‹ Traité de chirurgie [electronic resource]Chapitre 340 sur 444 · E. DES POLYPES DU RECTUM · texte numérisé non relu

E. DES POLYPES DU RECTUM

Desault , OEuvres chirurgicales , 1204, T. Il, pag. 223.

2150. Les polypes du rectum ont leur siège soit à la marge de l’auus, et, dans ces cas, ils l'ont toujours saillie au dehors; soit plus profondément, et ils ne se présentent à l’extérieur que dans les efforts que font les malades pour aller à la selle; dans d’autres cas enfin ils restent toujours dans la cavité de l’intestin , sans jamais descendre à l’extérieur. Ils causent ordinairement une très-vive douleur, surtout lorsque les malades vont à la selle; ils sont ordinairement ronds , peu volumineux, pédicules, et d’un rouge pâle; tantôt on n’en rencontre qu’un, et quelquefois ils sont multiples.

2151. Les polypes qui restent toujours hors du rectum doivent être saisis avec une pince, attirés en dehors, et excisés à leur base soit à l’aide d’un trait de bistouri, soit d’uu coup de ciseaux. Il en est de même de ceux qui, étant situés plus profondément, font de temps en temps saillie à l’extérieur. Si le polype est tellement élevé qu’il ne dépasse jamais les sphincters, le seul traitement que l’on puisse employer est la ligature, -que Ion pratique par le procédé de Desault.

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2152. Nous désignons sous le nom de cancer ( carcinoma , cancer) cette dégénérescence suite de l’ulcération d’un squirrhe ayaut une tendance constante à détruire toutes les parties sans différence de structure, qui, abandonnée à elle-même, n’est jamais susceptible de guérison, et qui, arrivée à un certain point, donne lieu à des accidens généraux particuliers.

2153. Sous le rapport de sa forraaiion le cancer offre deux variétés : ou bien il se développe aux dépens d’un squirrhe déjà existant, ou bien aux dépens de toute autre tumeur, ou d’un ulcère quelconque dont la dégénérescence squirrheuse s’est emparée.

2154. Dans le premier cas on peut distinguer trois périodes bien tranchées dans le développement du cancer : on voit survenir, le plus souvent sans aucune cause connue-, quelquefois à la suite" d’une violence externe, une tumeur circonscrite ou une tuméfaction d’uu organe quelconque, laquelle ordinairement est tout à fait indolore, à l’exception de quelques cas rares où elle est le siège d’une sensibilité particulière : dès son début celte tumeur est dure, bosselée, pesante; quelquefois cependaut elle est régulière à sa surface, élastique, et plus molle dans certains points que dans d’autres. La peau qui la recouvre a conservé son élat normal ; le volume de l’organe dans lequel elle s'est développée est ordinairement augmenté; il n’est pas rare aussi de voir cet organe revenu sur lui-même, et plus compacte qu'à l’état naturel. Ces phénomènes annoncent la première période du cancer ( scirrhus ).

2155. Cette tumeur devient sensible, soit spontanément, soit à la suite d’une violence externe; le malade y éprouve des élancemens extrêmement douloureux, qui la traversent en différens sens, et, dans quelques cas, il y éprouve un sentiment permanent de brûlure; le volume et la dureté de la tumeur augmentent constamment; elle devient plus inégale, plus bosselée; la peau qui la recouvre prend une teinte rouge, bleuâtre; elle devient plus tendue, contracte des adhérences avec la surface de la tumeur, et les veines qui l’avoisinent prennent un volume plus considérable ( cancer occultas).

2156. Les symptômes que nous venons d’indiquer augmentent de jour en jour; la peau s’amincit

DU CANCER

et s’entr'ouvre; fl s’éooule un liquide lchoreux, sanguinolent, brunâtre ou limpide, et, malgré cet écoulement, le volume de la tumeur ne diminue en rien; il se forme un ulcère dont les bords, durs et renversés, circonscrivent une, surface inégale, de laquelle s’élèvent des excroissances fongueuses extrêmement douloureuses, et sécrétant un pus d’une odeur repoussante (cancer). Les glandes voisines s’engorgent, même celles qui ne sont point sur le trajet des vaisseaux lymphatiques partant de l’ulcère; toutes les parties situées aux environs de l’ulcération sont successivement envahies par elle dans toutes les directions, après toutefois avoir subi la dégénérescence squirrheuse; il survient de fréquentes hémorrhagies; le malade maigrit notablement; la peau prend une couleur jaune particulière; la face prend un caractère qui décèle une affection profonde; des collections séreuses se fout dans le tissu cellulaire et dans les cavités; les os deviennent extrêmement fragiles; une fièvre hectique, des 6ueurs nocturnes, une diarrhée col I iquative, amènent un dépérissement rapide et la mort.

