait IValther, sous le nom de fungus hœmatodes , une affection différente de celle que j’appelle ici téléangiektasie (*).

1355. Cette tumeur a son siège primitif dans la peau et le tissu cellulaire sous-cutané ; elle peut se développer à tout âge , et être congénitale. Elle commence ordinairement par une tache rouge ou bleuâtre, qui, dans le principe, n’est point saillante , ou du moins l’est peu ; au bout d’un temps plus ou moins long la tumeur s’élève, prend une forme assez variée ; le malade y éprouve un picote- ment particulier et des pulsations que, après un examen attentif, le chirurgien lui-même peut sentir d’une manière plus ou moins évidente. La tumeur est quelquefois rouge , quelquefois bleue ; elle augmente , et ses pulsations deviennent plus apparentes toutes les fois que le malade fait un effort quelconque qui ralentit la circulation. Lorsqu’elle a pris un développement considérable, elle s’élève en certains points ; elle offre de la fluctuation ; la peau s’amincit, s’ouvre , et il survient une hémorrhagie abondante, qui reparaît à de courts intervalles. Souvent cette ouverture se ferme à l’aide d’une forte cicatrice ; souvent aussi sur les bords se forment des excroissances fongueuses, rouges, qui ne sont autre chose que du sang coagulé. L’intérieur d’une semblable tumeur montre un cnlre-

(*) Nous conserverons, dans la traduction , le nom de tumeur érectile à cette affection : c’est celui sous lequel elle est le [dus généralement connue en France.

{Traduct.')

TISSE ÉKECT1LB.

lacement de vaisseaux Innombrables qui étant unis par un tissu cellulaire très-lâche, forment des cavités remplies de sang ; dans certains cas on trouve quelques-uns de ces vaisseaux qui sont criblés de petits trous par lesquels suinte le sang.

Lorsque ces tumeurs se développent sousla peau, cette dernière conserve pendant longtemps sa structure normale; on sent au-dessous d’elle un sentiment trompeur de fluctuation ; peu à peu la peau s’amincit ainsi que nous l’avons déjà indiqué ; il est rare que la maladie gagne les organes profonds. Les tumeurs de cette espèce peuvent être aisément confondues avec le fongus médullaire ( § 2856 ) .

Les excroissances fongueuses qui se forment après la rupture de ces tumeurs sont formées par un sang coagulé et un développement plus grand d’un parenchyme de la tumeur. Jamais elles ne dégénèrent, jamais elles ne prennent les caractères du fungus hæmatodes dans les sens que f'P'allher donne à ce nom. J’ai vu bien souvent des tumeurs érectiles s’ouvrir et offrir des fongosités ; mais jamais je n’en ai vu gagner de proche en proche les organes plus profondément situés. Mais , si la tumeur érectile est un mal tout à fait local, elle peut, par suite des hémorrhagies auxquelles elle donne lieu , avoir la plus feneste influence sur la constitution du malade.

1356. Ces tumeurs consistent dans une dilatation du système capillaire, et dans la formation d’une grande quantité de vaisseaux de même ordre ; on doit les regarder comme développées à l’extrémité des artères et au commencement des veines : aussi trouvons-nous que tantôt c’est le système artériel qui en fait presque tous les frais , et tantôt au contraire le système veineux. Celle différence se reconnaît aisément par l'aspect de la tumeur et par les phénomènes qui signalent son développement. — Lorsque le système artériel est le plus affecté, la rougeur est plus vive , les pulsations plus évidentes, et le développement plus rapide ; lorsque au contraire c’est le système veineux qui est le plus affecté , la tumeur est d’un rouge foncé , bleuâtre , les pulsations sont faibles, quelquefois imperceptibles , et le développement est plus lent.

1357. Les causes de cette maladie sont encore inconnues: elle survient à tout âge, attaque toutes les constitutions ; mais on la rencontre plus souvent chez les individus jeunes, à constitution molle ( spongieuse), plus fréquemment aussi chez les garçons que chez les filles ; elle se développe dans tous les organes, mais plus souvent dans les régions supérieures du corps que dans les inférieures : à la peau du crâne, aux joues, aux paupières, aux lèvres. Quelquefois on l'a vue se développer par suite d’une contusion.

