‹ Traité de chirurgie [electronic resource]Chapitre 262 sur 444 · III. Rétention d'urine · texte numérisé non relu

III. Rétention d'urine

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1590. Ou désigne sous le nom de rétention d’urine [ischuria) un état pathologique dans lequel l’émission de l’uriue est empèehee par un obstacle quelconque ayant son siège dans l’un des organes destinés à son excrétion. Cet obstacle peut être dans

(1) Delpech, Précis élémentaire, vol. 11, pag. 272.

(2) Bichter, Anlangsgründe, part. V, g 125, 127.

les reins, dans les uretères dans la vessie ou dans l’urètre. De là les dénominations de ischuria renalis , ureterica , vesicalis , urethralis. — La rétention de l’urine peut être complète ; elle peut être incomplète ; mais son émission ne se fait qu’avec de vives douleurs ( dysurie ) , et elle peut n’avoir lieu que goutte à goutte ( strangurie ).

Nous avons traité plus haut ( § 1466 ) de la rétention d’urine par imperforation du canal de l’urètre.

11 ne faut pas confondre la rétention d’urine avec la suppression de la sécrétion de ce liquide ( anuriu , sappressio urinœ ) due à une altération locale des reins, ou à une maladie générale.

Abercrombie , Edinburg medical and surgical Journal , n» LXYII, avril 1821.

1591. La rétention d’urine dans les canaux excréteurs et dans les reins peut être causée par un corps étranger qui intercepte le passage du liquide; ces corps étrangers sont des calculs, des hydalides, des caillots de sang, du pus , des vers. Elle peut encore être le résultat de l’inflammation , de la tuméfaction chronique ou du spasme des voies urinaires ; enfin on l’a vue déterminée par des tumeurs qui comprimaient les canaux excréteurs. Il est rare de rencontrer des deux côtés à la fois un obstacle au cours de l’urine dans les uretères ; aussi voit-on rarement que , dans ces cas , la rétention est parfaite. Enfin l’émission de l’urine peut être interrompue d’une manière complète ou incomplète.

1592. Les signes qui décèlent la rétention d’urine dans les uretères sont douteux. Le malade accuse des douleurs plus ou moins vives , poignantes , lancinantes, s’étendant de la région du rein vers le bassin, et augmentant à chaque mouvement. Rien n’indique que l’urine, dont l’excrétion est peu abondante, s’amasse dans la vessie. Seulement on peut présumer que les uretères sont obstrués par un calcul lorsque le malade a déjà rendu des graviers dans ses urines ; lorsque , à la suite de douleurs dans la région des reins , il a senti cette douleur descendre dans le bassin , s’arrêter et se fixer en un point quelle n’abandonne pas , et qu’il éprouve , dans les côtés du bassin, un sentiment de tension et de pesanteur. La dilatation des uretères au-dessus de l’obstacle se fait peu à peu, et devient très-considérable, sans qu’on puisse extérieurement sentir aucune tumeur. Plus lard l'urine s’amasse dans les reins, et peut les distendre au point de leur faire acquérir deux ou trois fois leur volume normal. Lorsque l’obstacle se trouve d’un seul côté , l’affection peut exister pendant longtemps sans déterminer aucun accident particulier; car, dans ces cas, on voit le rein du côté opposé sécréter en plus grande abondance ; de sorte que la quantité d’urine excrétée est toujours à peu près la même. Les accidents que peut produire la rétention d’urine dans les uretères sont: l’absence de toute excrétion urinaire, certains phénomènes généraux qui ne tardent pas à se développer ; l’inflammation, la suppuration des uretères et des reins, leur perforation , et par suite des infiltrations urineuses dans le tissu cellulaire „

RÉTENTION d’üRINE.

des fistules urinaires, on des épanchements mortels dans le péritoine.

1 593. Quant au traitement de cette affection , on doit se bornera l’emploi des antiphlogistiques, aux saignées, auxlavements émollients, aux bains, aux fomentations, etc., lorsque les douleurs sont vives et qu’il existe des accidents inflammatoires. Dans le cas où ces accidents n’existeraient pas, l’équitation, les vomitifs, peuvent être recommandés avec avantage pour faciliter la descente du calcul de l’uretère dans la vessie.