2157. Sil’on examine le squirrbe avant qu’il so soit formé aucune ulcération, on trouve, comme nous l’avons indiqué § 2154, une masse dure, compacte , incompressible, qui, coupée par tranches très-fines, est demi-transparente, a la consistance d'un cartilage, d’un fibro-carlilage, ou d’un morceau de couenne de lard , dont elle a parfaitement l'aspect. Cette masse est composée de deux élémens différens : l'un est dur et fibreux; l’autre est plus mou, et parait inorganisé; la partie fibreuse forme, mais sans aucun ordre, diverses cloisons, diverses cavités, dans lesquelles une masse molle, en général brunâtre, quelquefois bleuâtre, grisâtre, blanchâtre ou rougeâtre, analogue à de l’albumine coucrélée, se trouve contenue. La portion fibreuse a quelquefois une dureté cartilagineuse. En général les rapports qui existent entre ces deux' élémens sont très-variables ; tantôt la substance fibreuse forme un noyau duquel partent, dans toutes les directions, un grand nombre de cloisons, et, dans ces cas, la tranche présente un aspect rayonné ; tantôt la tumeur forme une masse régulièrement dure, dans laquelle il est impossible de reconnaître aucun tissu particulier. Assez souvent on trouve dans le squirrhe des tumeurs enkystées, renfermant un liquide diversement coloré. Le squirrhe peut se manifester sous la forme d’une tumeur complètement indépendante de l’organe dans lequel elle se développe, ou bien aux dépens de la substance même de cet organe : dans ce dernier cas il est impossible de tracer les limites entre les tissus sains et les tissus malades.

Si on examine la tumeur arrivée à l’état de cancer occulte, on trouve que la masse lardacée est plus dure à son centre qu'à sa périphérie; çà et là 0n rencontre des points rouges, des cellules plus ou moins grandes disséminées dans son épaisseur, et remplies d’un liquide visqueux d'un gris cendré 0u sanguinolent, et extrêmement âcre; les parois

de ces cellules, que l’on rencontre toujours dans les intervalles qui séparent les stries fibreuses, sont d’un rouge pâle, et leur surface interne est tapissée par une substance molle et fongueuse; dans cette substance fongueuse on peut çà et là détacher avec l'ongle quelques petites portions de cette masse blanchâtre qui environne ces cavités,

( Scakpa, pag. 29. )

2158. La formation secondaire de l’ulcère cancéreux peut avoir lieu aux dépens d’ulcères vénériens, herpétiques, scrofuleux, etc., de même qu’on le voit quelquefois s’emparer d’excroissances de diverses natures ; de condylomes , de verrues, de polypes , etc. , qui primitivement n’étaient pas carcinomateux, mais qui sont devenus squirrheux à la suite d’un traitement fort irritant, etc.

2159. Le cancer primitif ne paraît pas attaquer tous les organes ; du moins on ne le voit pas se développer de toutes pièces dans les muscles de la locomotion volontaire, dans les séreuses, dans les cartilages et les tendons. — La peau, le tissu cellulaire, les organes sécréteurs, les glandes lymphatiques, les membranes muqueuses, les nerfs et les os paraissent être les seuls organes dans lesquels le squirrhe primitif se développe. Certains organes paraissent être , plus que d'autres, susceptibles de contracter cette affection. C'est ainsi qu’on la rencontre plus souvent dans les mamelles, le testicule, l’utérus, les lèvres, la langue, l’œil, la verge, le clitoris, etc. L’envahissement des parties voisines du squirrhe paraît aussi être subordonné, jusqu’à un certain point du moins , à leur structure. Lo tissu cellulaire et la peau qui recouvre la tumeur sont toujours attaques et détruits avant les autres parties voisines : ainsi, par exemple, dans le cancer de la mamelle, la peau sera ordinairement détruite avant que le muscle grand pectoral ait été atteint ; les membranes séreuses ne sont jamais atteintes qu’à une époque très-avancée de la maladie ; les os résistent longtemps à la destruction : cependant ils finissent par être envahis et détruits ainsi que les vaisseaux, ce que prouvent les hémorrhagies fréquentes déterminées par le cancer; ces derniers organes sont ceux qui paraissent résister le plus. — Lorsque la maladie existe depuis un certain temps, les glandes ly mphaliques qui sont en rapport avec la partie affectée s’engorgent constamment, et cet engorgement arrive tantôt dès le début de l'affection, et tantôt seulement dans sa dernière période.

