RESTAURATION ORGANIQUE
çant son action sur tous les points du nez, donne a cet organe une l'orme convenable. Cet appareil doit être porté par le malade pendant toute la durée «lu premier hiver qui suit l’opération , et ne doit ëlre complètement enlevé que pendant l’été, afin que le nez nouveau puisse être exposé aux rayons du soleil.
Klein (t) regarde les nez artificiels comme préférables à ceux que forme la rhinoplastie.
2291. On a donné le nom de deuxième méthode ■indienne à un procédé qui consiste à aviver les Lords du moignon du nez, puisa déterminer une tuméfaction considérable de la joue à faille de percussions répétées, et d'y emprunter un lambeau triangulaire formé par la peau cl le tissu cellulaire sous-culané , que l’on détache complètement , et que l’on réunit aux bords sanglaus du nez (2). En Allemagne Graefe (3) et Büngek (4) ont essayé la transplantation d’un lambeau ainsi complètement séparé ; mais la réunion n’a lieu que dan/ des cas excessivement rares ; epr alors le lambeau , séparé de toutes les parties capabies de l’alimenter, ne contracte aucune adhérence, et est frappé de mort.
2292. Guaefe a aussi apporté à la méthode italienne quelques modifications ; et , bien que sa manière de procéder diffère peu de celle de Tagliacozzi.elle n’en mérite pas moins la préférence. Le lambeau doit être emprunté au bras , et de préférence au bras droit, immédiatement au ni- Teau du muscle biceps. Avec un morceau de carton on découpe la grandeur que l'on doit donner au lambeau ; mais il faut bien faire attention que la rétraction qui doit survenir dans le lambeau doit le faire tailler plusgrand que dans la méthode indienne : aussi doit-il avoir toujours six pouc s de long sur quatre de large. Après avoir fait les deux incisions longitudinales, Guaefe délache la peau du tissu cellulaire sous-jacent à l'aide d’une sonde cannelée , ou en la séparant avec les doigts d’un côté à l’autre. On passe alors au-dessous du lambeau un bandage isolateur enduit d’onguent de roses, et on l’assujettit de chaque côté. Les plumasseaux de charpie enduits du même onguent sont appliqués sur les bords de l’incision du lambeau; par-dessus on place une compresse , et on fixe le tout avec une bande circulaire. Ce premier appareil est levé au troisième ou quatrième jour ; mais le bandage isolateur n'est ôié que lorsque ia suppuration s’est déclarée. Le même pansement est renouvelé tous les jours pendant
(1) Reidelb. klinische Annale, vol. ji, cah. i, p. 103.
(2) Gazette do santé, 1817, n°ix.
Hufe/and’s Journal , uiai 1817, cah. v, P. 106.
(3) Khinoplastik, pag. 8.
Sahresbcrcht ueber das chirurg. institut zu Berlin , 1S19, pag. 411.
(4) AV hreqer , Grundriss «ter chirurg. Opcrationen, 2e édit., ras. 79,80.
quatre semaines en lui faisant subir diverses modifications suivant l'abondance de la suppuration. A cette époque on délache le lambeau par son extrémité supérieure en réunissant les deux incisions longitudinales par une section transversale pratiquée à l’aide d’une sonde cannelée. Celle division opérée , Grappe ne renverse pas le lambeau comme le pratiquait Tagliacozzi , mais il se borne à appliquer au-dessus de lui des plumasseaux de charpie et une carie huilée. Plus tard il panseavec du linge trempé dans de l’eau blanche. Pendani ce temps le lambeau se raccourcit de jour en jour; mais il gagne en épaisseur ce qu’il perd en largeur. Au bout de six ou huit semaines (de quatre semaines d’après Tagliacozzi) il est arrivé à maturité, et peut être appliqué. Les sutures et le pansement ultérieur se font comme dans la méthode allemande.
