‹ Traité de chirurgie [electronic resource]Chapitre 279 sur 444 · CONCRÉTIONS PIERREUSES FORMÉES DANS LES LIQUIDES · texte numérisé non relu

CONCRÉTIONS PIERREUSES FORMÉES DANS LES LIQUIDES

1780. Il peut se former des concrétions pierreuses dans les différens liquides de notre économie ( surtout dans l’urine , la bile , la salive , dans les matières fécales, etc. ) lorsqu’ils sont retenus pendant un certain temps dans leurs conduits et leurs réservoirs , ou lorsque , par suite de la constitution , d’un état maladif, du genre de vie , de l’influence du climat, de la nature des alimens , etc. , ils ont subi quelque modification dans leur qualité ou leur quantité. Souvent il suffit qu’un corps étranger soit mis en contact avec ces liquides pour

UES CALCULS URINAIRES

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que leurs parties constituantes s'attachent après lui , et l’enveloppent par suite d’une espèce d’incrustation. Les phénomènes auxquels ces concrétions donnent lieu varient suivant leur position , leur forme, leur volume et leur nombre. Le traitement qu’on met en usage contre elles consiste à les détruire en place , ou à les extraire.

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1781. Les précipilés qui se forment dans l’urine sont ou pulvérulens (soit amorphes, soit cristallisés (graviers)) , ou réunis eu masses plus considérables ( calculs ).

1782. Dès les temps les plus anciens les opinions les plus diverses ont été émises sur le mode de formation de ces concrétions ; mais ces opinions n’ont acquis une base solide que par suite des progrès de la chimie et des recherches de Scheele, Wollaston, Focrcroy, Vàuqüelin , Brande , Marcet , Magendie , Fucus , etc. Nous n’allons ici exposer que les théories proposées par les modernes pour servir à l'explication de la formation des calculs urinaires.

Wukzer a exposé dans son ouvrage (1) les théories principales des médecins et naturaliste anciens.

1783. Magendie, qui s’est occupé plus spécialement des calculs formés par l’acide urique , pense qu’ils sont produits soit par l'augmentation absolue de la quantité de l’acide urique , soit la diminution de la quantité de l'urine et de l’abaissement de la température , la quantité d'acide urique restant la même , et alors l acide urique se précipite soit sous forme pulvérulente, soit sous forme de calculs s’il s’y joint un moyen d'agglulinalion. La quantité d'acide qrique est augmentée par l’usage d’aliments riches en azote, du vin, des liqueurs fortes, par le manque d’exercice , etc. La quantité d'urine est diminuée ( la quantité d’acide urique restant la même ) par des sueurs copieuses; sa température diminue dans un âge avancé : aussi la gravelle est-elle fréquente dans la vieillesse. Ces mêmes circonstances favorisent aussi le développement de la goutte : de là le rapport intime qui existe entre ces deux maladies.

1784. Walther admet, outre la formation d’une plus grande quantité d’acide urique, un

(1) Progr. de analysi chimlcà calculi renalls. Marburg ,

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changement dans sa qualité ou du moins dans son degré d’oxydation , et la sécrétion d’une quantité plus ou moins considérable de matière agglutinante. Ces trois circonstances doivent résulter de l’action vitale qu'exercent les organes urinaires sur le liquide qu’ils renferment , et cette action , qui produit la lithogénie , est sinon une inflammation de la muqueuse des voies urinaires, comme le pensait Austin, du moins un état analogue. A la suite de cette irritation est sécrétée en plus grande quantité la matière agglutinante, qui, liant ensemble les molécules précipitées d’acide urique suroxygéné , forme ainsi le noyau du calcul : sans elle le précipité reste sablonneux; elle sert aussi à empêcher la cristallisation des matières salines , de sorte qu il n’y a guère que le phosphate double d’ammoniaque et de magnésie qu’on rencontre dans les calculs à l'étal cristallisé. La lithogénie semble être un intermédiaire entre la cristallisation des corps inorganiques et la formation des corps organiques, mais elle se rapproche davantage de cette dernière. Les calculs sont caractérisés par leur texture organique , et leur formation peut être comparée , jusqu’à un certain point, à celle des indurations et des squirrhes.