Scarpa a prétendu que les glandes lymphatiques n 'étalent jamais primitivement affectées de squirrhe ; If'allher (page 202) a réfuté ces opinions â l’aide d'observations.

2190. Les signes qui caractérisent le cancer à l’époque de sa formation et dans le cours de sou développement, sont lrès-variables:cette différence paraît tenir à la constitution del individti, à la cause déierminante et à la nature de l’organe affecté. — Le cancer présente souvent une forme extrêmement envahissante ; ses bords sont alors durs , et

DU CANCER

quelquefois il est recouvert d'excroissances fongueuses. La première variété parait affecter plus particulièrement les vieillards à tempérament sanguin et colère, et la seconde les adultes à constitution flegmatique. — Dans quelques cas la marche du cancer est extrêmement rapide; la peau est promptement détruite dans une large étendue; la plus grande partie de la tumeur cancéreuse fait saillie entre les bords renversés de la peau ; dans d’autres cas la marche de la maladie est lente ; l’ulcération paraît se limiter à la destruction première de la peau ; les bords se renversent en dedans ; la suppuration est peu abondante, et l’affection peut durer longtemps sans prendre aucun développement. — L’influence du cancer sur le reste de l’économie varie également suivant l’organe affecté; souvent les accidens généraux dus à la diathèse cancéreuse se développent de bonne heure avant que le sqnirrhe ne se soit ramolli, avant que la peau ne se soit ulcérée; souvent aussi ils ne se manifestent que très-tard, et alors que la destruction de la partie squirrheuse est très-avancée.

AUbert (1 ) établit six espèces différentes de cancer; savoir : 1° cancer fongoïdes , c’est le cancer ordinaire; 8' cancer terebraw , c’est celui qui affecte la peau ;-»3° cancer eburneus, qui est dur comme de l’Ivoire ; 4° cancer ylobosus, qui présente une tumeur arrondie , souvent indolore, de couleur violette ou noirâtre, et qui ordinairement n’est point bornée à une stülî partie, mais envoie au loin de ion: s prolor g-mens ; 5° cancer anlhi adneus , caractérisé par une tache noire de la peau avec des élancemens douloureux , et déterminant par son développement une excroissance analogue à une mure; 6° cancer melar<eus , tuberosus , qui se développe dans des nodosités plus ou moins nombreuses, et de volume variable , ayant leur siège dans le tissu cellulaire.

2161. Le diagnostic des tumeurs squirrheuses offre souvent de grandes difficultés: cerlainement on ne peut élever aucun doute sur la nature squirrheuse de l’affection lorsque la peau qui recouvre la tumeur est ridée, et offre une teinte de plomb; lorsque la surface de la tumeur est irrégulière et bosselée, qu’elle est le siège de douleurs lancinantes, et qu’elle a contracté des adhérences solides avec la peau et les parties voisines. La dureté et la nature de la surface du squirrhe sont très- variables et peuvent être propres à des tumeurs d’un autre genre; dans beaucoup de cas le squirrhe est mobile, sans douleurs, sans adhérences avec les parties sous-jacentes ; souvent aussi la peau qui le recouvre n’a subi aucune altération. La tendance du squirr he à subir la dégénérescence cancéreuse, qui ordinairement sert à le diagnostiquer d’une induration de bonne nature , ne peut être décidée par avance ; ce passage à l’état cancéreux n’est même pas indispensable, et dépend assez souvent des circonstances extérieures auxquelles la tumeur peut être soumise. Le squirrhe n'atteint pas ordinairement un volume aussi considérable que les autres

(1) Nosologie naturelle.

tumeurs : ces dernières n’ont pas une pesanteur égale à la sienne, et n’ont point de tendance à faire subir aux parties voisines une’altération analogue à la leur. — L’examen de la tumeur après son extirpation fournit des données certaines sur sa nature; il en est de même de sa reproduction, si fréquente après sonablation; maiscette dernière circonstance ne peut avoir d’importance que pour le pronostic. L’ulcère cancéreux lui-même ne présente pas des caractères tellement tranchés, qu’on ne puisse le confondre quelquefois avec des ulcères syphilitiques ou scrofuleux rebelles. — Car ces derniers , sans êlre réellement cancéreux , présentent tous les caractères propres à cette affection. Le chirurgien peut être dirigé, dans ces cas, par des modifications que l’ulcère peut subir sous l’influence d’un traitement anlisyphililique ou antiscrofuleux, et, par celte circonstance aussi que, dans l'ulcère cancéreux , les douleurs ne peuvent être calmées que par les émoliiens et les opiacés, et quelles sont augmentées par les topiques irritans.

