‹ Traité de chirurgie [electronic resource]Chapitre 345 sur 444 · B. CANCER DE LA LANGUE · texte numérisé non relu

B. CANCER DE LA LANGUE

2186. Le cancer de la langue commence ordinairement par une tumeur dure, circonscrite, qui se développe sur l'un ou l'autre côté de cet organe. Elle s’enir’ouvre après avoir été le siège de douleurs lancinantes, et elle s'étend peu à peu en présentant tous les caractères propres à l’ulcère cancéreux. Diverses tumeurs et ulcérations delà langue acquièrent souvent un mauvais aspect. La laxilé du tissu de la langue, l’humidité constante qu’elle reçoit de la salive, les pointes que présente .1 des dents cariées , rendent très-souvent ces ulcères ex-

(1) Texlor , Okens’s Isis, 1828.

Roux, Revue médicale, janv. 1828, pag. 20.

trèmement rebelles. 11 n’est pas rare de voir les papilles qui se trouvent sur le dos de la langue se développer, et donner lieu à des excroissances fongueuses; des ulcères syphilitiques de cet organe dégénèrent souvent en cancers.

2187. Le pronostic varie suivant la situation du mal , suivant son étendue et la cause qui l’a déterminé. Un ulcère de la langue qui, par suite de l’irrilation continuelle, et par suite d’un traitement mal dirigé, a pris un mauvais caractère; guérit quelquefois par un traitement local et général convenable. 11 n’en est pas de même des ulcères de ce genre qui se sont développés à la suite d’une opération quelconque. On doit avant tout détruire la cause qui entretient la maladie : arracher les dents gâtées, irrégulières et aiguës, et couvrir les autres avec de la cire ; empêcher complètement le malade de parler; faire laver souvent la bouche avec de l'eau tiède ou avec une solution d’extrait de ciguë à laquelle on ajoutera un peu d’opium. Le rnaiade prendra des alimens très-doux : dans quelques cas on sera forcé de iui interdire toute espèce d’aliiucns solides. Si les glandes sous-maxillaires s’engorgent, et si la surface de l’ulcère est enflammée, on appliquera des sangsues à plusieurs reprises. Plusieurs fois, dans le jour, le malade gardera, pendant un certain temps, dans la bouche, de la bouillie de carottes, qui agira comme topique, et qui servira aussi à empêcher le malade de parler et de mouvoir la. langue. Earle (pag, 17) a conseillé l'emploi d’une solution de nitrate d’argent ou d'acide nitrique étendu (3 ou 4 gouttes par once d’eau), et, dans quelques cas, une solution arsenicale; mais j'ai employé avec beaucoup1 plus d'avantages une décoction émolliente. 'A l’intérieur on prescrira de l’extrait de ciguë à doses croissantes. Les ulcères syphilitiques seront combattus par le traitement mercuriel complet, par la décoction de Zittmann, et, dans quelques cas, les différentes préparations d'or. — Si, par ces moyens, on ne parvient pas à enrayer la marche de l’ulcère, si ce dernier est évidemment cancéreux, ou s’il existe à sa base un engorgement squirrheux, il est indispensable de faire l’ablation de toute la partie malade. Mais, avant d’en venir à cette opération, il faudra s’assurer si aucune affection générale n’entretient la maladie, si l’affection ne s’élend pas jusqu’à la racine de la langue, enfin si les glandes voisines, les amygdales, ne sont pas également prises de dégénérescence. Il ne faut pas perdre de vue cependant que ces engorgetnens peuvent se résoudre par des applications de sangsues , considérables d’abord, et pius lard plus petites (1).

2188. L'extirpation d’une partie cancéreuse de la langue se pratique de la même manière que l’ablation de la langue trop iongue (§ 1946 ).’Cependant la différence de siège et d’étendue du cancer établit quelques variolés dans le manuel opératoire. Le malade est assis sur une chaise, et sa tête appuyée

(1) Lisfranc , médicale, av, rit 1827, pag. 69.

Jaeyer, Do exstirpatione linguæ. Erlang., 1832.