1594. Lorsque l’urine est arrêtée dans la vessie, plusieurs accidents peuvent survenir, suivant la durée et l’intensité de l’affection. Le malade éprouve un besoin incessant d’uriner sans qu’il puisse rendre une goutte d’urine ; de la pesanteur et de la tension dans le bas-ventre et au périnée; au-dessus des pubis on sent une tumeur élastique . fluctuante dans le principe , et qui s’étend quelquefois jusqu’à l’ombilic, le plus souvent sur la ligne médiane de l’abdomen , mais qu’il n’est pas rare de voir inclinée d’un côté ou de l’autre. Comme la vessie se dilate surtout selon son diamètre vertical , son bas-fond distendu s’enfonce vers le périnée , comprime le vagin chez la femme , et le rectum chez l’homme ; et le toucher pratiqué par l’une de ces voies fait reconnaître la présence d’une tumeur élastique , fluctuante. Souvent la vessie ne peut acquérir un volume considérable à cause de la rigidité de ses membranes. Chez les personnes douées d’un grand embonpoint la présence de la tumeur formée par la vessie distendue ne peut pas être reconnue avec facilité.

Un signe important , qui manque rarement , et qu’on peut obtenir même chez les personnes très-grasses , est celui que fournit la percussion médiate : pratiquée en effet de l’appendice xipboïde jusqu’au-dessous de l’ombilic en suivant la ligne blanche , et d’une crête iliaque vers celle du côté opposé, la percussion fait découvrir de la matité dans toute, la région occupée par la vessie ; le. son clair abdominal que l’on détermine par ce moyen tout autour de la vessie sert à limiter parfaitement cet organe. — Un autre signe que l’on regarde comme pathognomonique est celui que l’on obtient en introduisant le doigt indicateur de la main droite dans le vagin , et chez l'homme dans le rectum , en même temps qu’on applique la main gauche à plat sur l’hypogastre; élevant et abaissant alternativement la main droite et la main gauche , on sent , de la manière la plus évidente, le ballottement du liquide et de la poche qui le contient. ( Note du traducteur .)

1595. Lorsque l’urine n’est pas évacuée par l’urètre, et que son accumulation augmente de jour en jour, la maladie peut se terminer de diverses manières. La vessie distendue outre mesure peut être frappée de gangrène en plusieurs points, et le liquide qu’elle contient se répandre dans le tissu cellulaire ambiant , et former des fistules urinaires; dans d’aulres cas l'urine extravasée peut donner lieu à une inflammation gangréneuse des viscères de l'abdomen , laquelle est toujours mortelle. — La vessie peut être prise d’une vjte inflammation ,

qui s’étend au péritoine et aux viscères abdomL naux. — Quelquefois, la vessie ayant atteint son plus haut degré de distension , les uretères se dilatent jusqu’aux reins, phénomène que quelques personnes ont mis en doute à cause de l’obliquité de l’ouverture de ces canaux dans la vessie. L’influence de l’urine sur toute l’économie ne tarde pas à se faire sentir; on voit en effet survenir une fièvre violente, les forces abandonner le malade, son pouls s’accélérer d’une manière extraordinaire, sa langue se dessécher, enfin la somnolence, le délire ; toutes les sécrétions prennent une odeur urineuse remarquable. Souvent le malade est pris de vomissements d’une matière Iransparenle ayant l’odeur urineuse , et la mort ne tarde pas à venir le frapper; on a vu l’ouraque s’ouvrir, et l’uriue sortir par l’ombilic (1).

1596. Lorsque la rétention d’urine se forme lentement, c'est-à-dire lorsque, pendant un certain temps, l’urine s’écoule en partie, et que la vessie est constamment pleine, les accidents ne sont ni aussi prompts ni aussi graves. L’urine s’altère , détermine une inflammation chronique de la vessie, et surtout de sa muqueuse, dont la sécrétion est modifiée. La santé du malade souffre , les fonctions digestives sont troublées; le système musculaire devient flasque , et perd son énergie ; le malade est souvent pris d’accès fébriles. Les parois de la vessie s’épaississent souvent, et, à travers leurs fibres musculeuses qui s’écartent, il se forme des enfoncements sacciformes.

