B. INFILTRATION TUBERCULEUSE
L’histoire de l’infitration tuberculeuse embrasse trois états différens de l’os; nous allons les examiner successivement:
1° Infiltration grise. — Les parties osseuses qui en sont affectées présentent, dans tous les points qui contiennent cette matière lurberculeuse , des taches d’une teinte grise, opaline, légèrement rosée et demi-transparente, formées par le dépôt dans les cellules du tissu osseux d’une matière analogue, pour l’aspect, à la matière encéphaloïde ; la circonférence , au lieu de se perdre insensiblement , est brusquement limitée par un changement de coloration. On voit à la loupe que ces taches sont traversées par des vaisseaux sanguins très-dé-
FONGUS DE LA DURE-MERE
liés, et quelquefois elles sont entourées par un cercle d’injection très prononcé. La densité du tissu osseux n’est ni accrue ni diminuée.
2° Infiltration ■purulente. — La matière infiltrée prend, au bout d’un temps plus ou moins long, une teinte jaune pâle , et devient complètement opaque; elle est d’abord assez ferme, mais ne larde pas à se ramollir graduellement ; bientôt elle est complètement fluide et puriforme; ces collections sont toujours très-exactement limitées , comme les taches dont nous avons déjà parlé. — Lorsque l’infiltration est arrivée à celle période , les vaisseaux sanguins disparaissent; la trame osseuse subit une hypertrophie interstitielle , sans augmentation du volume de l’os ; les cellules se rétrécissent et s’oblitèrent presque complètement; le tissu celluleux de l’os est alors comme éburné.
3° Séquestration de la partie affectée. — Lorsque l’os a subi les modifications dont nous avons parlé, il présente tous les caractères d’un véritable séquestre ;on n’y trouve aucun vaisseau , aucun indice de la persistance de la vie : aussi un cercle d’élimination se forme autour des portions infiltrées,ella séquestration s’opère en parcourant toute la série des phénomènes qui caractérisent la nécrose; les abcès, les fistules, les snppurationsabondantes , etc., en sont le résultat inévitable. — Dans ' quelques cas la nécrose existe évidemment; mais la séparation se fait long-temps attendre. Il arrive alors quelquefois que celte partie nécrosée se détache par petits fragmens, et .dans le kyste qui se forme autour de l’abcès , on rencontre une quantité plus ou moins considérable de parcelles osseuses, semblables à du sable. — D’un autre côté cette infiltration purulente se propage souvent aux parties voisines, et attaque une étendue considérable du tissu osseux ; rarement ces kystes sont aussi limités que dans le tubercule enkysté ; et il n’est pas très-rare de voir se développer une carie consécutive et accidentelle, non dans la partie primitivement infiltrée, mais dans le tissu osseux qui l’environne.
L’infiltration tuberculeuse purulente a été souvent confondue avec la carie ; mais il est facile de voir que ces deux affections diffèrent essentiellement l’une de l’autre ; en effet la carie procède toujours de la périphérie au centre ; l’infiltration , au contraire, du centre à la périphérie; dans l’infiltration il y a hypertrophie interstitielle , augmentation de densité , absence de vascularité; dans la carie il y a raréfaction , ramollissement etaugmentation de vascularité du tissu osseux. — Enfin l’hypertrophie interstitielle suffira pour faire distinguer cette affection , et de la nécrose, et de l’inflammation avec suppuration de la membrane médullaire des os.
1994. Pour le traitement nousavons peu de chose à dire : l’affection tuberculeuse est au-dessus de toutes les ressources de l’art ; quand elle affecte un organe important , le malade est ordinairement voué à la mort ; quand elle affecte le tissu osseux, il est rare qu’elle ne se soit pas développée dans
les poumons , ou dans quelque autre organe. Cependant, lorsqu’elle affecte isolément les os, on peut espérer que la nature en amènera la guérison, surtout si les efforts sont secondés par une alimentation saine , une habitation exposée au soleil , en un mot par l’observation de l’hygiène des scrofuleux. Cette heurèuse terminaison est beaucoup plus fréquente à l’époque de la puberté qu’à toute autre période de la vie.