XV. Du slcalôina
Cliopait, Prix de l'Académie de chirurgie, vo’. iv.
Genclnn, Journal générai de médecine , mai 1828, pag.
2049. Les stéalômes ( stsatomata ) sont des tu meurs plus ou moins volumineuses, mais dures" composées de plusieurs lobules qui se développe», soit dans le tissu cellulaire sous-cutané, soit dans le tissu cellulaire interstitiel des organes. Leur intérieur est composé de loges plus ou moins nombreuses, et de formes variées, qui contiennent une substance blanchâtre, suifeuse, de consistance variable.
Boyer (1 ), qui, de même que beaucoup d'auteurs, comprend sous le nom de loupes toutes les tumeurs circonscrites indolentes qui se développent dansie tissu cellula ro sous-cutané , formées par une substance pins ou moins compacte, les divise en loupes qui n’ont pas de kystes, formées par du tissu adipeux dégénéré, devenu blanc et
(1) Traité des maladies chirurgicales, vol, U, pag. 341,
ÜU STÉATOME.
dur , renfermé dans les aréoles du tissu cellulaire distendu, et niélanué à une quantité plus ou moins considérable de lymphes (stéalômes) , et en loupes dans lesquelles le tissu adipeux a conservéses qualités naturelles , et qui seulement a acquis une plus grande consistance (lipémes). — Mais le stéatome ne doit pas êlre considéré seulement comme du tissu adipeux dégénéré ; car sa structure intime est trop différente du tissu adipeux. Il en diffère surtout, comme liofer l'admet très-bien , par la tendance très-grande qu’il possède a dégénérer en cancer.
2050. La forme du sléatôme est très-Yariable : en général il est arrondi ; il présente cependant différentes saillies, différentes bosselures ; son plus grand diamètre est presque toujours tout près de son pédicule, lequel est le plus souvent plus mince que le teste de la tumeur, quoique, dans des cas assez, rares, il en soit la partie la plus large. La tumeur est pesante, ne s'affaisse point sous la pression ; on y distingue plusieurs masses rapprochées les unes des autres ; les intervalles qui les séparent offrent plus de mollesse et plus d’élasticité que la partie centrale des bosselures. La peau qui recouvre celte tumeur ne subit, dans le principe, aucune altération; elle est mobile surtout près du pédicule : on s’en aperçoit principalement lorsqu’on cherche à lui imprimer des mouvemens de latéralité. A l’endroit où la tumeur diminue pour former son pédicule, on aperçoit des cordons plus ou moins saillans qui se dessinent au-dessous de la peau : ce sont les pédicules de la tumeur. Quelquefois la peau qui leur correspond est dure, rouge et plus tendue. Le développement du sléalôme est trèx-variable : le plus souvent il est lent, et, dans sa première période, il ne détermine d’autres accidens que ceux qui résultent du poids de la tumeur et des tiraillerneqs qu’elle exerce.
2051. Au bout d’un temps plus ou moins long, lorsque la tumeur se développe, la peau devient rouge au niveau du point le plus saillant que présentent les bosselures ; elle s’amincit, et contracte des adhérences; ordinairement alors il survient des douleurs vives, lancinantes, brüianles, qui s’étendent à toute la tumeur, et qui quelquefois se font sentir dans les parties environnantes ; la peau ne larde pas à s’ouvrir dans les endroits où elle est adhérente, et donne lieu à des ulcérations de mauvais aspect, par lesquels s’échappe un pus fétide et mal lié, dans lequel on rencontre quelques débris grisâtres de sléalôme. Les ulcères s'étendent de jour en jour, il s'en forme de nouveaux sous différons points de la tumeur; assez souvent aussi des excroissances fongueuses se développent an centre de ces ulcères, et donnent lieu à des hémorrhagies fréquentes. Les cordons que nous avons signalés au pédicule du sléalôme deviennènt plus durs, les glandes voisines s’engorgent, la dégénérescence cancéreuse marche dans loules les directions, et le malade meurtde consomption au milieu de douleurs très-vives.