2293. La méthode allemande diffère de la méthode italienne en ce que, pour pratiquer le rapprochement du lambeau , on n’attend pas que sa surface celluleuse soit couverte d’une membrane «le cicatrice ; son application et sa réunion sont faites immédiatement après qu’on 1 a taillé (1). Pendant quelques jours avant l’opération on fait, sur la peau du bras, des frictions spirilueuses , et on habitue le malade à supporter les bandages et la position qu’on lui destine. On prend alors les mesures du lambeau comme dans la mélhode indienne ( § 2288). On avive les bords du moignon nasal par «leux incisions latérales, qui se réunissent en haut, et on place des fils à sutures autour du moignon. Après avoir incisé le lambeau de la peau du bias sur ses côtés et sur son extrémité supérieure, on le dissèque en conservant autant de tissu cellulaire que possible ; on rapproche autant qu'on le peut le bras de la face, et on passe les fils à sutures au travers du moignon. Les liges à ligature sont ici de la plus grande uliiitéfnn place delà charpie dans l'ouverture des narines, et, audessus de la convexité du lambeau , on applique un plumasseau enduit d’onguent de roses, que l'on fixe avec une bandelette de diachylon. Le bras est alors solidement fixé dans une position convenable par rapport à la face. — Le traitement local et général est subordonné à l’intensité des accidens inflammatoires , ou antres qui pourraient survenir. La charpie est renouvelée aussi souvent qu’elle est pénétrée par le pus ; les ouvertures de la narine sont nettoyées à laide d’injections d’eau tiède, et les plumasseaux que l’on applique sont enduits d'onguent «le roses ou d onguent digestif, suivant le degré de l'inflammation. Les points de suture sont serrés ou desserrés, suivant que les circonstances l’exigent. Lorsque la réunion est opérée, on enlève les points de suture , ce qui toutefois ne doit jamais être fait avant soixante-douze heures.
(1) Ueneaulmp-de-La-Garanne (Histoire de l’Academie des sciences, Paris, 1721) avait déjà proposé de pratiquer celle transplantation immédiate, qui constitue la mélhode allemande.
DBS PARTIES PERDUES.
— Lorsque la réunion est assez solide, on sépare complètement le lambeau du bras ; on panse avec des plumasseaux enduits d'un onguent de zinc , et le lambeau est lâchement retenu en place par une bandelette de diachylon et recouverte d’une couche de cotonaromalisé. — Au bout de quinze jours on procède à la formation des ouvertures nasales et de la cloison : pour ce temps de l’opération on se sert d’un bistouri étroit et des ciseaux de Coopeh ; la cloison est assujettie par deux points de suture. Le reste du pansement et le bandage pour procurer au nez une meilleure forme sont les mêmes que dans la méthode indienne.
Benedict (Bcilraeye zu den-Erfahrunyen iiber die Rhinoplaslik, lîreslaii, I8ti8) a cherche à faire prévaloir, •or de nombreuses expériences, la méthode allemande, il a aussi proposé au bandage une modification qui rend les pansemens plus faciles.
2294. II esl à peine nécessaire ici' de dire que les succès ou les insuccès de la rhinoplastie dépendent beaucoup de l’état général du mutilé, de l’état particulier de sa peau et du degré de vitalité dont elle jouit : aussi est-il certaines circonstances qui contre-indiquent formellement celte opération. C'est ainsiqu’on devra se refuser à la pratiquer dans les cas où la perte du nez est due à une affection générale qui n’est pas encore complètement guérie ; c’est ainsi qu’elle aura presque certainement un mauvais résuklat chez les individus dont la peau est très-sensible ou tiès-flasque, et chez ceux qui sont d’une constitution cachectique; il en sera de même lorsque les bords de la solution de continuité que l’on voudra réparer seront devenus épais, durs et calleux sous l'influence d’une inflammation antérieure.
Quant à ce qui a trait aux avantages comparatifs des méthodes que nous avons exposées , nous dirons que la méthode indienne procure une guérison rapide , puisque six semaines suftisenlsouvent ; mais elle expose à une large dénudation des os du crâne par suite de l’ablation du lambeau frontal. Elle est surtout indiquée lorsque les méthodes allemande et italien ne ne peuvent êtres employées. On doit encore lui donner la préférence chez les individus dont les os propres du nez ont été perdus, parce que la torsion du pédicule du lambeau forme une saillie qui maintient au nez la forme qu'on lui a donnée. Du reste il faut, pour employer celte méthode , que le front soit élevé ; que la peau qui le recouvre soit saine , forte, trèsmobile, et convenablement épaisse. Si celte peau est rude, le nez sera lourd et grossier. — La méthode allemande réclame avant tout un individu bien sain et une peau sans aucune altération. La méthode italienne devra être employée lorsque cette dernière ne pourra l’être à cause de l'altération de la peau. — Si la peau du mutilé ne pouvait servir à cette restauration, on pourrait se servir de la peau d’un autre individu ( êtéroplastie. )
2295. Les règles que nous avons posées pour la
rhinoplaslie laissent entrevoir les modifications qu’on devrait leur faire subir pour la restauration des autres parlies (Je la face : c’est ainsi que la peau du voisinage de la perte de substance, celle du cou , ou celle du bras , pourront être , suivant les cas, employées pour la restauration des lèvres, des paupières , etc.
