A. JAMBE ARTIFICIELLE
2297. Le procédé le plus ancien pour rendre la faculté de marcher aux personnes qui ont subi l’amputation de la cuisse ou de la jambe consiste dans l’emploi des béquilles ou d'une jambe artificielle. Bien que ce moyen ne déguise en rien la difformité, il remplit assez bien le but qu’on se propose, puisqu’il rend la marche possible, et jusqu’à un certain point facile. Mais le rétablissement de cette fonction.n’a pas suffi, il a fallu encore corriger la difformité, et c’est pour remplir ces deux indications qu’une foule de mécanismes ont été proposés depuis A. Paré jusqu'à nos jours.
La béquille consiste dans un appui en bois, Ter creux, etc., dont la hauteur est proportionnée à la taille de l’individu qui doit en faire usage. Ce support est composé d’une lige verticale, terminée en bas par un rendement garni en ter pour donner plus de fixité et pour prévenir son usure trop rapide. En haut cette tige est terminée par une traverse qui doit appuyer dans le creux de l’aisselle, et que l’on matelasse ordinairement pour atténuer les effets de sa pression. — D’autres béquilles sont composées de deux tiges qui se réunissent en v â leur partie inférieure, et dont les extrémités supérieures se fixent à chaque bout de la traverse ; A leur partie moyenne ces deux tiges sont réunies par une seconde traverse, qui sert à prêter un appui â la main , et à diminuer par conséquent la pression de faisselle sur la traverse supérieure.
Ces béquilles ont ungrave inconvénient : c’est que le corps pèse de tout son poids sur la traverse qui est dans l’aisselle, et celte pression lente, mais continue, exerce à la longue une fâcheuse influence sur les bras. Le plexus axillaire est en effet cnnstammentcomprimé, la circulation artérielle est gênée, et, sans parler des modifications que subissent dans quelques cas, les parois de l’artère axillaire, la nutrition du membre est altérée , et sou vent on le voit s’atrophier ; d’un auire côté ce membre qui s’atrophie devient le siège de fnurmillemens, de douleurs, et plus tard il est frappé de paralysie. Ces accidens sont fréquens, et j’ai vu un médecin éclairé combattre ces symptômes sans s’opposer à la^cause, qu’il ne soupçonnait pas. — Il faut donc éviter autant que'possible de faire des béquilles un usage trop longtemps continue sans interruption, et leur emploi doit être complètement suspendu dès que les premiers signes de la paralysie ou de l’atrophie se manifestent. [Noie du traducteur.)
2298. A. Paré (1) a donné le dessin et la description d’une jambe artificielle flexible au niveau du genou, à l’aide d’une gâchette qui fait mouvoir
(l) OEuvres complètes. Lyon, 1652, pag. 582.
une articulation , et, au niveau des malléoles, à l’aide d’un ressort qui tend constamment à porter le pied dans l’extension. — Ravaton (1) fit confectionner un pied artificiel pour les individus qui avaient subi l’amputation de la jambe au-dessus des malléoles. — White (2) décrit une jambe artificielle en zinc recouverte de cuir, âddison (3) en a lait confectionner une qui possède une première articulation au genou , et une seconde au pied. — Wilson (4) en a fait faire avec du cuir desséché. — En Allemagne Brünninghaüsen (5) en a inventé une qui est beaucoup plus parfaite que celles dont nous avons parlé , et qui a servi do modèle à Stark (6), Beiirens (7), Heine (8), Graefe (9),Rühl (10), Palm (11) et Dornblüht (12).
la jambe de bois commune , celle que l’on donne aux amputés dans les hôpitaux de Paris, est, A peu de chose près, la même que celle décrite par A. Paré (13) sous le titre de jambe de bois pour les pauvres. Elle se compose d'un bâton cylindrique plus ou moins élevé suivant l'individu, et terminé par un renflement qui appuie sur le sol. Si partie supérieure est fixée par une virolle au montant qui forme la genouillère. Celui-ci est en bois ; il est creux , et ouvert par sa partie postérieure, et contient, dans le fond de son excavation, un petit coussinet destiné A fournir un point fixe au genou, qui est maintenu, et affermi par deux courroies fixées aux bords postérieurs de la genouillère. Celle-ci est fortifiée par deux montans en bois, dont l’un, peu élevé, s’applique au côté interne de la cuisse, et l'autre, plus élevé, monte le long du côté externe de la cuisse pour se fixer autour du bassin à l’aide d’une courroie. — Celle jambe a un grand inconvénient, c’est que, lorsque le blessé est assis, sa jambe artificielle reste toujours étendue. On a obvié â cet inconvénient en établissant., A l’extrémité supérieure du bâton qui soutient la genouillère, une espèce de ressort en bascule au moyen duquel on fléchit ou on étend la jambe à volonté (14).
[Note du traducteur .)
2299. Dans le choix que l’on veut faire d’une jambe artificielle il faut exiger d'abord qu’elle ressemble exactement à la jambe saine afin qu’elle
(I) Traité des plaies par armes à feu, Paris. 17...
(2j lielt, cours de chirurgie , trad. par Bosquülon , Paris, 1796, T. VI, pag. 306.
(3) Bromfîe/d, Chirurg, Wahrnehmungcn. Lelps., 1774, pag. 488, planche IV.
(4) Bell , Loco citato .
(5) Richters Bibliotek , vol. XV , pag. 668 , fig. 1 — 4.
(fi) anweisungîurn verbesserten Verbande. Berlin, 1802,
pag 49S. planche XXIV.
(7) Langenbeck's Bibliotek, vol. IV, pag. 173, planche I, tl .
f8) Beschreib. eines kiinstlichen Fiisses. xvurzb. ,
(9) Norrnen fiir die Abloeshung groesserer Gliedmassen. Beri., 1811, pag. 147.
(1Ü) Hufeland’s , Journal, oct. cah. IV, pag. 1.
(II) Uiss. de pedibus artilicialibus. Tubing., 1818.
( 1 2) Ueber den Wiederersatz der unteren Glidermassem. Rostock., 1831.
(13) OEuvres complètes, pag. 582.
(14) Dict. des sciences médicales, art .jambe de bois.