JValther pense que l’affection qui nous occupe est toujours congénitale; qu’il est impossible aux vaisseaux d’un organe de prendre un développement semblable dans une période avancée de la vie s’il n'était pas congénital , et que l’al;ération reste occulte jusqu'au moment où elle prend de l’accroissement. Je ne saurais partager cette opinion, car j’ai vu très. sou vent des tumeurs érectiles survenir et se développer J la surface de la peau dans des endroits où certainement il

«'existait aucune trace d’affection organique ; seulement , dans ces cas, la maladie suit une marche axtrèmement lente.

1358. Le tissu érectile est une affection essentiellement locale, et le pronostic est basé sur le caractère de la tumeur, sur son siège , son étendue, l’âge et la constitution du sujet. Les taches rouges que certains enfans apportent en naissant se développent souvent avec rapidité peu de temps après la naissance; souvent cela n’arrive que plus lard; mais on doit toujours craindre ce développement à l'époque de la puberté ; si déjà la tumeur a augmenté avant cette période de la vie , son accroissement se fait alors avec une très-grande rapidité. On a vu quelquefois ces tumeurs donner lieu à des hémorrhagies qui se reproduisaient périodiquement à l’époque des règles. Cette espèce de tumeurs érectiles est susceptible de guérir spontanément, ainsi que j’ai eu souvent occasion de l’observer alors qu’elles étaient congénitales , et même dans des cas où leur coloration rose semblait autoriser à penser que leur développement serait rapide. Dans les cas de ce genre que j’ai observés la tumeur se circonscrivait, sa couleur devenait plus pâle ; au lieu d’une rougeur uniforme, on commençait à distinguer des vaisseaux isolés ; la peau dans laquelle ils rampaient reprenait peu à peu son aspect normal ; les vaisseaux finissaient par disparaître , et il ne restait plus la moindre trace de l’affection.

1359. Les moyens que l’on peut mettre en usago pour obtenir la guérison du tissu érectile sont : la compression, la ligature, la cautérisation, l’extirpation de la tumeur, l’ablation de la partie sur laquelle elle siège, et la ligature des artères qui lui fournissent du sang. Le choix et les avantages de ces différens procédés doivent varier suivant l’état du mal et suivant son siège.

1360. La compression seule ou unie aux aslringens ne peut être de quelque utilité que si la maladie est peu avancée , et dans les cas de taches rouges congénitales, pourvu toutefois que le siège de l’affection permette de l’employer (Roux, page 246). Cependant je dois dire que j'ai employé ce moyen bien souvent, et jamais je n’en ai obtenu le le résultat que j’en attendais.

Abcrncthy (1) recommande la compression ; et, si ello ne suffit pas, l’emploi de l’aluu dissous dans de l’eau de rose froide.

1361. La ligature peut être employée lorsque la tumeur est pédiculée , ou du moins que sa base est peu large ; mais, dans ces cas , le bistouri agit avec plus de promptitude et plus d’efficacité ; dans les cas où la tumeur est si volumineuse que l’excision doit faire craindre une hémorrhagie grave ou doit laisser une plaie trop vaste , White (2), Lawrence (3) et

(1) Snrgical Works, vol 11, pag. 228.

(2) lledico-chirurgical Transactions, vol. XIU, part. II, page 444.

(S) Même journal, même volume, page 430.

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Brodie (1) ont fait la ligature ayec succès, maïs d’une manière différente.

Lawrence traverse la base de la tumeur avec une forte aiguille légèrement courbe, passe deux fils, et les lie séparément en embrassant avec chacun d’eux la moitié de la tumeur. A mesure que la tumeur devient noire et flétrie, il la coupe avec le bistouri, et enlève les ligatures.

Brodie traverse la tumeur tout près de sa base avec une aiguille à bec-de-lièvre ; au-dessous de cette aiguille il passe une sonde, qui croise sa direction à angle droit : cette dernière pour deux ligatures , qui sont liées séparément comme dans le procédé de Lawrence, mais en passant au-dessous de l’aiguille à bec-de-lièvre.

