DES AMYGDALES
tombe au fond de sa bouche , que l’on maintient ouverte à l’aide d’un bouchon introduit entre les deuts molaires : alors , déprimant la langue avec une spatule, on fait, avec un des instrumens cidessus mentionnés, de légères incisions dans les amygdales tuméfiées; après quoi on favorise l’écoulement du sang par des gargarismes chauds et émolliens.
119. Lorsque l’inflammation diminue, et qu’il reste encore un peu de gonflement, on mêle aux gargarismes quelque astringent , la liqueur deMraderer par exemple, ou du vinaigre d’ammoniaque, ou toute autre préparation de ce genre : à l’aide de ces moyens on corrige la tendance que cette affection peut avoir à passer à l’état chronique.
120. Un abcès se forme-t-il dans l’amygdale, on peut le reconnaître par la fluctuation, lorsque le doigt peut arriver jusqu’à l’amygdale, le plus souvent par la transparence des tissus. Si l’abcès ne s’ouvre pas spontanément sous l'influence de gargarismes émolliens , si la suffocation devient imminente, ou si l’on redoute la résorption du pus, on doit lui donner issue avec un bistouri ou le pharyngotome, que l’on emploie comme pour les scarifications. Une irritation provoquée dans le pharynx ou les vomissemens atteignent souvent le même but : l’abcès étant ouvert, on emploie des gargarismes émolliens miellés, et ordinairement la guérison ne se fait pas long-temps attendre.
Dans quelques cas très-rares le pus se fait jour au-dessous de la mâchoire, où il s’établit un abcès que l’on traite d’après les règles générales que nous avons données plus haut.
121. Lorsque l’angine se termine par gangrène, il faut, avant tout, traiter la fièvre suivant le caractère qu’elle possède. Le traitement local consiste à faire détacher l’eschare, et à évacuer le pus par des injections faites avec une décoction de quinquina , de scordium , avec de l’alun , de l’eau-de-vie camphrée, etc. On peut encore employer avec avantage l’acide muriatique uni au miel, que l’on porte sur la partie gangrenée à l’aide d’un plumasseau de charpie.
122. L’ induration des amygdales qui est le résultat de leur inflammation est de bonne nature ; elle ne fait éprouver que peu de douleur, mais elle a une grande tendance à rappeler de nouvelles inflammations; cependant elle ne dégénère jamais en cancer. On peut tenter sa résolution à l’aide de gargarismes de ciguë, de belladone, d’ammoniaque, etc., de frictions mercurielles locales, de ciguë à l’intérieur, de dérivatifs, de scarifications répétées , et d’applications fréquentes de sangsues. Si l’inflammation se déclare dans ces organes indurés, et si elle passe à l’état de suppuration, on cherche à favoriser la formation du pus, et on ne lui donne issue que lorsque toute la partie indurée est ramollie. Contre cette altération des amygdales j’ai obtenu de bons résultats en touchant plusieurs fois par jour ces organes avec du suc de chélidoine récemment extrait, auquel j’ajoutais, dans le com-
mencement , du miel rosat , et que j’employai plus tard sans aucune addition.
123. Lorsque la tumeurformée par les amygdales gonflées est telle qu’elle gêne la respiration et la déglutition, leur extirpation partielle devient nécessaire ; si au contraire cette tumeur est peu volumineuse, quelques incisions transversales suffisent pour obtenir en quelques jours leur résolution.
L’extirpation des amygdales se fait de la manière la plus avantageuse avec un bistouri étroit, mousse à sa pointe, à tranchant légèrement concave (bistouri de Caque), ou bien avec un bistouri droit dont la lame , jusqu’à un pouce de la pointe , est enveloppée de diachylon. La tète du malade est maintenue fixe sur la poitrine d’un aide ; elle est un peu penchée en avant, et de manière à ce que la lumière puisse tomber d’aplomb au fond delà bouche , maintenue largement ouverte par un bouchon introduit entre les dents molaires. Un deuxième aide déprime la langue avec une spatule, et l’opérateur introduit un double crochet dans l’amygdale tuméfiée, la soulève d’une main , et de l’autre conduit un bistouri qui, arrivé à l’amygdale, en circonscrit de bas en haut un large morceau qu’il enlève (le crochet est introduit de la main gauche, et le bistouri de la main droite, pour l’excision de l’amygdale du côté gauche ; on fait l’inverse pour celle du côté droit). Si la portion coupée reste encore attachée par un lambeau, on achève de l’enlever d'un second coup de bistouri, ou avec les ciseaux de Cooper.
Quand on a affaire à un malade indocile, il est préférable d’employer le kiotome de Desault(I), à l’aide duquel , le malade étant dans la position indiquée plus haut, la bouche ouverte, un crochet est introduit dans l’amygdale ; en retirant le tranchant l’amygdale tombe dans une échancrure de la gaine de l’instrument, et alors , le tranchant étant repoussé en place, toute la partie saillante de l’organe est emportée. Souvent l’introduction du crochet détermine de la démangeaison , des besoins de tousser, etc. ; alors ou peut faire la résection sans l’emploi de cet intrument. Si l’amygdale est tellement gonflée qu’elle ne puisse pas entrer dans le kiotome, on peut, à l’aide de deux incisions qui se rencontrent à angle droit, enlever une partie de l’organe, ou faire , d’abord à sa partie supérieure, et ensuite à son tiers inférieur, une. incision transversale avec le kiotome, comprendre dans l’échancrure de l’instrument la portion qui vient d’être isolée, et réunir alors, par une incision longitudinale , les deux incisions transversales ; la profonde échancrure qui a lieu par ce procédé opératoire est comblée en cinq ou six jours (2).
Les ciseaux de Solinger, de Levret et de Percy n’ont aucun avantage sur le bistouri ni sur le kiotome. La ligature des amygdales et la cautérisation doivent être complètement rejetées.
(1) Mém. del’acad. de chirurgie, vol. 5, pag. 447.
(2) Iiard, Traité des maladies de l’oreille, etc., 1821, vol. 11, p. 174.
DK L'INFLAMMATION.
124. L’hémorrhagie qui succède à cette opération s’arrête le plus souvent par l’emploi de gargarismes composés d’eau froide et de vinaigre ; ou bien avec une pince on porte sur la partie de la charpie imbibée de quelque liqueur astringente. Si l’urgence devenait grande, on appliquerait le cautère actuel. Pendant la période d’inflammation et de suppuration de la surface lésée on prescrit des gargarismes d’abord émolliens , puis rendus légèrement astringens par le borax ou toute autre substance analogue : si la surface se recouvrait d’excroissances , il faudrait avoir recours à des astringens énergiques , même à la pierre infernale et au cautère actuel.
125. La luette peut, à la suite d’inflammations lentes et fréquentes, se relâcher, et prendre un tel accroissement qu’elle détermine une toux violente, des envies de vomir, et de la difficulté pour avaler. Lorsqu’elle est peu développée, il suffit d’employer des gargarismes rendus astringens par l’écorce de chêne, l’alun, la teinture de cachoii, etc., ou bien de la toucher avec des substances irritantes. Lorsqu’elle est plus développée, et que ces moyens ne réussissent pas, il faut avoir recours à l’excision. Le malade étant placé comme pour l’excision des amygdales , on saisit la luette avec une airigne, et on enlève le superflu, soit avec des ciseaux, soit avec le kiotome. Le traitement ultérieur est le même que celui qu’on met en usage à la suite de l’ablation des amygdales (§ 124).