‹ Traité de chirurgie [electronic resource]Chapitre 328 sur 444 · COR.PS CARTILAGINEUX DES ARTICULATIONS · texte numérisé non relu

COR.PS CARTILAGINEUX DES ARTICULATIONS

dégénérescence évidente , tandis que les concrétions inorganiques peuvent se former sans que l'intégrité de l’appareil articulaire soit notablement troublée , si même elle l’est.

2041. De toutes ces opinions diverses celle de Laf.nnec est celle qui explique le mieux la formation et le développement de ces corps étrangers. Elle est parfaitement d’accord avec ce qui se passe pour ces corps étrangers qui se développent à la surface du testicule ou de la tunique vaginale , et qui tantôt sont adhérons, et tantôt libres dans la cavité de celle séreuse, il n’est peut-être pas invraisemblable que ces corps élrangers, qui ne présentent aucune trace d enveloppe membraneuse, dont la surface est irrégulière, et la structure lamelleuse , et qui affectent la forme de l’espace dans lequel ils sont compris, se soient formés de la même manière que ceux dans lesquels on reconnaît des traces évidentes d’organisation ; mais qu’ils ont perdu leur structure primitive par les froltemens répétés auxquels ils ont été soumis depuis qu’ils sont devenus libres. — Celte opinion cependant ne doit pas êlre appliquée à tous les cas; car l’expérience a démontré que des portions de cartilages articulaires normaux , et que de petites exostoses développées au niveau des surfaces articulaires sont séparées et devenues libres dans l’articulation (1). C’est donc à tort que Pi El ma nu s et plusieurs auires regardent ce mode de développement comme élanl la loi générale : Mokgagni avait déjà démontré que les érosions que l’on rencontrait fréquemment sur les surfaces articulaires n’élaient nullement en rapport avec l'étendue de ces corps élrangers , et que même ces derniers avaient une forme sphérique et une épaisseur plus considérable que les cartilages naturels. On ne peut nier que ces corps élrangers , une fois séparés, ne deviennent plus volumineux parla déposition successive à leur surface de certaines parties du liquide synovial. Cette opinion toutefois a trouvé des contradicteurs (2). Il est hors de doute aussi que quelques-uns de ces corps étrangers ne soient formés par la concrétion de l’albumine contenue dans la synovie , et qu’on ne doive dès lors les comparer à ces corps que l’on rencontre souvent en très-grand nombre dans les bourses muqueuses.

2042. Lorsque ces corps élrangers déterminent de graves accidens, et qu’ils occupent un point fixe de l’articulation, ou qu’ils peuvent y être portés dans certains mouvetnens, le moyen le plus sûr d’en débarrasser le malade consiste à ouvrir l’articulation, et à les extraire. Les accidens fâcheux et quelquefois mortels que déterminent les plaies pénétrantes des articulations, alors même qu’elles ont peu d étendue, accidens qne l’on a vus assez souvent à la suite de l’opération que nous indi—

(1) Brodte , Medico-cbirurg. Transactions, vol. IV, pas. 276.

(2) A. Cooper , On lhe diseases of Ibe joints, bond. . 1807. pag. 34.

quons, ont fait proposer de chercher à fixer le corps étranger en un point quelconque de l'articulation, à l’aide d’un bandage, qui, empêchant son déplacement, met le malade à l’abri des douleurs qu’il détermine. Quoique,. dans beaucoup de cas, ce moyen ne serve A rien, bien que quelquefois même il augmente les douleurs, ou ne doit pas le négliger, car plusieurs fois il a procuré un soulagement, non-seulement momentané mais durable. Avant de pratiquer l’opération, on doit, par des recherches répétées, s’assurer si le corps étranger est unique : si l’articulation est douloureuse ou prise d'inflammation, en doit faire cesser cet état par un repos absolu, par des applications de sangsues ou îles fomenta lions froid es, etc. Sciireger fait observer que la première espèce qu’il décrit, c’est-à-dire ceux qui sont inorganisés, peut êlre enlevée sans déterminer aucune réaction dangereuse, tandis que la seconde espèce détermine presque constamment des accidens graves lorsqu’on les extrait.

