RÉTRÉCISSEMENT DU CANAL DE LÜRÉTRE
progrès , attaque les canaux excréteurs du sperme ; les vésicules spermatiques se distendent; les testicules se tuméfient; l’éjaculation arrive presque aussitôt le coït commencé ; elle se fait sans aucune force expultrice , et souvent elle n’a lieu que lorsque l’érection a cessé ; le malade a souvent des pollutions nocturnes. — Le mal augmentant, l’éjaculation a lieu pendant les demi-érections, et plus tard le sperme s’écoule sans que le malade éprouve la moindre sensation pendant qu’il fait des efforts pour expulser les dernières gouttes d’urine, ou pour aller à la selle; enfin l’altération de la muqueuse gagne la vessie , dont les parois s’épaississent considérablement; elle peut aussi exercer son influence sur les uretères et les bassinets , qui se distendent outre mesure. A cette période de la maladie l’état général souffre notablement , les fonctions digestives sont plus ou moins troublées, et la maigreur survient ; le malade a souvent des accès do fièvre irréguliers, tantôt avec de vives céphalalgies et une chaleur excessive , tantôt avec frisson et sueur, sans chaleur appréciable , d’autres fois avec frisson , chaleur vive et sueurs abondantes.
1494. Le rétrécissement de l’urètre est toujours précédé et suivi d’une inflammation chronique de la membrane muqueuse , qui se tuméfie , s’épaissit, et perd son extensibilité normale. Dans beaucoup de cas la cause directe de cette affection est inconnue. On la rencontre souvent à la suite des blennorrhagies, surtout lorsqu’elles sont anciennes , et qu’elles ont été mal traitées ; néanmoins les circonstances dans lesquelles l’urètre affectée de blennorrhagie doit se trouver pour être prise de rétrécissement nous sont tout à fait inconnues ; car nous voyons celle affection à la suite des écoulements légers tout aussi bien qu’après les écoulements très-abondants, qu’ils aient été traités par injections ou sans injections ; il n’cst par rare non plus de voir les rétrécissements se déclarer après un temps très-long, quelquefois trente ou quarante ans après la disparition de l’écoulement. Le siège de l'obstacle et son étendue ne répondent pas toujours au siège de la blennorrhagie ni à l’étendue de l’altération de la muqueuse. Les inflammations scrofuleuses et arthritiques de l’urètre , l’onanisme longtemps prolongé, les chocs extérieurs qui rencontrent le canal , les douleurs que déterminent un calcul vésical, surtout chez les vieillards , peuvent être autant de causes de rétrécissement. Les climats chauds paraissent favoriser son développement plus que les climats froids. La tuméfaction des vaisseaux de l’urètre et des tumeurs qui peuvent se former dans son voisinage peuvent aussi le déterminer.
1495. Les rétrécissements sontle plus ordinairement situés à quatre pouces et demi ou cinq pouces et demi de l’orifice du canal, rarement ailleurs. Le rétrécissement est, suivant son ancienneté, plus ou moins dur, blanc, régulièrement fibreux, ordinairement de peu d’étendue, dépassant rarement une ligne de hauteur , étreignant circulairement le canal de l’urètre comme le ferait un cordon forte-
ment serré ; assez souvent cependant l’altération occupe une plus grande étendue, mais il n’est pas partout régulier , et le canal alors forme plusieurs courbures anormales. Celte forme de rétrécissement paraitlenirà une série d’inflammations vives, qui, ayant exercé leur action sur les corps spongieux de l’urètre, y ont déterminé des épaississements et des indurations. 11 n’est pas rare de rencontrer plusieurs rétrécissements à la fois. Le rétrécissement n’envahit pas toujours toute la circonférence de l’urètre : tantôt il offre la forme d’une valvule, tantôt la forme d’un ruban,* tantôt il a lieu en rayonnant, et quelquefois il est longitudinal par rapport au canal. Quelquefois on rencontre des rétrécissements qui , à leur centre , offrent un point ulcéré. Il est très-rare de trouver des rétrécissements qui obstruent complètement l’urètre; mais, lorsqu’un rétrécissement existe depuis très-longtemps, on trouve que la portion de la muqueuse qui est située en avant est contractée et plissée. Les caroncules ou excroissances de la muqueuse de l’urètre , que l’on regardait autrefois comme la cause ordinaire des rétrécissements, et que l’on confondait presque toujours avec cette dernière affection , sont extrêmement rares. Quelquefois on les rencontre agglomérées en arrière du rétrécissement. Quelques praticiens prétendent qu’on ne les rencontre jamais dans la partie postérieure de l’urètre, mais toujours dans sa partie antérieure. Le plus souvent elles ressemblent à ces petites excroissances que l’on trouve souvent sur le gland et sur le prépuce. Chez un malade qui avait eu souvent des blennorrhagies j’ai vu le canal de l’urètre, depuis la fosse naviculaire jusqu’à un, pouce en arrière, être rempli de petites excrois-’ sances rondes.
Ilunter (p. 276) distingue dans les rétrécissements trois états différents : 1° le rétrécissement permanent dû à une altération de la muqueuse de l’urètre ; 2o un état mixte de rétrécissement et permanent de rétrécissement spasmodique ; 3° un rétrécissement purement spasmodique. La possibilité de ce dernier état est basée sur ce que la membrane interne de l’urètre aurait une structure musculeuse qui lui donnerait la propriété de se contracter et de se relâcher ; mais cette opinion est refutée par des recheches qui démontrent que la muqueuse est entourée d’un tissu purement érectile , et ne jouit d’aucune des propriétés du tissu musculeux (1). Bell (p. 78 , 96) , qui ne considère l’urètre que comme un canal élastique , pense que certains phénomènes qu’on rencontre dans les rétrécissements sont dus uniquement à l’action des muscles du périnée qui entourent le col de la vessie et une partie du canal de l’urètre. Quelque fondée que puisse être cette opinion , on ne saurait refuser au canal de l’urètre une certaine propriété contractile dont jouissent la majeure partie des conduits excréteurs , qui , ne possédant aucun tissu musculeux, reçoivent de nombreux vaisseaux ; et d’ailleurs on ne saurait nier cette propriété sans désigner sous le nom de rétrécissement spasmodique autre chose qu’un rétrécissement dû à une violente inflammation (avec
(1) Shaw , Médico-chirurgical Transactions ; vol. X, part. II, pag. 339.