Ces enfoncements sacciformes sont le premier degré de9 perforations spontanées de la vessie, qui ont été très-bien décrites par Mercier (2), et que les auteurs ont regardées comme produites par le bec des sondes. La muqueuse qui les tapisse se continue parfaitement avec celle delà vessie, dont elle offre tous les caractères ; tantôt cette muqueuse est en contact immédiat avec le péritoine , et tantôt elle en est encore séparée par une épaisseur variable du tissu cellulaire. C’est surtout sur les côtés et à la partie inférieure de la paroi postérieure de la vessie, au-dessus des orifices des uretères , que s'observent ces petits cnls-desac. — Souvent, au bout d’un certain temps, la muqueuse s’érode au fond de ces cellules d’où résultent des épanchements d’urine. Mercier pense que la rétention d’urine et les efforts de la vessie pour l’expulser sont les causes premières de ces perforations; — qu’il peut se faire que les contractions de la vessie scient assez fortes pour pousser la muqueuse qui tapisse ces cellules au-dela de son extensibilité , et en déterminer la rupture , après y avoir ou même sans y avoir produit préalablement une inflammation ulcérative ; — que le fond de ces petites cavités n’étant pas contractile , et leur orifice ayant la propriété de se resserrer, puisqu’il est bordé de faisceaux musculaires, l’urine ne s’y renouvelle que difficilement, s’y altère , et y détermine une inflammation ; — que parfois enfin il s’y dépose des graviers , il s’y forme des calculs , qui , augmentant peu à peu , dilatent le fond de ces cellules sans augmenter le diamètre de leur orifice de manière à s’y trouver enchatonnés , et que dès lors on conçoit comment ces

(1) Walthcr, Krankheiten der Nieren, § 58 , pag. 38 , pl. XI.

(2) Gazette médicale, T. III (2e série), 1835, pag. 312.

RÉTENTION d'uRINE.

calculs peuvent amenêr une inflammation, et par suite une 11 perforation. — Le pus qui se forme par suite de cette perforation peut se répandre dans le tissu cellulaire sous-péritonéal, et y former Un ou plusieurs alicès, qui s’ouvrent dans le péritoine, tantôt avant d’avoir déterminé des adhérences, et alors la maladieest assez rapidement mortelle, tantôt après avoir déterminé des adhérences qui circonscrivent le pus épanché qui doune lieu à une péritonite partielle-, dont les suites funestes sont moins promptes que , dans les cas précédents. — D’autres fois l’abcès vient s’ouvrir dansle canal intestinal, dans les parois de l’abdomen, dans l’aine, etc. , et ne détermine la mort que d’une manière pour ainsi dire consécutive ; on a vu, dans ces cas, l’abcès se terminer par une fistule urinaire.

( Note du traducteur.)

I 1597. Les causes de la rétention d’urine dans la i vessie sont lu la paralysie de la vessie; 2° l’inflam- J malion ; 3° les spastnes ; 4° l'obstruction du canal de l’urètre par des corps étrangers venus du dehors, par des calculs , des caillots de sang, etc., par la tuméfaction et l’induration de la prostate , par des excroissances au col de la vessio , par la pression qu’exerce l’utérus pendant la grossesse , par la pesanteur de différents viscères indurés , enfin par d.es rétrécissements.

1598. Vischurie paralytique survient ordinairement avec lenteur ; peu à peu l’émission de l’urine perd sa force ; peu de temps après avoir uriné, les malades en éprouvent de nouveau le besoin pressant, qu’ils ne peuvent satisfaire qu’avec les ! plus violents efforts. Ces accidenls augmentent peu à peu ; le malade finit par lâcher involontairement ses urines , et tous les efforts qu’il fait ne peuvent augmenter la force du jet du liquide; plus tard enfin l'émission des urines est complètement suspendue. La vessie distendue forme au-dessus des pubis la tumeur dont nous avons parlé § 1594 ; elle est presque indolente, et acquiert souvent un volume si considérable qu’on pourrait la confondre avec une grossesse ou avec une ascite ; l’erreur est d’autant plus possible qu’il arrive quelquefois que le malade conserve la faculté de rendre chaque jour, avec des efforts très-grands, une certaine quantité d’urine sans que la tumeur formée par la vessie paraisse diminuer. Si on comprime fortement la région hypogastrique, il s’écoule quelques gouttes d’urine par l’urètre.