Scarpa , qui étend la signification scrofuleuse ou strumeuse â beaucoup plus de tumeurs qu’on ne le fait ordinairement , qui désigne même sous ce nom des tumeurs qui évidemment appartiennent aux fongus médullaires , différencie les tumeurs squirrheuses des tumeurs scrofuleuses par les caractères suivans : — Les scrofules attaquent rarement les glandes conglomérées externes , mais se portent ordinairement sur les glandes lymphatiques , et le plus souvent on en rencontre plusieurs sur le même individu. Avec les tumeurs scrofuleuses coïncide toujours une constitulion lymphatique. — La dureté de la tumeur scrofuleuse est uniforme , régulière, et très-différente de la dureté spéciale du squirrhe. La douleur que détermine la tumeur scrofuleuse est, dès le principe, sourde, gravative. — Le squirrhe n’affecte que les vieillards à fibre rigide , à tempérament sanguin et colère : si , chez eux , on pense à une diathèse , ce n’est jamais à la diathèse scrofuleuse ; chez eux le squirrhe se développe en un point unique , s’étend d’une manière insensible dans toutes les directions; il est insensible lorsqu’il est ancien ; il présenie , à sa surface, de légères nodosités, dans le plus grand nombre des cas du moins, et adhère, eu plusieurs points , â la peau. Dès que les douleurs lancinantes se manifestent dans le squirrhe, il cesse de prendre du développement ; loin de là , il semble se contracter sur luimême , acquiert de la dureté ; on pourrait même dire qu’il commence à sécher. — Une injection poussée dans un engorgement scrofuleux pénètre d’abord avec facilité dans les vaisseaux, mais bientût s’extravase tout à coup , parce que les vaisseaux sont détruits. La coupe d’une tumeur de ce genre est compacte , présente de nombreux vaisseaux ; elle est infiltrée par un liquide comme albumineux, mélangé quelquefois, mais rarement, de matière graisseuse; entre les engorgemens lymphatiques et les parties qui les environnent ou rencontre toujours quelques traces de lymphe coagulée , qui prépare leurs adhérences , quelquefois aussi on rencontre de cette lymphe dans leur intérieur. Dans le squirrhe l’injection artificielle ne pénètre que dans les gros vaisseaux. — Macéré, le squirrhe conserve sa dureté propre, et qui est analogue à celle du cartilage ramolli, tandis que , par le même procédé , l’engorgement scrofuleux se réduit à une masse molle, fongueuse, floconneuse.

2162. A la peau le cancer provient d'un vérilable squirrhe développé sous forme de tumeur ronde

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ou oblongue, aplati et ferme ; il s’y forme aussi aux dépens de verrues ou d’autres excroissances cutanées, quelquefois aux dépens de taches d'un rouge foncé, noirâtre , ou d’excoriations qui ont déterminé des eschares. Il peut se former sur tontes les parties de la surface du corps, niais on le rencontre plus particulièrement à la surface, au nez , aux lèvres et aux parties génitales, que cela tienne à la sensibilité particulière à ces parties, que cela tienne aussi à l’action des causes extérieures auxquelles ces parties sont plus souvent exposées que les autres. A son début le cancer cutané présente un ulcère superficiel qui s’étend peu à peu, devient douloureux, et ne peut être amélioré par aucun moyen. Ses progrès sont tantôt lents , tantôt rapides, et paraissent liés à l’intensité des douleurs et l’abondance de la suppuralion. Ces ulcères peuvent rester longtemps stationnaires, limités à une certaine étendue et superficiels ; la peau qui les environne tantôt n’a subi que peu d’altération, sa surface est rouge et uniforme ; et tantôt elle est couverlede croûtes sèches, brunâtres, qui se reproduisent aussi souvent qu’on les enlève. Dès que ces ulcères ont gagné le bord des lèvres, des fosses nasales , des paupières , de l’anus ou de J'urèthre, ils font des progrès rapides, s’étendent en profondeur, envahissent et détruisent toutes les parliesenvironnantes, quellequesoit leurstruclure; ils sont alors caractérisés par l’aspect qui leur est particulier, par les douleurs lancinantes dont ils sont le siège, et par l'engorgement des glanglions lymphatiques. Le traitement que l’on emploie contre les ulcères ordinaires ne fait qu’aggraver l’ulcère cancéreux alors même qu’il est peu étendu. On rencontre souvent en même temps qu’eux une affection cancéreuse interne ou externe. Ces ulcères ont été désignés par beaucoup de pathologistes sous le nom d 'ulcères cancéreux primitifs.