Walther distingue des incrustations urinaires autour de corps étrangers qui se forment dans l’urine comme dans toute solution saline où la présence d'un corps étranger favorise la cristallisation ( c'est ainsi que la plupart des calculs urinaires sont recouverts d’une couche de phosphate de chaux), et des concrétions urinaires qui se forment de la manière déjà indiquée. Quant aux différentes espèces de calculs urinaires, il regarde une diminution de la quantité d'hydrogène dans l’urine comme condilion constante de la production des calculs formés soit d’urates, soit d’oxalales : si en même temps la quantité d’azote se trouve augmentée, on aura la première espèce; si au contraire il y a diminution de la quantité d’azote , il se formera des oxalates. De même qu’il y a une liaison intime entre la formation de calculs composés d’acide urique et la goutte, de même il en existe une entre les calculs formés par des phosphates et les maladies du système osseux.

1785. Wetzlar a cherché à réfuter ces deux théories : il soutient contre Magendie que , bien que l’augmentation absolue ou relative de la quantité d’acide urique dans l'uriue puisse produire la gravelle , cependant on voit se former des calculs d’acide urique dans des conditions qui ne peuvent pas augmenter la quantité de cet acide; et d’un autre côté, il ne se forme pas de précipité dans des cas où l’urine contient beaucoup d’urale de soude : ainsi , dans les fièvres, les urines critiques ne déposent qu 'après leur refroidissement.

Wetzlar soutient contre Walther que les calculs , bien que formés par un liquide organique , ne peuvent pas être regardés comme corps organiques , conclusions que n’autoriseraient ni leur forme ni leur structure; que l’admission d’un

changement de nature de l’acide urique et celle d’une affection particulière des voies urinaires ne sont que des hypothèses ; que la formation d’uae plus grande quantité d’acide urique n’est pas la condition nécessaire de la lithogénie , puisque son augmentation n’en cause pas la précipitation ; que la quantité normale de cet acide suffit à la lithogénie ; que la présence dans l’urine d’acide urique libre , regardée jusqu’à présent comme l’état normal , est un état pathologique , et la véritable cause de la formation des calculs. Il pense que l’acide urique est uni à la soude, tandis que l’acide lactique faible est libre dans l’urine ; mais que , si l’acide lactique est sécrété à un état plus fort, il décompose l’urate de soude, et précipite l'acide urique. Prout avait déjà émis une opinion semblable , c’est-à-dire que l’acide urique se trouve uni à l’ammoniaque, et peut être précipité par la présence d’un nouvel acide.

Bien que Magendie n’admette pas le passage des acides dans l’urine , Wetzlar croit cependant que l’usage des boissons acides, de bière aigre, de mauvais vin ^ la sécrétion morbide d’acides dans les premières voies, qui a surtout lieu chez les enfans, peuvent produire l’acidité générale des humeurs ; acide qui peut aussi être le résultat de la diminution de la quantité relative d’un autre élément , comme , par exemple, de l’hydrogène. Il regarde la sécrétion de l’urine dans les reins comme résultant d’un acte d’oxydation ou de combustion, qui, lorsqu’il s’accélère et devient plus énergique, est suivi de la production d’un acide lactique pl us concentré qui précipite l’acide urique; il pense que l’irritation inflammatoire des organes urinaires , admise par Austin et Walther, peut, dans quelques cas , être la cause de la fixation de l’oxygène, et produire ainsi la lilhogénie. Il ne croit pas nécessaire d’admettre la présence d’une matière agglutinante ; la formation des calculs a toujours lieu fort lentement, et l’on conçoit facilement que les molécules d’acide urique trouvent à leur portée, à mesure qu’elles se précipitent, le mucus nécessaire à leur agglomération. Il ne voit dans ce mode de formation rien qui se rapproche du mode deformation organique; et, si les substances qui entrent dans la composition des calculs ne sont généralement pas à l’état cristallisé, il ne voit pas qu’on doive s’en étonner, et admettre, avec Walther, que la lithogénie soit un procédé organique , vu que ces mêmes substances, hors du corps humain et délivrées du mucus qui gêne leur cristallisation, montrent en général peu de tendance à se cristalliser. Enfin il attribue la formation des graviers à la présence d’une trop grande quantité d’urate de soude , lequel se précipite rapidement , et est évacué avec les urines.

1786. Pour expliquer la lilhogénèse à l’aide de nos connaissances chimiques il me paraît convenable de rechercher d’abord l’origine des substances qui seules peuvent former le noyau d’un calcul , ou le précipiter sous forme de graviers ;

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après quoi il sera moins difficile d’expliquer le dépôt de quelques autres substances autour de ce noyau déjà formé.