1362. La cautérisation doit être regardée comme le traitement le plus convenable dans tous les cas où la maladie est très-étendue et superficielle; on doit surtout l’employer de préférence à tout autre chez les enfans, parce que l’ablation serait difficile, parce quelle donnerait lieu à une hémorrhagie qui pourrait devenir grave, enfin parce que dans quelques cas, le siège du mal et, dans tous les cas . la délicatessedes partiesnepermeltent pas delà mettre en usage avec sûreté ; il en est de même de la ligature. — Le caustique qu’on doit préférer, c’estle nitrate d’argent, que l’on emploie sous forme de pâte appliquée sur un morceau de diachylon percé d’une ouverture qui correspond à la partie que l’on veut détruire ; ou bien encore Je nitrate d’argent, avec lequel on frotte la partie jusqu’à formatiou d'une escrare assez épaisse pour enlever le mal ; on recouvre l’escarre d’un morceau de diachylon. Lorsque l’escarre est détachée, on traite la partie en suppuration comme une plaie ordinaire ; elle guérit assez rapidement à l’aide d’une cicatrice régulière, à peine visible. Dans tous les cas de léléangiektasie très-large, lorsqu’une première cautérisation n’a pas tout enlevé , et que le mal se reproduit, je ne l’ai jamais vu devenir plus considérable qu’il n’était avant la première application du caustique , et je l’ai toujours vu disparaître sous l’influence de plusieurs cautérisations consécutives. Chez les adultes le traitement d’HELLmund m’a toujours bien réussi ; mais il faut toujours, chez les enfans, l’appliquer avec la plus grande circonspection , car l’absorption de l’arsenic pourrait avoir les plus funestes résultats (2). L’emploi du nitrate d’argent est surtout très-avantageux dans le traitement de cette affection lorsqu’elle est congénitale , lorsqu’elle consiste en taches rouges, superficielles , ayant leur siège dans la peau ; et ce traitement , qui réussit parfaitement. , est souvent le seul qu on puisse employer à cause de la répugnance qu éprouvent les parens à laisser traiter par tout autre moyen un mal qui leur paraît de peu d’importance. Le nitrate d argent doit, sous tous les rapports, être préféré au cautère actuel.

(1) Médico-chirurgical Transactions vol. XV, part. 1.

(2) Ileidelb. klinische Aunalen, vol. iv, page 499 •

vol. III, page 331.

Dans les cas où cette maladie est congénitale, et où elle est encore à l’état connu en France sous le nom de nœvus maternus , Vauli (1) a mis en usage et avec succès un procédé analogue au tatouage. Voilà comment il conseille d’opérer : on lave la partie avec l’eau de savon ; on la frotte ensuite pour faire pénétrer le sang dans les mailles les plus déliées de ce tissu érectile ; puis on tend la peau, et on la recouvre d’une couche de couleur, analogue à celle de la peau saine, faite avec du blanc de ceruse et du vermillon : on pique la peau au moyen do trois épingles enfoncées dans un bouchon de manière à ce que leurs pointes en dépassent le niveau j on a soin de tremper de temps en temps les pointes d’épingles dans la couleur. Lorsque le nævus est très-étendu en surface, on procède par petites parties afin d’éviter un gonflement considérable. Le point difficile c’est le choix de la couleur : il faut presque pour cela l’œil exercé d’un peintre. En général elle doit être plus claire que la teinte que l’on veut obtenir. Lorque la tache existe sur la joue, il est nécessaire aussi de choisir une nuance plus rosée à mesure qu’on approche des pommettes.

1363. L’extirpation de la tumeur érectile détermine toujours un écoulement de sang plus ou moins abondant, qui peut devenir très-grave et même mortel si le sujet est jeune , et si le mal est placé dans un endroit qui ne permette pas de terminer rapidementl’opération. L’hémorrhagiedépend del’éloignement de l’incision avec laquelle on circonscrit la tumeur ; il faut toujours qu’elle soit faite assez avant dans la peau saine, parce que, si elle porte sur le mal lui-même ou sur ses confins, les vaisseaux, qui sont très-dilatés , fournissent une hémorrhagie très-abondante, qui reparaîtra souvent, pourvu qu’on ait laissé dans la plaie une partie, même trèspetite , de la tumeur. Si on ne pouvait faire autrement que de laisser une partie du mal , il faudrait , pour achever de le détruire , et pour arrêter l’écoulement du sang, cautériser, et exercer la compression. L’extirpation étant faite, la plaie sera soignée d’après les règles générales. La cicatrisation est souvent très-lente, parce qu’une suppuration de bonne nature s’établit avec la plus grande difficulté, et que les lèvres de la plaie restent pendant longtemps comme flétries.