Il existe des ulcères qui se montrent particulièrement au visage , aux ailes du nez, etc. , qui se développent sans douteurs ; leur base n’est pas dure, les bords ne sont point renversés ; ils nesont le siège d'aucune excroissance fongueuse d’aucune sécrétion ichoreuse , s'étendent dans toutes les direclions, et attaquent toutes les parties, quelle que soit leur organisation. Il est impossible de savoir quelle est la cause qui les détermine : ils n’ont de commun avec le cancer que leur mode de développement et d’envahissement ; ils lui ressemblent encore eu ce que la destruction de leur surface est le seul moyen d’en obtenir la guérison ; ce sont les ulcères phagédéniques , les tissus désignés par quelquesuns sous le nom d ’herpes exedens. Us déterminent souvent à la face des destructions hideuses , et le plus ordinairement l'ablation de toute la partie dont ils sont le siège peut seule en amener la guérison.

2163. Dans les glandes le cancer succède toujours à un squirrhe, et présente les phénomènes et la marche indiqués § 2154.

2164. Dans les membranes muqueuses les can* cers se développent sous la forme de polypes durs, bosselés, d un rouge foncé , douloureux , saignant

au moindre contact, et quelquefois spontanément; ils s’ulcèrent facilement, présentent les mêmes phénomènes que les ulcères cancéreux, et la mémo structure que le squirrhe ; d’autres fois ils se déve- 1 oppent sous la forme d’excroissances dures, comme verruqueuses , ou sous celle d’un épaississement induré de la membrane muqueuse , lequel s’ulcère.

2165. Dans les os le cancer est représenté par l’osléosarcôme ou l’ostéostéatôme. Dès le principe ces tumeurs peuvent être de nature squirrheuse, et d’autres fois elles ne prennent ce caractère que d’une manière consécutive.

2 1 66. Le cancer des nerfs se développe sous forme d’une tumeur dure, dont l’intérieur a l’aspect squirrheux , et paraissant appartenir au névrilème plutôt qu’à la substance nerveuse ; quelquefois cette tumeur est implantée sur un pédicule qui se confond avec le névrilème. Dans d’autres cas au contraire la tumeur paraît formée aux dépens du nerf lui-même; sa grosseur varie depuis celle d’une lentille jusqu’à celle d’une noix et même au-delà. — Ces tumeurs surviennent tanlôt spontanément, tantôt à la suite de violences externes ; dans le plus grand nombre des cas on les rencontre sur les nerfs superficiels des extrémités supérieures. Elles se développent lentement, et paraissent dures, tendues, offrent souvent la même sensation que si elles étaient pleines de liquide; elles sont très-douloureuses, surtout pendant les mouvemens , et plus particulièrement dans les mouvemens de haut en bas. Les mouvemens que la tumeur éprouve dans sa direction déterminent, dans le cerveau et dans tout le système nerveux, une sensation analogue à celle que produirait une étincelle électrique, la tumeur contracte des adhérences avec les parties environnantes, et les fait participer à la dégénérescence qui lui est propre.

Toutes les tumeurs des nerfs nesont point de nature cancéreuse; souvent elles sont le résultat d’une simple inflammation, et consistent dans une augmentation et une modification apportées à la nutrition. — Souvent elles sont le résultat d’une exsudation anormale , et ne sont autre chose qu’un amas de sérosité coagulable analogue au liquide séreux renfermé dans une cavité dont les parois sont formées par le névrilème.

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2167. Le cancer est une affection spécifique qui

DU CANCER

se développe sous l'influence d'une disposition particulière dont !a nature nous est complètement inconnue: tantôt héréditaire à plusieurs degrés, tantôt ne se manifestant que chez un seul sujet de la meme famille et dans toutes les périodes de la vie. — Celte prédisposition nous explique pourquoi le traitemerit du cancer est en général sans résultats ; pourquoi la maladiese reproduilen même temps dans plusieurs organes, entin pourquoi l’ablation prématurée d’une tumeur squirrheuse n’est ordinairement suivie d’aucun bon effet. — A mesure que la maladie fait des progrès l’organe malade devient le siège d’une résorption des sucs morbides : de là résulte ce qu'on a désigné sous le nota de diathèse cancéreuse.