1787. Outre la matière animale qui sert de moyen d'agglutination , on trouve dans les calculs les subslances suivantes :

1° L’acide urique ;

2° L’urate d’ammoniaque ;

3° Le phosphate de chaux ;

4° Le phosphale double d’ammoniaque et de magnésie ;

5° L’oxalate de chaux ;

6° Le carbonate de chaux ;

7° La silice ;

8° L’oxyde cystique ;

9° L’oxyde xanthique ;

10° Le fer.

Parmi ces substances les suivantes peuvent seules former le noyau d’un calcul , et ce sont aussi elles qui forment les graviers :

1° L’acide urique ;

2° L’urate d’ammoniaque ;

3° Le phosphate double d’ammoniaque et de magnésie ;

4° L’oxalate de chaux ;

5° L'oxyde cystique.

Walther ajoute , aux dix substances que nous venons de nommer, le phosphate double d’ammoniaque et de chaux, et le phosphate acide de chaux : cependant ces deux substances me semblent epcore douteuses. Le phosphate double cl’ ammoniaque et de chaux n’augmenterait pas seulement le nombre des substances composant les calculs , mais encore celui des combinaisons de l’acide phosphorique , et il n’en a pas encore été mentionné d’autres par aucun chimiste. Quant au phosphate acide de chaux , Walther prétend qu’il est le seul capable de former des concrétions, tandis que le phosphate neutre ne se montrerait que dans l’enveloppe ; mais il est à regretter que IValther ne nous ait pas communiqué l’analyse de Fuchs ; car on comprendra difficilement que le phosphate acide de chaux puisse former des calculs , lui qui est si soluble qu’il est déliquescent à l’air. De plus le phosphate acide de chaux n’a pas encore été trouvé dans les graviers, quoiqu’on rencontre dans eux toutes les substances capables de former le noyau d’un calcul. — L’opinion de IValther , que le phosphate neutre ne se trouve que dans les couches extérieures , est contredite par les recherches de IVollaston (1) , qui a vu des calculs formés entièrement par du phosphate de chaux ; leur surface était d’un brun clair et très-unie ; leur intérieur était formé de couches concentriques régulières dont les lamelles se séparaient facilement. Marcel dit que ces calculs sont fort rares. Peut-être cette contradiction s’expliquerait-elle en supposant que ces calculs viennent de la prostate ; les concrétions prostatiques de Marcel sont composées de phosphate neutre de chaux teint par le liquide que sécrète la prostate, et en cela elles se distinguent des véritables calculs ; peut-être aussi y avait-il un noyau qui a échappé à l’œil de l’observateur. — D’après Berymann , Cramplon et Walther , le carbonate de chaux se rencontre avec les phosphates à. l’extérieur des calculs, sans être disposé par couches, et sans s’unir à l’acide urique, à l’urate d’ammoniaque %u â l’oxalate de chaux. Cependant Goebel (2) décrit un calcul

(1) Philosophical Transactions , 1797.

(2) Trommsdorff’s Journal der Phar’rhacie , Vol. VI, cah. t , pag. 198.

formé par 96,025 parties de carbonate de chaux , et 3,125 de silice avec de la matière animale.

La silice se rencontre rarement dans les calculs urinaires, et elle est toujours unie à l’acide urique et à l’oxalate de chaux. D’après Berzeiius , elle se trouve dans l’urine en petite quantité ; ce chimiste pense qu’elle est fournie par l'eau et les alimens. — La substance que Marcet nomme oxyde xanthique , et qu’il n’a rencontrée que dans un seul calcul , paraît se rapprocher de l’acide urique , et n’en est peut-être qu’une modification. — Marcet trouva dans un autre calcul une substance analogue à la fibrine du sang. Ces deux calculs étaient petits. — Le fer se rencontre uni â l’acide urique , au phosphate et au carbonate de chaux . et à l’état d’ocre. — Brugnatelli a trouvé du benzoate d’ammoniaque dans un calcul qu’il dit être très-rare , et qui était composé de petits calculs soudés ensemble ; sa couleur était grise; il avait une odeur de castoréum , et était léger, mais dur; il contenait en outre du phosphate et de l’oxalale de chaux.

Acids urique et urate d’ammoniaque.