1364. Lorsque le siège et l’étendue de la tumeur érectile ne permettent d’employer aucun des traitetemensque nous venons d’indiquer, le seul moyen qui nous reste est la ligature des artères qui alimentent la tumeur, ou l’amputation du membre lorsque la maladie a son siège au membre supérieur ou au membre inférieur. Mais, avant de pratiquer l’amputation , il faut toujours faire la ligature du tronc principal , parce qu’il est toujours temps d’avoir recours à cette opération extrême lorsque la ligature reste en défaut , ou lorsque , après l’oblitésalion de l’artère principale , les collatérales suffitent pour entretenir la tumeur ; c’est à cause de cette dernière circonstance qu’il est de la plus haute importance de faire la ligature de l’artère le plus près possible de la tumeur.

(1) Sie.hold's Journal, analysé parla Gazette des hôpitaux, mars 1830, page 133.

(Note du traducteur.)

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Travers (1) ni la ligature (le la carotide pour une tu- -meur érectile développée dans l’orbite. Dulrymple el Wardrod (3) pratiquèrent aussi la même opération pour une maladie semblable.

Dupuytren (3) fit la ligature de la carotide pour uue tumeur de ce genre qui occupait l’oreille, la tempe et la région occipitale : par suite de cette opération la tumeur diminua ; elle perdit ses pulsations; mais il fut nécessaire d'a- (i voir recours plus tard a l’usage permanente d’un bandage compressif.

Lorsque les anastomoses avec l’artère qui alimente la tumeur sont considérables, cette opération ne peut être d’aucune utilité. J'ai vu une tumeur de ce genre développée sur le genou : la ligature de l’artére crurale resta sans effet; on fut obligé d’avoir recours à l’amputation. Nous devons ici dire deux mots de l'inoculation du vaccin sur les plaques érectiles, que l’on a proposée pour en amener la guérison par suite de la suppuration et de la formation des croûtes déterminées par cette opération (4). J’ai mis deux fols ce procédé en usage sans aucun succès ; car le mal , qui avait guéri en apparence, reparut bientôt, et je fus obligé d’avoir re- I cours à la cautérisation.

La différence qui existe entre le tissu érectile dont nous parlons ici et le fongus médullaire que le plupart des Anglais désignent sous le nom de fongus bématode sera établie plus loin (§3060.)

[ Nous devons mentionner ici d’une manière toute spéciale le traitement qu’emploie avec beaucoup de succès Lallemand (5). nous regardons ce traitement comme une véritable conquête que vient de faire la chirurgie. — ce procédé consiste â enfoncer dans la tumeur, tant â sa base qu’â son sommet , et cela en sens divers, des aiguilles ou des épingles â insectes dans le but d’exciter des inflammations partielles qui, se terminant par la cicatrice des trajets parcourus par les corps étrangers, convertissent le tissu érectile eu tissu !; fibreux.]

(Note de Traducteur.)

1365, De ces tumeurs que nous venons d’examiner dans les parties molles, et qui sont le résultat d’une dilatation du système capillaire et d’une formation de vaisseaux nouveaux , nous devons rapprocher d’autres tumeurs qui se développent dans le système osseux , et qui sont caractérisées par les mêmes altérations pathologiques. BnESCHETlesregardecomme des anévrysmes des artères du tissu osseux, et Scarpa, comme des anévrysmes par anastomose du même tissu.

Pearson (6) a communiqué la première observation que nous ayons sur ces tumeurs ; après lui elles ont été signalées ! par Scarpa (7). Dans ces derniers temps Lallemand (8) cnapubliéune observation. Breschel(9 ) afait de nouvelles recherches sur ce sujet : il a publié l’histoire de la formation

(1) Medico-chirurg. Transactions, vol. Il, page 1.

(3) Même journal, vol. IX, page 303 ; — vol. VI, page 111.

(3) Répert. d’anatomie et de physiologie, T. VI, page 331 .

(4) Duwing, The Lancet, avril 1839, vol 11 page, 337.

(5) Archives générales de médecine, avril 1835.

(6) Medical Communications, vol. II, Lond. , 1790, page 95.

(7) Traduit par Delpech, page 463.

(8) Répertoire d’anatomie et de physiologie, 1836 T. II,

(9) Même Répertoire, même volume, page 143.

et du développement de ces tumeurs, et a donné plusieurs observations prises dans la pratique de Dupuytren. Enfin Scarpa (l) a soumis cette affection i des recherches plus nombreuses et plus exactes.