Les opinions qui ont été émises sur la nature du cancer sont très-diverses. I.es uns refusent d’admettre une disposition particulière , et regardent le cancer comme une affection tout-à-fail locale qui ne détermine line dyserésie que par suile de son développemrnl . — Les autres refusent au cancer des caractères spécifiques. Quelques-uns le regardent comme contagieux , et d autres non. — On a été jusqu'à nier qu’une diathèse particulière puisse survenir par suite du développement d’un cancer dans une partie, par la raison que les glandes voisines s’engorgent souvent avant que le squirrhe ait subi la dégénérescence cancéreuse ; par la raison que les glandes ne sont souvent en rien affectées , alors même que la maladie existe depuis longtemps , et enfin par ta raison que les expériences lentées sur l’inoculation du suc cancéreux ne sauraient justifier cet te opinion (1 ). — La tuméfaction dès glandes voisines peut, aussi êire déterminée par la compression et par une irritation purement inflammatoire. — La récidive de cetie affection A la suite de l'opération est souvent produite par une partie du mal qu’on n’a pas enlevée. Dans les cas cependant où la plaie est resiée plusieurs années cicatrisée et où elle s’ouvre de nouveau pour devenir le siège d’un nouveau cancer , il est probable que la récidive n'a lieu que par suite d’une certaine prédisposition.

2168. Les causes occasionnelles du squirrhe et du cancer sont: loules les violences, telles que coups, chutes , pressions , contusions , elc. , capables de déterminer une irritation permanente, mais peu intense; un traitement trop irritant ou une lésion quelconque d’un ulcère, d’une induration, d’une excroissance; certaines maladies internes, telles que les scrofules, la syphilis, dont les engorgeraens peuvent alfecter le caractère squirrheux ; la suppression d’une sécrétion déjà ancienne. — Le plus souvenl le cancer se manifeste a l'àge critique, époque à laquelle les organes géttilaux deviennent stériles, et on le rencontre le plus ordinairement dans les organes destinés à la génération et à la conservation du fruit: l’utérus, les testicules, les mamelles. Les femmes paraissent y être plus spécialement prédisposées que les hommes; il en est de même des individus très-irritables et mélancoliques, qui ont mené une vie sédentaire , et qui ont éprouvé dé nombreux soucis , de violens chagrins.

(1) J/tbert. nosographie naturelle, pag. 558.

2169. Le pronostic du squirrhe et du cancer est loujourstrès-défavorablc. Il est d’aulant plus grave que l'affection embrasse une plus grande étendue d’un organe, que la constitution du sujet est plus mauvaise, que la maladie est héréditaire, que le cancer est douloureux et envahissant , enfin que des accidens généraux se sont manifestés. Si le squirrhe ou le cancer est superficiel ; s’il n’est pas héréditaire; si aucun symptôme général ne s’est déclaré; s’il est le résultat d’une violence extérieure enfin , si la constitution est bonne , et le mal récent, le pronostic est moins grave. Mais, s’il existe plusieurs tumeurs squirrheuses, si le corps participe à la diathèse cancéreuse, ia maladie est complètement au-dessus de toutes les ressources de l’ai t.

Scarpa pense que le squirrhe, dans sa première période, cons sic uniquement dans la déposition d’un germe île mauvaise nature , qui s'élaut développé dans toute l’économie , a été isolé par les forces de la nature, et s'est déposé dans l'intérieur d’une glande conglomérée ou dans line partie quelconque do l’appareil tégurnentaire, et que te cancer , qui jusqu’alors était latent, peut déterminer une diathèse cancéreuse. Par suite de ces idées il pense que l’extirpation, pour avoir un bon résultat , ne doit ètr.e pratiquée que lorsque le squirrhe n’est le siège d’aucune douleur.

2170. Le traitement du squirrhe ou du cancer consiste à solliciter la résolution de la tumeur par des moyens internes et exlcrnes, ou à la détruire avec le couleau ou les caustiques.

2171. Quant-à ce qui a trait aux moyens capa-

bles d'oblenir la résolution , nous nous en rapportons à ce que nous avons dit (§ 62). — Ce traitement est dangereux , parce que ces moyens n’amèneront jamais la résolution d’une tumeur vraiment squirrheuse, et que leur emploi continu attaque la constitution , et fait rapidement dégénérer la tumeur en cancer. On peut hardiment révoquer en doute l’exactitude du diagnostic porté pat ceux qui ont. prétendu avoir guéri des tumeurs squirrheuses par les saignées, les sangsues, une dièlo sévere, les purgatifs, par tous les moyens capables d’agir sur le système lyinpha ique , ainsi que par les émolliens et les opiacés. Ce traitement ne doit être mis en usage que dans les cas où l’extirpation n’est pas praticable, et dans ceux où le cancer a une marche très-lente; car l'expérience a démontré que , dans ce dernier cas , un traitement palliatif peut faire vivre les malades pendant de longues années sans qu’ils éprouvent aucun accident particulier; tandis que l'on a vu assez souvent, à la suile de l’opération , le mal faire des progrès épouvantables. t