1788. D’après les expériences de Prout et de Gmélin, il est très-probable que l’acide urique se trouve dans l’urine combiné à l’ammoniaque et non à la soude, comme le pensait Wetzlau; il paraît aussi que l’acidité de lurine est due non â de l’acide lactique ou acétique libre , mais au phosphate acide d’ammoniaque , qui tient en dissolution le phosphate de chaux (1). C’est sûrement à tort' que Wetzdar récuse les causes auxquelles Magendie attribue la précipitation de l’acide urique ; savoir : l’augmentation relative ou absolue de la quantité d’acide urique, et l’abaissement de la température de l’urine; car, lorsque l’acide urique est sécrété en si grande quantité qu’il ne puisse plus être neutralisé par l’ammoniaque , il doit se précipiter facilement , vu son peu de solubilité. Il est vrai cependant que les précipités dits critiques d’acide urique ne se forment que lors du refroidissement de l’urine , ce que l’on peut expliquer par la plus grande quantité d’ammoniaque qu’elle contient. Peut-être que la précipitation de l’acide urique par l’augmentation de sa quantité est le cas le plus rare, et a plutôt lieu dans la formation des graviers que dans celle des calculs ; tandis que plus ordinairement, et comme le pensait Prout, sa précipitation est due à la formation d’un nouvel acide libre ( phosphorique, sulfurique, hydrochlorique , carbonique, purpurique ou acétique ) , et donne lieu à la formation des calculs. Dans ce dernier cas l’acide urique se précipite, soit pur, soit avec un peu d’ammoniaque , parce que l’ammoniaque lui a été enlevé en tout ou eu partie , et nou pas , comme le pense Wetzlar, parce qu’il a été privé de la soude, avec laquelle il était combiné.

1789. L’explication que l’on donne de ce nou-

(1) Heiieiberger Jabrbücher 1823 , u° 49.

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vel acide dans l'urine , en l’attribuant à une acidité générale des humeurs , n’est pas détruite par l’objection de Magendie que les acides ne passent pas des premières ■voies dans le sang. Nous ne pouvons pas, il est vrai, en démontrer la présence dans le sang, parce qu’il réagit toujours en alcali ; mais il suffit que la composition du sang se rapproche de l’état neutre pour qu'il puisse en être séparé dans les reins un nouvel acide. De plus cette objection de Magendie est en contradiction avec l’opinion qu’il a émise plus tard (1) au sein le l’Académie des sciences ( 18 septembre 1826 ), portant que l’usage habituel de l’oseille avait donné lieu à la formation d’un calcul composé d’oxalate de chaux presque pur. Howship (2) , a aussi observé chez les malades affectés de graviers composés de phosphates qu’on traitait parles acides , que , lorsqu’ils prenaient plus d’acides qu’il n’en fallait pour neutraliser les alcalis de l’urine et en dissoudre les précipités terreux , les graviers blancs cessaient; mais qu’ils étaient remplacés par des graviers rouges formés d’acide urique. Mariciiini (3) et Woehleu (4) ont aussi vu dans leurs expériences que les hommes qui se nourrissaient pendant longtemps et presque exclusivement de fruits acides rendaient des urines dans lesquelles on retrouvait des acides citriques et maliques.

Oxalate de chaux .

1790. Walther doute que l’oxalate de chaux et le mucus agglutinalif puissent à eux seuls former des calculs. On le rencontre , il est vrai , fréquemment dans le noyau des calculs , mais jamais seul ; il est toujours joint à l’acide urique et à l’urale d’ammoniaque. Dans les couches des calculs il se trouve ordinairement joint à des phosphates (5). Cependant les recherches de Rapp (6) et le calcul que Magendie donna à analyser à Desprets ( ce calcul , long de six à sept lignes et large de deux, était formé presque entièrement d’oxalate de chaux pur ) nous en montrent la possibilité ; et Prout dit que les graviers et sédimens amorphes ne sont pas toujours mélangés d’acide urique.

1791. Prout pense que l’acide oxalique se forme par la décomposition de l’acide urique ,

(1) Revue médicale, octobre 1836 , pag. 140.

Froriep’s Notizcn, novembre 1826, n° 330.

(2) Maladies des voies urinaires. Londres, 18...

(3) Meckel's Archiv. lur Physiologie , vol. III , cah. III pag. 467.

(4) Tiedemann's Zeitschrift fiir physiologie, vol. I, pag. 126.

(5) Walther , Mémoire cité , pag. 208.

