DES DOIGTS
ment enfoncé, et que les fongosités sont trop considérables, soit parce que les douleurs sont trop vives. Alors le traitement de Dupüytren doit être mis en usage. — Lorsque l’inflammation a diminué à l'aide du repos et des applications émollientes, le chirurgien , avec la main gauche, saisit l’orteil malade ; sa main droite est armée de ciseaux forts ; il introduit leur branche pointue sur la ligne médiane de l’ongle , la plonge rapidement au-dessous de ce dernier enle coupant , d’avanten arrière, jusqu’à trois lignes environ au-delà de son bord postérieur apparent, et le divise ainsi en deux moitiés; avec une pince un peu forte on saisit la moitié malade par l’angle de l’incision faite avec les ciseaux , et on en fait l’extraction en la renversant de la ligne médiane vers le côté malade , et d’avant en arrière. Lorsqu’on le juge nécessaire, on en fait autant de l’autre moitié. Si les excroissances sont très-élevées, on les cautérise; la surface ulcérée se guérit rapidement ; vingt-quatre à quarante-huit heures suffisent pour amener une cicatrisation complète. Chez les vieillards l’ongle ne se reproduit ordinairement pas; chez les jeunes personnes il n’est pas rare de le voir se reproduire ; mais il est très-rare que le mal récidive.
Il convient d’exposer ici le procédé d’Ambroise Paré et celai de Lafaye. Le premier consiste à plonger un bistouri droit à la base des parties molles qui recouvrent le bord de l’ongle , et à faire une incision d’avant en arrière; puis, revenant d’arrière en avant, on achète d’enlever dans un lambeau toutes les chairs qui font saillie ; ensuite on cautérise. — Lafaye, après avoir aminci la partie moyenne et antérieure de l’ongle, en enlevait un lambeau en forme de Y dont l’ouverture était dirigée en avant; puis il passait un fil de métal au-dessous des angles antérieurs qui restaient ; et, tordant ensemble les deux bouts du fil de métal , il forçait ces deux angles à se rapprocher de la ligne médiane de l’ongle , et par là aussi le bord rentré dans les chairs se relevait.
181. La parlie du doigt sur laquelle repose l’ongle , et que Düpuytren appel le matrice de l’ongle, peut être prise d’inflammation et de suppuration: c’est ce que Warduop désigne sous le nom de panaris malin ( onychia maligna). Celle affection se caractérise par une rougeur très-foncée et un gonflement très-prononcé des parties qui entourent l’ongle ; un liquide ichoreux est sécrété d’abord par la matrice de cet organe , puis survient de la suppuration à sa base ; les parties molles voisines sont gonflées et d’un rouge très-foncé; le pus fourni par l’ulcération est infect ; l’ongle perd sa couleur normale ; il devient gris et noir ; il cesse de croître , devient même de moitié plus petit ; quelquefois il draparaîtcomplèlement, ou du moins on n’en trouve plus çà et là que quelques lambeaux ; assez souvent il en reste un morceau caché au fond des parties tuméfiées et ulcérées ; quelquefois ce morceau se détache, et tombe de lui-même. — La maladie peut rester dans cet état des années entières ; le doigt ou l’ orteil affecté est converti en une masse informe. Assez souvent ce mal détermine des douleur» excessives, surtout au moindre choc. Dans la
marche et dans la station il s’écoule du sang , en plus ou moins grande quantité, de chaque fongosité: ces dernières ont leur siège non-seulement sur un des côtés de l’ongle, comme dans l’ongle rentré dans les chairs, mais encore à sa base.
182. Les causes de cette affection sont ou locales mécaniques ou chimiques, surtout chez les personnes soumises à l’action des alcalis ; ou bien elles sont générales , et dépendent d’une affection herpétique, maisle plus souvent d’une affection syphilitique. Quelquefois elle atteint plusieurs orteils ou plusieurs doigts à la fois; elle commence assez souvent par de petites altérations, qui , placées d’abord dans l’intervalle de ces organes, s’étendent insensiblement jusqu’au pourtour de l’ongle, qui se détache spontanément à sa racine : le mal résiste ordinairement à l’emploi des mercuriaux.