Yountj (t) avait recommandé la compression des squïrrhe.s , et l'avait portée graduellement à un degré considérable ; il disait en obtenir de bons résultats ; mais des expériences nombreuses , loin do démontrer son efficacité, ont

(1) Minutes of Cases or cancer, etc. LonJ., 1813 —

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fait voir que souvent le mal faisait, des progrès beaucoup plu ; rapides (1) . Cependant les tentatives que Recamier a faites dans ces derniers temps semblent être favorables à ce mode de traitement. Il en résulte que , dans les squirrhes commençons , la compression faisait revenir le t issu de I’organc malade A son état normal sans l'atrophier ; que, dans le squirrhe plus avancé, le tissu de l’organe s’affaissait, et se transformait en une masse cartilagineuse. — Lorsqu'un orgine a perdu sa structure normale , qu’il a été converti en une masse cartilagineuse ou Iardacée , la compression peut le faire diminuer de volume en l'atrophiant , mais sans lui rendre son organisation première. — Loin d'augmenter les adhérences contractées entre la tumeur et le tissu cellulaire ambiant, la compression les diminue considérablement, et , sous son influence , la peau , qui était adhérente et amincie, reprend ses caractères normaux. Par suite de la disparition des adhérences de la tumeur on peut l’enlever par une véritabie énucléation , et avec l’aide seul des doigts , après toutefois que la peau qui la recouvre aura été divisée avec le bistouri ou par le caustique, Recamier pense aussi que l'ablation d'nn squirrhe après que l’on a exercé la compress ni est beaucoup plus rarement suivie de récidivé, que l’extirpation sans compression. — La compression doit être faite avec soin avec une bande de toile ou de flanelle , après toutefois que la tumeur aura été recouverte de disques d’agaric j de jour en jour on augmente graduellement la compr ssion. — Pendant ce traitement local on prescrit un traitement interne, la ciguë , les préparations mercurielles , l’iode , etc. , et on fait de fréquentes émissions sanguines (3).

2172. L'abîalion delà partie malade à l’aide du bistouri , oti sa destruction à l’aide de caustiques , sont les seuls moyens qui nous offrent quelques chances de succès. Ces deux moyens sont pourtant formellement contre -indiqtiéslorsque lecancer a déjà fait de grands progrès, qu’il doit êire regardé comine une affection générale, et qu’on se voit dans la possibilité d’enlever la totalité du mal. — L’opération doit être retardée lorsque, par une cause tout à fait accidentelle, l’état général du malade est altéré, et que la partie malade est le siège de douleurs vives.

L’extirpation d'une tumeur cancéreuse, alors même qu’on n’en espère nullement la guérison , peut cepeudant, dans quelques cas, avoir de grands avantages , car elle soulage les malades par l’ablation d’une tumeur volumineuse ulcérée.

2173. Le procédé opératoire que l’on met en usage pour l’extirpation d’un organe cancéreux varie suivant une foule de circonslances. Du resle nous renvoyons à ce que nous avons dit pour l’ablalion des tumeurs enkystées (§ 2029). Il faut cependant tenir bien compte des faits suivans: enlever bien exactement tout le mal ; bien examiner s il n’en resle pas quelques traces daus le lissu cellulaire qui se trouve au fond de la plaie ; faire , aulant que possible, que la lumeur enlevée soit de toutes parts entourée d’une couche de tissu cel-

(1) C. Bel/, Surgirai Observations, vol. i, pag. 4.

JZ) Revue médicale , janvier 1827, pag. 96.

Sur le traitement du cancer. Paris , 1829,

lulaire sain : tout ce qui dans la plaie parait douteux doit êlre enlevé; conserver, aulant que possible , assez de peau saine pour recouvrir la plaie afin d’accélérer la guérison, et de prévenir une cicatrice trop difforme. — Il paraît aussi avantageux d’établir avant 1 opération un exuloire, que l’on entretiendra pendant très-longtemps.