(6) Nuturwisscnschaffliche Abhandlung. Tubing. 1826, T. I , pag. 133.

parce que l’on voit souvent des calculs dont le noyau est formé par l’acide urique , et les couches suivantes par l’acide oxalique.ee qui indique que la diathèse urique a été suivie de la diathèse oxalique, et qu’elles diffèrent peu l’une de l’autre. Cependant il ne croit pas que l’acide oxalique se forme dans l’urine , comme il pourrait s’en former, par exemple, dans la décomposition de l’acide urique par l’acide nitrique ; mais il regarde comme plus probable que l’acide oxalique est une sécrétion morbide d’une partie du rein, et que , mêlé au reste de l’urine , il eu précipite la chaux à l’état d'oxalate, et même dans le commencement à l’état cristallisé , comme on le voit dans les calculs qui en sont formés. Walther ( pag. 219 ) n’est pas de celte opinion , et trouve beaucoup plus admissible que l’acide oxalique se forme par une transformation des acides benzoïque , carbonique et acétique , qui ont tant de rapports avec lui , et se trouvent tous dans l’urine normale , plutôt que d’en attribuer la formation à une modification de l’acide urique, qui est le principe animal le plus azoté , tandis que les acides végétaux nommés ci dessus ne se composent que d’oxygène , d’hydrogène et de carbone. Il ajoute que l’acide oxalique se forme lorsqu’il manque dans l’urine soit l’hydrogène nécessaire pour neutraliser l’oxygène et former avec lui de l’eau , soit l’azote, vu que sans cela il se formerait de l’acide urique , qui diffère justement de l’acide oxalique par sa composition azotée ; que le manque relatif d’hydrogène parait être dans tous les cas une des conditions de la lithogénèse , soit qu’il se forme des urates , soit qu’il se forme des oxalates , et que la présence ou l’absence de l’azote détermine la formation de^l’une ou de l’autre espèce.

1792. Je rejette également ces deux explications de la formation de l’acide oxalique , et je crois plutôt qu’il vient directement des alimens. Je m’appuie sur ce que beaucoup de plantes potagères contiennent de l’acide oxalique en grande quanlité ; sur ce que Magendie a observé la formation d’un calcul d'oxalate de chaux à la suite de l’usage prolongé de l’oseille , et sur ce que , en Angleterre, où la nourriture est surtout animale, les calculs d’oxalales sont bien plus rares que ceux d’acide urique; tandis que, dans les pays où la nourriture est plus végétale, les calculs d’oxalates sont beaucoup plus fréquens : c’est ce que Rapp a observé dans le Wurtemberg, Walther en Bavière , et moi dans le grand-duché de Bade. Woehler , par ses expériences, a mis hors de doute le passage de l’acide oxalique des premières voies dans l’urine.

1793. Dans les conditions que nous venons d’indiquer comme amenant la formation d’acide oxalique , la quantité d’acide urique peut être en même temps diminuée à cause de l’alimentation végétale, mais sans que cette diminution puisse être considérée comme condition de la formation d’acide oxalique. C’est ce que nous voyons dans les calculs où l’oxalale de chaux est ordinairement

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mêlé à l’acide urique ou à l’urate d’ammoniaque. Wetzlar ( pag. 55 ) avait prétendu que les calculs formés d’osalales étaient plus fréquens dans l’enfance , âge où l'urine contient peu d'acide urique , mais il a été contredit par Walther, Rapp et autres.

1794. Lorsqu’il y a dans l’urine de l’acide oxalique , il s’empare de la chaux qui s’y trouve combinée à l’acide phosphorique ; puis , suivant que le phosphate d’ammoniaque qui existe dans lurine se rapprochera plus ou moins de l’état neutre, l’acide phosphorique s’emparera d’une nouvelle portion d’ammoniaque appartenante àl’urate d’ammoniaque , et l’on conçoit maintenant pourquoi, suivant les circonstances , 1 oxalale de chaux se précipite tantôt seul , tantôt joint à l’acide urique et à l’urate d’ammoniaque, comment la diathèse ‘-oxalique peut précéder ou suivre la diathèse urique , et le rapport qu’il y a entre ces deux diathèses.

Phosphate ammoniaco-magnêsien.

1795. Puisque les propriétés acides de l’urine / sont dues au phosphate acide d’ammoniaque qui tient en dissolution le phosphate de chaux , il s’ensuit que, lorsque l'uriue devient alcaline, les bases de ces sels se précipiteront, parce que les acides qui les tiennent en dissolution auront été neutralisés. Cela pourra aussi s’appliquer au phosphate neutre de chaux lorsque de nouvelles recherches auront démontré qu’il peut en effet former le noyau de calculs. On expliquera encore de la même manière la formation du phosphate amrnoniaco-magnésien , et celle du phosphate de chaux qui compose les concrétions nommées par Marcei calculs fusibles.

Oxyde cystique .

