‹ Traité de chirurgie [electronic resource]Chapitre 280 sur 444 · I. De la gravelle · texte numérisé non relu

I. De la gravelle

1807. On désigne sous le nom- de graviers un sable pulvérulent ou de petites pierres cristalloïdes, qui sont entraînés avec les urines, et dont la couleur, la forme et le nombre sont très-variables : rouges lorsqu’ils sont composés d’acide urique ou d’urate d’ammoniaque, ils sout loncés, bruns noirâtres, lorsqu’ils sont d’oxalate de chaux; blancs lorsque le phosphate ammoniaco-magnésien en fait la base, et d’un blanc brillant lorsqu’ils sont composés d’oxyde cystique.

Les différens précipités ne se rencontrent jamais cristallisés dans la même urine , quoiqu’il ne soit pas rare de les y trouver amorphes ou pulvérulens (Prout , pag. 71).

Magendie (1) appelle l’attention sur une espèce particulière de gravelle qu’il désigne sous le nom de pileuse. Elle se présente tantôt sous la forme d’une poussière blanchâtre, avec laquelle sont confondus des poils plus ou moins abondans , tantôt sous la forme de graviers de volumes variables, velus à leur surface , et quelquefois réunis en grappes les uns aux autres. Dans l’état pulvérulent la gravelle pileuse est formée par une poudre blanche mêlée à une quantité de petits poils dont la longueur varie depuis une ligne jusqu’à un pouce et plus. Par des lotions dans l’eau on peut séparer les poils de la matière blanche qui les environne ; on reconnaît alors qu’ils diffèrent peu des poils ordinaires ; ils sont seulement plus fins et d'une couleur gris cendre. La matière saline elle- même se dépose au fond du vase, et v forme

(l) Revue médicale , octobre 1826 , pag. 140.

Dict. en XV , vol. IX , pag. 251 , 1833-

DES CALCULS URINAIRES

une couche plus ou moins épaisse ; si on l’y laisse quelque temps en repos, elle se prend en masse , et on ne peut plus la détacher qu’en lames de plusieurs lignes d’étendue. Pour apercevoir les poils il suffit de rompre ces lames , et les extrémités des poils apparaissent sur les bords de la cassure. — Cette matière saline , analysée par Pelletier , a été trouvée composée en grande partie de phosphate de chaux , d’un peu de phosphate de magnésie , et de quelques traces d’acide urique. — Il a vu encore une autre espèce de gravelle pileuse dans laquelle chaque poil est placé au centre d’une crfstallisation circulaire.

1808. Les accidents de la gravelle sont trèsvariables : quelquefois ils sont nuis ou presque nuis ; d’autres fois ils ne surviennent qu'au moment où le malade urine. Le plus souvent il y a dans cette affection une douleur ou un sentiment de pesanteur dans les régions lombaires. Les reins, les uretères, la vessie et l’urèthre peuvent être violemment irrités; il y a souvent alors suppression d’urine, inflammation, fièvre; dans le plus grand nombre des cas il y a du trouble dans les organes de la digestion, des embarras gastriques, etc. Les malades accusent quelquefois de la chaleur et de la sécheresse dans la gorge ; ils toussent et crachent souvent. Il n’est pas rare que celle affection soit liée à une altération organique des reins ou d’une partie quelconque d.es voies urinaires. Dans la gravelle de phosphate de chaux l’urine est ordinairement pâle, et, au boutd’un certain temps, on voit à sa surface se former une pellicule qui est tout entière fournie par le phosphate; assez souvent il se dépose de petits cristaux après les parois du vase qui contient l’urine. — Le poids spécifique de l’urine est souvent modifié; ce liquide excrété s’altère très-facilement.

1809. Quanta l’étiologie de la gravelle et de ses variétés, nous renvoyons à ce que nous avons dit d’une manière générale;les indications que réclame son traitement sont faciles à déduire : délruire le principe qui est en excès dans l’urine ; empêcher qu’un autre ne domine à sa place , et favoriser la sortie ou la disparition des graviers déjà formés. — Si les graviers déterminent de vives douleurs, delà gêne dans l’émission des urines, des mouvements fébriles, etc., il faut, suivant les conditions dans lesquelles se trouve le sujet, ou suivant l’intensité des accidents , les combattre par des saignées, des sangsues, des ventouses dans la région des reins, des bains tièdes, des fomentations, du calomel et de l’antimoine, de l’opium et de la jusquiame, le cathétérisme, etc. Lorsque l’on présume que la maladie est compliquée d’une affection locale des reins , on peut retirer quelque avantage d’un large emplâtre de galbanum, d’un cautère ou d un séton appliqué sur la région lombaire.