2174. La destruction d’un cancer par les caustiques ne doit être pratiquée que lorsque le cancer est superficiel , qu’un organe glanduleux n’en est pas le siège : aussi leur emploi doit-il êlre borné aux cancers de la peau. Le caustique doit être assez fort pour que tout le mal soit complètement détruit à l’aide d’un petit nombre d'applications. Celui dont on se sert le plus ordinairement est l’arsenic employé suivant la formule de frère Côme (1) ; le sublimé et le nilrale d’argent sont quelquefois, mais rarement, employés. La poudre de frère Côme est délayée dans de l’eau ou de la salive , de manière à faire une pâte que l’on étend avec une spalule sur l’ulcère que l’on a essuyé avec de la charpie. Les bords indurés de i’ulcérc doivent aussi en êlre couverts. S’il survient un écoulement de saog pendant l'application , "on l'arrête en recouvrant la plaie d’une nouvelle couche. Cela fait , on recoin re la pâte d'une toile d’araignée , ou même on la laisse à nu. Pendant quelques heures après i’applicalion les douleurs sont ordinairement très vives; les pourtours de l’ulcère se tuméfient considérablement ; une inflammation érysipélateuse , qui s’étend aux parties voisines , se développe : ces accidens sont calmés par des applications aromatiques ou par des fomentations de lait tiède. — Du reste , plus ces accidens sont violens , plus on est sûr de l'action du médicament. Au bout de huit, dix , quinze jours , l'escharre se détache , et au fur et à mesure de sa séparation , on l'enlève avec des ciseaux , sans cependant exercer de tractions sur les portions qui adhèrent encore. Si , à la chute de l’escharre, l’ulcéraliou offre un bon aspect, elle guérit sous l’influence d’un pansement simple. Si au contraire la surface ulcérée offre encore un mauvais aspect , on la couvre d’une nouvelle couche de pâte caustique.

Voyez, g 797, tome I, la composition de la poudre de Dupuytren et son mode d’action.

2173. Nous devons mentionner ici un mode particulier â Hellmund (2) pour l'application de la poudre de frère Côme. La partie malade est lavée avec soin avec de l’eau tiède ; , s’il y a des croules, on les fait tomber à l’aide d’un cataplasme. La surface malade est alors , suivant sa fonrine , recou-

(1) Rec. Cinnabar. artc fact. , une. 1.

Sanguin, dracon., une. 1/3.

Arsenic, alb., drachm. 1.

r.iner. solearum calccamentorum, drachm. 1 .

M. F. pulvis subtilissiinus.

(2) La méthode de HeUmund se trouve exposée dans

Rusl's Magasin, vol. XIX, cah. I, pag. 55.

EU CANCER

"verte de bourdonnets on de plumasseaux faits avec une charpie molle et fine, recouverts d’une couche de pâte arsenicale (1) de l'épaisseur d’une carte. Les bourdonnets ainsi eniluils sont placés un à un dans les différentes anfractuosités de l'ulcère. Pardessus chacun d’eux on place une feuille de myrte qui sert à les isoler les uns des autres. Les bords de ('ulcération sont recouverts par ces bourdonnets dans une étendue de deux lignes. Lorsque les bords de l'ulcère sont Irès-saillans , il est nécessaire de recouvrir ces derniers d’une feuille de myrte enduite de la pommade arsenicale, et de placer audessus d’elle un pluma seau enduit de la même pâte. On renouvellera le pansement une fois par jour, <t chaque fois on enlèvera l'escharre qui se sera formée. Peu de temps après l’application de la pâte arsenicale, il survient un léger sentiment de brûlure qui augmente peu à peu , cl se convertit en une douleur qui souvent est très-vive. Suivant l’intensité de cette douleur, et l'inflammation qui s’empare des parties environnantes; ii faudra, si elle est peu vive , l’augmenter par l’addition de la poudre de frère Côme , ou l’affaiblir par un mélange d’onguent basilicum. Au troisième ou quatrième jour les douleurs diminuent peu à peu ainsi que la iuméfaction et la rougeur; mais l’ulcère, qui s’est agrandi dans tous les sens, offre toujours un aspect plus mauvais qu’avant l'application. Son fond, fongueux et lardacé, qui fournit encore un pus abondant, commence, au quatrième ou cinquième jour , à de\ enir plus pâle, comme putréfié, et sécrète alors un pus séreux très-abondant. Du cinquième au sixième jour il se forme uneescharre molle, humide, d’une couleur blanc foncé, laquelle ne doit point être enlevée, mais que l’on doit au contraire couvrir de nouveau de pommade arsenicale. Suivant que cette marche aura été Irop lente ou trop rapide, on augmentera ou on diminuera les applications d’arsenic. — Lorsque du sixième au septième jour, cette escharre blanche s est complètement formée , on panse tous les jours la plaie comme nous l’avons indiqué plus haut , mais avec la pommade balsamique (2) , que I on étend , dans une épaisseur d’une demi-ligne , sur de

(1) Rec. Pulveris Costa , drachm. 1.

Fuguent! narcotïco-balsamici , une. I.

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