Dzond1 , Deltraege Vervollkomnmung (ter Heilkunst. , part. I. i
Kurze Geschiehte der kllnischen inslitutes , pag. 136.
Grœfe, dans son journal , vol. II. eah. I. plane, I, II.
Davier, Même jourqal , vol. \ I , eah. Il, pag. 375.
Nous ne dirons plus aujourd'hui, avec Fallope et Vésal , que celte operation doit être rejetée comme pleine de douleurs et durant jusqu'à douze mois ; avec Fabrice dell'lden , qu'on ne peut jamais la tenter; avec André de La Crm, r, que les parties sont d'une structure trop différente pour pouvoir s’unir ensemble; avec Dionis, que les restaurations pu nez sont apocryphes, et qu’elles sont plutôt des contes inventes à plaisir que des faits véritables ; avec de La Molle , que Tayliacnzzi et ses partisans sont d'indignes menteurs. — I.a possibilité de cette opération est prouvée par une foule de faits; mais il s’élève une autre question non moins importante : doit-on la pratir/uer? Ceux qui n'ont vu que quelques-uns de ses résultats s’étonneront que nous fassions cette question ; mais ceux qui, comme nous, en ont vu un grand nombre concevront facilement les raisons qui nous la font poser. Que de fois en effet n'a-t-on pas vu, à la suite de la rhinoplaslie, la gangrène du lambeau (résultat de l’excès ou du défaut de nutrition) qui détruit l’espoir qu’avait conçu le malade, bien qu il se soit soumis à une opération douloureuse, et qui ajoute une difformité au front (méthode indienne) ou une cicatrice gênante au bras (méthode italienne) à la difformité que l’on voulait corriger! Ajoutons aussi que , dans quelques cas, celte dernière est plus grande après qu'avant l'opération ;et, alors que le lambeau ne se gangrène pas, que de fois un succès incomplet n’est-il pas venu apporter un résultat différent de celui qu’on avait droit d'attendreiQue de fois n'a-t-on pas vu des érysipèles graves compromettre la vie des malades! Et comptet-on pour rien les accidens nerveux et surtout le delirium iremens auxquels l’irritation qui résulte de la dissection souvent laborieuse du lambeau dispose les malades d’une manière toute spéciale ? Et enfin combien de fois la mort n’a-t-elle pas été le résultat même de l’opération (1)? Et tous ces accidens qui est-ce qui les éprouve !’ Ce sont des individus qui, un instant auparavant, étaient pleins de santé. Pour corriger une difformité on les expose sciemment A des dangers graves, à des accidens mortels : est-cs la de la prudence chirurgicale? Et la rhinoplaslie ne devrait-elle pas, à juste titre, être reléguée an nombre de ces opérations de complaisance que la saine raison devrait à jamais proscrire de la pratique ? Et , au bout du compte , les malades qui survivent à tous ces accidens, ceux chez lesquels l’opération a bien réussi, que gagnent-ils souvent? Une difformité qu’ils pouvaient pallier a l’aide de moyens mécaniques est remplacée par une difformité qu’ils ne peuvent pins déguiser, et qui altire sur eux tout aussi bien l’attention qu’ils voulaient détourner. Nous pensons donc, avec Riehter e t Klein , qu’un nez artificiel est préférable a celui que procure la rhinoplastie , et nous dirons , en réponse à la question que nous avons posée plus haut : Non, ta rhinoplastie ne doit par eire pratiquée, parce qu’elle est. dangereuse , et que , loin de remédier à une difformité , elle ne fait souvent que l’augmenter.
(t) Blandin , Thèse citée, pag, 265.