1366. En un pointquelconque du système osseux , mais plus fréquemment aux extrémités articulaires des os longs , on voit apparaître une tumeur plus ou moins douloureuse , qui , sous l’influence du repos , diminue ou même disparaît momentanément pour ensuite s’accroître avec plus de vigueur. Cette tumeur se forme et se développe souvent avec rapidité sans aucune cause connue ; souvent on la voit naître à la suite d’une contusion , et prendre un accroissement plus ou moins rapide. Dès que la tumeur a paru, les veines se tuméfient, deviennent variqueuses sur toute l’étendue du membre, qui prend une couleur rouge bleuâtre. Bientôt la tumeur offre des pulsations qui au commencement sont obscures , mais qui plus tard sont aussi manifestes que celles d’un anévrysme. Ces pulsations sont isochrones avec le battement des artères; on n’y perçoit aucun bruit particulier; et, lorsque la tumeur a pris un certain développement, elle fait saillie dans tous les points de la circonférence de l’os. La pression exercée au-dessus d’elle sur le tronc artériel principal fait cesser les battemens et la tuméfaction ; mais ils reparaissent dès que la compression est levée. — Le malade éprouve une douleur permanente dans tout le membre affecté , qui se tuméfie ou s'atrophie ; ses mouvemens sont empêchés dans toutes les articulations, ou seulement dans celle près de laquelle siège le mal. Si on comprime la tumeur avec les doigts, on sent souvent en certains endroits une crépitation analogue à celle que l’on détermine en frottant un morceau de parchemin ou en cassant une coquille d’œuf. Lorsque l’os est altéré dans toute son épaisseur, on peut y déterminer des mouvemens dans tous les sens (2). Lorsque la maladie se développe sur le trajet d’une artère volumineuse, on peut ordinairement suivre le trajet de cette dernière à la surface de la tumeur.

1367. En examinant cette tumeur après la mort ou après l’amputation de la partie affectée , on trouve que les vaisseaux principaux sont parfaitement intacts dans toute leur étendue ; l’injection et l’examen le plus attentif ne démontrent aucune trace de lésion dans toute leur continuité. La tumeur étant ouverte , l’état de son intérieur offre un aspect variable suivant que le mal est plus ou moins développé. Lorsque l’os est altéré dans toute son épaisseur , on trouve un sac anévrysmal dont les parois sont épaisses, souvent cartilagineuses, et formées par le périoste; il contient un grand nombre de couches fibreuses analogues à celles que l’on rencontre dans les sacs anévrysmaux ordinaires; dans l’épaisseur de ces couches on reconnaît les débris de l’os qui a été

(1) Annal! univcrsali di medicina, mal et juin 1830.

(3) Chelius , Lehre von den Schwammigen Auswiichsen der harten Hirnhaut und des Scbaedels. Heidelb., 1831 1" observ., page 43.

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détruit. La surface interne de ce sac est floconneuse, irrégulière, analogue, jusqu’à un certain point, à la surface du placenta qui adhère à l’utérus ; on la voit criblée de petites ouvertures de vaisseaux ; lorsqu’on fait une injection , une partie du liquide s’épanche dans le sac à travers ces ouvertures.

Lorsque l’affection est moins avancée, on trouve encore la table externe de l’os ; mais elle est trèsamincie , trouée en certains endroits, en quelques points opposant peu de résistance à la pression du doigt; elle se déprime pour se relever aussitôt après la pression, comme le ferait un disque cartilagineux; d’autres fois elle se brise comme une coquille d’œuf, ou a toujours trouvé l’articulation voisine saine alors même qu’elle n’était séparée du mal que par son cartilage articulaire complètement séparé de l’os. Dans la cavité creusée dans l’os se trouve un coagulum fibreux ; quelquefois le sac offre plusieurs cavités remplies de la même matière : chacune de ses cavités cerrespond à une des artères du sac. — A la surface externe de la tumeur les artères sont nombreuses et considérablement dilatées; tout autour du sac et dans une assez grande étendue , les vaisseaux montrent la même altération.