Pour bien distinguer ces deux formes différentes il faut tenir compte des circonstances suivantes : les corps étrangers de bonne nature ne déterminent, point de douleurs, à moins qu’ils ne se placent dans une fausse position ; l’autre espèce au contraire donne lieu à des douleurs permanentes, alors même que le corps étranger n’est point, placé entre les surfaces articulaires. l es premiers sont libres et mobiles entons sens; les derniers adhèrent constamment au point qui leur a servi de départ , sans éprouver aucun, de ces déplacemens qui peuvent les exposer â la compression dans les divers mouvemens de l’articulation. Si ces premiers ont contracté des adhérences filamenteuses , leur mobilité est un peu bornée, mais elle ne sesse pas d'être très-appréciable; si ces derniers sont devenus libres par suite de l’absortion de leur pédicule , jamais ils ne s’éloignent de leur point d’origine; enfin, tandis que, dans In premier cas, l’articulation estparfa tement saine, on trouve que, dans le second , elle est le siège d’une tumeur inflammatoire chroni-' que , plus ou moins étendue , qui s'est développée soit dans les extrémités des os , soit dans les ligamens articulaires.

2043. A l’articulation du genou l’opération se pratique do la manière suivante : le malade est couché horizontalement sur une tabie; le corps étranger doit être fixé à la partie supérieure de l’articulation : au côté interne, d’après Abernethy; au côté externe, d'après Schregeu. Les doigts de la main gauche le fixent contre le condyle du fémur, de manière à ne lui permettre aucun mouvement; s’il existe plusieurs corps étrangers, ils doivent tous être fixés de la même manière: un aide attire la peau aussi fortement que possible de bas en haut, et l’opéraf.eur fait, à travers la peau et le ligament articulaire , une incision verticale assez grande pour permettre au corps étranger de sortir, ou d’être extrait avec une pince. Lorsque le corps étranger s’échappe au moment où on veut l’extraire (ce que j’ai vu une fois), on cherche à le ramener entre les lèvres de la plaie, et, si on ne peut le faire avec facilité et promptitude, on rapproche exactement les lèvres de la plaie jusqu’à ce qu’on ait pu le fixer. Lorsque le corps étranger

DU SARCOME. — DU STÉATOME.

est extrait, la plaie est nettoyée, et la peau , qui était fortement attirée en haut, est ramenée à sa direction normale : de celle manière le parallélisme de la plaie faite à la synoviale et de celle qui est faite aux tégumens cesse, et des bandelettes agglutinatives rapprochent aussi exaclement que possible les lèvres de l’incision; le malade doit garder le repos le plus absolu. S’il ne survient aucun accident inllammaloirc, la plaie guérit rapidement par première intention ; dans le cas contraire il faut avoir recours à un traitement antiphlogistique énergique, aux sangsues, aux applications froides, etc.

2044. ScHitKCtER est le seul qui ait pratiqué cette opération à l’articulation scapulo-humérale. Le procédé que l’on doit employer est subordonné à la position du corps étranger : cette opération est surtout dangereuse lorsqu'on la pratique par le creux de l’aisselle : aussi doit-on chercher à ramener et à fixer le corps étranger en haut et en avant, ou en haut et en dehors, près de la courte tête du biceps ; cela fait, le bras est ramené vers le tronc ; un aide attire la peau aussi fortement que possible en dedans, et l'opérateur fait, avec un bistouri convexe, à travers la peau et le muscle deltoïde, dans le sens des fibres de ce muscle, une incision qui porte directement sur le corps qu'on veut extraire. L’artère circonîîexe de l’humérus, qui doit être constamment divisée, sera liée avant de pratiquer l’ouverture de l’articulation. Le traitement ultérieur est le même que nous avons indique à la suite de l’ouverture de l’articulation du genou.

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