1796. L’oxyde cystique est assez rare ; les calculs qu’il forme sont généralement petits et en sont entièrement composés. Wollaston a vu cependant deux de ces calculs qui étaient recouverls d’une couche très-légère de phosphate de chaux. L’oxyde cystique n’a pas encore été trouvé ailleurs que dans celte espèce de calculs. D’après ce qui précède , on semble autorisé à conclure que la diathèse qui produit l’oxyde cystique exclut généralement la formation d’autres calculs ( Marcet , pag. 77 ).

1797. Les conditions qui président à la formation de l'oxyde cystique sont peu connues , parce que la rareté de ce corps n’a pas permis de l’exa-

miner d’une manière complète. Il est très probable^u il se forme dans les reins; peut-être est-ce une modification de l’urée, du moins s’en rapprochet-il beaucoup par sa composition azotée.

Du moyen d'agglutination.

1798. Le principe agglutinant, ou mucus animal , se rencontre dans les graviers et dans tous les calculs en quantité variable , et semble subir diverses modifications dans les différentes espèces de calculs. Plusieurs auteurs le reconnaissent comme cause de calculs, et pensent que sans lui il ne se formerait que du sable ou des graviers. D’autres ne croient pas sa présence nécessaire , disant que l’attraction des molécules salines suffit à la lithogénèse. Si l’on réfléchit que , dans l’état normal , la muqueuse des voies urinaires sécrète toujours une quantité notable de ce mucus ; que , chez beaucoup de personnes qui sont affectées de graviers , il y a en même temps irritation considérable de la muqueuse et augmentation de sa sécrétion; qu’enfin , dans de véritables blennorrhagies des voies urinaires , avec sécrétion très-abondante d’un mucus visqueux , et lorsque en même temps il y a formation de graviers, on rencontre rarement des calculs, on en conclura que le mucus n’est pas la condition qui distingue la formation des calculs de celle des graviers. La différence de ces deux formations semble consister plutôt en ce que les substances qui doivent composer le sable et les graviers sont précipités rapidement, et en grande quantité , par suite d’excès dans la manière de vivre, tandis que ces mêmes substances, pour former des calculs, ne se précipitent qu’à la longue et en petite quantité.

Voyez Henry , Mémoire cité , pag 1 34,

1799. D’après tout ce que nous avons dit sur la formation des graviers et des calculs , elle doit résulter principalement des deux causessuivantes : 1° état plus acide de l’urine, soit que les acides naturels s’y trouvent en plus grande quanlité , soit qu’il s’y en forme de nouveaux ; 2° élat plus alcalin. Les causes éloignées seront : la bonne chère, les excès, l’usage de vins généreux, le manque d’exercice , les travaux intellectuels surtout après le repas, l’usage d’alimens difficiles à digérer , tels que les pâtes , le laitage , la mauvaise bière, le vin aigre, le cidre, l’acidité et l’embarras des premières voies , l’usage des végé taux qui contiennent de l’acide oxalique , l’influence de certains climats, un sol bas et maré rageux, enfin une certaine disposition héréditaire à la formation des graviers.

Cette étiologie nous explique le rapport qu’il y a entre la goutte et la gravclle; elle nous indique

DES CALCULS URINAIRES

aussi pourquoi la gravelle est plus fréquente dans certaines contrées, dans un âge avancé, et chez l’homme que chez la femme. Deschamps (1) attribue sa plus grande rareté chez la femme à la largeur et à la brièveté de l’urèthre , qui facilite la sortie des petits graviers , et fait que l’opération est plus rarement nécessaire ; cependant l’observation montre que ce n’est pas là la principale cause de cette rareté. — Chez les enfans la gravelle est tout aussi fréquente que chez les adultes ; mais elle est liée aux scrofules, au rachitisme et aux troubles de l’ossification; aussi trouve-t-on chez eux plutôt des calculs contenant du phosphate de chaux et du phosphate ammoniaco-magnésien , tandis que les calculs d'acide urique sont plus fréquens chez les adultes et les goutteux (2).