1368. Ces tumeurs peuvent se développer dans tous les os, et quelquefois on les a vues affecter plusieurs os d’un même individu. On les a rencontrées au crâne, au tronc, aux extrémités, mais plus souvent à la partie supérieure de la jambe, au-dessous du genou, au tibia ou au péroné isolément, et sur ces deux os à la fois (Pearson, Lallemand, Dupeytren ) , mais presque jamais au centre d’un os long. Les causes déterminantes de ces tumeurs sont souvent des violences extérieures, un coup, une chute, un effort violent , etc. , à la suite desquelles le malade entend un craquement, dans la partie où le mal se développera plus tard; cependant le temps qui s’écoule entre le moment où la cause a agi et celui où le mal se développe est très-grand, et, pendant ce long intervalle, le malade nfèprouve souvent aucune espèce de douleurs, et, s’il en ressent, elles sont peu fortes et passagères. — Lallemand a vu cette affection survenir à la suite d’une tuméfaction rhumatismale du genou. En général le dévelopde ces tumeurs est lié à une cause interne générale, car souvent nous les voyons survenir sans cause appréciable ; d’autres fois on en voit plusieurs sur le même individu; mais ce qui surtout appuie cette opinion c’est que , après l’amputation du membre où une première tumeur siégeait, on en voit une nouvelle se développer ailleurs. Ces différentes raisons nous autorisent à dire que c’est à tort qu’on a rangé ces tumeurs, comme BRESCHETl’a fait, dans la même catégorie que les tumeurs érectiles , qui sont toujours une affection purement locale dès leur début , et restent toujours une affection locale pendant tout le temps de leur développement, tandis que celte maladie des os est ordinairement liée à une affection générale.

1369. Cette altération de l’os parait avoir été toujours précédée d’une inflammation qui a modifié la nutrition de l’os, ramolli sa substance, favorisé l’ab-

sorption de ses parties solides , déterminé la forma» tion de nouveaux vaisseaux et le développement de ceux qui existaient, amené l’épanchement de sang, et causé la destruction complète de l’os. Tous les observateurs admettent que cette maladie se développe au centre de l’os, et marche vers sa périphérie, et les autopsies dans lesquelles on a trouvé le mal entouré d’une coque osseuse, mince, friable, formée par la lame externe de l’os , confirment celte opinion. Des recherches ultérieures nous apprendront si cette maladie ne peut pas se développer primitivement dans la lame externe et dans le périoste, et si ce ne serait pas une affection organique de l’os qui serait compliquée de tumeur érectile.

1370. Pour le traitement de cetle affection, on a, dans certains cas, mais sans aucun résultat, mis en usage des applications de diverses espèces : des sangsues, des frictions’, le mercure lorsqu’on a eu quelques raisons de croire à une maladie syphilitique; mais tous ces moyens n’ont amené à aucun résultat. Un traitement antiphlogistique sévère et longtemps prolongé , combiné avec le traitement de la cause lorsqu’elle est connue, pourrait peut-être enrayer la marche de la maladie mais, si la maladie a atteint uncerlaindegrédedéveloppement, l’expérience

a démontré que la ligature des artères , lorsque pa position de la tumeur le permet, etl'extirpation sont les seuls moyens qui puissent amener la guérison. . 1371. La ligature du tronc artériel principal qui alimente la tumeur laissera des espérances d’autant plus fondées qu’elle sera pratiquée plus tôt, c’est-àdire avant que les os aient été profondément altérés. L’observation de Lallemand prouve que ce moyen peut amener une guérison durable. Dans les cas où l’altération de l’os est avancée, la ligature peut faire diminuer la tumeur, et faire cesser les accidens qui tiennent à l’anévrysme ; mais la maladie du tissu osseux continue de faire des progrès. C’est ce que démontre l’observation de Dupuytren dans laquelle on fit la ligature pour une maladie de ce genre affectant la partie supérieure du tibia : les accidens dus à l’anévrysme disparurent pour ne plus revenir ; mais l’affection de l’os continua de faire des progrès, au point que sept ans après la ligature, on fut obligé de faire l’amputation. Dans tous les cas où l’altération de l’os est avancée l’amputation est le seul moyen que l’on doive mettre en usage : cependant on ne doit point perdre de vue que , si le mal lient à une affection générale, l’amputation ne met pas à l’abri d’une récidive ; car, dans l’observation publiée par Scarpa , on voit que , après l’amputation , l’opéré jouit d’une santé parfaite pendant cinq ans , et que , au bout de ce temps , le mal reparut dans le moignon sans aucune cause déterminante.

DES VARICES EN GÉNÉRAL

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