1810. Dans la gravelle d’acide urique il faut diminuer la quantité d’acide urique que contient en excès l’urine, et empêcher la saturation de l’urine par un autre acide. Le malade se soumettra à un régime’sévère , et pour la qualité et pour la quantité de ses alimens; il devra éviter avec le plus grand soin les alimens trèsazolés, et surtout les

viandes salées, rôties ou grillées, les fruits acides, le vin , et particulièrement la mauvaise bière acide. Pour que les fonctions de la peau se fassent bien on portera de la flanelle immédiatement sur la peau; on veillera à ce que, par un exercice convenable, toutes les fonctions abdominales se fassent régulièrement. On cherchera à neutraliser les acides eux-mêmes à l’aide d’alcalins, des carbonates de potasse, de soude, de magnésie. Les phosphates, diminuant les acides des premières voies, empêchent l’urate d’ammoniaque de se déposer ; et, de plus, ces alcalins, passant dans la vessie, peuvent déterminer la destruction des graviers déjà formés. Les carbonates de soude et de potasse se donnent en solution aqueuse, dont on augmente graduellement la dose , qui finit par être considérable. Pendant leur emploi il survient souvent des embarras du côté des voies digestives, qui forcent de suspendre la médication qu’on a suivie. Le phosphate de magnésie s’administre en poudre ou mélangé à un mucilage ; il agit avec moins d’énergie que les précédens, mais il est mieux supporté par le malade. D’après Protjt, il faut, pour que ces moyens soient vraiment efficaces, qu’ils ne soient point donnés d’une manière continue, mais qu’on les fasse alterner avec des purgatifs. Le soir on prendra une pilule composée de calomel et d’antimoine; le lendemain matin , une solution de carbonate de soude dans une infusion amère; le surlendemain on prendra deux ou trois fois un peu du même mélange , ou un peu de magnésie dans un verre de soda-vater. Cette médication doit durer un certain temps, suivant l’intensité et la durée des accidents; mais on aura soin d’administrer les pilules à des époques de jour en jour plus éloignées, et de diminuer l’autre médication dans la même proportion. S’il y a une vive irritation, on prescrira de l’opium, ou mieux de lajusquiame ; de la teinture de semence de colchique s’il existe une complication arthritique. Toutefois ce traitement devra, suivant les circonstances, subir plusieurs modifications. — Ce qui nous a paru surtout favoriser l’expulsion des graviers, c’est de boire beaucoup d’eau pure, ou bien encore une eau minérale diurétique.

I Yetzlar propose, contre les graviers d’acide urique , une solution île borax , qui , pense-t-il , les dissout avec une étonnante facilité , et exerce sur les voies digestives une influence aussi mauvaise que les alcalins. (1 Vetzlar, loco citato , 78),

La propriété que possèdent les alcalins végétaux de se changer en carbonates dès qu’ils sont introduits dans l’économie , et de passer en cet état dans les urines , a donné l’idée de les substituer à ces derniers , parce qu’ils peuvent être plus aisément supportés et agissent mieux. La plus grande partie des alcalins végétaux peuvent, sans inconvéniens, être pris en très-grande quantité ; ils sont de plus agréables â prendre.

1811. Les graviers d’oxyde cystique réclament le même traitement que ceux d’acide urique, surtout sous le rapport de l’alimentation. — Ceux d’oxalate de chaux doivent, suivant Magendie,

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faire proscrire l’usage des végétaux ; d’après Prout, au contraire, leur traitement devrait être le même que ceux d'acide urique. D’après ce que nous avons dit, § 1792, sur la formation des calculs d’oxalate de chaux, il est évidentque nous regardons comme sans fondement cette opinion de Prout, et que nous pensons qu’on doit éviter avec le plus grand soin les végétaux qui contiennent beaucoup d’acide oxalique. — Dans les graviers de phosphate de chaux il faut, à l’aide de l’opium, de la jusqniame.etc., unisaux toniques, combattre l’irritabilité des voies urinaires et de tout le corps, qui existe presque toujours ; en même temps on emploiera les acides, et principalement de l’acide hydrochlorique; s’ils ne peuvent être supportés, on administrera l’acide citrique ou l’acide carbonique, et on prescrira au malade beaucoup de boissons. — Dans l’emploi des acides il est important de noter que, si le malade en prend plus qu’il n'en faut pour détruire les propriétés alcalines de l’urine, les graviers blancs disparaissent parfaitement; mais ils sont remplacés par des graviers d’acide urique, qui se forment sous l’influence des nouvelles propriétés que l'urine vient d’acquérir. Le malade doit se nourrir de végétaux, parce que, d’après Magendie et Chevreul, chez les mammifères carnivores qui sont soumis à celte alimentation, les urines sont dépourvues de phosphates.

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