2052. Si on examine un sléalôme avant que la peau qui le recouvre se soit enflammée et ait subi aucune dégénérescence, on trouve, immédiate-
ment au-dessous des légumens, une couche assez épaisse de graisse à l’état normal, qui pénètre dans les inlervailes qui séparent les bosselures de la tumeur. Quelquefois on renconlre, dans ce tissu adipeux, des tumeurs enkystées, qui n'ont aucune liaison avec la tumeur principale. Au dessous de cette couche graisseuse on rencontre une lamelle celluleuse assez résistante qui enveloppe immédiatemenl le sléatôme. Celte capsule cellulofibreuse envoie quelques prolongemens à la peau en traversant la couche adipeuse, et elle adhère si fortement à la masse stéalomateuse qu’il est impossible de l'en séparer sans la déchirer; elle s’enfonce profondément entre les lobes de la tumeur, et forme ainsi les différens lobes, qui sont rangés soit parallèlement les uns près des autres, soit groupés sans ordre autour du pédicule. Les différens lobes de la lumeur, lorsqu’ils son! débarrassés du tissu cellulaire et du tissu adipeux, présentent une très grande durelé, presque même la résistance des cartilages; quelquefois cependant ils sont plus mous et plus élasliqués. Si ou coupe la lumeur perpendiculairement, on voit qu’elle est composée ue différentes cellules formées par les proiongeinens de la capsule cellulo-fibreuse, et remplie par la masse stéalomaleuse. Cette masse elle-même est dure, d’uu blanc mal, assez analogue à la graisse de porc, mais beaucoup plus dure, et sans vaisseaux apparens. Dans le pédicule on rencontre des prolongemens plus ou moins nombreux qui pénètrent à une certaine profondeur, et qui présentent la même structure que le reste de la tumeur; c’està-dire qu’ils sont entourés, dans toute leur étendue, par la membrane cellulo-fibrsuse ; à l’endroit où cessent ces prolongemens, on trouve une couche de (issu cellulaire très-riche en vaisseaux, d’un blanc mat, d’un aspect fibreux, en partie infiltrée de matières stéatonialeuses et d’un liquide jaunâtre. Au-dessous de celle couche s’en rencontre une assez épaisse de tissu cellulaire à l’état normal. Souvent les prolongemens de la lumeur s’arrêtent à peu de profondeur, et, lorsque la lumeur repose sur une partie lies-tïexible , son poids attire les prolongemens, qui alors ne s’étendent pas au-delà du pédicule. Souvent des vaisseaux assez volumineux sc trouvent au centre du pédicule, gagnent l’intérieur de la tumeur, et se ramifient dans les différentes cloisons qui séparent ces bosselures. Il y a encore d’aulres vaisseaux qui se distribuent dans le tissu cellulaire qui enveloppe la totalité de la tumeur.
2053, Lorsque le stéatôme commence à dégénérer el à se ramollir , on rencontre des vaisseaux beaucoup plus considérables dans les parois de la tumeur , el la masse stéalomateuse est criblée de points jaunes; de plus elle s’infiltre d’un liquide trouble, jaunâtre, laiteux, qui suinte par la pression. Dans un degré plus avancé du ramollissement la substance qui remplit les cellules devient gélatineuse ; les parois des cellules s’épaississent, prennent un aspect bleuâtre , et les vaisseaux qu'elles contiennent deviennent encore plus volu-
DU FONGUS MÉDULLAIRE
mineux. Le ramollissement n’attaque pas au même degré toutes les bosselures; quelquefois la même bosselure présente des points indurés et des poiuls ramollis. Lorsque l’ulcération s'est établie, les parois deviennent friables, et la substance contenue dans les cellules n’est plus qu’une bouillie d’un blanc sale , grisâtre demi-transparent. Autour de l’uicératiou le tissu adipeux sous-cutané a disparu; il est remplacé par une couche peu épaisse d'un tissu véritablement squirrheux ou médullaire ; les vaisseaux que l’on rencontrait dans le tissu cellulo-graisseux ont disparu dans une étendue de cinq à six lignes, et , au-delà de cette étendue, le tissu adipeux se trouve en aussi grande quantité qu’auparavant ; il a conservé ses propriétés normales , seulement il est infiltré de sérosité (Gendrin ).
2054. Les tumeurs stéatomaleuses se développent souvent sans cause connue, et même chez des personnes dont l’état général semblerait les mettre à l’abri d’une affection aussi grave; souvent aussi le stéatôme se développe à l’occasion d’une violence extérieure, d’un coup, d’une pression, etc. Il est probable cependant qu’une prédisposition à cette alfectiou existe toujours pour qu'une cause semblable puisse y donner lieu. De toutes les diathèses celle qui parait le plus favoriser sou développement est la diathèse scrofuleuse.
2055. Le traitement du stéatôme consiste uniquement dans son ablation par l’instrument tranchant, et celte opération offre d’autant plus de chances de succès qu’elle sera pratiquée plus tôt, que le mal aura été enlevé dans sa totalité, et que l’état général aura moins souffert de sa présence. Mais , lorsque la maladie a exercé son influence sur le reste de l’économie , et lorsque la tumeur s’est ramollie et ulcérée, le pronostic est toujours très-grave , parce que souvent on voit la maladie se reproduire après l’opération , soit dans la cicatrice même , soit dans d’autres parties du corps, Du reste ce que nous avons dit pour l’extirpation des tumeurs enkystées s’applique à l’extirpation du stéatôme ; seulement il faut avoir grand soin de bien examiner le fond de la plaie afin de s’assurer que tout le mal est bien enlevé. Il est toujours indiqué d’établir un exutoire avant l’opération , et de l'entretenir après la guérison. Il faut aussi prescrire au malade un régime convenable, et le soumettre à un traitement général qui soil.en rapport avec la diathèse que l’on présume avoir déterminé l’affection. Il est à remarquer, comme une particularité du tissu stéatomaleux , que les plaies auxquelles il est soumis guérissent rapidement parla formation de nombreuses granulations (Gendrin).
(Boyer (pag. 343) pense que la dégénérescence cancéreuse du stéalôine est d'autant plus à redouter que la quantité des liquides lymphatiques qu’il contient est plus abondante.