Quelquefois l’ischurie paralytique survient rapidement à la suite des accidents violents que détermine un étal spasmodique ou inflammatoire du col de la vessie : dans ces cas la paralysie survient parce que de prompts secours ne sont pas venus empêcher une distension trop grande et trop rapide des parois de la vessie. Un peu plus tard il survient une sécrétion muqueuse abondante et un épaississement de la membrane interne de la vessie , la prostate est refoulée en bas et en avant, etc. Cette espèce de paralysie de la vessie se rencontre plus souvent chez les vieillards, et surtout chez ceux qui ont souffert de la goutte ou du rhumatisme.

1599. Lorsque la vessie a, par suite de celte affection, acquis un très-grand volume, la pression

des muscles abdominaux et des viscères s’oppose à un plus grand développement, il s’échappe toujours quelques gouttes d’urine ; mais la vessie ne se perfore pas. On voit souvent survenir des accidenls inflammatoires, des douleurs plus ou moins vives dans les régions lombaires, une sensibilité très-vive de l’abdomen, des hoquets, des vomissements, et une fièvre intense. L’émission de l’urine est alors complètement suspendue, et la vessie peut se distendre au point de se gaugréner et de se déchirer ; mais cette terminaison est rare,

Oestcrlen (1) divise l’isch nrie paralytique en iscliuriè partielle dans laquelle il y a faiblesse du corps de la vessie et des muscles de l’abdomen , et en ischurie yèncrale , dans laquelle il y a paralysie et du corps de la vessie et de ses muscles obturateurs.

1600. Cette rétention d’urine affecte parliculiè1 renient les vieillards ; elle est le résultat de la perle de la faculté contractile de la vessie, qui accompagne dans un âge avancé l’abolition de la contractilité musculaire généraleiElle peulélredélerminée par toutes les causes qui ont pour effet d’affaiblir le système nerveux , telles qu’une vie déréglée , l’affection syphilitique, la masturbation, etc. La mauvaise habitude de retenir trop longtemps les urines la détermine souvent chez les personnes qui mènent une vie sédentaire, qui se livrent à des travaux pénibles, et qui laissent souvent se passer l’envie d’uriner sans y satisfaire. Elle peut encore être le résultat d'une commotion et d’une paralysie de la partie inférieure de la moelle épinière et des nerfs sacrés, enfin d’une affection organique de la moelle épinière ; on la rencontre souvent dans les fièvres nerveuses.

1 601. Le pronostic se lire du degré de la durée, de la cause de l’alfecliou et de l’âge du malade. Assez facile à guérir chez les adultes, elle est d’autant plus rebelle que l’individu est plus avancé en âge. Si la maladie résulte d’une lésion de la moelle épinière ou des nerfs sacrés , le pronostic sera le même que pour cette lésion.

1602. Le traitement de l’isehurie paralytique consiste à évacuer le liquide amassé dans la vessie, et à rappeler les facultés contractiles de cet organe. Les moyens que l'on emploierait pour remplir cette dernière indication resteraient sans effet si on négligeait la première.

1603. On doit, à l’aide de la sonde, évacuer l'urine contenue dans la vessie aussi souvent qu’il est nécessaire pour empêcher cet organe de se distendre. Ou peut sonder le malade aussi souvent que le réclame sou état, ou bien laisser à demeure une sonde élastique : ce dernier moyen est préférable quand ou a affaire à un malade peu soigneux ; car l’urine s’amasse souvent avec une grande promptitude, et la vessie peut être rapidement distendue. Daus cette espèce de rétention d’urine l’inlroduc-* lion de la sonde se fait toujours avec facilité, et en

(1) Heidelberg klinische Ànnaleu , vol. VIII, pag, 421,

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