1800. Les corps étrangers qui parviennent dans les voies urinaires s’incrustent de couches phosphatiques entre lesquelles se trouve souvent de l’acide urique. L’opinion générale est que les phosphates de l’urine se déposent sur le corps étranger, et l’incrustent de la même (panière qu’un corps étranger mis dans une solution saline en facilite la cristallisation. Puout ( page 136 ) cependant attribue les incrustations à ce que l’irritation causée par le corps étranger détermine la formation d’une plus grande quantité de phosphates , ou à ce que le corps étranger parvient dans la vessie lorsque déjà l’urine contenait des phosphates en surabondance. Les corps étrangers pouvant devenir le noyau d’une incrustation arrivent dans la vessie par l’urèthre, par une plaie, ou bien après avoir été avalés et avoir perforé les intestins. Des grumeaux de sang ou de pus peuvent aussi fournir un noyau : Walther en doute ; mais il est très-probable que les calculs qui ont une cavité à l'intérieur ont eu pour noyau quelque matière animale qui s’est desséchée par la suite. Les recherches de Deny (3) parlent en faveur de celte opinion. Lisfranc (4) a vu aussi , dans un calcul de la grosseur du poing, un noyau noirâtre , peu cousistant , ressemblant à un caillot de sang, et dans lequel l’analyse chimique a démontré la fibrine.

1801. Les calculs urinaires diffèrent entre eux par leur siège, par leurs rapports avec les parois de la cavité dans laquelle ils se trouvent , par leurs caractères physiques, et enfin par leur composition chimique.

1802. D’après leur siège, on distingue des calculs : 1° des reins ; 2° des uretères ; 3° de la vessie ; 4° de Yurèthre ; 5° du tissu cellulaire ,

<1) Traité lie la taille, vol. IV , pag. 1.

(2) Walther ; loco ci lato.

Jeitoty , Edinburgh medical and surgical Journal , janvier 1830.

(3) De calculo , pag 14.

(4) Archives gépéraie.s de médecine, janv. 1827, p. 121.

Voyez aussi : Eggerl , IluiVs Magazin , vol. Xltl ,

cah. III , pag. 367.

dans lequel ils se forment à la suite d’épanchement d’urine.

Les calculs sont libres ou adhérens aux parois de la cavité, ou bien ils sont enchatonués , c'està-dire fixés dans quelque enfoncement formé dans les parois de celte cavité.

1803. Les caractères physiques des calculs urinaires sont extrêmement variés, et une classification basée sur ces caractères n’aurait de prix qu’autanl qu elle indiquerait en même temps la composition chimique de ces calculs. Leur texture est plus ou moins consistante , sablonneuse , crayeuse, cristalline, friable, cassante; leur surface est unie , inégale , mamelonnée comme celle d’une mûre ; leur intérieur est compacte , homogène , disposé par feuillets, ou composé de couches de différentes substances. La couleur des différentes couches varie du blanc au gris, à l’o-# rangé, au brun noir, violet, etc. Le noyau du calcul est formé ou par un corps étranger , ou par des substances indiquées au § 1787. — Les calculs composés d 'acide urique sont d’un jaune brun, ont une surface unie et quelquefois tuberculée ; leur cassure montre des fibres rayonnantes; leur forme est ovale ou aplatie , et , quand on les scie , on voit qu’ils sont composés de lamelles concentriques. — Ceux d ’urate d'ammoniaque ont à peu près la même forme que les précédens , mais leur couleur se rapproche plutôt de celle du café au lait ; ils sont formés de couches concentriques ; leur cassure montre un grain très-fin , qui lui donne de la ressemblance avec la craie compacte. — Les calculs composés de phosphates terreux ont une couleur blanche ou grise , sont friables et cassants; rarement ils sont durs et compactes, et leur brisure cristalline a un degré de transparence. — Les calculs composés de phosphate de chaux sont ordinairement d’un brun clair ; leur surface est comme si elle eût été polie ; leur texture montre des lamelles concentriques striées dans la direction du centre à la circonférence du calcul ; ils sont rares , et atteignent rarement une grosseur moyenne ( voir la note du § 1787 ). — Les calculs composés d’un mélange de phosphate de chaux et de phosphate ammoniaco-magnésien (concrétions fusibles ) sont ordinairement blancs et très-friables ; ils ressemblent à la craie , et laissent sur les doigts une poussière blanche; ils ne sont pas formés de lamelles; quelquefois cependant ils en offrent , et, dans les intervalles qu’elles laissent entre elles , se trouvent des cristaux brillants ; ceux qui ne sont pas lamelleux offrent souvent un volume considérable.