CANCER DE LA PAROTIDE

sur la poitrine d’un aide placé derrière lui; il sort la langue aussi fortement que possible : nn aide la saisit avec les doigts, après toutefois l’avoir entourée d’une compresse. On peut encore la saisir avec des pinces à polypes. Le chirurgien saisit !a partie dégénérée avec les doigts, une pince, une airigne, ou un fi 1 passé au travers, avec un bistouri, ou mieux avec les ciseaux coudés ou les ciseaux de Cooper. On retranche toute la partie malade. La forme et la direction de l'incision doivent être subordonnées à la forme et à la position du mal. Lorsque l’ulcère ou le squirrhe a pris du volume, et surtout lorsqu'il a son siège à la pointe de la langue, on peut l’enlever a l’aide de deux incisions qui se rencontrent à angle aigu , et réunir la p aie avec un ou plusieurs points de suture. Lorsque le cancer est situé sur la partie latérale de la langue, on le sépare à l’aide d’une incision longitudinale; en arriére de la partie dégénérée on fait croiser celle première incision par une sonde, oblique ou transversale selon les cas. Si la dégénérescence s’étend loin en arrière, il est quelquefois indispensable de diviser la paroi de la joue correspondante à la partie malade afin de gagner de l’espace. Lorsque la langue est dégénérée dans toute son épaisseur et à sa partie la plus reculée il faut également diviser la joue, et après avoir lait sortir et fixer la langue, on lait, avec les ciseaux de Cooper , deux incisions , qui, parlant du côté latéral de 1 organe, sont dirigées vers sa partie médiane. L’hémorrhagie qui succède toujours à celte opération est arrêtée, lorsque cela est possible, par la ligature, et, si on ne peut la pratiquer, par les slypliques ou le cautère actuel. On examine avec soin la surface de la plaie, et les parties indurées ou même douteuses que l’on rencontrerait doivent être saisies avec une airigne, et enlevées avec les ciseaux. Le traitement consécutif à l’opération doit être plus ou moins antiphlogistique, suivant la nature et l’énergie de l'inflammation qui se déclare. Le malade ne doit point parler; ses al i m . n s doivent être liquides, et consister dans des bouillies. Si la suppuration s’empâte de la plaie, on prescrira des gargarismes émollicns. Si la pluie en suppuration prend un mauvais caractère, on la touchera avec du nitrate d’argent ou le oaulère actuel , et on présenta un traitement général si on le juge convenable. Lorsque la cicatrisation est complète,

1 articulation des sons est plus ou moins altérée, suivant qu’on aura enlevé tins partie plus ou moins grande de la langue. Cependant le malade recouvre peu à peu l’intégrité de celle fonction, pourvu que la solutiou de continuité n’ait pas été trop étendue. Les excroissances fongueuses de la langue doivent dire excisées à leur base , soit directement, soit après les avoir comprises dans une ligature. Après I ablation la surface saignante sera cautérisée avec le 1er chaud.

IVauher, Journal für Chirurgie, vol. v, pag. 210-

Dc/pech,àKe\ uc medicale, juin 1831, pag. 384.

On a conseillé de Paire précéder cette opération de ta li-

gature des artères linguales (§ 1303) afin de prévenir l’héinorrhagie qui doit suivre l’extirpation ; mais cette ligature n’esl pas exempte de dangers ; elle est très-difficile chez les personnes d'un grand embonpoint ; de plus elle est inutile, car l'expérience a démontré que, dans les extirpations profondes de la langue, l’hémorrhagie peut facilement être arrêtée par la ligature ou par les autres moyens hémostatiques. Jaet/er conseille de ne fa re ce’ te ligature préalable que lorsque la langue est affectée de varice ou d’anévrysmes , et dans les ras où on doit pratiquer l’extirpation totale de cet organe ; car alors on ne peut arriver au moignon de cet organe pour lier les vaisseaux divisés.

2189. L’extirpation de la langue par la ligature pratiquée soit avec un seul fil que l’on passe d’un côté à l'autre, soit avec une double ligature que l’on passe sur la ligne médiane, et dont les deux chefs isolés sont liés de chaque côlé, met, il est vrai, à l’abri de toute hémorrhagie; mais celle opération est douloureuse ; les accideus qui se développent soit sous l’inlluence de là tuméfaction de l’organe, soil par suite de sa mortification, doivent faire préférer l’extirpation par l’incision. Cependant il est des cas où un procédé mixte doit être mis en usage. C’est ainsi que, lorsque la langue n’est dégénérée que d’un côté, et que l’affection s’étend Irès-ioin en arrière, de manière à rendre impossible la séparation de ia partie saine d’avec la partie malade, il est préférable de faire une incision longitudinale sur la limite du mal, d’attirer ia partie dégénérée avec une pince, et de l'étreindre dans une ligature que l’on place avec lin porteligature. (Lisfhanc. ) — Du reste l’expérience a démontré que, dans les cas semblables, l’extirpation par incision peut encore être faile avec de bons résultats. (Jaeger.)

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