183. Pour le traitement il faut tenir compte des causes, et prescrire à l’intérieur et à l’extérieur des médicamens capables de les combattre; il faut, selon l’intensité de l’inflammation , prescrire des sangsues, des cataplasmes émolliens , des bains , etc., et, dans tous les cas, ordonner un repos absolu. — A. Cooper recommande de donner, soir et malin , un grain de calomel et d’opium , et , pendant le jour, une décoction de salsepareille; d’appliquer sur le mal de l’eau de chaux avec du calomel. — Lorsque ce traitement ne réussit pas, il faut, d’après Dupcytren et A. Cooper , enlever l’ongle et sa matrice. Pour faire celte opération il faut, d’après Düpuytren, saisir avec la main gauche l’orteil malade après que le pied a été convenablement fixé; puis, avec un bistouri droit dont la main droite est armée, on fait une incision profonde , demi-circulaire, à trois lignes en arrière de l’endroit où la peau commence à recouvrir l’ongle, et parallèlement au bord libre du repli cutané. Alors un aide saisit et fixe l’orteil pendant que l’opérateur, avec une pince, soulève le lambeau commencé en arrière, et, en dirigeant le bistouri au-dessous de l’ongle, il le porte d’arrière en avant, et achève la section en enlevant l’ongle et sa matrice. S’il reste encore quelques morceaux d’ongle, ils se détruisent insensiblement. Celte opération est extrêmement douloureuse , mais de très-courte durée. On recouvre l’orteil avec une compresse fenêtrée enduite de cérat ; on metau-dessus un plumasseau de charpie; on assujettit le tout avec une compresse. Le malade est porté au lit son pied placé sur un coussin et à demi-fléchi. Quelques heures après l’opération , la douleur est diminuée , ou même a disparu ; le troisième ou quatrième jour, à-la levée du premier appareil, on trouve la plaie couverte d’une suppuration de bonne nature; et la cicatrice s’opère bientôt comme dans une plaie ordinaire. 11 faut de temps en temps toucher avec du nitrate d’argent les excroissances charnues ; s’il survient de nouvelles parties de substance cornée, il faut les enlever , et avec elles la partie de la peau sur laquelle elles reposent; au bout de quatorzeà dix-huit jours le malade peut reprendre ses travaux habituels^ — La cicatrice consiste en une peau
DE L'INFLAMMATION
lisse, épaisse, dépourvue d’ongle, mais prenant quelquefois par la suite une consistance cornée. — Lorsque l’affection est de nature syphilitique , Düpüytben cautérise avec du nitrate acide de mercure.
Quelques praticiens pensent que, dans cette maladie, l’extirpation de l’ongle et la cautérisation sont sans aucun résultat : je ne saurais partager cette opinion. Dans plusieurs cas j’ai fait seulement l’extirpation de l’ongle , et employé des bains et des émolliens, et néanmoins j’ai obtenu une guérison durable : aussi je ne procède à l’extirpation de la matrice que dans les cas ou les autres moyens ont été infructueux.
Consultez :
Wardrop, ouvrage cité, page 135.
Hoyer-Collard, d’après Dupuylren, Répertoire général d’anatomie et de clinique chirurg., T. il, lre partie, 1826, pag. 108.
Lêlut, Etudes anat. et patbolog. sur l’origlade , même Répertoire, T. IV, 1827, pag. 225.
A. Cooper, London medical and physical Journal, avril 1827, page 189.
Froriep, Planches chirurgicales, pl. CXCYI, CXCV1II,
Rind, Medic. -chirurg. Review and Journal of pract. med., 1831, jasv., n° 27.
Blandin, Dict. de méd. et de chirurg. prat., T. XII , art. Ongles.
Dupuytren, Leçons orales, T. 111, art. Ongles rentrés dans les chairs.