La composition des calculs dits muraux varie beaucoup , mais toujours ils contiennent, ou dans leur noyau , ou dans leurs couches , de l’oxalale de chaux : leur couleur est d’un brun foncé , tirant sur le noir ; ils sont durs ; leur section montre une texture lamelleuse imparfaite ; ils dépassent rarement le volume moyen. Lorsque leur surface n’est pas telle que l’indique leur nom , cela prouve qu’il existe plusieurs calculs à la fois , et que leur frol-

DES CALCULS URINAIRES

tement en a détruit les aspérités (1). Marcet a vu un calcul contenant de l’oxalate de chaux remarquable par sa blancheur et le, poli de sa surface. — Les calculs contenant du carbonate de chaux sont d'un blanc crayeux , mais plus durs que la craie et friables. Smith (2) en a tu de cette espèce qui ressemblaient parfaitement à des calculs muraux. — Les calculs d’oxyde cystique sont jaunes, demitransparens, d’aspect cristallin et brillant; ils sont petits , et quelquefois recouverts d’une couche de phosphate de chaux.

Les calculs ont quelquefois l’odeur d’urine , et quelques-uns répandent, quand on les scie, une odeur animale particulière, analogue à celle de l’os scié ou à celle du casloréuin. La majeure partie n’a aucune odeur, quelques-uns ont une saveur déterminée ; leur volume varie beaucoup, cependant il paraît être avec leur composition dans un rapport assez constant. Leurforme dépend soit du dieu où ils se trouvent , soit de la présence d’autres calculs.

1804. Fourcroy, Brande, Thomson, Wollaston et Marcet ont établi des classiûcations des calculs urinaires d’après leur composition chimique, en ayant égard soit au nombre de substances contenues dans un calcul, soit à la prédominance de telle ou telle substance. Je crois préférable d’adopter la classification de Walther, qui se fonde sur les divers acides que l’on rencontre dans les calculs.

1805. D’après ce principe, nous distinguerons :

1° Incrustations de corps étrangers composés

de phosphates unis souvent à l’acide urique ;

2° Calculs qui ne renferment pas de corps étrangers ; ils sont composés : a ) d’acide urique et d’urate d’ammoniaque , solubles dans les alcalis fixes, avec ou sans dégagement d’ammoniaque ; b) de phosphates : soit de phosphate de chaux , soit de phosphate ammoniaco-magnésien , soit d’un mélange des deux , qu’ils aient un noyau d’acide urique ou d’urate d’ammoniaque, soit que les phosphates n’en forment que l'enveloppe , soit qu’ils alternent avec des couches d’acide urique; c ) d’acide oxalique : celui-ci en forme seul le noyau dans quelques cas , mais ordinairement il est joint à l’urate d’ammoniaque ; d’autres fois il forme les couches moyennes, tandis que l’enveloppe extérieure est formée de phosphates ; quelquefois ils contiennent de la silice , mais on ne sait à quel état ; ils sont insolubles dans les alcalis , et un peu solubles dans les acides étendus d’eau ; d ) de carbonate de chaux : celui-ci y est mêlé à des phosphates , et leur noyau est formé par l’urate d’ammoniaque ; ils font effervescence avec les acides ; e ) d’oxyde xanthique : quelquefois ils sont encroûtés de phosphate de chaux.

1806. La fréquence relative de ces diverses espèces de calculs varie selon l’âge , le climat, la

(1) Martres , Des Calculs d’oxalate de chaux , Annales de chimie , T. VI , pag. 220.

(2) Médico-chirurgical Transactions , vol. XI, pag. 14.

manière de vivre, etc. Cependant ceux qui sont formés d’acide urique sont les plus fréquens , et forment , d’après Prout , le tiers des calculs. Si l’on considère en outre que l’acide urique forme le noyau de la plupart des autres calculs , on pourra porter sa fréquence aux deux tiers. Après l’acide urique, l’élément le plus fréquent est l’oxalate de chaux; puis viennent les phosphates.

Si on a égard au nombre des substances que renferment les calculs, on distinguera :

Des calculs simples : ln d’acide urique ; 2° d’urate d’ammoniaque ; 3° d’oxalate de chaux ; 4° de phosphate de chaux ; 5° de phosphate ammoniaco-magnésien ;

Des calculs binaires ; 1° d’acide urique et de phosphates ; 2° d’acide urique et d’oxalate de chaux ; 3° d’urate d’ammoniaque et de phosphaie ammoniaco-magnésien ;

Des calculs ternaires : 1° d’acide urique et des deux phosphates; 2° d’urate d’ammoniaque et des deux phosphates ; 3° d’oxalate de chaux avec acide urique , ou urate d’ammoniaque et un phosphate ; 4° de carbonate de chaux et phosphate de chaux et de fer ;

Des calculs quaternaires : 1° acide urique avec oxalate de chaux elles phosphates; 2° acide urique avec urate d’ammoniaque , silice et un phosphate ;

Des calculs quinaires : acide urique , urate d’ammoniaque , oxalate de chaux et les phosphates.

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